{"id":57591,"date":"2021-11-13T22:13:20","date_gmt":"2021-11-13T21:13:20","guid":{"rendered":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/?p=57591"},"modified":"2021-11-17T18:39:39","modified_gmt":"2021-11-17T17:39:39","slug":"autobiographie-08-oasis-persistants","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/autobiographie-08-oasis-persistants\/","title":{"rendered":"autobiographies #08 | oasis persistants"},"content":{"rendered":"\n<p>C&rsquo;\u00e9tait dans l&rsquo;appartement tournant\u00a0; \u00e0 vingt-deux vingt trois heures\u00a0; assis l&rsquo;un en face de l&rsquo;autre\u00a0; studieux occup\u00e9s \u00e0 la table de la salle \u00e0 manger\u00a0; la maison endormie\u00a0; dans l&rsquo;alc\u00f4ve attenante sans porte\u00a0; la m\u00e8re dormait\u00a0; la couverture remont\u00e9e haute jusqu&rsquo;aux oreilles\u00a0; le lampadaire torsad\u00e9 \u00e9clairait sourdement la pi\u00e8ce\u00a0; l&rsquo;abat-jour tr\u00e8s grand\u00a0; dans les tons beige et marron\u00a0; un bateau \u00e0 voile peint dessus\u00a0; les grandes tentures rouges aux deux fen\u00eatres\u00a0; hautes les fen\u00eatres tristes\u00a0; trois portes blanc cass\u00e9 ternies\u00a0; plus deux portes semblables comme placard\u00a0; la porte donnant sur la cuisine est en biais dans le coin\u00a0; soigneusement ferm\u00e9e\u00a0; pour chasser enfermer les odeurs\u00a0; \u00e0 c\u00f4t\u00e9 le grand buffet Henri IV ou V on n&rsquo;a jamais su\u00a0; pas d&rsquo;information l\u00e0-dessus\u00a0; \u00e0 une p\u00e9riode pas si lointaine l&rsquo;oncle pr\u00eatre avait travaill\u00e9 avec le Gaffiot avec le fr\u00e8re\u00a0; dans cette m\u00eame pi\u00e8ce\u00a0; la soeur avait \u00e9cout\u00e9 tr\u00e8s int\u00e9ress\u00e9e et puis rien\u00a0; un calme apparent \u00e0 la table o\u00f9 ils \u00e9taient assis\u00a0; le p\u00e8re compl\u00e9tait les ressources du foyer en \u00abfaisant des contributions\u00bb mots choisis pour expliquer ces grands cahiers\u00a0; on allait aux imp\u00f4ts les chercher\u00a0; il s&rsquo;agissait de remplir de nombreuses colonnes pleines de chiffres\u00a0; le nom des gens leur adresse\u00a0; puis le montant de divers calculs obscurs\u00a0; en vue de calculer les imp\u00f4ts dus par les citoyens\u00a0; \u00e0 longueur de veill\u00e9e\u00a0; de l&rsquo;\u00e9lectrophone pos\u00e9 avec soin sur la desserte sortait la symphonie pastorale\u00a0; explication sans doute de la couverture remont\u00e9e sur la t\u00eate de la maman\u00a0; le p\u00e8re levait la t\u00eate de temps \u00e0 autre sur sa fille assise en face de lui\u00a0; laquelle avec les livres en pile \u00e9tait absorb\u00e9e dans ses r\u00e9visions du baccalaur\u00e9at\u00a0; ils \u00e9changeaient un sourire complice mais reprenaient tr\u00e8s vite leur travail\u00a0;<br><\/p>\n\n\n\n<p>dans la maison juste apr\u00e8s le pont&nbsp;; un appartement tournant encore&nbsp;; comme c&rsquo;\u00e9tait souvent le cas dans ces ann\u00e9es l\u00e0&nbsp;; d\u00e9s le pas de porte l&rsquo;ambiance est donn\u00e9e&nbsp;; jamais les gens ne s&rsquo;\u00e9taient habitu\u00e9s \u00e0 prendre la vraie entr\u00e9e de l&rsquo;autre c\u00f4t\u00e9 de la maison&nbsp;; tous rentraient du c\u00f4t\u00e9 de l&rsquo;impasse&nbsp;; le pas de porte franchi ils tombaient directement sur la chambre des gar\u00e7ons&nbsp;; tr\u00e8s sommaire d&rsquo;ailleurs&nbsp;; un tapis brosse marron clair que les enfants repoussaient toujours dans le coin&nbsp;; et surtout les deux matelas par terre sans sommier&nbsp;; entre les deux une minuscule table de nuit avec un tout petit tiroir&nbsp;; le plus grand l&rsquo;avait fabriqu\u00e9e avec une plaque de contreplaqu\u00e9 ; juste \u00e0 c\u00f4t\u00e9 la chambre des filles&nbsp;; vers la fen\u00eatre un petit bureau et le lit sans sommier&nbsp;; du c\u00f4t\u00e9 de la porte un bureau l\u00e9g\u00e8rement plus grand&nbsp;; le lit \u00e9galement un matelas par terre ; c&rsquo;\u00e9tait les cavalcades des enfants dans les pi\u00e8ces de la maison tournante&nbsp;; les jeux sous la table recouverte d&rsquo;un drap&nbsp;;  avec tout un fourbi de vaisselle de peluches de ballons de petites voitures&nbsp;; les soirs o\u00f9 les parents tranquilles lisaient dans la cuisine&nbsp;; les livres de poche qu&rsquo;ils avaient achet\u00e9s juste avant &nbsp;; on surveillait amus\u00e9s et inquiets&nbsp;; si les parents \u00e9taient absorb\u00e9s dans leur lecture ; encore un peu ; le plus tard possible ; s&rsquo;ils nous oubliaient un peu, on jouerait encore ; tu serais la maman et moi j&rsquo;irai au travail&nbsp;;  chut pas de bruit ; et ils pouffaient de rire ; la petite s&rsquo;\u00e9tait endormie ; le majeur et l&rsquo;annulaire dans la bouche&nbsp;; avec le petit doigt pour caresser les l\u00e8vres&nbsp;; et puis l&rsquo;heure venait de coucher les enfants&nbsp;; pour les parents restait \u00e0 finir la veill\u00e9e&nbsp;; quelques heures encore \u00e0 finir les comptes, les factures, les courriers&nbsp;; et puis il allait prendre dans le placard les petits lus ; une habitude r\u00e9cente qu&rsquo;ils avaient prise&nbsp;; avant de s&rsquo;engouffrer dans le lit&nbsp;; ce lit qui accueillait leurs \u00e9bats depuis tant de soirs&nbsp;;<\/p>\n\n\n\n<p>C&rsquo;\u00e9tait le matin \u00e0 six heure&nbsp;; \u00e0 l&rsquo;heure du premier office&nbsp;; le temple humble de ce tout petit hameau&nbsp;; d\u00e8s la lourde porte \u00e0 deux vantaux cintr\u00e9s franchie&nbsp;; le silence saisit&nbsp;; tout \u00e0 fait comme une chappe&nbsp;; on est happ\u00e9 dedans instantan\u00e9ment&nbsp;; le corps sent un saisissement lourd d&rsquo;abord puis l\u00e9ger&nbsp;; \u00e9trangement l\u00e9ger&nbsp;; pas de fioritures ni statues&nbsp;; pas de croix&nbsp;; pas de transept juste une pi\u00e8ce en longueur&nbsp;; aucun pilier&nbsp;; une seule arche de pierre, pareille \u00e0 un pont&nbsp;; sur toute la longueur du temple&nbsp;; un d\u00e9pouillement absolu&nbsp;; l&rsquo;autel est sobre, une table en pierre nue&nbsp;; six rang\u00e9es de banc en bois fonc\u00e9&nbsp;; une lumi\u00e8re oblique vient de traverser les fen\u00eatres&nbsp;; aucun vitrail&nbsp;; juste des verri\u00e8res en grisaille, pas de signe accrochant le regard&nbsp;; les murs sont de pierres, ni cr\u00e9pis ni peints&nbsp;; les quatre fr\u00e8res protestants entrent en chasuble simple&nbsp;; ils commencent \u00e0 chanter \u00e0 quatre voix le psaume 137&nbsp;; \u00abestans assis aux rives aquatiques\u00bb un chant renversant  incroyable bouleversant&nbsp;; ce chant enfonce dans une stupeur a\u00e9rienne&nbsp;; il transporte dans une autre r\u00e9gion inexplor\u00e9e&nbsp;; qui fait chavirer celle qui en cet instant est seule \u00e0 entendre&nbsp;; qui fait tournoyer d&rsquo;une joie inou\u00efe&nbsp;; d\u00e9sir\u00e9e depuis longtemps&nbsp;; inconnue encore&nbsp;; quel est ce chant incarn\u00e9 par ces quatre hommes silencieux habituellement&nbsp;; tout \u00e0 coup ses fr\u00e8res inconnus mais connus si&nbsp;; connus par ce chant l\u00e0&nbsp;; qui parle au dedans d&rsquo;elle au dedans d&rsquo;eux et de qui encore&nbsp;; un chant qui inonde l&rsquo;espace qu&rsquo;on a vu petit et qui s&rsquo;agrandit, se distend, se d\u00e9ploie&nbsp;; un son vertigineux pour les cinq pr\u00e9sents l\u00e0&nbsp;; <\/p>\n\n\n\n<p> <\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>C&rsquo;\u00e9tait dans l&rsquo;appartement tournant\u00a0; \u00e0 vingt-deux vingt trois heures\u00a0; assis l&rsquo;un en face de l&rsquo;autre\u00a0; studieux occup\u00e9s \u00e0 la table de la salle \u00e0 manger\u00a0; la maison endormie\u00a0; dans l&rsquo;alc\u00f4ve attenante sans porte\u00a0; la m\u00e8re dormait\u00a0; la couverture remont\u00e9e haute jusqu&rsquo;aux oreilles\u00a0; le lampadaire torsad\u00e9 \u00e9clairait sourdement la pi\u00e8ce\u00a0; l&rsquo;abat-jour tr\u00e8s grand\u00a0; dans les tons beige et marron\u00a0; un bateau <a class=\"more-link\" href=\"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/autobiographie-08-oasis-persistants\/\">Continuer la lecture<span class=\"screen-reader-text\">autobiographies #08 | oasis persistants<\/span><span class=\"meta-nav\">&rarr;<\/span><\/a><\/p>\n","protected":false},"author":108,"featured_media":0,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"h5ap_radio_sources":[],"footnotes":""},"categories":[2820,2949],"tags":[2959,2960,1233,2958,2957,212,2961],"class_list":["post-57591","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-cycle_autobiographies","category-autobiographies-08","tag-appartement","tag-details","tag-enfants","tag-le-soir","tag-point-virgule","tag-silence","tag-temple"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/57591","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/users\/108"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=57591"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/57591\/revisions"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=57591"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=57591"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=57591"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}