{"id":57033,"date":"2021-11-07T12:49:49","date_gmt":"2021-11-07T11:49:49","guid":{"rendered":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/?p=57033"},"modified":"2021-11-21T21:09:51","modified_gmt":"2021-11-21T20:09:51","slug":"portes-a-la-volee","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/portes-a-la-volee\/","title":{"rendered":"autobiographies #07 |\u00a0portes \u00e0 la vol\u00e9e"},"content":{"rendered":"\n<p><strong>#07 PORTES A LA VOLEE nov 21<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>Respiration des Parisiens ais\u00e9s\u00a0: la maison de campagne \u00e0 quelques kilom\u00e8tres. Celle de mon grand-p\u00e8re maternel avait \u00e9t\u00e9 plusieurs fois transform\u00e9e, comme en t\u00e9moignait le portail rouill\u00e9 qui ne servait plus \u00e0 rien, l\u2019espace n\u2019\u00e9tant plus assez grand \u00e0 l\u2019int\u00e9rieur pour y garer une voiture avec ce muret de pierres qui barrait l\u2019acc\u00e8s au reste du jardin de 1500 m2. Une cha\u00eene r\u00e9unissait les deux ventaux rouill\u00e9s et inutiles, maintenus ferm\u00e9s par un cadenas. Une double porte sur rien. Et un hangar en face o\u00f9 restait une carcasse de bateau en t\u00e9moin des promenades sur le Petit Morin, faisait garage. Non, on entrait \u00e0 pied, par la porte \u00e0 c\u00f4t\u00e9, dont le bas \u00e9tait au fond plein, et le haut une grille de cinq barreaux. En tournant la poign\u00e9e ovale, on actionnait une clochette plac\u00e9e dans la bo\u00eete aux lettres toujours b\u00e9ante -le courrier, factures EDF et communications de la mairie, tombait et tra\u00eenait dans la pluie dans la boue avant qu\u2019on ne le ramasse. Habitude. Le son \u00e9tait unique, joyeux, clair, et n\u2019appartenait qu\u2019\u00e0 ce XX rue de Coulommes, Quincy, Seine-et-Marne, pr\u00e9venant qu&rsquo;on entrait. A l\u2019autre bout du grand terrain  <s>\u00a0\u00a0<\/s>aux diff\u00e9rentes parties, un petit muret restait d\u2019ailleurs d\u2019une ancienne s\u00e9paration-\u00a0un grillage donnait sur le chemin qui passait l\u00e0, s\u00e9parant des champs cultiv\u00e9s et, au-del\u00e0, d&rsquo;une for\u00eat, et longeant plusieurs potagers avec l&rsquo;habitation au bout, comme celle-ci. C\u2019est comme si la porte de devant \u00e9tait celle de l\u2019entr\u00e9e, et celle-ci, au bout du bout, en fer, \u00e0 claire voie, de guingois, munie d\u2019une cha\u00eene avec cadenas, le tout compliqu\u00e9 \u00e0 d\u00e9m\u00ealer, entre les hautes herbes qui envahissaient s\u2019enroulaient autour de la ferraille rouill\u00e9e, il fallait le m\u00e9riter, faire le tour par la route et le chemin en aval \u00e9tait plut\u00f4t indiqu\u00e9, mais on y gagnait l\u00e0 la cl\u00e9 des champs sauvage et imm\u00e9diate. En ville, \u00e9trange installation une fois travers\u00e9e l&rsquo;entr\u00e9e, que cette porte, gothique comme tout le mobilier du rez-de-chauss\u00e9e. Sculpt\u00e9e de motifs g\u00e9om\u00e9triques, avec un cercle de fer pour poign\u00e9e, la partie mobile se rattachant \u00e0 un panneau fixe, l\u2019encadrement de la porte, de la m\u00eame ouvrage, toujours maintenue ouverte, menant \u00e0 la salle-\u00e0-manger et au salon attenant, avec chemin\u00e9e de ch\u00e2teau, bonne tabl\u00e9e, larges fauteuils tapiss\u00e9s, table de change suisse, cr\u00e9dences en beau bois de ch\u00eane, forme en ogive, roman, d\u00e9cor th\u00e9\u00e2tral, ici vous entrez dans une maison gothique, au go\u00fbt raffin\u00e9 et franc du collier, pas le Louis XV des appartements du 16<sup>\u00e8me<\/sup> avec gu\u00e9ridons, moquette ivoire et angelots dor\u00e9s au mur. Son bois sombre que viendront rendre chaleureux les tapisseries aux rouges grenats<strong>, <\/strong>verts sapins, et doux visages de vierge. En enfance, l\u2019entr\u00e9e de l\u2019\u00e9cole, rue Saint-Denis, proche de la mairie, les adultes discutent, la directrice re\u00e7oit les parents, les petits qui arrivent finissent par \u00eatre absorb\u00e9s, dans cette mer indistincte, vers une entr\u00e9e secr\u00e8te qu\u2019ils finissent par d\u00e9couvrir, une vague les amenant l\u00e0, ce pourquoi ils sont venus, la classe de maternelle. Atteignant la moiti\u00e9 de la taille d\u2019un adulte, carr\u00e9e, en plein bois, peinte jaune, une porte qui arr\u00eate, filtre\u00a0 &#8211; les m\u00e8res sont retenues, on se demande comment fera la ma\u00eetresse, ce n\u2019est pas une maman il est vrai. A-t-elle un verrou\u00a0? Elle reste ouverte et les enfants entrent un \u00e0 un, pr\u00eats \u00e0 se courber eux aussi, par la porte m\u00e9chante. En paysannerie\u00a0: d\u00e9couverte de ce syst\u00e8me ing\u00e9nieux de porte de cuisine dans une demeure devenue bourgeoise, deux panneaux dont l\u2019un, plein, et l\u2019autre vitr\u00e9, d\u00e9solidaris\u00e9 \u00e0 loisir. Une poign\u00e9e permet d\u2019ouvrir les deux panneaux quand ils sont indissociables, ou bien le loquet actionne la partie haute seulement. La porte se fait fen\u00eatre, ne permet pas de franchir mais de regarder, a\u00e9rer ou passer un objet, ou encore discuter sans laisser entrer. Les m\u0153urs y sont tr\u00e8s travaill\u00e9es, et les nuances de la convivialit\u00e9, du rapport rapproch\u00e9, ou pas. Durable dans le temps\u00a0: un pigeonnier \u00e0 l\u2019origine formait un b\u00e2timent annexe \u00e0 la maison de campagne grand-paternelle. En fait cette b\u00e2tisse avait un \u00e9tage, l\u00e0 o\u00f9 se trouvaient les ouvertures, petites ogives comme romanes, l\u00e0 o\u00f9 se trouvaient les oiseaux, et restait inutilis\u00e9. Le rez-de-chauss\u00e9e servait \u00e0 entreposer des tuiles, les outils de jardinage, \u2026\u00a0 la porte gonfl\u00e9e d\u2019eau, couverte de mousse, fendue, se d\u00e9piautant, laissant le jour \u00e0 claire voie, et dont les charni\u00e8res\/gonds de grosses ferrures rouill\u00e9s \u00e9taient toujours vaillantes, marchaient encore\u00a0: elle s\u2019ouvrait, le bois \u00e9tait ligneux comme une \u00e9corce, mais infiniment friable, il tenait. En raffin\u00e9\u00a0: tenir dans sa paume la petite poign\u00e9e ovale en cuivre \u00e0 dessins stri\u00e9s et petits points, picots, d\u00e9licieuse g\u00e9om\u00e9trie en relief, faisant une mati\u00e8re fra\u00eeche et lisse \u00e0 tenir au creux de la main, il fallait l\u2019empoigner fermement, d\u2019autant plus que l\u2019\u00e9troitesse du dispositif rendait l\u2019op\u00e9ration difficile, rapproch\u00e9e qu\u2019elle \u00e9tait de l\u2019ouverture, petite porte petite attache et grand effort pour la tirer de ses gonds. Il y en avait plusieurs dans l\u2019espace de cet appartement d\u2019un immeuble XIX\u00e8me si\u00e8cle, transform\u00e9 en bureaux, et qui avait gard\u00e9 cette \u00e9l\u00e9gance, cette coquetterie des poign\u00e9es, remarqu\u00e9es par bien peu.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>#07 PORTES A LA VOLEE nov 21 Respiration des Parisiens ais\u00e9s\u00a0: la maison de campagne \u00e0 quelques kilom\u00e8tres. 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