{"id":58248,"date":"2021-11-20T12:21:47","date_gmt":"2021-11-20T11:21:47","guid":{"rendered":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/?p=58248"},"modified":"2025-05-03T12:10:49","modified_gmt":"2025-05-03T10:10:49","slug":"testard_autobiograhies_9_1","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/testard_autobiograhies_9_1\/","title":{"rendered":"#autobiographies #09 | Les noms ont \u00e9t\u00e9 chang\u00e9s"},"content":{"rendered":"\n<div style=\"height:20px\" aria-hidden=\"true\" class=\"wp-block-spacer\"><\/div>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-right has-medium-gray-color has-text-color has-link-color has-small-font-size wp-elements-65b37ae541624c4ab2032d07092d187e wp-block-paragraph\"><em>ayant \u00e0 peine besoin d&rsquo;\u00eatre<\/em><br>R.M. Rilke<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Une personne est morte le long de la voie ferroviaire au passage \u00e0 niveau. Un homme, \u00e2g\u00e9 de 38 ans. Jean-Baptiste Radosch a v\u00e9cu une s\u00e9paration difficile. Artisan reconnu pour son savoir-faire, il logeait depuis chez son p\u00e8re. L&rsquo;hypoth\u00e8se d&rsquo;un suicide est envisag\u00e9e en l&rsquo;absence de l&rsquo;intervention d&rsquo;un tiers, Jean-Baptiste Radosch se couche sur les rails \u00e0 l&rsquo;approche d&rsquo;un train aux environs de 22 h au niveau de Brenouille. Le conducteur n&rsquo;a rien pu faire pour l&rsquo;\u00e9viter. Des bus de substitution ont \u00e9t\u00e9 affr\u00e9t\u00e9s pour prendre en charge les passagers bloqu\u00e9s, sur place, le malaise est palpable, nous le traversons cependant, le brouillard, pour nous les barri\u00e8res se l\u00e8vent, dans les gyrophares, dans les phares, dans le bus, les feux tricolores, sur le parking de la gare Mickael Simon et sa compagne s&rsquo;\u00e9charpent. La jeune femme s&rsquo;\u00e9chappe. D\u00e9sirant se prot\u00e9ger de la violence de son compagnon, elle tente \u00e0 plusieurs reprises, essayant d&rsquo;ouvrir les porti\u00e8res c\u00f4t\u00e9 passager, d&rsquo;entrer dans les voitures qui circulent devant la gare. Elle se r\u00e9fugie dans le v\u00e9hicule d&rsquo;un apprenti qui rentre de sa journ\u00e9e de travail. La voiture heurte alors Mickael Simon. Il ouvre \u00e0 son tour la porti\u00e8re c\u00f4t\u00e9 conducteur et ass\u00e8ne plusieurs coups de poing au visage du jeune homme. L&rsquo;apprenti parvient \u00e0 s&rsquo;extraire du v\u00e9hicule. Poursuivi par Mickael Simon aujourd&rsquo;hui livreur, domicili\u00e9 chez son fr\u00e8re, en \u00e9tat d&rsquo;ivresse manifeste, il ne doit son salut qu&rsquo;\u00e0 l&rsquo;intervention d&rsquo;un groupe d&#8217;employ\u00e9s d&rsquo;Eurovia. Nous n&rsquo;y sommes pour rien si nous sommes l\u00e0, Amine Bouessh a branch\u00e9 ses \u00e9couteurs pour marcher en musique. Nous ne sommes pas justes, juste nous sommes l\u00e0. Amine Bouessh se rend chez des membres de sa famille qui doivent lui donner de l&rsquo;argent et ainsi financer son projet d&rsquo;installation. Amine Bouessh a 28 ans et une heure trente \u00e0 patienter avant le prochain train, il fait un tour dans les rues du quartier de la gare. C&rsquo;est en entendant un homme crier au voleur qu&rsquo;il se met \u00e0 courir. Il r\u00e9alise, se demande : \u00ab&nbsp;Pourquoi je cours, je n&rsquo;ai rien fait ?&nbsp;\u00bb Nous roulons. Nous courons : comme si nous n&rsquo;\u00e9tions pas l\u00e0. D&rsquo;ailleurs nous n&rsquo;y sommes pas, Omar Lachid est un homme de 27 ans. Omar Lachid : \u00ab&nbsp;Je n&rsquo;ai pas dit que je ne l&rsquo;avais pas fait, j&rsquo;ai dit que je n&rsquo;\u00e9tais pas l\u00e0&nbsp;\u00bb. Omar Lachid a \u00e9t\u00e9 expuls\u00e9 du train Paris-Amiens, il se rendait au domicile de sa copine. \u00ab&nbsp;J&rsquo;ai \u00e9t\u00e9 frapp\u00e9 \u00e0 la t\u00eate par des gens qui m&rsquo;ont arr\u00eat\u00e9. Ils m&rsquo;ont cass\u00e9 trois dents. Je ne sais pas o\u00f9 Amine Bouessh \u00e9tait.&nbsp;\u00bb Amine Bouessh a \u00e9t\u00e9 expuls\u00e9 du train Paris-Amiens. Amine Bouessh n&rsquo;a pas entendu Omar Lachid briser au moyen d&rsquo;un caillou la custode d&rsquo;une voiture. Nous n&rsquo;y sommes pour personne si nous sommes l\u00e0, Amine Bouessh : \u00ab&nbsp;Avec mes \u00e9couteurs, je n&rsquo;entendais rien&nbsp;\u00bb. Il ne voit pas Omar Lachid p\u00e9n\u00e9trer dans le v\u00e9hicule ; fouiller l&rsquo;habitacle ; trouver un portefeuille ; empocher 60 euros. D&rsquo;apr\u00e8s le p\u00e8re de la victime, Amine Bouessh \u00ab&nbsp;se tenait pr\u00e8s de la porte ouverte&nbsp;\u00bb. Amine Bouessh : \u00ab&nbsp;J&rsquo;ai couru sans raison et les membres de la famille ont cru que j&rsquo;avais vol\u00e9&nbsp;\u00bb. Le vol en r\u00e9union est difficile \u00e0 d\u00e9montrer. <a href=\"\/ateliers\/testard_boost_11_1\/\" target=\"_blank\" rel=\"noreferrer noopener\">Les noms ont \u00e9t\u00e9 chang\u00e9s.<\/a> Propres, communs, nous ne nous y arr\u00eatons pas, sommes transport\u00e9s, les plafonniers sur nous ne s&rsquo;\u00e9teignent jamais, nous ne marquons pas l&rsquo;arr\u00eat. Quittons la ville. Nous ne voyons pas briller. Ni le regard, ni mobile, ni les poings, dans les poches, il loupe de peu un panneau de signalisation, descend du trottoir, il pr\u00e9f\u00e8re marcher au milieu de la route. Jean-No\u00ebl Lanz est bardeur de profession. Suivre les pointill\u00e9s de la bande blanche. Jean-No\u00ebl Lanz : \u00ab&nbsp;Je vais t&rsquo;\u00e9gorger, toi et tes enfants&nbsp;\u00bb. \u00ab&nbsp;Toi t&rsquo;es mort dans 3 minutes&nbsp;\u00bb, Jean-No\u00ebl Lanz ne supporte pas l&rsquo;id\u00e9e que son fr\u00e8re veuille emmener leur m\u00e8re, \u00e2g\u00e9e de 84 ans, vivre loin de Noyon. \u00ab&nbsp;C&rsquo;est plus vivable \u00e0 Noyon&nbsp;\u00bb. Alcoolis\u00e9, Jean-No\u00ebl Lanz se met en route, \u00e0 pied, et se dirige vers le domicile de son fr\u00e8re, un couteau de cuisine dans la poche de sa veste. Il a senti le souffle de la vitesse (il monte et d\u00e9monte des \u00e9chafaudages). \u00c0 quelques centim\u00e8tres pr\u00e8s, il aurait pu nous rejoindre. Amine Bouessh a pass\u00e9 sa jeunesse en Alg\u00e9rie o\u00f9 il a travaill\u00e9 comme serveur pr\u00e8s de la fronti\u00e8re lybienne. Il a mis beaucoup de temps pour traverser la France. 18 mois. Il survit en travaillant \u00e0 droite et \u00e0 gauche et du commerce de cigarettes de contrebande, projetait de s&rsquo;installer chez un autre membre de sa famille aux Pays-Bas. Amine Bouessh n&rsquo;a pas de carte de s\u00e9jour. Sa situation n&rsquo;est pas r\u00e9gularis\u00e9e \u00e0 cause de la langue. Il est connu de la justice sous un autre nom. Amine Bouessh et Omar Lachid ne se connaissent pas. Omar Lachid est arriv\u00e9 du Maroc par bateau. La travers\u00e9e lui a co\u00fbt\u00e9 1000 euros. Omar Lachid pensait rejoindre son fr\u00e8re en Belgique o\u00f9 il esp\u00e8re am\u00e9liorer sa situation. \u00c9milie Legendre cherchait un McDo. \u00c9milie Legendre est responsable des \u00c9curies de Bois-Robert. Le 4\u00d74 d&rsquo;\u00c9milie Legendre roulait, en pr\u00e9sence de deux jeunes femmes de 17 et 18 ans. \u00c9milie Legendre \u00e9tait partie livrer un cheval. \u00ab&nbsp;Tu nous a doubl\u00e9s dans une ligne droite face \u00e0 un camion\u2026 Quand je te d\u00e9couvre, tu es incarc\u00e9r\u00e9 dans ta voiture, le visage en sang. Thomas, tu es vivant !&nbsp;\u00bb Le Thomas en question est gravement touch\u00e9. Le chauffeur du camion a \u00e9galement \u00e9t\u00e9 bless\u00e9. Un des v\u00e9hicules impliqu\u00e9s finit sa course dans un compteur. Ce qui a pour cons\u00e9quence de priver d&rsquo;\u00e9lectricit\u00e9 une station essence voisine. \u00ab&nbsp;Tu \u00e9tais juste press\u00e9 de rentrer chez toi&nbsp;\u00bb, poursuit la conductrice sur les r\u00e9seaux sociaux, s&rsquo;adressant \u00e0 \u00ab&nbsp;Thomas&nbsp;\u00bb : \u00ab&nbsp;Tu aurais pu nous tuer.&nbsp;\u00bb Nous nous fr\u00f4lons, nous accoudons, nous coudoyons, dans le bus de substitution comme dans le train les accoudoirs sont escamotables, le transport en commun, nous m\u00ealons-nous, qui est ce nous, nous touchons, nous accotons, nous nous c\u00f4toyons, ne sommes pas \u00e0 nos places : avons \u00e9t\u00e9 d\u00e9plac\u00e9s, qui sommes-nous. Nous sommes impromptus, nous sommes incongrus, fondus encha\u00een\u00e9s, les uns contre les autres, nous nous endormons, nous nous envolons. Nous ne sommes pas des anges. Nous sommes ce souffle, souffle des phrases, souffle du r\u00e9cit : de la vitesse : du transport : nous sommes transport\u00e9s, nous sommes transf\u00e9r\u00e9s, nos places, nous ne nous y sentons pas, les virages non plus ne se sentent pas, dans les phares nous tournons, les chocs sont absorb\u00e9s, \u00c9milie Legendre et ses deux passag\u00e8res n&rsquo;ont rien. La remorque qui transportait le cheval, vide au moment des faits, est d\u00e9truite.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-right has-medium-gray-color has-text-color has-link-color has-small-font-size wp-elements-462fddda531dc26dc13ff7564e3965b4 wp-block-paragraph\"><em>se laissant glisser<\/em><br>G. Perec<\/p>\n\n\n\n<div style=\"height:20px\" aria-hidden=\"true\" class=\"wp-block-spacer\"><\/div>\n\n\n\n<p class=\"has-dark-gray-color has-light-gray-background-color has-text-color has-background has-small-font-size wp-block-paragraph\"><em>Pendant la fabrication de cette travers\u00e9e \u2014 et maintenant encore au moment de la publier \u2014 un sentiment d&rsquo;imposture m&rsquo;oppresse : manipuler ces faits, certes divers, pourquoi divers, leurs circonstances, leurs noms, et avec eux les personnes \u2014 les parcours \u2014 qu&rsquo;ils mettent en jeu ou en cause me met mal \u00e0 l&rsquo;aise au plus haut point. L&rsquo;impression de \u00ab\u00a0jouer\u00a0\u00bb avec eux, sans eux : dans leur dos ; dans l&rsquo;impunit\u00e9 ; d&rsquo;\u00eatre un trafiquant ; de tirer tout le plaisir du texte du fait divers \u00e0 moi\u2026 Je sens pour autant que je dois traverser ce malaise. Non pour passer outre, mais \u2014 c&rsquo;est encore obscur \u2014 pour l&rsquo;investir. Consid\u00e9rant le livre \u00e0 venir comme travers\u00e9e du territoire \u2014 territoire de nos vies, territoire national \u2014 il m&rsquo;appara\u00eet que ce malaise pourrait m&rsquo;en fournir le v\u00e9hicule. Je ressens qu&rsquo;il n&rsquo;y aura pas de travers\u00e9e-exploration du territoire sans travers\u00e9e-approfondissement du malaise. Ce mal de mer c&rsquo;est \u00e7a, la travers\u00e9e du territoire, et je ne sais pas si c&rsquo;est lui ou elle, mais c&rsquo;est mortel. Mal de mer parce que non seulement travers\u00e9e du territoire, mais du d\u00e9plac\u00e9 du territoire et de ce que je ressens comme toute une vie de substitution \u2014 ou est-ce que je d\u00e9lire ? Ce qui se fabrique ci-dessus, je l&rsquo;appelle : la travers\u00e9e de l&rsquo;impropre ; de ce qui ne m&rsquo;appartient pas\u2026 Cette travers\u00e9e, ce \u00ab nous \u00bb \u2014 soit au moins, au d\u00e9part, le couple auteur\/lecteur \u2014, c&rsquo;est, aussi, une pure exp\u00e9rience de lecture : c&rsquo;est voyager comme seul lire peut le faire ; \u00e9crire peut le faire. Reste \u00e0 r\u00e9pondre \u00e0 la question de savoir pourquoi \u2014 et comment \u2014 tout cela est autobiographique\u2026 Les textes ici fondus encha\u00een\u00e9s \u2014 largement recompos\u00e9s \u2014 sont emprunt\u00e9s au journal d&rsquo;informations politiques et g\u00e9n\u00e9rales de l&rsquo;Oise, Oise Hebdo n\u00b01421 du 26 mai 2021 \u2014 avec, pour qui \u00e7a amuse, dedans des morceaux de <\/em>Rocade<em> de Raymond Bozier (Pauvert, 2000).<\/em><\/p>\n\n\n\n<div style=\"height:20px\" aria-hidden=\"true\" class=\"wp-block-spacer\"><\/div>\n\n\n\n<figure class=\"wp-block-image size-large\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"576\" height=\"1024\" src=\"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2021\/11\/211119_oise_hebdo_2-576x1024.jpg\" alt=\"\" class=\"wp-image-58374\" srcset=\"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2021\/11\/211119_oise_hebdo_2-576x1024.jpg 576w, https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2021\/11\/211119_oise_hebdo_2-236x420.jpg 236w, https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2021\/11\/211119_oise_hebdo_2.jpg 720w\" sizes=\"auto, (max-width: 576px) 100vw, 576px\" \/><figcaption class=\"wp-element-caption\"><em><span class=\"has-inline-color has-medium-gray-color\">La nouvelle cross hybride n&rsquo;a jamais \u00e9t\u00e9 aussi proche de nous.<\/span><\/em><\/figcaption><\/figure>\n\n\n\n<div style=\"height:50px\" aria-hidden=\"true\" class=\"wp-block-spacer\"><\/div>\n\n\n\n<p class=\"has-light-gray-background-color has-background has-small-font-size wp-block-paragraph\"><em>variante, pour voir&nbsp;:<\/em><\/p>\n\n\n\n<div style=\"height:20px\" aria-hidden=\"true\" class=\"wp-block-spacer\"><\/div>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Une personne est morte le long de la voie ferroviaire au passage \u00e0 niveau. Un homme, \u00e2g\u00e9 de 38 ans. Jean-Baptiste Radosch a v\u00e9cu une s\u00e9paration difficile. Artisan reconnu pour son savoir-faire, il logeait depuis chez son p\u00e8re. L&rsquo;hypoth\u00e8se d&rsquo;un suicide est envisag\u00e9e en l&rsquo;absence de l&rsquo;intervention d&rsquo;un tiers, Jean-Baptiste Radosch se couche sur les rails \u00e0 l&rsquo;approche d&rsquo;un train aux environs de 22 h au niveau de Brenouille. Le conducteur n&rsquo;a rien pu faire pour l&rsquo;\u00e9viter. Des bus de substitution ont \u00e9t\u00e9 affr\u00e9t\u00e9s pour prendre en charge les passagers bloqu\u00e9s, sur place, le malaise est palpable, <em>nous le traversons cependant, le brouillard, pour nous les barri\u00e8res se l\u00e8vent, dans les gyrophares, dans les phares, dans le bus, les feux tricolores,<\/em> sur le parking de la gare Mickael Simon et sa compagne s&rsquo;\u00e9charpent. La jeune femme s&rsquo;\u00e9chappe. D\u00e9sirant se prot\u00e9ger de la violence de son compagnon, elle tente \u00e0 plusieurs reprises, essayant d&rsquo;ouvrir les porti\u00e8res c\u00f4t\u00e9 passager, d&rsquo;entrer dans les voitures qui circulent devant la gare. Elle se r\u00e9fugie dans le v\u00e9hicule d&rsquo;un apprenti qui rentre de sa journ\u00e9e de travail. La voiture heurte alors Mickael Simon. Il ouvre \u00e0 son tour la porti\u00e8re c\u00f4t\u00e9 conducteur et ass\u00e8ne plusieurs coups de poing au visage du jeune homme. L&rsquo;apprenti parvient \u00e0 s&rsquo;extraire du v\u00e9hicule. Poursuivi par Mickael Simon aujourd&rsquo;hui livreur, domicili\u00e9 chez son fr\u00e8re, en \u00e9tat d&rsquo;ivresse manifeste, il ne doit son salut qu&rsquo;\u00e0 l&rsquo;intervention d&rsquo;un groupe d&#8217;employ\u00e9s d&rsquo;Eurovia. <em>Nous n&rsquo;y sommes pour rien si nous sommes l\u00e0,<\/em> Amine Bouessh a branch\u00e9 ses \u00e9couteurs pour marcher en musique. <em>Nous ne sommes pas justes, juste nous sommes l\u00e0.<\/em> Amine Bouessh se rend chez des membres de sa famille qui doivent lui donner de l&rsquo;argent et ainsi financer son projet d&rsquo;installation. Amine Bouessh a 28 ans et une heure trente \u00e0 patienter avant le prochain train, il fait un tour dans les rues du quartier de la gare. C&rsquo;est en entendant un homme crier au voleur qu&rsquo;il se met \u00e0 courir. Il r\u00e9alise, se demande : \u00ab\u00a0Pourquoi je cours, je n&rsquo;ai rien fait ?\u00a0\u00bb Nous roulons. Nous courons : comme si nous n&rsquo;\u00e9tions pas l\u00e0. D&rsquo;ailleurs nous n&rsquo;y sommes pas, Omar Lachid est un homme de 27 ans. Omar Lachid : \u00ab\u00a0Je n&rsquo;ai pas dit que je ne l&rsquo;avais pas fait, j&rsquo;ai dit que je n&rsquo;\u00e9tais pas l\u00e0\u00a0\u00bb. Omar Lachid a \u00e9t\u00e9 expuls\u00e9 du train Paris-Amiens, il se rendait au domicile de sa copine. \u00ab\u00a0J&rsquo;ai \u00e9t\u00e9 frapp\u00e9 \u00e0 la t\u00eate par des gens qui m&rsquo;ont arr\u00eat\u00e9. Ils m&rsquo;ont cass\u00e9 trois dents. Je ne sais pas o\u00f9 Amine Bouessh \u00e9tait.\u00a0\u00bb Amine Bouessh a \u00e9t\u00e9 expuls\u00e9 du train Paris-Amiens. Amine Bouessh n&rsquo;a pas entendu Omar Lachid briser au moyen d&rsquo;un caillou la custode d&rsquo;une voiture. <em>Nous n&rsquo;y sommes pour personne si nous sommes l\u00e0,<\/em> Amine Bouessh : \u00ab\u00a0Avec mes \u00e9couteurs, je n&rsquo;entendais rien\u00a0\u00bb. Il ne voit pas Omar Lachid p\u00e9n\u00e9trer dans le v\u00e9hicule ; fouiller l&rsquo;habitacle ; trouver un portefeuille ; empocher 60 euros. D&rsquo;apr\u00e8s le p\u00e8re de la victime, Amine Bouessh \u00ab\u00a0se tenait pr\u00e8s de la porte ouverte\u00a0\u00bb. Amine Bouessh : \u00ab\u00a0J&rsquo;ai couru sans raison et les membres de la famille ont cru que j&rsquo;avais vol\u00e9\u00a0\u00bb. Le vol en r\u00e9union est difficile \u00e0 d\u00e9montrer. <em><a href=\"\/ateliers\/testard_boost_11_1\/\" target=\"_blank\" rel=\"noreferrer noopener\">Les noms ont \u00e9t\u00e9 chang\u00e9s.<\/a><\/em> <em>Propres, communs, nous ne nous y arr\u00eatons pas, sommes transport\u00e9s, les plafonniers sur nous ne s&rsquo;\u00e9teignent jamais, nous ne marquons pas l&rsquo;arr\u00eat. Quittons la ville. Nous ne voyons pas briller. Ni le regard, ni mobile, ni les poings,<\/em> dans les poches, il loupe de peu un panneau de signalisation, descend du trottoir, il pr\u00e9f\u00e8re marcher au milieu de la route. Jean-No\u00ebl Lanz est bardeur de profession. Suivre les pointill\u00e9s de la bande blanche. Jean-No\u00ebl Lanz : \u00ab\u00a0Je vais t&rsquo;\u00e9gorger, toi et tes enfants\u00a0\u00bb. \u00ab\u00a0Toi t&rsquo;es mort dans 3 minutes\u00a0\u00bb, Jean-No\u00ebl Lanz ne supporte pas l&rsquo;id\u00e9e que son fr\u00e8re veuille emmener leur m\u00e8re, \u00e2g\u00e9e de 84 ans, vivre loin de Noyon. \u00ab\u00a0C&rsquo;est plus vivable \u00e0 Noyon\u00a0\u00bb. Alcoolis\u00e9, Jean-No\u00ebl Lanz se met en route, \u00e0 pied, et se dirige vers le domicile de son fr\u00e8re, un couteau de cuisine dans la poche de sa veste. Il a senti le souffle de la vitesse (il monte et d\u00e9monte des \u00e9chafaudages). \u00c0 quelques centim\u00e8tres pr\u00e8s, il aurait pu nous rejoindre. Amine Bouessh a pass\u00e9 sa jeunesse en Alg\u00e9rie o\u00f9 il a travaill\u00e9 comme serveur pr\u00e8s de la fronti\u00e8re lybienne. Il a mis beaucoup de temps pour traverser la France. 18 mois. Il survit en travaillant \u00e0 droite et \u00e0 gauche et du commerce de cigarettes de contrebande, projetait de s&rsquo;installer chez un autre membre de sa famille aux Pays-Bas. Amine Bouessh n&rsquo;a pas de carte de s\u00e9jour. Sa situation n&rsquo;est pas r\u00e9gularis\u00e9e \u00e0 cause de la langue. Il est connu de la justice sous un autre nom. Amine Bouessh et Omar Lachid ne se connaissent pas. Omar Lachid est arriv\u00e9 du Maroc par bateau. La travers\u00e9e lui a co\u00fbt\u00e9 1000 euros. Omar Lachid pensait rejoindre son fr\u00e8re en Belgique o\u00f9 il esp\u00e8re am\u00e9liorer sa situation. \u00c9milie Legendre cherchait un McDo. \u00c9milie Legendre est responsable des \u00c9curies de Bois-Robert. Le 4\u00d74 d&rsquo;\u00c9milie Legendre roulait, en pr\u00e9sence de deux jeunes femmes de 17 et 18 ans. \u00c9milie Legendre \u00e9tait partie livrer un cheval. \u00ab\u00a0Tu nous a doubl\u00e9s dans une ligne droite face \u00e0 un camion\u2026 Quand je te d\u00e9couvre, tu es incarc\u00e9r\u00e9 dans ta voiture, le visage en sang. Thomas, tu es vivant !\u00a0\u00bb Le Thomas en question est gravement touch\u00e9. Le chauffeur du camion a \u00e9galement \u00e9t\u00e9 bless\u00e9. Un des v\u00e9hicules impliqu\u00e9s finit sa course dans un compteur. Ce qui a pour cons\u00e9quence de priver d&rsquo;\u00e9lectricit\u00e9 une station essence voisine. \u00ab\u00a0Tu \u00e9tais juste press\u00e9 de rentrer chez toi\u00a0\u00bb, poursuit la conductrice sur les r\u00e9seaux sociaux, s&rsquo;adressant \u00e0 \u00ab\u00a0Thomas\u00a0\u00bb : \u00ab\u00a0Tu aurais pu nous tuer.\u00a0\u00bb <em>Nous nous fr\u00f4lons, nous accoudons, nous coudoyons, dans le bus de substitution comme dans le train les accoudoirs sont escamotables, le transport en commun, nous m\u00ealons-nous, qui est ce nous, nous touchons, nous accotons, nous nous c\u00f4toyons, ne sommes pas \u00e0 nos places : avons \u00e9t\u00e9 d\u00e9plac\u00e9s, qui sommes-nous. Nous sommes impromptus, nous sommes incongrus, fondus encha\u00een\u00e9s, les uns contre les autres, nous nous endormons, nous nous envolons. Nous ne sommes pas des anges. Nous sommes ce souffle, souffle des phrases, souffle du r\u00e9cit : de la vitesse : du transport : nous sommes transport\u00e9s, nous sommes transf\u00e9r\u00e9s, nos places, nous ne nous y sentons pas, les virages non plus ne se sentent pas, dans les phares nous tournons, les chocs sont absorb\u00e9s,<\/em> \u00c9milie Legendre et ses deux passag\u00e8res n&rsquo;ont rien. La remorque qui transportait le cheval, vide au moment des faits, est d\u00e9truite.<\/p>\n\n\n\n<div style=\"height:20px\" aria-hidden=\"true\" class=\"wp-block-spacer\"><\/div>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Nous nous fr\u00f4lons. Nous nous accoudons. Nous nous c\u00f4toyons. Nous nous envolons. 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