{"id":57307,"date":"2021-11-09T10:32:59","date_gmt":"2021-11-09T09:32:59","guid":{"rendered":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/?p=57307"},"modified":"2021-11-09T11:28:38","modified_gmt":"2021-11-09T10:28:38","slug":"autobiographie-04-ce-numero-nest-plus-attribue","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/autobiographie-04-ce-numero-nest-plus-attribue\/","title":{"rendered":"autobiographies #04 | ce num\u00e9ro n&rsquo;est plus attribu\u00e9&#8230;"},"content":{"rendered":"\n<p>Le carnet \u00e0 la couverture noire avec un \u00e9lastique distendu qui ne maintient plus vraiment les informations qu\u2019il enserre. L\u2019\u00e9criture pench\u00e9e et ample ne laisse aucun doute sur son propri\u00e9taire. Ce n\u2019est pas un carnet d\u2019adresse par ordre alphab\u00e9tique comme on trouvait autrefois, mais un carnet \u00e0 tout faire, pour prendre des notes, \u00e0 petits carreaux et assez \u00e9pais, d\u2019une dimension de 13&#215;21 cm, de conception ancienne, et qui, ayant \u00e9t\u00e9 manipul\u00e9 avec intensit\u00e9, a perdu de sa splendeur. Ce qui surprend ce sont tous ces noms barr\u00e9s, principalement au d\u00e9but de ce carnet, ray\u00e9s au stylo rouge&nbsp;; ils r\u00e9apparaissent quelquefois plus loin avec une nouvelle adresse, puis au fur et \u00e0 mesure des pages tourn\u00e9es, des num\u00e9ros de t\u00e9l\u00e9phone s\u2019inscrivent \u00e0 leur tour, dans un premier temps avec six chiffres, puis avec la num\u00e9rotation actuelle sur les derni\u00e8res pages. C\u2019est un carnet retrouv\u00e9 dans le premier tiroir du bureau \u00e0 gauche positionn\u00e9 bien en \u00e9vidence afin de pouvoir s\u2019en saisir rapidement. Des noms se succ\u00e8dent, connus et inconnus ou d\u00e9j\u00e0 oubli\u00e9s\u2026 Mon patronyme revient \u00e0 de nombreuses reprises mais avec des pr\u00e9noms divers dont je ne sais plus toujours \u00e0 qui ils font r\u00e9f\u00e9rence. Pour la plupart c\u2019est la g\u00e9n\u00e9ration d\u2019encore avant avant&nbsp;: ceux-l\u00e0 sont ray\u00e9s depuis fort longtemps et ne r\u00e9apparaissent plus dans la liste&nbsp;: leur adresse au cimeti\u00e8re n\u2019est jamais mentionn\u00e9e. Le d\u00e9partement donn\u00e9 est un de ceux d\u2019Auvergne, de ceux qui ont fourni \u00e0 Paris marchands de charbon et gar\u00e7ons de caf\u00e9, issus de cette g\u00e9n\u00e9ration de paysans qui peinaient \u00e0 nourrir leurs familles. Cordesse et le souvenir d\u2019une visite ou deux aupr\u00e8s de ces grands oncle et tante \u00e0 l\u2019accent rocailleux&nbsp;: la maison est en granit avec cette alternance de pierres claires et fonc\u00e9es et le toit aux ardoises. On est assis autour de la table pour prendre le caf\u00e9 ou une grenadine, la pi\u00e8ce est sombre, nous sommes pourtant en \u00e9t\u00e9 mais je ne suis pas s\u00fbre qu\u2019il y ait des fen\u00eatres, ou alors sont-elles obstru\u00e9es de rideaux qui retiennent la lumi\u00e8re. Et le tic-tac obs\u00e9dant de l\u2019horloge, la grande horloge ins\u00e9r\u00e9e sur un des murs de cette salle et qui capte \u00e0 la fois mon regard et mes oreilles. Ma haine des horloges ou des r\u00e9veils viendrait-elle de cette maison-l\u00e0&#8230;<\/p>\n\n\n\n<p>Sur une page ancienne du carnet noir, encore une fois mon patronyme suivi de doux pr\u00e9noms, pas de num\u00e9ro de t\u00e9l\u00e9phone non plus, juste le nom de la minuscule commune loz\u00e9rienne, sans nom de rue, \u00e0 quoi bon\u2026 L\u00e0 j\u2019y suis all\u00e9e plusieurs fois, enfant, et il y avait le chien qui aboyait puis nous tournait autour mais sans agressivit\u00e9, la large cour au-devant de la b\u00e2tisse, moiti\u00e9 cour moiti\u00e9 terrain herbeux o\u00f9 l\u2019on aurait pu jouer mais on n\u2019\u00e9tait pas venu pour \u00e7a et puis de toute fa\u00e7on il faisait toujours froid quand on montait dans ce village, m\u00eame l\u2019\u00e9t\u00e9, alors on se r\u00e9fugiait dans la grande cuisine o\u00f9 le fourneau faisait son office et o\u00f9 dans peu de temps une d\u00e9licieuse tarte aux pommes allait jaillir. La table \u00e9tait adoss\u00e9e sur la partie la plus \u00e9troite au mur de la fen\u00eatre pour absorber toute la lumi\u00e8re qui p\u00e9n\u00e9trait avec parcimonie. La tante s\u2019activait, ne s\u2019asseyait jamais avec nous, toujours pr\u00eate \u00e0 nous servir, \u00e0 nous choyer. L\u2019apr\u00e8s-midi on rejoindrait le cimeti\u00e8re \u00e0 pied, histoire de saluer les absents, d\u2019\u00e9couter les anecdotes, un peu toujours les m\u00eames, lorsque la famille et tous les habitants du village avaient d\u00fb fuir pendant la deuxi\u00e8me guerre, apr\u00e8s l\u2019embrasement des maisons \u2013 mais pas l\u2019\u00e9glise &#8212; par les allemands par r\u00e9pression \u00e0 une attaque de maquisards r\u00e9fugi\u00e9s dans la montagne toute proche. On essayait d\u2019imaginer les gens poussant les troupeaux pendant des kilom\u00e8tres avant de trouver refuge chez des proches pour plusieurs mois&#8230;Ce village, souvent dans le brouillard, n\u2019a pas encore fini d\u2019exhumer toute cette tristesse. Le nom du village reste tout mouill\u00e9 entre les l\u00e8vres.<\/p>\n\n\n\n<p>Il faut bien tourner les pages m\u00eame si les ratures n\u2019en finissent pas d\u2019obscurcir le regard. C\u2019est tout mort. L\u00e0 c\u2019est un hameau du village de l\u2019\u00e9t\u00e9, des vacances de l\u2019enfance. Une maison isol\u00e9e, la seule du hameau, un nom rien que pour elle et qui rime d\u2019une rime riche avec mon pr\u00e9nom. La visite annuelle que l\u2019on faisait au mois d\u2019ao\u00fbt, par une belle journ\u00e9e car on y allait \u00e0 pied et que l\u2019on batifolait un peu avant d\u2019y arriver, \u00e0 cueillir des m\u00fbres, \u00e0 se cacher derri\u00e8re des arbres, \u00e0 courir, \u00e0 chanter \u00e0 tue-t\u00eate\u2026 Et l\u2019arriv\u00e9e au moment o\u00f9 la cousine sortait ses ch\u00e8vres dans le pr\u00e9 qui jouxte la maison et l\u2019empressement que l\u2019on avait \u00e0 leur cueillir des feuilles des fr\u00eanes qui bordaient le chemin et la joie des b\u00eates qui se pressaient autour de nous. Ensuite entrer dans la cuisine assez vaste avec le moulin \u00e0 caf\u00e9 accroch\u00e9 sur le mur et voir la cousine, presque aveugle, toucher de ses mains rid\u00e9es l\u2019habitacle pour faire glisser les grains sans en tomber, moudre avec volont\u00e9 puis faire chauffer l\u2019eau sur le fourneau et faire un caf\u00e9 pour les femmes et donner du gros rouge pour les hommes, une grenadine pour les enfants, tout cela avec un sourire et des plaisanteries qui fusaient. La boite de g\u00e2teaux s\u2019ouvrait et les petits beurres se mangeaient pendant qu\u2019une ou deux poules tentaient de picorer les miettes tomb\u00e9es au sol. Le toit de la maison s\u2019est enflamm\u00e9 un soir d\u2019orage et il n&rsquo;y a plus eu d&rsquo;apr\u00e8s.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Le carnet \u00e0 la couverture noire avec un \u00e9lastique distendu qui ne maintient plus vraiment les informations qu\u2019il enserre. 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