{"id":57370,"date":"2021-11-09T18:39:05","date_gmt":"2021-11-09T17:39:05","guid":{"rendered":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/?p=57370"},"modified":"2021-11-17T16:40:30","modified_gmt":"2021-11-17T15:40:30","slug":"autobiographies-01-trajets","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/autobiographies-01-trajets\/","title":{"rendered":"autobiographies #01 | trajets"},"content":{"rendered":"\n<p>Du troisi\u00e8me \u00e9tage, les marches us\u00e9es de l&rsquo;escalier de pierre d\u00e9valent la rampe froide au go\u00fbt de fer rouill\u00e9. Odeur des poubelles pourtant ramass\u00e9es tr\u00e8s t\u00f4t chaque matin, haut mur de boites aux lettres en bois cir\u00e9, plaques de cuivre rivet\u00e9es ou bouts de carton punais\u00e9s. Claquement de bois de la porte. La rue. Etroit couloir entre les immeubles sombres. La rue. Respiration r\u00eache ponctu\u00e9e par la bascule rouge vert au carrefour du bas, les moteurs des voitures qui s&rsquo;arr\u00eatent, qui red\u00e9marrent, entre, suspendus, brefs instants de presque silence. Lueurs dans les yeux, les \u00e9clairs bleut\u00e9s au sommet des perches du trolley quand elles tressautent sur le c\u00e2ble. La rue tourne, \u00e9chappe aux immeubles au fur et \u00e0 mesure qu&rsquo;elle monte vers la place ronde.<\/p>\n\n\n\n<p>Au bout de l&rsquo;avenue, la rue \u00e0 traverser avant le passage \u00e0 niveau. La barri\u00e8re ferm\u00e9e. Coup de klaxon rauque. Les longs fanons rouges et blancs oscillent. Accrocher ton bras. Les phares ronds de la locomotive. Haut ton bras. Les wagons, lente plainte de l&rsquo;acier frott\u00e9 contre l&rsquo;acier, grincement des articulations m\u00e9talliques, c&rsquo;est sans fin, plateformes charg\u00e9es de troncs d&rsquo;arbres morts. Serrer ton bras. Citernes, wagons rouges couverts, les portes bringuebalantes, vacarme, les rails commencent \u00e0 glisser \u00e0 reculons, \u00e7a ne finira jamais, la claque d&rsquo;air entre chaque wagon, vertige, tout pourrait s&rsquo;arr\u00eater l\u00e0, pr\u00e9cipit\u00e9 dans le fracas du cauchemar.<\/p>\n\n\n\n<p>Longer le haut mur d&rsquo;enceinte de l&rsquo;usine, \u00e9couter, \u00e0 peine \u00e9touff\u00e9s, les bruits de la ferraille d\u00e9vers\u00e9e, les coups de klaxon des fenwicks, les g\u00e9missements des rideaux m\u00e9talliques, des hommes parlent, on ne les voit pas, on ne peut pas comprendre pas ce qu&rsquo;ils se crient, la main ripe sur le rugueux du mur, la rue vide, longue, une impasse, obstru\u00e9e, palissade de t\u00f4le ondul\u00e9e bloquant l&rsquo;acc\u00e8s aux faisceaux de voies de la gare de fret, l&rsquo;herbe verte entre les voies, parfois des fleurs mauves, fragiles, longer le mur d&rsquo;enceinte encore, en lettres rouge, \u00ab\u00a0cours camarade le vieux monde est derri\u00e8re toi\u00a0\u00bb, scander d&rsquo;un pas plus vif, \u00ab\u00a0camarade\u00a0! le vieux monde\u00a0! il est derri\u00e8re toi\u00a0! cours\u00a0!\u00bb, la fen\u00eatre grillag\u00e9e du bureau des gardes, n\u00e9ons blanc ros\u00e9, on est entr\u00e9, une fois, \u00e7a sentait l&rsquo;air us\u00e9 et le caf\u00e9 brul\u00e9, la petite porte \u00e0 barreau pour les pi\u00e9tons, ferm\u00e9e, le lourd portail plein, t\u00f4le bleu d\u00e9lav\u00e9e, des coulures de rouille, les gardes le font coulisser quand ils l&rsquo;ouvrent, ferm\u00e9, un pied appuy\u00e9 contre le mur d&rsquo;enceinte de l&rsquo;usine, attendre. Le hurlement de la sir\u00e8ne du soir.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Du troisi\u00e8me \u00e9tage, les marches us\u00e9es de l&rsquo;escalier de pierre d\u00e9valent la rampe froide au go\u00fbt de fer rouill\u00e9. Odeur des poubelles pourtant ramass\u00e9es tr\u00e8s t\u00f4t chaque matin, haut mur de boites aux lettres en bois cir\u00e9, plaques de cuivre rivet\u00e9es ou bouts de carton punais\u00e9s. Claquement de bois de la porte. La rue. Etroit couloir entre les immeubles sombres. <a class=\"more-link\" href=\"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/autobiographies-01-trajets\/\">Continuer la lecture<span class=\"screen-reader-text\">autobiographies #01 | trajets<\/span><span class=\"meta-nav\">&rarr;<\/span><\/a><\/p>\n","protected":false},"author":404,"featured_media":0,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"h5ap_radio_sources":[],"footnotes":""},"categories":[2820,2821],"tags":[],"class_list":["post-57370","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-cycle_autobiographies","category-autobiographie-01"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/57370","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/users\/404"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=57370"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/57370\/revisions"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=57370"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=57370"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=57370"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}