{"id":57801,"date":"2021-11-15T11:44:32","date_gmt":"2021-11-15T10:44:32","guid":{"rendered":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/?p=57801"},"modified":"2023-05-21T20:33:39","modified_gmt":"2023-05-21T18:33:39","slug":"autobiographies-8-trois-lieux-trois-moments","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/autobiographies-8-trois-lieux-trois-moments\/","title":{"rendered":"autobiographies #08 | trois lieux, trois moments"},"content":{"rendered":"\n<figure class=\"wp-block-image size-large\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"1024\" height=\"768\" src=\"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2021\/11\/pour-aut-8-1-1024x768.png\" alt=\"\" class=\"wp-image-57802\" srcset=\"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2021\/11\/pour-aut-8-1-1024x768.png 1024w, https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2021\/11\/pour-aut-8-1-420x315.png 420w, https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2021\/11\/pour-aut-8-1-768x576.png 768w, https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2021\/11\/pour-aut-8-1-1536x1152.png 1536w, https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2021\/11\/pour-aut-8-1-2048x1536.png 2048w\" sizes=\"auto, (max-width: 1024px) 100vw, 1024px\" \/><\/figure>\n\n\n\n<p>Face aux fen\u00eatres du salon&nbsp;; faisant un angle presque ferm\u00e9 avec le mur&nbsp;; entre la porte vitr\u00e9e sur le hall et la chemin\u00e9e&nbsp;; le canap\u00e9 dur aux yeux et aux fesses&nbsp;; reps ray\u00e9 vert sombre et blanc cass\u00e9&nbsp;; long rectangle \u00e9troit du dossier cern\u00e9 d&rsquo;acajou ; inclin\u00e9 l\u00e9g\u00e8rement pour qu&rsquo;on puisse se renverser un peu&nbsp;; toiser le vide et la vie&nbsp;; l&rsquo;accoudoir de gauche et sa volute qu&rsquo;on caresse&nbsp;; le soir en attendant de pouvoir se retirer&nbsp;; pour faire des devoirs&nbsp;; ou non&nbsp;; jambes en biais&nbsp;; gliss\u00e9es derri\u00e8re le grand gu\u00e9ridon&nbsp;; Restauration&nbsp;; de style Restauration plut\u00f4t&nbsp;; fabriqu\u00e9 juste un peu trop tard pour \u00eatre dit d&rsquo;\u00e9poque&nbsp;; comme la plupart des meubles de l&rsquo;appartement&nbsp;; venant de Lyon ou du Faubourg Saint Honor\u00e9&nbsp;; le gros pied d&rsquo;acajou&nbsp;; quelque chose comme un triangle s&rsquo;affinant mais qui aurait des c\u00f4t\u00e9s convexes&nbsp;; presque comme \u00e7a&nbsp;; le grand plateau circulaire&nbsp;; \u00e9pais&nbsp;; en marbre gris&nbsp;; deux tons de gris&nbsp;; au centre, le grand vase mont\u00e9 en lampe&nbsp;; bleu et blanc&nbsp;; fin de l&rsquo;\u00e9poque Qing&nbsp;; souvenir de Chine&nbsp;; m\u00eame s&rsquo;il fut peut-\u00eatre achet\u00e9 ensuite&nbsp;; son d\u00e9cor familier&nbsp;; regard\u00e9 parfois sans le voir&nbsp;; le soir&nbsp;; pendant l&rsquo;attente&nbsp;; en \u00e9coutant&nbsp;; les mots \u00e9chang\u00e9s et la lecture comment\u00e9e du carnet mondain du Figaro&nbsp;; pour se tenir au courant&nbsp;; depuis l&rsquo;un des deux fauteuils Restauration&nbsp;; l&rsquo;un est d&rsquo;\u00e9poque&nbsp;; l&rsquo;autre une copie&nbsp;; pos\u00e9s \u00e0 la limite du tr\u00e8s grand tapis chinois chamois et bleu&nbsp;; face au canap\u00e9&nbsp;; un grand fauteuil et deux berg\u00e8res dans le vide au centre de la pi\u00e8ce&nbsp;; entre la grande commode restauration, rectangle adouci par la chaleur de la loupe de noyer, et la chemin\u00e9e ; marbre clair la chemin\u00e9e&nbsp;; avec les courbes et ornements de toutes les chemin\u00e9es des appartements de la moyenne bourgeoisie du dix-neuvi\u00e8me si\u00e8cle&nbsp;; un vase de fleurs parfois \u00e0 gauche du plateau&nbsp;; et au centre, contre le miroir encadr\u00e9 souplement par un bandeau dor\u00e9, une t\u00eate d&rsquo;annamite en bronze noir&nbsp;; le joli mouvement des cheveux r\u00e9unis en un chignon d\u00e9centr\u00e9 contempl\u00e9, en biais, depuis le canap\u00e9&nbsp;; t\u00eate surmont\u00e9e par un grand portrait ovale dans l&rsquo;or vieilli d&rsquo;un cadre carr\u00e9&nbsp;; comme les tableaux d&rsquo;anc\u00eatres du dix-neuvi\u00e8me si\u00e8cle&nbsp;; portrait en buste d&rsquo;une femme impassible&nbsp;; pas tr\u00e8s jolie&nbsp;; un l\u00e9ger sourire cependant de la t\u00eate un peu pench\u00e9e&nbsp;; une robe s\u00e9v\u00e8re en soie puce avec un mince col de dentelle&nbsp;; son chignon serr\u00e9 r\u00e9pond \u00e0 celui du buste&nbsp;; dans l&rsquo;un des tiroirs de la commode, le tr\u00e9sor des tr\u00e8s vieux albums&nbsp;; en cuir ou velours us\u00e9, avec des fermoirs disproportionn\u00e9s&nbsp;; un peuple de gens \u00e0 moustache, \u00e0 crinolines ou tournures&nbsp;; pas toujours identifi\u00e9s&nbsp;; anc\u00eatres, ou cousins, ou amis d&rsquo;anc\u00eatres ou de cousins&nbsp;; dans un autre, au dessus, une masse de lettres&nbsp;; dans des boites de confiseurs ou li\u00e9es par des rubans&nbsp;; et des carnets de croquis d&rsquo;un grand oncle&nbsp;; que l&rsquo;on aurait voulu conna\u00eetre&nbsp;; pas tout \u00e0 fait un r\u00e9prouv\u00e9&nbsp;; \u00e9chapp\u00e9 de Lyon \u00e0 Paris&nbsp;; vers les ateliers et les music-halls&nbsp;; la f\u00eate qu&rsquo;a peinte Toulouse Lautrec \u00e0 la m\u00eame \u00e9poque&nbsp;; de l&rsquo;oncle aussi, au dessus du canap\u00e9, un joli dessin de Cluny avant les destructions&nbsp;; devant l&rsquo;une des fen\u00eatres un petit si\u00e8ge bas&nbsp;; \u00e0 c\u00f4t\u00e9 de la pr\u00e9sence aim\u00e9e d&rsquo;un tambour de pluie&nbsp;; tr\u00e8s beau&nbsp;; pour les apr\u00e8s-midi r\u00eaveurs&nbsp;; le doigt suivant les sillons du plateau pendant qu&rsquo;on regarde dans le vide&nbsp;; les petits animaux pos\u00e9s au bord&nbsp;; le bronze l\u00e9g\u00e8rement verdi&nbsp;; l&rsquo;histoire de son achat&nbsp;; \u00e0 Phnom Penh&nbsp;; apr\u00e8s une rencontre avec Sihanouk&nbsp;; juste avant que l&rsquo;avion d\u00e9colle&nbsp;; plus loin, en suivant le couloir, le bureau&nbsp;; une pi\u00e8ce-sanctuaire qui tol\u00e9ra la pr\u00e9sence d&rsquo;une adolescente h\u00e9berg\u00e9e ; et ses tr\u00e9sors&nbsp;; la biblioth\u00e8que basse de merisier bond&nbsp;: ses colonnes rondes et les vitres coulissantes&nbsp;; la Revue des Deux Monde et l&rsquo;oeuvre de Sade&nbsp;; sur le mur, les fusils \u00e0 pierre et les \u00e9p\u00e9es dans leurs fourreaux de cuir de couleur, souvenir des rezzous dans le Sahara&nbsp;; les rayonnages encadrant la fen\u00eatre pour les romans contemporains&nbsp;; pour, surtout, cette tentation&nbsp;: les m\u00e9moires \u00e9crits sur des cahiers align\u00e9s sur deux rayons&nbsp;; et la petite table en acajou et cuir vert sur laquelle est pos\u00e9 maintenant, loin de cet appartement, un ordinateur.<\/p>\n\n\n\n<p>La lumi\u00e8re qui caresse les carrelages de la cuisine&nbsp;; lumi\u00e8re tamis\u00e9e venant de la porte entrouverte et de la fen\u00eatre qui donnent sur une all\u00e9e entre terrasse sup\u00e9rieure et maison&nbsp;; lumi\u00e8re de la grande pi\u00e8ce que d\u00e9coupe, au fond, l&rsquo;ouverture cintr\u00e9e&nbsp;; une petite commode Louis XVI et un gros bouquet au centre du tableau cadr\u00e9 par cette arcade au bas de quelques marches&nbsp;; lumi\u00e8re du jour traversant la porte sur l&rsquo;all\u00e9e pour dessiner un chemin sur les tomettes anciennes de r\u00e9cup\u00e9ration, presque roses&nbsp;; lumi\u00e8re frisante sur les plans de travail en tomettes verniss\u00e9es vert olive&nbsp;; le murmure des quatre rangs de carrelage gr\u00e8ge peint \u00e0 la main de motifs noirs et ocres qui r\u00e8gnent au dessus, sur le bas des murs&nbsp;; murmure dans la p\u00e9nombre claire jusqu&rsquo;\u00e0 ce qu&rsquo;une main sur un bouton fasse jaillir la lumi\u00e8re des trois branches d&rsquo;un lustre de fa\u00efence&nbsp;; une table longue, pas trop grande, beau bois clair&nbsp;; deux tabourets classiques avec le trou pour y passer la main pos\u00e9s aux deux extr\u00e9mit\u00e9s&nbsp;; sur la table de grandes assiettes de fa\u00efence, bleues, l&rsquo;une fonc\u00e9e, l&rsquo;autre d&rsquo;un bleu gris un peu pass\u00e9&nbsp;; d&rsquo;\u00e9pais verres d&rsquo;un rouge grenat, gros culots et bulles incluses les parois&nbsp;; un grand plat de fa\u00efence rose empli de l\u00e9gumes crus&nbsp;; un gratin dore dans un tian jaune derri\u00e8re le verre de la cuisini\u00e8re ; le coin repas de la grande pi\u00e8ce carr\u00e9e, l\u00e0-bas, est r\u00e9serv\u00e9e aux r\u00e9ceptions nombreuses&nbsp;; pour un repas intime la cuisine, coquille chaleureuse aux murs peints au chiffon d&rsquo;un ocre tr\u00e8s doux, est pr\u00e9f\u00e9rable&nbsp;: juste penser aux couverts simples en argent.<\/p>\n\n\n\n<p>La chambre des enfants&nbsp;; les trois lits des filles, des a\u00een\u00e9es, align\u00e9s en \u00e9pi \u00e0 droite&nbsp;; du petit divan de la plus grande jusqu&rsquo;au grand lit \u00e0 barreaux de la troisi\u00e8me en avan\u00e7ant depuis la double porte sur le hall vers les fen\u00eatres&nbsp;; les deux grandes fen\u00eatres larges ; la lumi\u00e8re qui envahit la pi\u00e8ce carr\u00e9e&nbsp;; le petit lit du dernier sur la gauche, comme un intrus qui va se faire la place, depuis que le nouveau n\u00e9 occupe le mo\u00efse dans la chambre de leur m\u00e8re&nbsp;; des parents quand le bateau est au port&nbsp;; le carrelage sur lequel rebondissent les rires et les cris&nbsp;; un placard dans le mur et une petite commode en bois peint d&rsquo;un bleu pale&nbsp;; \u00e0 cot\u00e9 d&rsquo;un grand coffre en osier&nbsp;; une table basse et des petits bancs pour s&rsquo;asseoir ou grimper dessus en jouant la frayeur&nbsp;; quatre parois de bois pour cerner les jouets.<\/p>\n\n\n\n<p>image \u00a9Brigitte C\u00e9l\u00e9rier &#8211; Avignon <\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Face aux fen\u00eatres du salon&nbsp;; faisant un angle presque ferm\u00e9 avec le mur&nbsp;; entre la porte vitr\u00e9e sur le hall et la chemin\u00e9e&nbsp;; le canap\u00e9 dur aux yeux et aux fesses&nbsp;; reps ray\u00e9 vert sombre et blanc cass\u00e9&nbsp;; long rectangle \u00e9troit du dossier cern\u00e9 d&rsquo;acajou ; inclin\u00e9 l\u00e9g\u00e8rement pour qu&rsquo;on puisse se renverser un peu&nbsp;; toiser le vide et la <a class=\"more-link\" href=\"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/autobiographies-8-trois-lieux-trois-moments\/\">Continuer la lecture<span class=\"screen-reader-text\">autobiographies #08 | trois lieux, trois moments<\/span><span class=\"meta-nav\">&rarr;<\/span><\/a><\/p>\n","protected":false},"author":95,"featured_media":57802,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"h5ap_radio_sources":[],"footnotes":""},"categories":[2820,2949],"tags":[],"class_list":["post-57801","post","type-post","status-publish","format-standard","has-post-thumbnail","hentry","category-cycle_autobiographies","category-autobiographies-08"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/57801","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/users\/95"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=57801"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/57801\/revisions"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/media\/57802"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=57801"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=57801"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=57801"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}