{"id":57230,"date":"2021-11-08T16:54:11","date_gmt":"2021-11-08T15:54:11","guid":{"rendered":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/?p=57230"},"modified":"2021-11-18T15:43:19","modified_gmt":"2021-11-18T14:43:19","slug":"autobiographie-3-le-hetre-au-grand-trou","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/autobiographie-3-le-hetre-au-grand-trou\/","title":{"rendered":"autobiographies #03 | le h\u00eatre au grand trou"},"content":{"rendered":"\n<p>Son grand trou rond plant\u00e9 l\u00e0 dans la base de son tronc, noueux. Une excavation de la chair, une bouche en sourdine, un \u0153il g\u00e9ant dard\u00e9 sur ses pairs, une coupe o\u00f9 boire la s\u00e8ve, un creux, un ventre\u2026 un ventre o\u00f9 se rouler en boule. Se coucher sur le lit d\u2019humus, entre les cernes \u00e9pais o\u00f9 creusent les insectes. Remonter le temps, le temps o\u00f9 ses racines \u00e9taient jeunes et douces, lignes fragiles qui fouissent dans la terre pour s\u2019ancrer l\u00e0. Le temps o\u00f9 ce petit h\u00eatre jadis est n\u00e9, l\u00e0, voil\u00e0 quoi, des dizaines d\u2019ann\u00e9es, une centaine peut-\u00eatre. Ce petit h\u00eatre, qui darde son trou sur ses cong\u00e9n\u00e8res au milieu de la for\u00eat, si singulier dans sa silhouette trapue \u00e0 la base, avec son trou tout au milieu comme si on lui avait \u00f4t\u00e9 le c\u0153ur et qu\u2019il l\u2019appelle, qu\u2019il\u00a0le hurle ce petit c\u0153ur arrach\u00e9, le c\u0153ur de ce h\u00eatre, de cet arbre, le c\u0153ur de la for\u00eat, qui survit pourtant, et crie, en sourdine, par ce trou. On y passe la main, on y passe le bras, on y passe la t\u00eate et le corps peut-\u00eatre tout entier quand on est un petit \u00eatre qui vient se glisser l\u00e0 \u00e0 l\u2019abri des fusils qui claquent. On peut y sentir la palpitation flottante des arbres, le froissement de tous les h\u00eatres autour, qui viennent le toucher du bout des feuilles, de la pointe de leurs petites feuilles encore accroch\u00e9es, vert tendre, jaune d\u2019automne, puis \u00e0 leurs pieds, toute la for\u00eat aux pieds roux, qui tremble sous les premiers flocons. On peut sentir les branches tendues \u00e0 l\u2019horizontale, l\u00e0 o\u00f9 la lumi\u00e8re descend, se faufile \u00e0 travers la ramure des a\u00een\u00e9s, l\u00e0 o\u00f9 l\u2019espace s\u2019ouvre pour laisser grandir, o\u00f9 l\u2019espace s\u2019ouvre tout \u00e0 c\u00f4t\u00e9 mais pas contre, pas dans, pas sur les branches des autres, tout juste \u00e0 la limite. En miroir, les racines creusent des labyrinthes o\u00f9 la terre s\u2019ouvre, \u00e9toilent l\u2019ancrage au sol sans se nouer. Pour respirer. Quand on na\u00eet arbre, cette place l\u00e0 o\u00f9 on est tomb\u00e9, c\u2019est pour des dizaines, des centaines d\u2019ann\u00e9es. Se caresser, du bout des petites feuilles qui vibrent dans l\u2019air. Ce h\u00eatre avec son trou, ce h\u00eatre-l\u00e0, il a le tronc tout ramass\u00e9, tout biscornu, il n\u2019a pas pouss\u00e9 vers le haut, il a rondi. Des couches et des couches d\u2019\u00e9corce sculpt\u00e9es au ras du sol, l\u00e0 o\u00f9 il entend le mieux les murmures, les fr\u00f4lements. Il \u00e9coute le vieil h\u00eatre. Il \u00e9coute les chants de proche en loin, les souffles qui traversent, qui cr\u00e8vent le temps, p\u00e9n\u00e8trent la terre, vibrent dans les trous d\u2019\u00e9corce. Il en est tout enfl\u00e9 de ces murmures, il les attrape, il les enroule autour de son c\u0153ur manquant. Il s\u2019en est tiss\u00e9 une carapace qu\u2019il \u00e9paissit cerne apr\u00e8s cerne, une carapace pour son trou o\u00f9 viennent s\u2019enfouir de petits \u00eatres. Il sent le tambour de leur vie cogner entre ses peaux, cogner vite, leur c\u0153ur tout mou nich\u00e9 entre des branches toutes t\u00e9nues, si t\u00e9nues qu&rsquo;il en tremble pour eux.\u00a0<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Son grand trou rond plant\u00e9 l\u00e0 dans la base de son tronc, noueux. Une excavation de la chair, une bouche en sourdine, un \u0153il g\u00e9ant dard\u00e9 sur ses pairs, une coupe o\u00f9 boire la s\u00e8ve, un creux, un ventre\u2026 un ventre o\u00f9 se rouler en boule. Se coucher sur le lit d\u2019humus, entre les cernes \u00e9pais o\u00f9 creusent les insectes. <a class=\"more-link\" href=\"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/autobiographie-3-le-hetre-au-grand-trou\/\">Continuer la lecture<span class=\"screen-reader-text\">autobiographies #03 | le h\u00eatre au grand trou<\/span><span class=\"meta-nav\">&rarr;<\/span><\/a><\/p>\n","protected":false},"author":402,"featured_media":0,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"h5ap_radio_sources":[],"footnotes":""},"categories":[2820,2858],"tags":[],"class_list":["post-57230","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-cycle_autobiographies","category-autobiographie-03"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/57230","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/users\/402"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=57230"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/57230\/revisions"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=57230"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=57230"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=57230"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}