{"id":57041,"date":"2021-11-07T17:25:50","date_gmt":"2021-11-07T16:25:50","guid":{"rendered":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/?p=57041"},"modified":"2021-11-07T17:27:34","modified_gmt":"2021-11-07T16:27:34","slug":"la-fabrique-ecrire-lautomne-vii","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/la-fabrique-ecrire-lautomne-vii\/","title":{"rendered":"la fabrique | \u00c9crire l\u2019automne VII"},"content":{"rendered":"\n<figure class=\"wp-block-image size-large\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"1024\" height=\"768\" src=\"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2021\/11\/20211105_164357-1024x768.jpg\" alt=\"\" class=\"wp-image-57077\" srcset=\"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2021\/11\/20211105_164357-1024x768.jpg 1024w, https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2021\/11\/20211105_164357-420x315.jpg 420w, https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2021\/11\/20211105_164357-768x576.jpg 768w, https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2021\/11\/20211105_164357-1536x1152.jpg 1536w, https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2021\/11\/20211105_164357-2048x1536.jpg 2048w\" sizes=\"auto, (max-width: 1024px) 100vw, 1024px\" \/><figcaption>Toutes les fen\u00eatres de ma maison \/TRANSITS \/ Exposition d&rsquo;Araks Sahakyan\/<strong> Ygrec-ENSAPC<\/strong> Aubervilliers<\/figcaption><\/figure>\n\n\n\n<h3 class=\"wp-block-heading\">Dimanche<\/h3>\n\n\n\n<p>On ne transige pas sur<strong> <a href=\"https:\/\/www.facebook.com\/groups\/unecertainedosedepoesie\"><em>la dose de po\u00e9sie<\/em><\/a><\/strong><a href=\"https:\/\/www.facebook.com\/groups\/unecertainedosedepoesie\">.<\/a> <strong>O\u00f9 trouver du temps\u2009?<\/strong> J\u2019ai pendant quelques ann\u00e9es (deux, trois ans\u2009?) pris le pli de f\u00eater les anniversaires des gens avec qui j\u2019\u00e9tais amie sur FB. Je trouvais \u00e7a tellement vain cette liste de noms\u2026 Alors c\u2019\u00e9tait l\u2019occasion d\u2019aller voir, de me rappeler ou de d\u00e9couvrir quel lien, m\u00eame infime, existait l\u00e0. Je postais une image, parfois un portrait ressemblant, parfois quelque chose qui me semblait ad\u00e9quat, d\u2019autres fois, quelque chose que je trouvais beau. Rarement dr\u00f4le. La nostalgie des anniversaires bulgares et de leur le\u00e7on, sans doute. <em>Mon premier passage en Bulgarie a consist\u00e9 en un s\u00e9jour express comprenant visite d\u2019une ville, d\u2019un th\u00e9\u00e2tre, de deux r\u00e9serves de costumes, vols int\u00e9rieurs, conf\u00e9rence de presse \u00e0 l\u2019ambassade et exfiltration en voiture diplomatique vers l\u2019a\u00e9roport. Alors que je cherchais mon chemin dans un couloir de l\u2019op\u00e9ra de Varna, quelqu\u2019un est arriv\u00e9 au pas de charge, un large plateau de chocolats en main. Je ne connaissais cette personne ni d\u2019Eve ni d\u2019Adam et je ne pourrais assurer qu\u2019il fut homme ou femme tant sa figure s\u2019est effac\u00e9e dans mon souvenir au profit de l\u2019\u00e9norme bo\u00eete rouge et or. Bien que nouvelle dans le pays, j\u2019avais tout de suite compris qu\u2019en mati\u00e8re de chocolat, nous go\u00fbts diff\u00e9raient. D\u2019autre part, je sortais de table. Bref, avec sourire poli, mais une posture de chatte anglaise, je d\u00e9daignais l\u2019offre qui m\u2019\u00e9tait faite. Afin d\u2019\u00e9claircir un malentendu, on m\u2019expliqua que c\u2019\u00e9tait l\u2019anniversaire du porteur de la bo\u00eete. Je dis bien poliment \u00ab\u2009Happy birthday\u2009\u00bb, vocable d\u00e9sormais international au moins dans mon esprit et retournais \u00e0 mes petites affaires professionnelles\u2026 J\u2019\u00e9tais magistralement pass\u00e9e \u00e0 c\u00f4t\u00e9 d\u2019un des rituels les plus admirables de ce pays. Heureusement, j\u2019y retournais, \u00e0 de nombreuses reprises, jusqu\u2019\u00e0 comprendre ce qui peut se passer quand on offre un chocolat \u00e0 toutes les personnes que l\u2019on croise le jour de son anniversaire. Dans les pays slaves, c\u2019est le jour de sa f\u00eate qu\u2019on re\u00e7oit des cadeaux, le jour du Saint, de la Sainte dont on porte le nom. Je le savais bien&nbsp;: j\u2019avais jou\u00e9 Olga, dans les Trois S\u0153urs o\u00f9 soir apr\u00e8s soir Kouliguine offrait \u00e0 Irina un livre qu\u2019il lui avait d\u00e9j\u00e0 offert l\u2019ann\u00e9e pr\u00e9c\u00e9dente, et je riais, je riais\u2026 Le jour de votre anniversaire, c\u2019est \u00e0 vous de faire des cadeaux. Par exemple, des chocolats. Si vous \u00eates au r\u00e9gime, diab\u00e9tique, ou simplement dot\u00e9 d\u2019un palais d\u00e9licat accoutum\u00e9 au chocolat \u00e0 90&nbsp;% de cacao, allez en paix&nbsp;: personne ne vous demande de les avaler s\u00e9ance tenante. Le rituel est ailleurs. On vous offre un chocolat, vous l\u2019acceptez et vous faites quelque chose en \u00e9change. D\u2019ordinaire Merci suffit, mais l\u00e0, c\u2019est un anniversaire, la date qui dit qu\u2019on a tenu le coup jusqu\u2019ici, qu\u2019on y est arriv\u00e9, comme \u00e0 une \u00e9tape sur le chemin de Compostelle. Vous faites des v\u0153ux. De v\u0153ux pour la longue vie et la sant\u00e9. M\u00eame si vous ne connaissez pas la personne qui vous tend une bo\u00eete g\u00e9ante de chocolats, m\u00eame si vous ne pouvez pas la voir en peinture, m\u00eame si vous \u00eates press\u00e9, soucieux, patraque. Le temps s\u2019arr\u00eate. Deux \u00eatres humains se font face et dans cette configuration, \u00eatre sinc\u00e8re va de soi. Je te souhaite de vivre, et d\u2019\u00eatre en bonne sant\u00e9. Vous pouvez bien s\u00fbr d\u00e9velopper. Mais l\u2019audace de ce face-\u00e0-face est d\u00e9j\u00e0 immense, une terre inconnue. Avec la pratique, on se sent un peu f\u00e9e en formulant les v\u0153ux et ce moment devient intens\u00e9ment heureux.<\/em> (in <em>Journal d&rsquo;un Mot<\/em> : 31\/12 [HOAX]&nbsp;)<br>Cette pratique a commenc\u00e9 \u00e0 partir en quenouille \u00e0 l\u2019\u00e9t\u00e9. Ce journal d\u2019\u00e9criture \u00e0 un co\u00fbt : plus de journal manuscrit, plus de souhaits d\u2019anniversaire, sauf aux premiers cercles.<br>Un autre <strong>changement, infime&nbsp;<\/strong>: je ne dis plus&nbsp;\u00ab\u2009je vais travailler\u2009\u00bb en montant dans mon bureau ni \u00ab\u2009j\u2019ai du travail\u2009\u00bb quand je vais \u00e9crire, quand j\u2019ai \u00e0 \u00e9crire. Je dis \u00e7a&nbsp;: \u00ab\u2009je vais \u00e9crire\u2009\u00bb. L\u2019impression d\u2019avoir chang\u00e9 de taille de veste.<\/p>\n\n\n\n<h3 class=\"wp-block-heading\">Lundi<\/h3>\n\n\n\n<p>Je me souviens d\u2019avoir entendu <em><strong>f<\/strong><\/em> dire\u00a0: <em>quand on en est \u00e0 \u00e9crire dix pages par jour.<\/em> C\u2019est se mettre \u00e0 travailler d\u2019une certaine fa\u00e7on. Comme de partir t\u00f4t le matin pour marcher, ou faire du v\u00e9lo. J\u2019ai devant moins six jours pour faire quelque chose de cet acabit. Je ne vais pas compter les pages. Mais je vais ouvrir la bo\u00eete du temps pour le manuscrit. C\u2019est d\u00e9j\u00e0 bien en train. J\u2019ai une botte secr\u00e8te\u00a0: je ne me laisse pas abattre devant<strong> la mauvaise impression<\/strong> que me font mes textes. Avec ces \u00e9crits de r\u00e9sistance (en opposition \u00e0 la course d\u2019endurance du Journal d\u2019un mot), je me m\u00e9fie du d\u00e9lit de faci\u00e8s, je n\u2019accorde aucun cr\u00e9dit \u00e0 mon impression \u00e0 chaud\u00a0: quand j\u2019\u00e9cris dans un projet assez clair pendant deux heures, deux heures trente (c\u2019est ma moyenne pour le moment), je ne suis plus bonne \u00e0 rien d\u00e8s que je l\u00e8ve la t\u00eate. Je m\u2019\u00e9pargne les grands gestes de Drama Queen allant de la mauvaise humeur au feu de chemin\u00e9e en passant par la corbeille \u00e0 papiers. Je remets au lendemain. Apr\u00e8s une nuit de sommeil, il est temps de relire, de retravailler de l\u2019int\u00e9rieur en taupe patiente. J\u2019en suis \u00e0 mon troisi\u00e8me jour du chantier des <em>Transcriptions des Revox de Monsieur<\/em> et j\u2019aime ce rythme et ce qu\u2019il contient, ce qu\u2019il permettra sinon aujourd\u2019hui ou demain, du moins dans les semaines ou le mois \u00e0 venir.<br><br>Zoom tr\u00e8s enthousiasmant autour de <a href=\"https:\/\/www.tierslivre.net\/revue\/spip.php?rubrique5\">la revue DIRE<\/a> du Tiers Livre. La visite des m\u00e9tamorphoses et arborescence du site de <em>f<\/em>\u00e9claircit bien des zones d\u2019ombres. \u00c0 commencer par les diff\u00e8rent entre une revue en ligne et notre blog, pour moi qui peine de plus en plus \u00e0 lire \u00e0 l\u2019\u00e9cran (heureusement que tout \u00e7a se bascule sans faire un pli sur ma liseuse\u2009!). La revue papier, semestrielle, ind\u00e9pendante de la revue en ligne, mensuelle, dans sa temporalit\u00e9 et son contenu\u00a0: \u00e7a ne simplifie pas la t\u00e2che, mais \u00e7a donne du sens \u00e0 chacun des gestes. Les podcasts sont toujours d\u2019actualit\u00e9, mais il va falloir leur donner un peu de coh\u00e9rence, maintenant les premi\u00e8res tentatives pass\u00e9es. On pourra trouver ce paragraphe tr\u00e8s formel\u00a0: il est l\u00e0 pour informer Camille, au fond du lit avec une angine. Simultan\u00e9ment \u00e0 ce PV tr\u00e8s s\u00e9rieux, une conversation sur le <a href=\"https:\/\/www.lefigaro.fr\/vox\/histoire\/2018\/07\/25\/31005-20180725ARTFIG00105-ce-qu-etait-vraiment-le-service-d-action-civique.php\">SAC<\/a> et l\u2019OAS avec <a href=\"https:\/\/brunolecatfr.wordpress.com\/author\/corium0\/\">Bruno Lecat<\/a> et<a href=\"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/author\/upandolfi\/\"> Ugo Pandolfi<\/a>, ce dernier s\u2019av\u00e9rant un v\u00e9ritable <strong>passeur dans ces terres troubles <\/strong>o\u00f9 il d\u00e9gaine le rapport d\u2019enqu\u00eates de la commission parlementaire sans broncher\u2009!<\/p>\n\n\n\n<h3 class=\"wp-block-heading\">mardi<\/h3>\n\n\n\n<p>Lev\u00e9e tr\u00e8s t\u00f4t pour profiter d\u2019un trajet vers V\u00e9lizy et me faire d\u00e9poser Porte Dauphine. Une huche \u00e0 pain \u00e0 r\u00e9cup\u00e9rer \u00e0 9&nbsp;h, 1&nbsp;h&nbsp;30 pour \u00e9crire au caf\u00e9 avant. J\u2019h\u00e9site un peu. J\u2019aurais pu h\u00e9siter des heures, mais plus maintenant. Je regarde o\u00f9 sont les chaises et les tables <strong>les mieux dispos\u00e9es pour \u00e9crire<\/strong>. L\u2019\u00e9toile&nbsp;1903. Personne dedans, lumi\u00e8res tamis\u00e9es. Un grand homme noir me demande si je veux entrer, un psychopompes, je le suis, je m\u2019installe. J\u2019\u00e9cris. Le manuscrit. Ce qui manque pour pouvoir lire tant de morceaux \u00e9pars. J\u2019\u00e9cris avec joie. J\u2019\u00e9largis le texte de la veille. J\u2019en ajoute un nouveau. Je ferme le manuscrit \u00e0 230&nbsp;pages. J\u2019envoie. Les \u00e9ch\u00e9ances me sont n\u00e9cessaires. M\u00eame si je ne compte pas parler de mon travail ce soir, pour la raison que je ne cesse de le renseigner ici.<br>Je lis au passage un article de Piero Cohen Hadria en souvenir (<a href=\"http:\/\/www.pendantleweekend.net\/2021\/11\/en-souvenir-1971-mardi-2-novembre-2021\/?fbclid=IwAR3V4lh-ErAf9_a7Hls5EMdIzREwbh0aLEVrxscFnowIigVKlNjK-iy5NJE\">1971 \u2014 mardi&nbsp;2&nbsp;novembre 2021<\/a>). Il a mis un oiseau en illustration. \u00c7a me ram\u00e8ne \u00e0 un texte de Stiegler, rencontr\u00e9 dans un article de musicologie, qui m\u2019avait beaucoup impressionn\u00e9e&nbsp;:<br><em>Dans un int\u00e9ressant article publi\u00e9 r\u00e9cemment par le journal Le Monde, Bernard Stiegler d\u00e9non\u00e7ait la mis\u00e8re symbolique dans laquelle \u00e9tait en train de sombrer notre soci\u00e9t\u00e9, dont la grande masse, enferm\u00e9e dans des \u00ab\u2009zones\u2009\u00bb (industrielles, commerciales, rurales\u2026), a compl\u00e8tement \u00ab\u2009d\u00e9croch\u00e9 esth\u00e9tiquement [\u2026] ex\u00e9crant le devenir de la soci\u00e9t\u00e9 moderne et avant tout son esth\u00e9tique\u2009\u00bb. Il y fustigeait notamment le conditionnement esth\u00e9tique auquel, en lieu et place de l\u2019exp\u00e9rience esth\u00e9tique, \u00e9taient soumises les g\u00e9n\u00e9rations actuelles et appelait de ses v\u0153ux une nouvelle prise de conscience politique chez les artistes afin qu\u2019ils prennent part \u00e0 la cr\u00e9ation d\u2019un nouveau \u00ab\u2009sentir ensemble\u2009\u00bb<\/em>.<\/p>\n\n\n\n<blockquote class=\"wp-block-quote is-style-large is-layout-flow wp-block-quote-is-layout-flow\"><p><br>\u00ab\u2009Je soutiens qu\u2019il faut poser la question esth\u00e9tique \u00e0 nouveaux frais, et dans sa relation \u00e0 la question politique, pour inviter le monde artistique \u00e0 reprendre une compr\u00e9hension politique de son r\u00f4le. L\u2019abandon de la question politique par le monde de l\u2019art est une catastrophe. Je ne veux \u00e9videmment pas dire que les artistes doivent \u201cs\u2019engager\u201d. Je veux dire que leur travail est originairement engag\u00e9 dans la question de la sensibilit\u00e9 de l\u2019autre. Or la question politique est essentiellement la question de la relation \u00e0 l\u2019autre dans un sentir ensemble [\u2026]\u2009\u00bb.<\/p><cite>Bernard Stiegler  \/ De la mis\u00e8re symbolique<\/cite><\/blockquote>\n\n\n\n<p><br>\u00c7a vient ricocher sur un extrait de <strong><em>La Source de l\u2019Amour propre<\/em>,<\/strong> de Toni Morrison&nbsp;:<\/p>\n\n\n\n<blockquote class=\"wp-block-quote is-style-large is-layout-flow wp-block-quote-is-layout-flow\"><p>\u00ab\u2009j\u2019ai r\u00e9solu de ne pas me laisser distraire de mon travail de cr\u00e9ation au b\u00e9n\u00e9fice d\u2019un travail de d\u00e9fense et j\u2019ai gard\u00e9 le silence sur l\u2019usage de mon \u0153uvre comme gu\u00e9risseur social\u2009\u00bb<\/p><cite>Toni Morrison<\/cite><\/blockquote>\n\n\n\n<h3 class=\"wp-block-heading\">Mercredi<\/h3>\n\n\n\n<p>Dr\u00f4le de matin\u00e9e&nbsp;: Versailles. J\u2019y ai mes habitudes dans un petit couscous qui fait bar, \u00e0 l\u2019emplacement de l\u2019Hotel de L\u2019Esp\u00e9rance. J\u2019avance le manuscrit comme promis. La parole repasse \u00e0 la Soigneuse. Il faut trouver cette simplicit\u00e9 apr\u00e8s plusieurs jours dans les Revox de Monsieur (tr\u00e8s lettr\u00e9e, argot chic parisien, r\u00e9sistante, voyageuse\u2026) et les commentaires de la fille de la Soigneuse qui transcrit les bandes. Pour l\u2019instant, elle ressemble trop \u00e0 sa propre fille dans sa fa\u00e7on de parler. Mais j\u2019ai le projet d\u2019une sc\u00e8ne o\u00f9 elles seront toutes deux pr\u00e9sentes qui me permettra de mieux d\u00e9limiter leurs mani\u00e8res de dire.Il se passe quelque chose d\u2019amusant&nbsp;: le manuscrit est pr\u00e9sent dans sa totalit\u00e9, ses ramifications, ses possibles\u2026 ce n\u2019est ni lourd ni obs\u00e9dant, c\u2019est en cours. Mais par contre, je n\u2019ai aucune id\u00e9e de ce que j\u2019ai ajout\u00e9 la veille. Ce n\u2019est pas grave&nbsp;: d\u00e8s que je m\u2019assieds devant, \u00e7a s\u2019\u00e9crit. Fran\u00e7oise, tr\u00e8s gentille, me dit \u00ab\u2009mais toi, tu sais o\u00f9 tu vas\u2009\u00bb. Rien n\u2019est moins vrai. Je le lui dis&nbsp;: \u00ab\u2009Je sais que je vais&nbsp; et c\u2019est suffisant.\u2009\u00bb Je me suis <strong>engag\u00e9e \u00e0 \u00e9crire au moins une heure par jour<\/strong> dans le manuscrit. Je le fais. Je ne me suis heureusement engag\u00e9e \u00e0 rien de ce que j\u2019entends passer dans les attentes de certain.es participant.es de l\u2019atelier&nbsp;: le g\u00e9nial, l\u2019authentique, l\u2019inspir\u00e9\u2026 sinon, c\u2019est sur, je n\u2019\u00e9crirai plus une ligne.<br>Pour le <em>Journal d\u2019un mo<\/em>t, je me pousse comme une enfant. Les entr\u00e9es viennent facilement dans leur bri\u00e8vet\u00e9. L\u2019\u00e9tymologie me les sert souvent sur un plateau. Un petit tour sur le CNRTL et c\u2019est parti\u2009! (preuve renouvel\u00e9e qu\u2019on \u00e9crit avec des mots et pas avec des id\u00e9es.) Mais le geste quotidien peut vite devenir une case \u00e0 cocher si l\u2019on n\u2019y prend pas garde. Il y a une vigilance n\u00e9cessaire, <strong>une mani\u00e8re d\u00e9licate de veiller <\/strong>sur son geste sans pour autant le surveiller. Je dois r\u00e9guli\u00e8rement m\u2019accommoder d\u2019entr\u00e9es br\u00e8ves&nbsp;: le temps de la journ\u00e9e, les t\u00e2ches, les activit\u00e9s d\u00e9cident plus que moi du quotidien du <em>JdM<\/em>. Mais quand j\u2019ai du temps, comme cette semaine, je dois me pousser un peu, ne pas me contenter de la br\u00e8ve entr\u00e9e qui va bien. Il y a un risque dans chaque ligne ajout\u00e9e, ce risque nous fait. Je relis mon petit la\u00efus et je vois bien qu\u2019il faudrait ajouter un conte, d\u00e9velopper une allusion, accentuer une ombre. Et j\u2019entends alors une voix que je ne connais que par ou\u00ef-dire, une voix qu\u2019on m\u2019a racont\u00e9e et qui dit \u00ab\u2009Allez, allez\u2009\u00bb douce, ferme, amus\u00e9e par son exasp\u00e9ration \u00e0 un chat qui lambine \u00e0 quitter le cabinet.<\/p>\n\n\n\n<h3 class=\"wp-block-heading\">Jeudi<\/h3>\n\n\n\n<p>Je suis retourn\u00e9e <strong>\u00e9crire au caf\u00e9<\/strong>. L\u2019appartement \u00e9tait envahi par le travail du matin pour l\u2019atelier des \u00e9l\u00e8ves au CNSMDP, <em>le Parlement des Reines<\/em>. Amas d\u2019airs et d\u2019ensembles avec d\u00e9tours en forme de circuit d\u00e9couverte pour d\u2019autres ann\u00e9es. <em>Les petites Cardinal <\/em>de Honegger notamment, occasion de relire un papier,<em> <a href=\"https:\/\/blog.imagesmusicales.be\/poor-little-rats-les-miserables-de-lopera\/\">Poor Little rats<\/a><\/em><a href=\"https:\/\/blog.imagesmusicales.be\/poor-little-rats-les-miserables-de-lopera\/\"> <\/a>sur le pass\u00e9 peu glorieux du Ballet de l\u2019Op\u00e9ra de Paris au XIXe, oscillant entre cabaret et bordel sous l\u2019\u00e9gide d\u2019un directeur, Louis V\u00e9ron, ayant fait fortune dans les pastilles pour la toux (sic). Il y aurait quelque chose d\u2019int\u00e9ressant \u00e0 faire l\u00e0 avec le d\u00e9partement de la Danse, les classes de musicologies et les Disciplines vocales. L\u2019\u00e9laboration du projet annuel fonctionne toujours ainsi&nbsp;: j\u2019en con\u00e7ois 3 ou 4 simultan\u00e9ment, au gr\u00e9 des recherches. Ils finiront bien par servir un jour, sous une forme ou une autre, ces projets pour une autre fois. Pour le <em>Parlement des Reines<\/em>, la seule certitude apr\u00e8s 4&nbsp;h de fouille tenant \u00e0 la fois des fouilles de Champollion et de soldeurs de Barb\u00e8s, un travail coll\u00e9gial sur la grande sc\u00e8ne de <em>Marie Tudor<\/em> o\u00f9 la reine d\u00e9nonce son amant, Fabiano Fabiani (\u00f4 g\u00e9nie des noms de Hugo, l\u00e0 o\u00f9 nous ramons comme les naufrag\u00e9s de la M\u00e9duse) devant toute la cour. Bref, \u00e7a faisait du monde \u00e0 la maison, je suis sortie sous la pluie glac\u00e9e avant de me rabattre chez le Roi du Caf\u00e9 pour avancer le manuscrit. Qui avance de ses trois \u00e0 cinq pages par jour dans le chapitre <em><strong>Cambrioler des villes<\/strong><\/em>.<\/p>\n\n\n\n<h3 class=\"wp-block-heading\">Vendredi<\/h3>\n\n\n\n<p>Longue conversation avec <a href=\"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/author\/camillec\/\">Camille<\/a>, lui en auto avec son b\u00e9b\u00e9 et Laurent Mauvignier, moi en terrasse d\u2019abord puis dans les rues d\u2019Aubervilliers avec Toni Morrison. Cet \u00e9change est en soi une des r\u00e9ussites de <em><strong>f<\/strong><\/em> avec le Tiers Livre. Nous nous prenons en charge sans attendre de lui autre chose que ce qu\u2019il donne, et \u00e0 profusion encore. J\u2019ai encore eu un moment d\u2019exasp\u00e9ration mardi devant le refus de certain.es de consid\u00e9rer qu\u2019\u00e9crire n\u2019est pas seulement ce<strong> moment tr\u00e8s intense du premier jet<\/strong>. \u00c9crire c\u2019est r\u00e9\u00e9crire, retravailler, inventer comment retravailler, trouver comment relire, se relire, \u00eatre relu (sans \u00eatre relou). Il y a de la technique \u00e0 acqu\u00e9rir et \u00e0 inventer \u00e0 tous les \u00e9tages du geste. Dans le m\u00eame ordre d\u2019id\u00e9e, je me bagarre contre l\u2019expression \u00ab\u2009un m\u00e9tier passion\u2009\u00bb qui tra\u00eene dans toutes les bouches comme un chewing-gum que se refileraient \u00e0 l\u2019envi artistes et journalistes. Remettre en cause ce genre d\u2019expressions est un moyen tr\u00e8s s\u00fbr pour \u00eatre sacr\u00e9e reine des pissefroids, ce qui, on l\u2019aura compris \u00e0 force de me lire, m\u2019importe. Je ne veux pas dire qu\u2019\u00e9crire, jouer, chanter, danser\u2026 soit une croix en toute occasion, mais cette fa\u00e7on de ne compter pour rien le labeur, le r\u00e9p\u00e9titif, l\u2019absurde et l\u2019indigence qui sont \u00e9galement le lot d\u2019une vie d\u2019interpr\u00e8tes et de cr\u00e9ation parce qu\u2019il existe des moments o\u00f9 on aime profond\u00e9ment faire ce qu\u2019on fait, me semble un raccourci pitoyable. Pas tr\u00e8s \u00e9loign\u00e9 d\u2019ailleurs de celui qui accompagne le r\u00e9cit enchant\u00e9 de la parentalit\u00e9 depuis quelques ann\u00e9es et qui culpabilise \u00e0 bloc, mais en secret, des millions de parents quand ils souhaitent, un instant, abandonner leur enfant sur l\u2019autoroute, le jeter par la fen\u00eatre, n\u2019en avoir jamais eu, le voir s\u2019\u00e9tablir en Nouvelle-Z\u00e9lande. Tant qu\u2019on pr\u00e9f\u00e8re la culpabilit\u00e9 \u00e0 la responsabilit\u00e9, rien ne se fait, tout se fantasme.<\/p>\n\n\n\n<h3 class=\"wp-block-heading\">Samedi<\/h3>\n\n\n\n<p>Lu <em>Ma\u00efma\u00ef <\/em>de Shimazaki, dernier volet de son cycle <em>L\u2019Ombre du Chardon<\/em>. J\u2019aurai beaucoup pris d\u2019elle cet \u00e9t\u00e9, o\u00f9 j\u2019ai lu deux cycles. Je n\u2019ai pas grand m\u00e9rite&nbsp;: les livres sont courts et ne demandent pas, comme ceux de Claude Simon, par exemple, de r\u00e9apprendre \u00e0 lire. Phrases courtes. Premi\u00e8re personne du personnage principal. Action. Et une certaine fa\u00e7on de verbaliser sans ambages tout ce qui se ressent. Une grande pudeur doubl\u00e9e d\u2019une grande franchise. La lire m\u2019am\u00e8ne \u00e0 un endroit de simplicit\u00e9&nbsp;: tu veux raconter une histoire\u2009? Raconte-l\u00e0 d\u2019abord. Au lieu de chercher <strong>mille subterfuges <\/strong>pour qu\u2019elle soit int\u00e9ressante, avant m\u00eame d\u2019avoir \u00e9crit un mot. Depuis quelque temps, j\u2019ai le d\u00e9sir sinc\u00e8re de me d\u00e9-crypter. La relecture du manuscrit m\u2019en offre l\u2019occasion renouvel\u00e9e&nbsp;: il m\u2019arrive de ne plus savoir ce que j\u2019ai bien pu vouloir dire, tant j\u2019ai alambiqu\u00e9 le style. Et ce pour une seule raison&nbsp;: me cacher derri\u00e8re ma finesse. Je n\u2019ai plus envie que les gens voient mon intelligence. Je n\u2019en ai plus envie quand je joue, je n\u2019en ai plus envie quand j\u2019enseigne, et je n\u2019en ai plus envie quand j\u2019\u00e9cris. Dire \u00ab\u2009je n\u2019en ai plus envie\u2009\u00bb est une autre fa\u00e7on d\u2019\u00e9voquer un haut-le-c\u0153ur. Je n&rsquo;i pas fini de me prendre la main dans ce sac \u00e0 malice, mais j\u2019ai trop \u00e0 faire pour faire mon int\u00e9ressante en plus ou \u00e0 la place.<\/p>\n\n\n\n<p>Je touche \u00e0 la fin de l\u2019augmentation du chapitre <em>Cambrioler des villes<\/em>. Il y a dans le manuscrit de nombreuses r\u00e9serves dans lesquelles il va falloir couper, d&rsquo;autres \u00e0 retravailler, dont la destination doit changer. Je dois m\u2019attaquer aux parties manquantes du <em>voyage d\u2019Osmin<\/em>, titre provisoire du livre puisque je comptais consacr\u00e9 l\u2019\u00e9t\u00e9 \u00e0 ce seul passage. Il en a \u00e9t\u00e9 tout autrement, j\u2019ai d\u00e9velopp\u00e9 un \u00e9norme d\u00e9but, mari\u00e9 ensemble des parties que je pensais initialement distantes dans le temps, remis au premier plan un personnage secondaire (la soigneuse) et donner un r\u00f4le tr\u00e8s cons\u00e9quent pour l\u2019intelligibilit\u00e9 de l\u2019ensemble \u00e0 un figurant de la Caravane Kafila (Monsieur*). Si j\u2019ai avanc\u00e9 sur le voyage d\u2019Osmin, c\u2019est uniquement dans une relecture compl\u00e8te de la nature de ce dernier, qui a perdu son statut humain, comme une \u00e9vidence, d\u00e8s que j\u2019ai commenc\u00e9 \u00e0 \u00e9crire sur l\u2019eau. <a href=\"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/author\/jacdeturenne\/\">Jacques de&nbsp;Turenne<\/a> s\u2019interrogeait r\u00e9cemment&nbsp;: \u00e0 chaque proposition de <em><strong>f<\/strong><\/em> il faudrait tout reprendre, tout revoir, tout r\u00e9\u00e9crire. C\u2019est un peu ce qui s\u2019est pass\u00e9, mais faire entrer dans la mati\u00e8re existante la possibilit\u00e9 de la magie d\u2019Osmin n\u2019a pas \u00e9t\u00e9 le travail de reconstruction depuis les fondations qu\u2019il semble \u00e9voquer, plut\u00f4t du boulot d\u2019orf\u00e8vrerie, ou d\u2019aiguillage. Et s\u2019il y a eu reconstruction, c\u2019\u00e9tait \u00e0 la mani\u00e8re de la p\u00e9restro\u00efka\/\u043f\u0435\u0440\u0435\u0441\u0442\u0440\u043e\u0439\u043a\u0430. Par \u00ab\u2009re-construction\u2009\u00bb, on entendait \u00e0 l\u2019Ouest quelque chose qui s\u2019apparente \u00e0 la r\u00e9\u00e9dification sur le m\u00eame emplacement d\u2019un b\u00e2timent somme toute proche de l\u2019original, mais am\u00e9lior\u00e9, revu et corrig\u00e9. Les Russes n\u2019entendent pas le mot de la m\u00eame oreille et le pr\u00e9fixe \u00ab\u2009\u043f\u0435\u0440\u0435\u0441\u2009\u00bb aurait nous y mettre la puce qui ressemble dr\u00f4lement au grec \u00ab\u2009peri\u2009\u00bb, puisqu\u2019il signifie \u00ab\u2009autour\u2009\u00bb. Le projet \u00e9tait donc de construire \u00e0 c\u00f4t\u00e9, autour de. Ce qui veut dire \u00e0 la fois que cette construction \u00e9tait d\u00e9gag\u00e9e des fondations anciennes, mais que dans le m\u00eame temps elle ne cesserait de voisiner avec ce qui l\u2019avait pr\u00e9c\u00e9d\u00e9e.<\/p>\n\n\n\n<p>*NRDL : qui est une dame.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Je me souviens d\u2019avoir entendu f dire\u00a0: quand on en est \u00e0 \u00e9crire dix pages par jour. C\u2019est se mettre \u00e0 travailler d\u2019une certaine fa\u00e7on. Comme de partir t\u00f4t le matin pour marcher, ou faire du v\u00e9lo. J\u2019ai devant moins six jours pour faire quelque chose de cet acabit. Je ne vais pas compter les pages. Mais je vais ouvrir la bo\u00eete du temps pour le manuscrit. C\u2019est d\u00e9j\u00e0 bien en train. J\u2019ai une botte secr\u00e8te\u2026 <a class=\"more-link\" href=\"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/la-fabrique-ecrire-lautomne-vii\/\">Continuer la lecture<span class=\"screen-reader-text\">la fabrique | \u00c9crire l\u2019automne VII<\/span><span class=\"meta-nav\">&rarr;<\/span><\/a><\/p>\n","protected":false},"author":43,"featured_media":57077,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"h5ap_radio_sources":[],"footnotes":""},"categories":[2223,1],"tags":[2951,1244,2952,705,450,2953,1164,2950],"class_list":["post-57041","post","type-post","status-publish","format-standard","has-post-thumbnail","hentry","category-la-fabrique","category-atelier","tag-anniversaires","tag-engagement","tag-revue-dire","tag-sac","tag-serail","tag-shimazaki","tag-temps","tag-toni-morrison"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/57041","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/users\/43"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=57041"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/57041\/revisions"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/media\/57077"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=57041"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=57041"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=57041"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}