{"id":57123,"date":"2021-11-07T23:10:22","date_gmt":"2021-11-07T22:10:22","guid":{"rendered":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/?p=57123"},"modified":"2021-11-11T19:18:34","modified_gmt":"2021-11-11T18:18:34","slug":"paris-vendee","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/paris-vendee\/","title":{"rendered":"autobiographies #06 |\u00a0Paris Vend\u00e9e"},"content":{"rendered":"\n<p>Elle a pris le train de nuit au d\u00e9part de Paris pour se rendre \u00e0 La Rochelle, o\u00f9 une personne inconnue l&rsquo;attendra pour la loger quelques jours (pr\u00e9lude \u00e0 une destination dans la campagne vend\u00e9enne) son billet aller-simple rang\u00e9 dans son sac de toile, le retour ind\u00e9fini, suspendu \u00e0 l\u2019espoir d\u2019un matin plus clair lorsque la guerre aura cess\u00e9 de d\u00e9chirer les familles, aux jours meilleurs comme elle entend le dire si souvent, comme s\u2019il ne suffisait que d\u2019attendre et esp\u00e9rer, parfois m\u00eame oublier pourquoi elle est assise l\u00e0, fuyant une ville envahie, la gorge serr\u00e9e, surveillant la valise d\u00e9pos\u00e9e d\u00e8s l\u2019entr\u00e9e dans le wagon sur l\u2019\u00e9tag\u00e8re \u00e0 bagages situ\u00e9e au-dessus de son si\u00e8ge, bien avant que le wagon ne se remplisse de passagers aux visages ferm\u00e9s regardant avec douleur le quai et, au-del\u00e0, les fa\u00e7ades aux volets ferm\u00e9s dissimulant leur maison, leur appartement qu\u2019ils ont d\u00fb abandonner en m\u00eame temps que leurs souvenirs, comme elle l\u2019avait fait quelques instants plus t\u00f4t, mais elle a fini de pleurer \u00e0 pr\u00e9sent, elle s\u2019est tourn\u00e9e vers l\u2019homme qui, sur le quai, cherche son regard, articulant exag\u00e9r\u00e9ment pour qu\u2019elle comprenne alors que seul le tumulte des machines, le grouillement de l\u2019incompr\u00e9hensible lui parviennent de l\u2019ext\u00e9rieur, r\u00e9p\u00e9tant toujours les m\u00eames mots\u00a0: la valise\u00a0? la valise\u00a0? jusqu\u2019au moment o\u00f9 elle fait un mouvement de t\u00eate pour lui dire oui, oui elle a rang\u00e9 la valise tout pr\u00e8s d\u2019elle, la valise renfermant l\u2019argent de la vente de leur magasin d\u2019outillage <em>Les Forges de la Seine<\/em>, h\u00e9rit\u00e9 de son p\u00e8re et avant cela de son grand-p\u00e8re, vendu sur ordre des Allemands, heureusement \u00e0 un ami en qui ils ont confiance, n\u00e9cessitant que l\u2019homme reste encore pour r\u00e9gler quelques papiers, esp\u00e9rant la rejoindre tr\u00e8s vite \u00e0 la campagne loin du tumulte et du danger, inquiet tandis que le train se met en route au coup de sifflet du chef de gare, ne lui laissant que quelques minutes pour encore la regarder, avan\u00e7ant au rythme de la locomotive, chacun se faisant signe de part et d\u2019autre de la vitre poussi\u00e9reuse, l\u2019homme perdant de la distance, esp\u00e9rant un moment encore que tout cela ne soit qu\u2019un cauchemar, levant les deux bras vers elle avant de les laisser retomber et dispara\u00eetre \u00e0 la vue de la femme \u00e0 la faveur de la courbure des rails.<\/p>\n\n\n\n<p>Suzanne a pris le train de nuit au d\u00e9part de Paris, accompagn\u00e9e de ses deux filles, blotties dans ses bras, Suzy, la plus jeune, agrippant d\u2019une main encore gant\u00e9e son lapin blanc en peluche, de l\u2019autre la main de sa grande s\u0153ur, Claire, aux yeux grands ouverts d\u2019h\u00e9b\u00e9tude, destination La Rochelle au petit matin o\u00f9 une organisation aura d\u00e9sign\u00e9 une b\u00e9n\u00e9vole qui les attendra pour les h\u00e9berger et les nourrir quelques jours, (pr\u00e9lude \u00e0 une destination dans la campagne vend\u00e9enne), leurs billets aller-simple rang\u00e9s dans son sac de toile, le retour ind\u00e9fini, suspendu \u00e0 l\u2019espoir d\u2019un matin plus clair lorsque la guerre aura cess\u00e9 de d\u00e9chirer les familles, aux jours meilleurs comme elle entend le dire si souvent, comme s\u2019il ne suffisait que d\u2019attendre et esp\u00e9rer, parfois m\u00eame oublier pourquoi elle est assise l\u00e0, fuyant une ville envahie, la gorge serr\u00e9e, surveillant la valise d\u00e9pos\u00e9e d\u00e8s l\u2019entr\u00e9e dans le wagon sur l\u2019\u00e9tag\u00e8re \u00e0 bagages situ\u00e9e au-dessus de son si\u00e8ge, bien avant que le wagon ne se remplisse de passagers aux visages ferm\u00e9s regardant avec douleur le quai et, au-del\u00e0, les fa\u00e7ades aux volets ferm\u00e9s dissimulant leur maison, leur appartement qu\u2019ils ont d\u00fb abandonner en m\u00eame temps que leurs souvenirs, comme elle l\u2019avait fait quelques heures plus t\u00f4t, mais elle a fini de pleurer \u00e0 pr\u00e9sent, elle se tourne vers l\u2019homme qui, sur le quai, cherche son regard, articulant exag\u00e9r\u00e9ment pour qu\u2019elle comprenne alors que seul le tumulte des machines, le grouillement de l\u2019incompr\u00e9hensible lui parviennent de l\u2019ext\u00e9rieur, r\u00e9p\u00e9tant toujours les m\u00eames mots\u00a0: la valise\u00a0? la valise\u00a0? jusqu\u2019au moment o\u00f9 elle fait un mouvement de t\u00eate pour lui dire oui, oui elle a rang\u00e9 la valise tout pr\u00e8s d\u2019elle, la valise renfermant l\u2019argent de la vente de leur magasin d\u2019outillage <em>Les Forges de la Seine<\/em>, h\u00e9rit\u00e9 de son p\u00e8re et avant cela de son grand-p\u00e8re, vendu sur ordre des Allemands, heureusement \u00e0 un ami en qui ils ont confiance, n\u00e9cessitant que l\u2019homme reste encore pour r\u00e9gler quelques papiers, esp\u00e9rant la rejoindre tr\u00e8s vite \u00e0 La Rochelle avant de partir dans la campagne vend\u00e9enne sous une autre identit\u00e9, loin du tumulte et du danger, inquiet tandis que le train se met en route au coup de sifflet du chef de gare, ne lui laissant que quelques minutes pour encore la regarder, envoyer des baiser de la main aux petites, avan\u00e7ant au rythme de la locomotive, chacun se faisant signe de part et d\u2019autre de la vitre poussi\u00e9reuse, l\u2019homme perdant de la distance, esp\u00e9rant un moment encore que tout cela ne soit qu\u2019un cauchemar, levant les deux bras vers elle avant de les laisser retomber et dispara\u00eetre \u00e0 la vue de la femme \u00e0 la faveur de la courbure des rails, de sorte que les filles pleureront en silence jusqu\u2019\u00e0 ce que le train traverse la rase campagne, le gris de l\u2019horizon, des gares o\u00f9 l\u2019on ne s\u2019arr\u00eate pas, puis elles s\u2019endormiront bien apr\u00e8s que les chuchotements du wagon auront cess\u00e9, chacun s\u2019\u00e9piant, m\u00e9fiants, n\u2019osant engager la conversation au cas o\u00f9\u2026, si jamais\u2026, on ne saurait dire ce que l\u2019on redoute dans ce wagon en mouvement mais la peur est partout et l\u2019espoir, aussi lourd que leurs valises refuse d\u2019entendre leur nouveau nom, r\u00e9fugi\u00e9s, celui qui leur sera donn\u00e9 sur le quai de la gare dans quelques heures, au matin d\u2019une nuit blanche.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-light-gray-background-color has-background has-small-font-size\">Tentative d&rsquo;un texte \u00e0 joindre \u00e0 Faire un livre. Ne connaissant pas assez le paysage ferroviaire de cette \u00e9poque je suis rest\u00e9e sur les deux personnages qui sont \u00e0 creuser. Qui sont ils plus pr\u00e9cis\u00e9ment ?<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Elle a pris le train de nuit au d\u00e9part de Paris pour se rendre \u00e0 La Rochelle, o\u00f9 une personne inconnue l&rsquo;attendra pour la loger quelques jours (pr\u00e9lude \u00e0 une destination dans la campagne vend\u00e9enne) son billet aller-simple rang\u00e9 dans son sac de toile, le retour ind\u00e9fini, suspendu \u00e0 l\u2019espoir d\u2019un matin plus clair lorsque la guerre aura cess\u00e9 de <a class=\"more-link\" href=\"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/paris-vendee\/\">Continuer la lecture<span class=\"screen-reader-text\">autobiographies #06 |\u00a0Paris Vend\u00e9e<\/span><span class=\"meta-nav\">&rarr;<\/span><\/a><\/p>\n","protected":false},"author":247,"featured_media":0,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"h5ap_radio_sources":[],"footnotes":""},"categories":[2820,2915],"tags":[],"class_list":["post-57123","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-cycle_autobiographies","category-autobiographies-06"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/57123","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/users\/247"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=57123"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/57123\/revisions"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=57123"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=57123"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=57123"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}