{"id":57833,"date":"2021-11-15T21:57:24","date_gmt":"2021-11-15T20:57:24","guid":{"rendered":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/?p=57833"},"modified":"2021-11-16T20:06:59","modified_gmt":"2021-11-16T19:06:59","slug":"autobiographie-08-bouts-de-bicoques","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/autobiographie-08-bouts-de-bicoques\/","title":{"rendered":"autobiographies #08 |  bouts de bicoques"},"content":{"rendered":"\n<div class=\"wp-block-image\"><figure class=\"aligncenter size-medium\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"236\" height=\"420\" src=\"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2021\/11\/IMG_0600-copie-236x420.jpg\" alt=\"\" class=\"wp-image-57841\" srcset=\"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2021\/11\/IMG_0600-copie-236x420.jpg 236w, https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2021\/11\/IMG_0600-copie-576x1024.jpg 576w, https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2021\/11\/IMG_0600-copie-768x1365.jpg 768w, https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2021\/11\/IMG_0600-copie-864x1536.jpg 864w, https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2021\/11\/IMG_0600-copie-1152x2048.jpg 1152w, https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2021\/11\/IMG_0600-copie-scaled.jpg 1440w\" sizes=\"auto, (max-width: 236px) 100vw, 236px\" \/><\/figure><\/div>\n\n\n\n<p><\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-normal-font-size\"><em>l&rsquo;entr\u00e9e<\/em>   <br>on se faufile \u00e0 l\u2019int\u00e9rieur ; \u00e7a p\u00e8le ; il faut vite refermer la porte pour ne plus sentir le froid de la rue ; une grosse couche de neige colle aux chaussures ; en tapant des pieds le plus gros va s\u2019en aller sur le tapis \u00e9pais ; apr\u00e8s on peut quitter les souliers humides et les d\u00e9poser sur le petit meuble pr\u00e8s du radiateur ; accrocher les manteaux et les bonnets derri\u00e8re la porte ; la neige fond et une petite flaque sombre se d\u00e9pose sur le sol de l\u2019entr\u00e9e ; elle mettra longtemps \u00e0 s\u00e9cher ; elle est l\u00e0 presque tout l\u2019hiver ; la maison laisse d\u00e9j\u00e0 filtrer un peu de sa chaleur ; c\u2019est bon cette sensation ; le sang reprend sa course dans les extr\u00e9mit\u00e9s du corps ; m\u00eame si parfois \u00e7a fait mal quand \u00e7a repart ; les doigts de pied surtout ; pour le moment chacun enl\u00e8ve ses fringues mouill\u00e9es en silence ou en parlant \u00e0 voix basse car la fine paroi de bois de l\u2019escalier n\u2019isole pas beaucoup de l\u2019habitation du rez-de-chauss\u00e9e ; on ne veut pas d\u00e9ranger les voisins ni partager nos petites histoires ordinaires ; en passant on peut apercevoir nos bobines dans le petit miroir suspendu au mur ; les joues encore rougies du froid ext\u00e9rieur ; les cheveux coll\u00e9s au cr\u00e2ne par le bonnet de laine ; la bu\u00e9e \u00e9paisse d\u00e9pos\u00e9e sur les lunettes ; ensuite il n\u2019y a plus qu\u2019\u00e0 monter la longue vol\u00e9e de marches bien raides qui m\u00e8ne \u00e0 l\u2019\u00e9tage ; c\u2019est l\u00e0-haut qu\u2019on se sentira vraiment \u00e0 l\u2019abri ; il fera chaud ; les conversations ne franchiront plus les limites des cloisons ; on pourra d\u00e9marrer la vieille D\u00e9Longhi pour faire du caf\u00e9 ;<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-normal-font-size\"><em>le cabinet<\/em><br>alors l\u00e0 c\u2019est le cabinet de l\u2019analyste ; il se trouve au 2\u00e8me \u00e9tage dans l\u2019immeuble moderne de l\u2019analyste ; un immeuble moderne quelconque ; \u00e0 c\u00f4t\u00e9 de la porte il y a un petit buffet ancien avec une tablette en bois ; quand la s\u00e9ance est finie l\u2019analyste ouvre la tablette ; on y r\u00e8gle les affaires d\u2019argent qu\u2019on a avec l\u2019analyste ; c\u2019est \u00e0 dire deux fois par semaine lors du passage dans le cabinet ; le divan se trouve le long du mur de droite ; c\u2019est le divan du patient ; pas r\u00e9ellement le divan du patient car il appartient \u00e0 l\u2019analyste ; mais c\u2019est le patient qui s\u2019allonge sur le tissu de velours vert au cours des s\u00e9ances ; le mod\u00e8le est plut\u00f4t ancien ; ce n\u2019est pas un divan qui vient de chez Ikea ; les meubles Ikea ce n\u2019est pas le genre de l\u2019analyste ; pr\u00e8s de la t\u00eate du divan se trouve un beau fauteuil ; le patient n\u2019a rien \u00e0 faire dans ce fauteuil ; c\u2019est le fauteuil de l\u2019analyste ; si le patient s\u2019asseyait dans ce fauteuil l\u2019analyste lui demanderait de reprendre sa place sur le divan ; et de respecter le cadre de travail ; le fauteuil est install\u00e9 de telle mani\u00e8re que le patient ne puisse pas voir l\u2019analyste lorsqu\u2019il est allong\u00e9 sur le divan ; le patient pas l\u2019analyste ; au centre de la pi\u00e8ce il y a trois chaises ; deux c\u00f4te \u00e0 c\u00f4te et une en face ; c\u2019est un dispositif pour les couples qui essaient de se rabibocher ; \u00e7a marche ou \u00e7a ne marche pas ; l\u2019analyste est assis sur la chaise de gauche et les personnes du couple sur les deux chaises qui lui font face ; le cabinet est tr\u00e8s sobre et bien rang\u00e9 ; presque aust\u00e8re ; il n\u2019y a aucun bazar dans la pi\u00e8ce ; on ne peut que s\u2019en f\u00e9liciter ; c\u2019est une bonne chose de ne pas voir tra\u00eener les sous-v\u00eatements de l\u2019analyste pendant les s\u00e9ances ; l\u2019analyste tient \u00e0 proposer un cadre particuli\u00e8rement neutre \u00e0 ses patients ; o\u00f9 tout est bien ordonn\u00e9 ; o\u00f9 rien ne vient distraire le patient ; l\u2019analyste doit penser que c\u2019est favorable \u00e0 la th\u00e9rapie ; il n\u2019y a pas beaucoup de bruit non plus dans la pi\u00e8ce ; l\u2019immeuble est calme ; en tout cas dans la journ\u00e9e ; l\u2019analyste a certainement choisi \u00e0 dessein un quartier et un immeuble qui offrent ces conditions de tranquillit\u00e9 ; on ne va pas s\u2019en plaindre ; c\u2019est g\u00eanant de devoir se r\u00e9p\u00e9ter chaque fois qu\u2019un camion passe dans la rue ; \u00e7a d\u00e9range ; ce n\u2019est pas bon pour les manifestations spontan\u00e9es de l\u2019inconscient ; ici pas d\u2019exc\u00e8s de d\u00e9coration ; le style est plut\u00f4t traditionnel ; mais dans une forme \u00e9pur\u00e9e ; un peu comme au japon ; voil\u00e0 ; on dirait un int\u00e9rieur japonais avec des meubles europ\u00e9ens r\u00e9tro ; l\u2019analyste ne doit pas aimer voir tra\u00eener des babioles dans tous les coins ; mais on trouve quand m\u00eame quelques petits trucs install\u00e9s dans la pi\u00e8ce pour faire joli ; une petite lampe \u00e0 la lumi\u00e8re douce ; quelques bouquins dans des \u00e9ditions soign\u00e9es ; des livres de Freud par exemple ; et un beau petit tableau accroch\u00e9 au mur ; on parle ici du mur gauche ; pas celui pr\u00e8s duquel se trouve le divan ; la peinture porte le nom de l\u2019analyste en signature ; ou celui de la femme de l\u2019analyste ; oui plut\u00f4t celui de la femme de l\u2019analyste ; un truc important ; l\u2019analyste accorde toujours les m\u00eames cr\u00e9neaux horaires \u00e0 un patient donn\u00e9 ; donc c\u2019est tr\u00e8s simple ; il est toujours entre midi et midi et demi dans le cabinet ; l\u2019analyste est tr\u00e8s ponctuel ; c\u2019est \u00e0 peu pr\u00e8s l\u2019heure de manger ; une odeur forte de cuisine commence vite \u00e0 se faire sentir ; elle vient des pi\u00e8ces contigu\u00ebs ; l\u2019analyste vit peut-\u00eatre dans cet appartement ; ou alors il y pr\u00e9pare le repas du midi pour ne pas \u00eatre oblig\u00e9 de rentrer chez lui ; ou c\u2019est peut-\u00eatre la femme de l\u2019analyste qui est en train de cuisiner \u00e0 c\u00f4t\u00e9 en attendant que l\u2019analyste termine sa s\u00e9ance ; toutes les hypoth\u00e8ses sont possibles ; malgr\u00e9 l\u2019odeur intense des \u00e9pices employ\u00e9es ce n\u2019est pas facile d\u2019identifier quel type de nourriture aime l\u2019analyste ; et peut-\u00eatre sa femme ; mais on ne parle pas de \u00e7a avec l\u2019analyste ; il y a d\u2019autres chats \u00e0 fouetter ; quelques minutes avant la fin de la s\u00e9ance une petite sonnerie retentit ; c\u2019est le patient suivant qui vient d\u2019arriver \u00e0 la porte d\u2019entr\u00e9e ; l\u2019analyste doit avoir un dispositif de t\u00e9l\u00e9commande pr\u00e8s de son fauteuil pour ouvrir \u00e0 distance ; d\u2019accord on ne le voit pas depuis le divan ; mais on peut le deviner ; car l\u2019analyste ne bouge pas son cul du si\u00e8ge ; et quelques instants plus tard on entend des bruits de pas dans la petite salle d\u2019attente ; l\u2019analyste va bient\u00f4t annoncer que c\u2019est tout pour aujourd\u2019hui ; rappeler le prochain rendez-vous ; baisser la petite tablette en bois pour r\u00e9gler les affaires d\u2019argent ;<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-normal-font-size\"><em>les latrines<\/em><br>dans la cour arri\u00e8re de la maison ; une dalle carr\u00e9e en b\u00e9ton prot\u00e9g\u00e9e par quatre murs de briques s\u00e8ches ; ce sont quatre murs d\u2019une belle hauteur ; m\u00eame un homme tr\u00e8s grand ne peut hisser son regard au-dessus de la derni\u00e8re rang\u00e9e de briques ; il y a une porte sur l\u2019un des murs pourvue d\u2019un loquet pour pouvoir s\u2019enfermer ; il n\u2019y a pas de toit ; au centre de la dalle de sol s\u2019ouvre un trou ; un trou carr\u00e9 pas tr\u00e8s large ; quand la porte est ferm\u00e9e la construction s\u2019ouvre vers le ciel en haut ; et vers une \u00e9norme fosse creus\u00e9e sous la dalle en bas ; le trou carr\u00e9 sert d\u2019acc\u00e8s \u00e0 la fosse ; c\u2019est un trou pourvoyeur de merde ; quand on p\u00e9n\u00e8tre dans les latrines des cafards gigantesques rejoignent en vitesse l\u2019obscurit\u00e9 de la fosse ; il faut cohabiter avec ces habitants permanents du lieu ; grouillants et inoffensifs ; un petit arrosoir de plastique rempli d\u2019eau est disponible pour laver le sol ; c\u2019est un agencement tr\u00e8s simple ; les jours d\u2019\u00e9t\u00e9 des nu\u00e9es de criquets s\u2019abattent dans la structure par l\u2019ouverture sup\u00e9rieure ; c\u2019est un pi\u00e8ge ; une fois entr\u00e9s les insectes se jettent fr\u00e9n\u00e9tiquement de l\u2019un \u00e0 l\u2019autre des quatre murs ; et rebondissent jusqu\u2019\u00e0 \u00e9puisement ; ils ne pensent jamais \u00e0 regarder vers le haut pour d\u00e9couvrir le seul chemin vers le dehors ; celui par lequel ils sont arriv\u00e9s ; \u00e0 l\u2019int\u00e9rieur on devient un nouvel obstacle dans leur parcours d\u00e9lirant ; sur lequel ils viennent ricocher par centaines ;<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-small-font-size\"><em>codicille : univers tr\u00e8s diff\u00e9rents mais ils sont apparus dans cette diversit\u00e9&#8230;<\/em><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>l&rsquo;entr\u00e9e on se faufile \u00e0 l\u2019int\u00e9rieur ; \u00e7a p\u00e8le ; il faut vite refermer la porte pour ne plus sentir le froid de la rue ; 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