{"id":57969,"date":"2021-11-16T22:00:04","date_gmt":"2021-11-16T21:00:04","guid":{"rendered":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/?p=57969"},"modified":"2021-11-17T08:08:19","modified_gmt":"2021-11-17T07:08:19","slug":"autobiographies-09-chemins-de-traverse","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/autobiographies-09-chemins-de-traverse\/","title":{"rendered":"autobiographies #09 | chemins de traverse"},"content":{"rendered":"\n<p>De cette maternit\u00e9 toulonnaise dont je n&rsquo;ai aucun souvenir, je traverse. De ces multiples maisons d&rsquo;enfance, d\u00e9m\u00e9nag\u00e9es et emm\u00e9nag\u00e9es, brinquebal\u00e9e, je traverse. De ce territoire palestinien o\u00f9 \u00e0 chaque aube, chante et m&rsquo;\u00e9meut le muezzin, je traverse. De Londres avant le Brexit, je traverse. De ce premier appartement parisien de la rue Paul Bert, avec sa petite cuisine, sa petite salle de bains et son balconnet, en vis \u00e0 vis, mais ensoleill\u00e9, je traverse. De ces chambres de bonnes de l&rsquo;avenue Marceau aux vieilles tommettes rouges d&rsquo;o\u00f9 j&rsquo;aper\u00e7ois la Tour Eiffel, je traverse. De cette laverie o\u00f9 j&rsquo;aimais \u00e0 regarder tourner le linge \u00e0 travers le hublot embu\u00e9, je traverse. De ces \u00e9coles de th\u00e9\u00e2tres, illustres ou inconnues, du 18\u00e8me, 2\u00e8me, 20\u00e8me arrondissement et j&rsquo;en oublie, je traverse. De cette cordonnerie, haute de plafond, aux murs d\u2019un rouge violet, sol sombre et petite chaise pour s\u2019asseoir \u00e0 l\u2019\u00e9coute de la machine contre les semelles \u00e0 rafistoler tenue par Alexis, argentin au grand coeur, je traverse. De ce couloir de m\u00e9tro \u00e0 Franklin Roosevelt dans lequel tu m&rsquo;as, pour la premi\u00e8re fois, embrass\u00e9, je traverse. De cette clinique au couloir gris de ciel avant la pluie, o\u00f9 l&rsquo;amie chanteuse est partie, je traverse. De ce cabinet m\u00e9dical qui fait grincer les bouches et les dents, je traverse. De cet appartement si chaleureux, le soir venu sous les r\u00e9verb\u00e8res de l&rsquo;avenue, je traverse. De cette \u00e9cole d&rsquo;\u00e9criture, o\u00f9 j&rsquo;ai fait mes premi\u00e8res ratures, rue Dante, Paris 5\u00e8me, toute en portes vitr\u00e9es, je traverse. De ce restaurant italien dans une petite rue adjacente au boulevard Saint Germain et aux ravioles fondantes, je traverse. De ce p\u00e9riph\u00e9rique qui emm\u00e8ne \u00e0 l&rsquo;autre bout du monde, je traverse. De ces banlieues, soi-disant, malfam\u00e9es, d\u00e9form\u00e9es par les journaux t\u00e9l\u00e9vis\u00e9s, je traverse. De ces quartiers en r\u00e9habilitation urbaine, au pass\u00e9 d\u00e9construit et au futur pas encore visible, je traverse. De ces villes nouvelles, sans centres villes, ni caf\u00e9s et o\u00f9 on ne peut pas marcher, je traverse. De ce vieil escalier de l&rsquo;immeuble des ann\u00e9e 60 qui r\u00e9sonne sous chaque pas, je traverse. De ce balcon vert pomme, donnant vue sur le parking, je traverse. De cette chambre blanche aux penderies sans portes et \u00e0 la poussi\u00e8re sous le lit, je traverse. De ces chambres d&rsquo;enfants aux jouets pas rang\u00e9s, aux posters aux murs, aux sens interdits, aux portes sur lesquelles il faut frapper, de ces chambres d&rsquo;enfants qu&rsquo;ils sont en train de quitter, je traverse. De ce vieil escalier de l&rsquo;immeuble des ann\u00e9es 60 qui r\u00e9sonne \u00e0 chaque pas, je traverse. De ce sentier de la for\u00eat de Fontainebleau fait de feuilles d&rsquo;automne aux couleurs orang\u00e9es, je traverse. De cette cabane de jardin, Parcelle 53, dans l&rsquo;enclos des potagers partag\u00e9s, je traverse. De cet autoroute A19 qui ne passe plus par Orleans, je traverse. De ce virage dangereux, surgissant d&rsquo;un coup sur la droite, et qu&rsquo;immanquablement, vous pouvez rater, je traverse. De cette all\u00e9e dans un bois priv\u00e9, menant \u00e0 une maison de 1400 m2, une maison, que dis-je, une demeure de maitre sans maitresse, isol\u00e9e, presqu&rsquo;abandonn\u00e9e, je traverse. De ce salon, en bois et en livres, o\u00f9 les peintures et les mots occupent le temps qui s&rsquo;\u00e9coule, je traverse. De ces petites routes de campagne et ses champs agricoles, voyageant jusqu&rsquo;au nord de la France, je traverse. De cette gare d&rsquo;Hesdin dans laquelle plus aucun train ne passe, je traverse. De ces plages normandes, flux et reflux des mar\u00e9es, galets ou sables fins, nuages, vent et soleil \u00e0 la fois, o\u00f9 j&rsquo;aime \u00e0 marcher, je traverse. De ces plages de Madras, o\u00f9 les p\u00eacheurs, ne sachant pas nager, vont se perdre, embarqu\u00e9s dans les vagues tumultueuses du golfe du Bengale en Inde, je traverse.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p> <\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>De cette maternit\u00e9 toulonnaise dont je n&rsquo;ai aucun souvenir, je traverse. De ces multiples maisons d&rsquo;enfance, d\u00e9m\u00e9nag\u00e9es et emm\u00e9nag\u00e9es, brinquebal\u00e9e, je traverse. De ce territoire palestinien o\u00f9 \u00e0 chaque aube, chante et m&rsquo;\u00e9meut le muezzin, je traverse. De Londres avant le Brexit, je traverse. 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