{"id":57913,"date":"2021-11-16T19:04:41","date_gmt":"2021-11-16T18:04:41","guid":{"rendered":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/?p=57913"},"modified":"2021-11-17T13:16:01","modified_gmt":"2021-11-17T12:16:01","slug":"en-enfilade","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/en-enfilade\/","title":{"rendered":"autobiographies #07 |\u00a0en enfilade"},"content":{"rendered":"\n<p>\u00ab&nbsp;Laissez le <em>groom<\/em> fermer la porte&nbsp;\u00bb, avec le dessin en pied d&rsquo;un petit groom casquette \u00e0 la main, sur la plaque appos\u00e9e au montant central de la double porte vitr\u00e9e, en bas de l&rsquo;immeuble o\u00f9 habitait ma grand m\u00e8re. Dans mon souvenir, le cadre des deux vantaux et la partie du bas est d&rsquo;un brun clair, luisant, comme de l&rsquo;acajou, pos\u00e9 sur deux marches de marbre. On adorait ouvrir cette porte, rien que pour voir le battant se refermer tout seul lentement, tr\u00e8s lentement, jusqu&rsquo;\u00e0 se poser en douceur contre l&rsquo;autre avec un petit clic<\/p>\n\n\n\n<p>Et puis..<\/p>\n\n\n\n<p>Porte pali\u00e8re double-battant, d&rsquo;un brun-rouge verni, plaques de propret\u00e9 dor\u00e9es \u00e9tincelantes dans lesquelles je me voyais en tout petit portant le pot d&rsquo;azal\u00e9e rituel pour son anniversaire, toute la famille mass\u00e9e sur le palier, un peu essouffl\u00e9s d&rsquo;avoir gravi les cinq \u00e9tages sur le tapis bleu et rouge retenu par des barres de cuivre et bord\u00e9 d&rsquo;une grecque, mon p\u00e8re appuyant sur le bouton de la sonnette et la porte s&rsquo;ouvrant, exhalant des effluves de vol-au-vent et de g\u00e2teau de Savoie comme les bras immat\u00e9riels d&rsquo;un puissant djinn sortant de son flacon<\/p>\n\n\n\n<p>Mais&#8230;<\/p>\n\n\n\n<p>C&rsquo;\u00e9tait la derni\u00e8re porte, au fond de l&rsquo;impasse en terre battue, une grande vieille porte \u00e0 la peinture marron \u00e9caill\u00e9e. La clef \u00e9tait \u00e9norme, aux dimensions de la serrure. Il fallait attirer la porte vers soi tout en tournant la clef, comme pour l&rsquo;amadouer, r\u00e9chauffer son vieux c\u0153ur grin\u00e7ant et qu&rsquo;elle veuille bien s&rsquo;ouvrir sur le sombre vestibule qui promettait, apr\u00e8s le petit couloir en coude, la porte en demi-lune et la lumi\u00e8re aveuglante du patio<\/p>\n\n\n\n<p>Ailleurs&#8230;<\/p>\n\n\n\n<p>Porte-fen\u00eatre dont le battant droit est ouvert sur le jardin dans la nuit qui tombe. Un rideau de chaque c\u00f4t\u00e9, d&rsquo;un beige ros\u00e9, les montants et la tringle sont blancs, la vitre du battant gauche refl\u00e8te les ustensiles pendus au dessus de l&rsquo;\u00e9vier, des passoires, un fouet, le tire-bouchon, et au premier plan mon image, les mains sur le clavier. La porte fen\u00eatre, c&rsquo;est le cadre du tableau, un cadre qui rentre dans le tableau par le montant du milieu, et les deux poign\u00e9es, l&rsquo;int\u00e9rieure et l&rsquo;ext\u00e9rieure, sont des becs de canne en inox, fix\u00e9es sur leurs plaques de propret\u00e9 de chaque c\u00f4t\u00e9, \u00e0 angle droit du battant puis de nouveau \u00e0 angle droit vers le bas, rappelant la position des bras dans certaines danses indiennes, quand on s&rsquo;\u00e9merveille de la souplesse. En haut du tableau, les lignes entrecrois\u00e9es des branches de la vigne et juste en dessous, comme faisant partie du m\u00eame dessin, les lignes entrecrois\u00e9es de l&rsquo;armature du barnum&nbsp;; et le blanc de la table de jardin brille. L&rsquo;\u00e9paisseur du mur, blanc, touche l&rsquo;ombre, le chat est assis sur la marche, \u00e0 c\u00f4t\u00e9 d&rsquo;une paire de sabots en caoutchouc de plusieurs bleus. En face mais tr\u00e8s loin, une lueur jaune sur laquelle se d\u00e9tachent des enchev\u00eatrements de branches, une fen\u00eatre, comme un reflet<\/p>\n\n\n\n<p>C&rsquo;est que &#8230;<\/p>\n\n\n\n<p>Entre le rez-de-chauss\u00e9e et le premier, il y a 19 portes si j&rsquo;ai bien compt\u00e9, dans la maison qu&rsquo;on me pr\u00eate. Celles de l&rsquo;int\u00e9rieur sont toutes pareilles, peintes en blanc avec des parements qui dessinent trois rectangles de tailles diff\u00e9rentes, le plus grand en haut, au-dessus de la poign\u00e9e, le plus petit sous la poign\u00e9e, le moyen dans la partie du bas. Les poign\u00e9es sont des bec-de-canne d&rsquo;argent ouvrag\u00e9 gain\u00e9es d&rsquo;un manchon blanc dont la base est cannel\u00e9e et le bout arrondi piqu\u00e9 d&rsquo;un clou dor\u00e9 (les manchons de celles du premier sont d\u00e9cor\u00e9s d&rsquo;un dessin de fleur). Les portes-fen\u00eatres du salon, quand il fait noir dehors on leur tire les rideaux, d&rsquo;un tissu \u00e9pais, beige clair, surpiqu\u00e9 de grosses fleurs rouges et vertes qui ressemblent parfois \u00e0 des visages d&rsquo;enfants, parfois \u00e0 des t\u00eates de mort. Du vestibule, \u00e0 travers les petits carreaux biseaut\u00e9s de la porte \u00e0 double-battants, on voit la lueur du feu en menus fragments glissant les uns contre les autres et, au premier plan, des figures en bois accroch\u00e9es en haut de la porte sur un long fil vertical, une \u00e9toile \u00e0 cinq branches dont le centre est d\u00e9coup\u00e9, un petit sapin vert, un c\u0153ur rouge cribl\u00e9 de jaune et entre chaque, un groupe de trois perles, deux rouges encadrant une blanche et tout en haut \u00e0 gauche, une petite goutte rouge d\u00e9passe du dos d&rsquo;un gros thermom\u00e8tre blanc. La porte d&rsquo;entr\u00e9e est en beau ch\u00eane avec des rainures verticales, perc\u00e9e d&rsquo;une ouverture rectangulaire par laquelle on voit l&rsquo;ext\u00e9rieur \u00e0 travers une grille en fer forg\u00e9 repr\u00e9sentant deux c\u0153urs l&rsquo;un sur l&rsquo;autre renvers\u00e9s entre lesquels est accroch\u00e9 un petit oiseau en papier blanc. Pendeloques \u00e0 des clous de chaque c\u00f4t\u00e9 de l&rsquo;ouverture, \u00e0 droite un coquillage ordinaire, de ceux qu&rsquo;on trouve sur les plages de Bretagne, au bout d&rsquo;un long cordon, et une minuscule clef ouvrag\u00e9e directement accroch\u00e9e au clou&nbsp;; \u00e0 gauche une sorte de chapelet dont les grains sont s\u00e9par\u00e9s en groupes de huit par un cauris entour\u00e9 de deux coquillages nacr\u00e9s, plats. La poign\u00e9e de la porte est torsad\u00e9e, en fer forg\u00e9 aussi, comme la plaque dont le motif est une fleur de lys. On passe une grande partie de son temps \u00e0 ouvrir et fermer les portes de cette maison<\/p>\n\n\n\n<p>Aussi bien&#8230;<\/p>\n\n\n\n<p>La man\u0153uvre \u00e9tait d\u00e9licate pour fermer ces deux portes plac\u00e9es l&rsquo;une contre l&rsquo;autre, celle de l&rsquo;ext\u00e9rieur peinte en jaune et celle de l&rsquo;int\u00e9rieur capitonn\u00e9e d&rsquo;un tissu marron sous lequel \u00e9taient pos\u00e9s des emballages d&rsquo;oeufs des \u00ab&nbsp;bo\u00eetes \u00e0 oeuf&nbsp;\u00bb patiemment collect\u00e9es pour l&rsquo;insonorisation&nbsp;; il fallait d&rsquo;abord fermer la porte jaune, puis la porte capitonn\u00e9e et l\u00e0, les bruits de la maison disparaissaient comme par enchantement et le monde d\u00e9rivait loin, tr\u00e8s loin, \u00e0 des ann\u00e9es lumi\u00e8res de ma petite chambre.<\/p>\n\n\n\n<p>Comme&#8230;<\/p>\n\n\n\n<p>Marron elle aussi, la tenture masquant la porte d&rsquo;entr\u00e9e, un velours c\u00f4tel\u00e9 je crois, les petites mains de l&rsquo;enfant hurlante accroch\u00e9es au tissu, la porte referm\u00e9e sur sa m\u00e8re qui partait travailler.<\/p>\n\n\n\n<p>Beaucoup plus tard&#8230;<\/p>\n\n\n\n<p>grille et porte battante d\u00e9filant verticalement \u2013 comme sur la pellicule au ralenti du miroir d&rsquo;or sombre au fond de la cabine lambriss\u00e9e \u2013 apr\u00e8s que la grille est retomb\u00e9e lourdement derri\u00e8re soi pendant qu&rsquo;on franchissait la double porte battante en vitres et acajou \u2013 et qu&rsquo;une main gant\u00e9e de cuir a appuy\u00e9 sur l&rsquo;un des gros boutons noirs&nbsp;: le 4<\/p>\n\n\n\n<p>Alors&#8230;<\/p>\n\n\n\n<p>Le long du couloir abricot, l&rsquo;alignement des portes sculpt\u00e9es de bas-reliefs repr\u00e9sentant des sc\u00e8nes inspir\u00e9es de l&rsquo;art hindou, entre chaque un flambeau surmontant un long miroir qui refl\u00e9tait la paroi d&rsquo;en face s&rsquo;ouvrant sur des espaces o\u00f9 les portes \u00e0 l&rsquo;infini dans toutes les directions, dans toutes les directions jusqu&rsquo;\u00e0 celle de la chambre 17.<\/p>\n\n\n\n<p>Par ailleurs&#8230;<\/p>\n\n\n\n<p>Le portillon automatique qui se fermait \u00e0 l&rsquo;arriv\u00e9e du m\u00e9tro, peint en vert avec une grande plaque rouge sur laquelle se d\u00e9tachait en lettres blanches NE PAS TENTER DE PASSER PENDANT LA FERMETURE, le danseur Jean Babil\u00e9e raconte comment, poursuivi par les agents de la Gestapo, il avait <em>saut\u00e9 par dessus<\/em> le portillon, \u00e9chappant de justesse \u00e0 l&rsquo;arrestation.<\/p>\n\n\n\n<p>Ou encore&#8230;<\/p>\n\n\n\n<p>La porte de la concierge que nous appelions Toinette et qui \u00e9tait de Dijon, porte vitr\u00e9e dans sa moiti\u00e9 sup\u00e9rieure, la vitre masqu\u00e9e par un rideau de plumetis rose pass\u00e9 qu&rsquo;une vieille main \u00e9cartait de quelques centim\u00e8tres \u00e0 la voix de mon p\u00e8re \u00e9non\u00e7ant le nom de famille comme se devait de le faire tout locataire rentrant apr\u00e8s dix heures du soir<\/p>\n\n\n\n<p>\u00c0 une autre \u00e9poque&#8230;<\/p>\n\n\n\n<p>Dans le quartier de Nottinghill Gate, les grandes maisons victoriennes squatt\u00e9es parfois sur une rue enti\u00e8re, les porches \u00e0 colonnes tous semblables donnant acc\u00e8s \u00e0 des portes qu&rsquo;il suffisait de pousser \u00e0 n&rsquo;importe quelle heure pour se retrouver autour d&rsquo;une table dans le chuintement d&rsquo;une vieille bouilloire caboss\u00e9e un mug de th\u00e9 \u00e0 la main (ne bloquez pas le joint), lanc\u00e9 dans le d\u00e9lire des conversations ou bien &#8211; gardant le silence sur la chair de son r\u00eave &#8211; porte ouverte sur le r\u00eave ou r\u00eave commun ouvrant la porte<\/p>\n\n\n\n<p>Toujours&#8230;<\/p>\n\n\n\n<p>La porte de verre d&rsquo;o\u00f9 l&rsquo;on voit \u00e0 travers et \u00e0 travers les univers.<\/p>\n\n\n\n<p><\/p>\n\n\n\n<p>DEUXI\u00c8ME VERSION<\/p>\n\n\n\n<p><strong>Ailleurs<\/strong>&#8230;<\/p>\n\n\n\n<p><em>Laissez le GROOM fermer la porte<\/em>\u00a0 avec le dessin en pied d&rsquo;un petit groom casquette \u00e0 la main sur la plaque appos\u00e9e au montant central de la double porte vitr\u00e9e en bas de l&rsquo;immeuble de ma grand m\u00e8re le cadre des deux vantaux et la partie du bas d&rsquo;un brun clair luisant comme de l&rsquo;acajou et le battant se refermait bel et bien tout seul lentement tr\u00e8s lentement jusqu&rsquo;\u00e0 se poser en douceur contre l&rsquo;autre avec un petit clic&#8230; Cinq \u00e9tages plus tard sur le tapis bleu et rouge retenu par des barres de cuivre et bord\u00e9 d&rsquo;une grecque moi en tout petit portant le pot d&rsquo;azal\u00e9e rituel de son anniversaire en reflet dans la double plaque dor\u00e9e \u00e9tincelante se d\u00e9tachant sur le brun-rouge verni de la porte toute la famille mass\u00e9e sur le palier un peu essouffl\u00e9e et au doigt de mon p\u00e8re appuy\u00e9 sur la sonnette la porte s&rsquo;ouvrant exhalant des effluves de vol-au-vent et de g\u00e2teau de Savoie comme les bras immat\u00e9riels d&rsquo;un puissant djinn sortant de son flacon&#8230; C&rsquo;\u00e9tait la derni\u00e8re porte tout au fond de l&rsquo;impasse en terre battue une grande vieille porte \u00e0 la peinture marron \u00e9caill\u00e9e la clef \u00e9norme et rouill\u00e9e la porte il fallait l&rsquo;attirer vers soi tout en tournant la clef comme pour l&rsquo;amadouer r\u00e9chauffer son vieux c\u0153ur grin\u00e7ant et qu&rsquo;elle veuille bien s&rsquo;ouvrir sur le sombre vestibule qui promettait apr\u00e8s le petit couloir en coude la lumi\u00e8re aveuglante du patio&#8230; Porte-fen\u00eatre dont le battant droit est ouvert sur le jardin dans la nuit qui tombe de chaque c\u00f4t\u00e9 un rideau d&rsquo;un beige ros\u00e9 dont la tringle est blanche et la vitre du battant gauche refl\u00e8te les ustensiles pendus au dessus de l&rsquo;\u00e9vier des passoires un fouet le tire-bouchon avec au premier plan mon image les mains sur le clavier un tableau dont la porte fen\u00eatre est le cadre un cadre qui rentre dans le tableau par le montant du milieu et les deux poign\u00e9es du battant ouvert sont des becs de canne en inox fix\u00e9es sur leurs plaques de m\u00e9tal de chaque c\u00f4t\u00e9 \u00e0 angle droit du battant puis de nouveau \u00e0 angle droit vers le bas rappelant la position des bras dans certaines danses indiennes quand on s&rsquo;\u00e9merveille de la souplesse tandis que tout en haut les lignes entrecrois\u00e9es des branches de la vigne d\u00e9garnies par les \u00e9tourneaux semblent s&rsquo;\u00e9lancer vers les lignes entrecrois\u00e9es de l&rsquo;armature m\u00e9tallique du barnum comme pour proposer ensemble un m\u00eame dessin\u00a0mais le m\u00e9tallique et le v\u00e9g\u00e9tal sont de natures bien diff\u00e9rentes de m\u00eame que le blanc de la table de jardin brille autrement que celui de l&rsquo;\u00e9paisseur du mur qui touche l&rsquo;ombre du chat assis sur la marche \u00e0 c\u00f4t\u00e9 d&rsquo;une paire de sabots en caoutchouc de plusieurs bleus et dans le fond du tableau les lignes de fuite convergent en un rectangle de lueur jaune sur laquelle se d\u00e9tachent des enchev\u00eatrements de branches une fen\u00eatre ou un \u0153il ou un reflet un reflet&#8230; Entre le rez-de-chauss\u00e9e et le premier il y a 19 portes si j&rsquo;ai bien compt\u00e9 dans la maison qu&rsquo;on me pr\u00eate celles de l&rsquo;int\u00e9rieur sont toutes pareilles, peintes en blanc avec des parements qui dessinent trois rectangles de tailles diff\u00e9rentes le plus grand en haut au-dessus de la poign\u00e9e le plus petit sous la poign\u00e9e le moyen dans la partie du bas quant aux poign\u00e9es ce sont des bec-de-canne d&rsquo;argent ouvrag\u00e9 gain\u00e9es d&rsquo;un manchon blanc dont la base est cannel\u00e9e et le bout arrondi piqu\u00e9 d&rsquo;un clou dor\u00e9 (les manchons de celles du premier sont d\u00e9cor\u00e9s d&rsquo;un dessin de fleur) alors que celles des portes-fen\u00eatres du salon sont en fer forg\u00e9 torsad\u00e9 et quand il fait noir dehors on leur tire des rideaux dessus d&rsquo;un tissu \u00e9pais beige clair surpiqu\u00e9 de grosses fleurs rouges et vertes qui ressemblent parfois \u00e0 des visages d&rsquo;enfants parfois \u00e0 des t\u00eates de mort et on fait un feu dans la chemin\u00e9e dont la lueur vue du vestibule se diffracte \u00e0 travers les petits carreaux biseaut\u00e9s de la porte \u00e0 double-battants en menus fragments glissant les uns contre les autres derri\u00e8re des figures en bois accroch\u00e9es en haut de la porte sur un long fil vertical une \u00e9toile \u00e0 cinq branches dont le centre est d\u00e9coup\u00e9 un petit sapin vert un c\u0153ur rouge cribl\u00e9 de jaune et entre chaque figure sont enfil\u00e9es deux perles rouges encadrant une blanche\u00a0 tandis qu&rsquo;en haut tout \u00e0 fait sur la gauche une petite goutte rouge d\u00e9passe du dos d&rsquo;un gros thermom\u00e8tre en plastique alors qu&rsquo;elle est en beau ch\u00eane la porte vein\u00e9e de rainures verticales et perc\u00e9e d&rsquo;une ouverture rectangulaire par laquelle on voit le jardin de devant \u00e0 travers une grille en fer forg\u00e9 repr\u00e9sentant deux c\u0153urs l&rsquo;un sur l&rsquo;autre renvers\u00e9s avec un petit oiseau en papier blanc accroch\u00e9 et des pendeloques \u00e0 des clous de chaque c\u00f4t\u00e9 \u00e0 droite un coquillage comme ceux qu&rsquo;on trouve sur les plages de Bretagne au bout d&rsquo;un long cordon ainsi qu&rsquo;une minuscule clef ouvrag\u00e9e directement accroch\u00e9e au clou\u00a0et \u00e0 gauche une sorte de chapelet dont les grains sont s\u00e9par\u00e9s en groupes de huit par un cauris entour\u00e9 de deux coquillages nacr\u00e9s la poign\u00e9e de la porte d&rsquo;entr\u00e9e est torsad\u00e9e en fer forg\u00e9 comme la plaque dont le motif est une fleur de lys ce qui fait qu&rsquo;on passe une grande partie de son temps \u00e0 ouvrir et fermer des portes dans cette maison&#8230; Fallait faire bien attention en fermant les deux portes plac\u00e9es l&rsquo;une contre l&rsquo;autre celle de l&rsquo;ext\u00e9rieur peinte en jaune et celle de l&rsquo;int\u00e9rieur capitonn\u00e9e d&rsquo;un tissu marron sous lequel \u00e9taient pos\u00e9s des emballages d&rsquo;oeufs des <em>bo\u00eetes \u00e0 oeuf\u00a0<\/em> patiemment collect\u00e9es pour l&rsquo;insonorisation\u00a0 fallait d&rsquo;abord fermer la porte jaune, puis la porte capitonn\u00e9e et alors l\u00e0 \u00e7a y \u00e9tait les bruits de la maison avaient disparu comme par enchantement loin tr\u00e8s loin \u00e0 des ann\u00e9es lumi\u00e8res de ma petite chambre les bruits du monde aval\u00e9s par les bo\u00eetes \u00e0 \u0153uf et le tissu marron&#8230; Marron elle aussi la tenture masquant la porte d&rsquo;entr\u00e9e en velours c\u00f4tel\u00e9 que les petites mains agrippaient et l&rsquo;enfant hurlait accroch\u00e9e \u00e0 l&rsquo;\u00e9toffe derri\u00e8re laquelle sa m\u00e8re avait disparu&#8230; Grille et porte battante d\u00e9filant verticalement comme sur la pellicule au ralenti du sombre miroir d&rsquo;or au fond de la cabine lambriss\u00e9e apr\u00e8s que la grille est retomb\u00e9e lourdement derri\u00e8re soi et qu&rsquo;on a franchi la porte battante et qu&rsquo;une main gant\u00e9e de cuir a appuy\u00e9 sur l&rsquo;un des gros boutons noirs\u00a0: le 4&#8230; Le long du couloir abricot s&rsquo;alignent les portes sculpt\u00e9es de bas-reliefs repr\u00e9sentant des sc\u00e8nes inspir\u00e9es de l&rsquo;art hindou avec entre chaque un flambeau surmontant un long miroir qui refl\u00e8te la paroi d&rsquo;en face ouvrant sur des espaces les portes \u00e0 l&rsquo;infini dans toutes les directions, dans toutes les directions jusqu&rsquo;\u00e0 la chambre 17&#8230; Le portillon automatique qui se fermait \u00e0 l&rsquo;arriv\u00e9e du m\u00e9tro \u00e9tait peint en vert avec une grande plaque rouge sur laquelle se d\u00e9tachait en lettres blanches NE PAS TENTER DE PASSER PENDANT LA FERMETURE et le danseur Jean Babil\u00e9e raconte comment il avait <em>saut\u00e9 par dessus<\/em> le portillon pour \u00e9chapper \u00e0 la Gestapo&#8230; La porte de la concierge que nous appelions Toinette et qui \u00e9tait de Dijon derri\u00e8re sa porte vitr\u00e9e dans la moiti\u00e9 sup\u00e9rieure la vitre masqu\u00e9e par un rideau de plumetis rose pass\u00e9 qu&rsquo;une vieille main \u00e9cartait de quelques centim\u00e8tres \u00e0 la voix de mon p\u00e8re \u00e9non\u00e7ant le nom de famille comme se devait de le faire tout locataire rentrant apr\u00e8s dix heures du soir&#8230; 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