{"id":57434,"date":"2021-11-13T07:16:00","date_gmt":"2021-11-13T06:16:00","guid":{"rendered":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/?p=57434"},"modified":"2021-12-03T07:40:28","modified_gmt":"2021-12-03T06:40:28","slug":"autobiographie8-dimanche-au-cinquieme-sans-ascenseur","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/autobiographie8-dimanche-au-cinquieme-sans-ascenseur\/","title":{"rendered":"autobiographies #08 | Dimanche et le hangar \u00e0 poules."},"content":{"rendered":"\n<p class=\"wp-block-paragraph\" style=\"font-size:19px\">C\u2019\u00e9taient les gouters d\u00eener du dimanche autour de la table de la salle \u00e0 manger; cette table trop grande pour la pi\u00e8ce; cette pi\u00e8ce trop petite pour contenir tant de monde; tant de chaises\u00a0; les paille et bois; les lourdes \u00e0 montant chantourn\u00e9; les pliantes en m\u00e9tal; toutes branlantes\u00a0; en moyenne cinq adultes et six enfants, souvent plus, autour de cette table qu\u2019une plaque de verre d\u00e9coup\u00e9es dans les entrep\u00f4ts d\u2019un th\u00e9\u00e2tre, recouvrait; sa marqueterie us\u00e9e; du temps o\u00f9 l&rsquo;on mangeait avec une nappe sans molleton; carr\u00e9s couverts d\u2019embus; de lignes; d\u2019aur\u00e9oles qui se voyaient sous le verre; paysages \u00e0 suivre avec le doigt dans le raffut des conversations; les tasses de porcelaine d\u00e9pareill\u00e9es; les mug; souvenirs de famille; de tourn\u00e9es; de voyages linguistiques des enfants; celle avec la reine d\u2019Angleterre et celle avec Staline; la fleurie; les verres cantine; les verres \u00e0 pieds; les petites assiettes \u00e9br\u00e9ch\u00e9es, les deux th\u00e9i\u00e8res; l\u2019une au th\u00e9 noir, l\u2019autre au th\u00e9 caram\u00e9lis\u00e9 qu\u2019on avait du mal \u00e0 finir; ce th\u00e9 offert par un am\u00e9ricain de passage \u2014 car on ne g\u00e2chait rien et surtout pas les cadeaux; les jus en bouteille de verre\u00a0; le pain de mie d\u2019aspect javellis\u00e9 cram\u00e9 aux angles; l\u2019odeur du toasteur dont la grille rougeoyait; le fromage qui coulait sous cloche\u2014 il y avait les amateurs de sal\u00e9; munster; gruy\u00e8re; camembert; jouxtant la boite en carton du p\u00e2tissier avec les g\u00e2teaux individuels qu\u2019on se partageait; une tarte aux fraises garnie de cr\u00e8me p\u00e2tissi\u00e8re \u2014 elle perdait toujours ses fraises; les choux \u00e0 la cr\u00e8me moussus; l\u2019\u00e9clair au chocolat d\u2019o\u00f9 s\u2019\u00e9chappait la garniture et dont en s\u2019appliquant on pouvait faire jusqu&rsquo;\u00e0 cinq parts; le plat avec la tarte maison; celle au fruits de saison que les enfants ne voulaient pas go\u00fbter; se ruaient sur les g\u00e2teaux secs de la boite en fer; de sa boite en fer; la russe noir et or avec l\u2019ours en relief; quand lui dormait sur le sofa du petit salon; un classeur sur le ventre et toutes \u00a0les\u00a0 feuilles r\u00e9pandues sur la moquette moutarde\u00a0; feuilles de service ou plans de sc\u00e8ne portant le cachet du th\u00e9\u00e2tre; et la poup\u00e9e de porcelaine pos\u00e9e sur le bord du meuble qui lui faisait comme un chapeau; ce meuble \u00e0 pain en noyer vernis de sa m\u00e8re, la m\u00e9m\u00e9 d\u00e9j\u00e0 morte; les fauteuils d\u00e9pareill\u00e9s; les deux dix-huiti\u00e8me au tissus soyeux effiloch\u00e9s: sc\u00e8nes tendres en broderies; figures emperruqu\u00e9es et arbres \u00e0 la fran\u00e7aise; le fauteuil directoire instable; le russe fa\u00e7on crapaud \u00e0 c\u00f4t\u00e9 du cuir trapus et r\u00e2peux, le bureau plein de courriers; la biblioth\u00e8que aux pl\u00e9iades en poussi\u00e8re; la lettre de Moli\u00e8re encadr\u00e9e; leurs photos; elle et lui; leurs photos dans des costumes d\u2019un autre \u00e2ge; leurs visages d\u2019avant\u00a0; leurs jeunes visages en images dans l\u2019appartement qui surplombe la rue pav\u00e9e o\u00f9 d\u00e9ambulent des groupes hagards; touristes descendus d\u2019autocars\u00a0; leur bruit; leurs langues; et le marchand de Sacr\u00e9s- C\u0153urs\u00a0; le marchand de glaces \u00e0 l\u2019italienne; rose; vert; jaune; en torsades sur les cornets \u00e0 une, deux; ou trois t\u00eates; la boutique des mille et une nuits avec ses soieries synth\u00e9tiques; l\u2019arri\u00e8re porte en fer des catcheurs dans le renfoncement de l\u2019immeuble tout en bas; en face de la fen\u00eatre du salon o\u00f9 il dort; lui qui s\u2019\u00e9veillera; un ultime ronflement; un sursaut; regardera sa montre\u00a0; un bracelet large qui tourne autour du poignet velu jusqu\u2019au doigts\u00a0; l\u2019alliance en or blanc;\u00a0 qui d\u00e9boulera dans la salle \u00e0 manger;\u00a0 houspillera son monde; gentiment : qu\u2019on aurait pu le r\u00e9veiller\u00a0; qu\u2019il serait en retard\u2026<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\" style=\"font-size:19px\">Atteindre le troisi\u00e8me b\u00e2timent \u2014 on s\u2019est engag\u00e9 sur le chemin de terre\u2014; cet ancien hangar \u00e0 poules&nbsp; sur la droite; un baraquement d\u2019une longueur de 15 m\u00e8tres; plut\u00f4t bas&nbsp;; 3m50 entre les fermes tout de m\u00eame; une double porte en fer&nbsp;; sa serrure moderne avec une cl\u00e9 \u00e0 trous&nbsp;; parfois la porte bloque; mousses&nbsp;; herbes&nbsp;; on ouvre; des cailloux raclent le ciment; d\u00e8s l\u2019entr\u00e9e on voit des choses; un arrangement bizarre&nbsp;; une t\u00eate d\u2019ours polaire ou ce cheval \u00e0 bascule dont les pattes sont envelopp\u00e9es de bandes sanguinolentes; une mandoline; des verres et des armes de poing sur une \u00e9tag\u00e8re; au sol un amoncellement de sacs de jute; comme une r\u00e9serve de c\u00e9r\u00e9ales; un diable&nbsp;; une chaise de fer peinte en rouge ; des valises en cartons bouilli et des boites \u00e0 chapeaux; le jour enlumine la verri\u00e8re; il vibre plus qu&rsquo;il ne traverse la couche de verre empoussi\u00e9r\u00e9; le courant d&rsquo;air fait danser des fant\u00f4mes d&rsquo;araign\u00e9es; on allume les grands fluo qui donnent aux choses et aux peaux une teinte bl\u00eame; sur la gauche de l&rsquo;entr\u00e9e se trouve une pi\u00e8ce obscure;  les fen\u00eatres sont aveugles; masqu\u00e9s de carton ou d&rsquo;anciennes affiches; en t\u00e2tonnant retrouver l\u2019interrupteur sous une manche de costume pendu; des lin\u00e9aires de v\u00eatements; tous ces costumes recouverts de draps ou de rideaux recycl\u00e9s; les prot\u00e9ger du rayonnement lunaire;  d&rsquo;elle qui aime la soie; les lins teints; toutes ces nippes en sommeil; ces perruques d\u00e9coiff\u00e9es sur leurs t\u00eates de polystyr\u00e8ne avec les noms d&rsquo;acteurs ou de personnages au marqueur ind\u00e9l\u00e9bile; des mannequins au corps d&rsquo;enfants sont assis sur une longue \u00e9tag\u00e8re; nus et glabres;  leurs paumes sans doigts suspendus dans l&rsquo;air; il semble qu&rsquo;ils applaudissent&#8230;<\/p>\n\n\n\n<figure class=\"wp-block-embed is-type-rich is-provider-soundcloud wp-block-embed-soundcloud\"><div class=\"wp-block-embed__wrapper\">\nhttps:\/\/soundcloud.com\/nathalie-holt\/dimanche8\n<\/div><\/figure>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>C\u2019\u00e9taient les gouters d\u00eener du dimanche autour de la table de la salle \u00e0 manger; 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