{"id":58401,"date":"2021-11-20T15:34:31","date_gmt":"2021-11-20T14:34:31","guid":{"rendered":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/?p=58401"},"modified":"2021-11-20T15:35:22","modified_gmt":"2021-11-20T14:35:22","slug":"la-fabrique-ecrire-lautomne-ix","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/la-fabrique-ecrire-lautomne-ix\/","title":{"rendered":"la fabrique | \u00c9crire l\u2019automne IX"},"content":{"rendered":"\n<figure class=\"wp-block-image size-large\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"768\" height=\"1024\" src=\"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2021\/11\/20211120_150643-768x1024.jpg\" alt=\"\" class=\"wp-image-58403\" srcset=\"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2021\/11\/20211120_150643-768x1024.jpg 768w, https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2021\/11\/20211120_150643-315x420.jpg 315w, https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2021\/11\/20211120_150643-1152x1536.jpg 1152w, https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2021\/11\/20211120_150643-1536x2048.jpg 1536w, https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2021\/11\/20211120_150643-scaled.jpg 1920w\" sizes=\"auto, (max-width: 768px) 100vw, 768px\" \/><figcaption>NEVERS\u2014VICHY petit matin du 15 novembre<\/figcaption><\/figure>\n\n\n\n<h3 class=\"wp-block-heading\">Lundi<\/h3>\n\n\n\n<p>Pr\u00e8s du feu, longue conversation avec Pierre \u2014 doublement \u00e9clairagiste et \u00e9claireur \u2014 autour du S\u00e9rail. Son devenir, ce livre, mais aussi et finalement surtout,\u00a0<strong>ses fondations\u00a0<\/strong>et l\u2019importance pour moi de les emporter dans le livre. Nous avons jou\u00e9 le S\u00e9rail dans cinq lieux diff\u00e9rents pendant une ann\u00e9e. Les trois premi\u00e8res reprises \u00e9taient espac\u00e9es d\u2019un mois. La derni\u00e8re, d\u2019un an depuis la cr\u00e9ation. Hiver et printemps de S\u00e9rail. Pause d\u2019\u00e9t\u00e9 et d\u2019automne. Retour de l\u2019hiver. Le cycle, donc, incontournable puisqu\u2019il circonscrit cette aventure. Et dedans, les \u00e9pisodes, essentiellement d\u00e9termin\u00e9s par l\u2019\u00e9tat que nous proposait St\u00e9phane Mercoyrol, qui jouait Selim Bassa, \u00e0 chaque retrouvaille. Nous nous sommes retrouv\u00e9.es \u00e0 Avignon, un mois apr\u00e8s la cr\u00e9ation \u00e0 Clermont-Ferrand. F\u00e9vrier froid. Il revenait d\u2019un long voyage, (au Cap Vert\u2009?\u2026), bronz\u00e9 et radieux avec des lunettes de soleil extravagantes tandis que toute l\u2019\u00e9quipe se tenait du c\u00f4t\u00e9 du p\u00e2lichon et du surmen\u00e9. J\u2019ai commenc\u00e9 \u00e0 raconter les retours de Selim au ch\u0153ur, aux danseurs, aux solistes, au chef, \u00e0 l\u2019\u00e9quipe technique\u00a0: voil\u00e0, le S\u00e9rail a \u00e9t\u00e9 ferm\u00e9 pendant un mois. Vous ne saviez pas o\u00f9 \u00e9tait Selim ni quand il reviendrait et comme un diable sortant de sa bo\u00eete, il r\u00e9apparait et vous propose une soir\u00e9e in\u00e9dite, une variation sur ce que vous savez faire, avec une vedette am\u00e9ricaine et une surprise finale. Il \u00e9tait s\u00fbrement cette fois-l\u00e0 <a href=\"http:\/\/www.emmanuellecordoliani.com\/ne-pas-laisser-de-trace\/\">parti chercher des artifices en Chine<\/a>\u2026\u00a0(La pr\u00e9sence d\u2019un ballet pour cette reprise \u00e9tait exceptionnelle. Pour lui aussi il avait fallu faire de la place dans l\u2019histoire que nous\u00a0(nous)\u00a0racontions. Membres du personnel du S\u00e9rail, d\u00e9guis\u00e9. es en invit\u00e9. es pour mieux assoir l\u2019illusion\u2026 Une histoire pour chacun.e\u2026 Un mois plus tard, nous avions retrouv\u00e9 St\u00e9phane \u00e0 Rouen, exsangue\u00a0: il avait \u00e9t\u00e9 malade, l\u2019\u00e9tait encore un peu. Quelque chose de fragile apparaissait dans la grande silhouette de l\u2019acteur qui ne se laissait pas toujours voir. C\u2019est \u00e0 ce moment que j\u2019ai invent\u00e9 l\u2019\u00e9pisode du sevrage et la choriste charg\u00e9e d\u2019interpr\u00e9ter la Soigneuse ne le quittait plus des yeux. Une atmosph\u00e8re fi\u00e9vreuse et inqui\u00e8te prenait le plateau. L\u2019\u00e9tranget\u00e9 avait atteint son comble quand le fl\u00fbtiste de l\u2019orchestre avait essay\u00e9 de parler le Farsi avec l\u2019acteur, \u00e0 la machine \u00e0 caf\u00e9, prenant pour argent comptant la diction de son po\u00e8me de Djalal al-d\u00een R\u00fbmi\u00a0(<a href=\"file:\/\/\/var\/folders\/0t\/kwlgdk0x7xd_dvbdtpwgbcsm0000gn\/T\/com.ulyssesapp.mac\/3d2d0dee7e5242b6abe4e0e1db59baff\/E%CC%81crire%20l%E2%80%99automne%20IX\/index.html#\">1210-1273)<\/a>\u00a0:<\/p>\n\n\n\n<blockquote class=\"wp-block-quote is-style-default is-layout-flow wp-block-quote-is-layout-flow\"><p><br>Toi qui ne connais pas l\u2019amour,&nbsp;<br>Tu peux te le permettre&nbsp;: dors.&nbsp;<br>Va, son amour et son chagrin&nbsp;<br>Sont notre bien \u00e0 tous, toi dors.&nbsp;<br><br>Chagrin de l\u2019amant&nbsp;: un soleil,&nbsp;<br>Nous, particules, particules.<br>Toi qui n\u2019as pas vu dans ton c\u0153ur&nbsp;<br>S\u2019\u00e9lever ce d\u00e9sir, toi dors.<\/p><p>En cherchant \u00e0 m\u2019unir \u00e0 lui,<br>Je m\u2019\u00e9coule comme de l\u2019eau.<br>Toi qui n\u2019as pas cette tristesse<br>Du \u00ab\u2009Mais o\u00f9 donc est-il\u2009?\u2009\u00bb toi dors.&nbsp;<br><br>Il passe, le chemin d\u2019amour,<br>Hors des soixante-douze voies.&nbsp;<br>Puisque ton amour et ta foi<br>Ne sont que ruse et feinte, dors.<br>&nbsp;<br>Son vin du matin, notre aurore,&nbsp;<br>Son charme seul, notre d\u00eener.<br>Toi qui veux manger des d\u00e9lices&nbsp;<br>Et te soucier du d\u00eener, dors.<\/p><p>Dans notre recherche alchimique,&nbsp;<br>Comme le cuivre, nous flambons.&nbsp;<br>Toi, le lit est ton compagnon<br>Et ta seule alchimie, toi dors.<br><br>Comme enivr\u00e9, \u00e0 droite, \u00e0 gauche,<br>Tu tombes, puis tu te rel\u00e8ves.&nbsp;<br>Maintenant la nuit est pass\u00e9e,&nbsp;<br>C\u2019est le moment de prier, dors.<br>&nbsp;<br>Le destin a clos mon sommeil,&nbsp;<br>Alors va-t\u2019en, toi le jeune homme,&nbsp;<br>Car si le sommeil est pass\u00e9,<br>On peut le rattraper, toi dors.&nbsp;<br><br>Tomb\u00e9s dans la main de l\u2019amour,&nbsp;<br>Mais que va-t-il faire de nous\u2009?<br>Toi, tenu dans ta propre main,&nbsp;<br>Mets-toi sur ta main droite et dors.&nbsp;<br><br>Moi je suis un mangeur de sang,&nbsp;<br>Toi, mon cher, mangeur de d\u00e9lices.&nbsp;<br>Puisqu\u2019\u00e0 la suite des d\u00e9lices<br>Le sommeil est naturel, dors.<br><br>Moi j\u2019ai coup\u00e9 toute esp\u00e9rance<br>De mon cr\u00e2ne et de ma pens\u00e9e.<br>Toi qui conserves comme espoir<br>Pens\u00e9e humide et fra\u00eeche, dors.<\/p><p>J\u2019ai d\u00e9chir\u00e9 l\u2019habit du mot,<br>J\u2019ai abandonn\u00e9 la parole,<br>Mais toi qui n\u2019as pas le corps nu,&nbsp;<br>Tu as besoin d\u2019un habit, dors.<\/p><\/blockquote>\n\n\n\n<p>Suite \u00e0 cette rencontre, le fl\u00fbtiste accompagnait le po\u00e8me depuis la fosse avec son Ney\u2026 et ainsi de suite, jusqu\u2019\u00e0 l\u2019hiver de la derni\u00e8re o\u00f9 je suis demeur\u00e9e <a href=\"http:\/\/www.emmanuellecordoliani.com\/hors-serail-quatre-approches-du-long-terme\/\">assise dans une des fins possibles<\/a> tandis que le d\u00e9cor se d\u00e9montait et que l\u2019\u00e9quipe se d\u00e9mantelait.<\/p>\n\n\n\n<h3 class=\"wp-block-heading\">Mardi<\/h3>\n\n\n\n<p>Je suis <strong>dans le dur<\/strong> de cet exercice du journal. Le temps tire cette semaine o\u00f9 deux spectacles se jouent&nbsp;<em>La B\u00eate et la Belle<\/em> et, vendredi, le <em>Quatuor pour la Fin du Temps<\/em> de Messian. Il y a peu de retours, plus quasiment, l\u2019atelier est occup\u00e9 \u00e0 autre chose, et je le comprends bien. Je suis moi-m\u00eame occup\u00e9e \u00e0 autre chose. C\u2019est le moment o\u00f9 ce journal <strong>rejoint l\u2019intime<\/strong>, son pelage devient blanc sur la page. Dans cette travers\u00e9e invisible, la lecture quotidienne des journaux d\u2019Antoine Emaz&nbsp;<em>Cambouis<\/em>, <em>Cuisines<\/em>, merci \u00e0&nbsp;<strong><em>f<\/em><\/strong>&nbsp;pour cela.<br>La r\u00e9gularit\u00e9 dans laquelle je m\u2019inscris d\u00e8s qu\u2019elle fait d\u00e9faut change les heures en lustres. Je dis \u00e0 Pierre que j\u2019ai l\u2019impression de n\u2019avoir pas \u00e9crit depuis des jours. Oui, trois, commente-t-il goguenard. Mais il sait trop bien sur quel fil je me tiens et dans quel vent. Je lui dis aussi que je suis d\u00e9pass\u00e9e par le <em>Parlement des Reines<\/em>, puisque \u00e7a fait des ann\u00e9es que je monte des \u0153uvres compl\u00e8tes, des op\u00e9ras entiers, au lieu d\u2019\u00e9crire sur mesure pour les \u00e9l\u00e8ves. C\u2019est n\u00e9anmoins, rappelle-t-il, ce que tu as fait pendant trois mois \u00e0 l\u2019hiver dernier avec&nbsp;<em>O\u00f9 es-tu M\u00e9lisande&nbsp;?<\/em> la web-s\u00e9rie r\u00e9alis\u00e9e avec eux, bient\u00f4t sur vos \u00e9crans. Ce givre de l\u2019angoisse qui mange les fen\u00eatres et prive de ce qui est sous nos yeux. Je le remercie. Je n\u2019arr\u00eate pas de le remercier, le <strong>pr\u00e9cieux compagnon<\/strong> de l\u2019\u00e9criture.&nbsp;<br><br>La mise en sc\u00e8ne d\u2019un texte qu\u2019on a \u00e9crit est une forme d\u2019\u00e9criture, de r\u00e9\u00e9criture. Accueillir aussi cela. Moins de temps pour le manuscrit, le journal\u2026 mais<strong> tout autant \u00e0 l\u2019\u00e9criture.<\/strong><\/p>\n\n\n\n<h3 class=\"wp-block-heading\">Mercredi<\/h3>\n\n\n\n<p>Je ne me souviens plus d\u2019\u00e9crire&nbsp;<em>La B\u00eate et la Belle<\/em>. Un matin, seule \u00e0 la Fabrique pendant la r\u00e9sidence d\u2019\u00e9criture, tandis que Romain Dumas et le Quatuor r\u00e9p\u00e9taient \u00e0 la MCNA. Un autre au 108&nbsp;caf\u00e9, rajouter un couplet \u00e0 la Chanson de la Belle. Dans le m\u00e9tro, en train de noter la <em>Cl\u00e9 du Conte<\/em> sur un bout de papier. En somme,<strong> j\u2019ai trois souvenirs d\u2019\u00e9crire <\/strong>ce conte-en-quatuor. Je voudrais y retourner, et <em>la Chambre bleue<\/em>&nbsp;(nom du quatuor)&nbsp;avec moi, dans ce lieu du \u2009 \u00ab\u00e7a s\u2019\u00e9crit tout seul\u00bb. Dans un pays focalis\u00e9 sur la cr\u00e9ation, puisque le politique m\u00e9prise la diffusion&nbsp;(le mot doit trop sentir son n\u00e9o-lib\u00e9ralisme), on peut se demander<strong> \u00e0 quoi bon \u00e9crire un autre spectacle <\/strong>? Une politique culturelle adapt\u00e9e aux enfants leur proposerait non de d\u00e9couvrir sans cesse de nouveaux spectacles amis de revoir chacun au moins une fois apr\u00e8s quelques mois. D\u2019en parler avec les artistes en amont et en aval. Au lieu de cela, on applique \u00e0 tous les enfants ce qui \u00e9tait autrefois r\u00e9serv\u00e9 aux petits malades, enferm\u00e9s \u00e0 l\u2019int\u00e9rieur d\u2019eux-m\u00eames&nbsp;: une surstimulation. Rien n\u2019est plus m\u00e9pris\u00e9 que ce qui fait vraiment grandir&nbsp;: <strong>le risque de l\u2019ennui.<\/strong> Et j\u2019aurai droit ce soir, comme \u00e0 chaque fois \u00e0 un couplet ou deux sur le \u00ab\u2009tout compris\u2009\u00bb, sorte de pack familial-confort-plus \u00e0 quoi on veut r\u00e9duire l\u2019\u00e9change irr\u00e9m\u00e9diablement imparfait des \u00eatres humains entre eux. Personne n\u2019aura tout compris. Moi-m\u00eame, je d\u00e9couvre le texte que j\u2019ai \u00e9crit et quand la violoncelliste parle de <em>l\u2019\u00e2me<\/em> de son violoncelle, une partie de la salle entend \u00ab\u2009lame\u2009\u00bb, une autre \u00ab\u2009larmes\u2009\u00bb, une autre encore \u00ab\u2009l\u2019\u00e2me\u2009\u00bb immat\u00e9rielle\u2026<\/p>\n\n\n\n<h3 class=\"wp-block-heading\">Jeudi<\/h3>\n\n\n\n<p>Je m\u2019\u00e9tonne de la gravit\u00e9 de mes propos d\u2019hier alors que nous avons fait de belles repr\u00e9sentations. Peut-\u00eatre l\u2019absence d\u2019euphorie, qui est depuis plusieurs ann\u00e9es la r\u00e8gle, laisse-t-elle la <strong>place \u00e0 une profondeur<\/strong>.&nbsp;<br><br>J\u2019ai quitt\u00e9 hier le quatuor des Dames de la<em> Chambre bleue <\/em>pour entrer aujourd\u2019hui dans une petite salle du Conservatoire d\u2019Aulnay-sous-Bois apr\u00e8s un long p\u00e9riple de camion, de train, de RER et de bus, au bout duquel m\u2019attendait un quatuor de femmes autres. Elles avaient commenc\u00e9. Je suis entr\u00e9e la plus silencieusement possible et d\u00e8s leur mouvement achev\u00e9 j\u2019ai lu <em>Parce que l\u2019Oiseau <\/em>de Fabienne Rapphoz, lov\u00e9e dans leur concentration.<\/p>\n\n\n\n<blockquote class=\"wp-block-quote is-style-large is-layout-flow wp-block-quote-is-layout-flow\"><p><em>Une cosmogonie attach\u00e9e l\u2019oreille gauche<\/em><br><em>Elles ont chang\u00e9<\/em><br><em>Fushia tragique tes cernes m\u2019inqui\u00e8tent<\/em><br><em>Par instant, brune, son vrai visage<\/em><br><em>L\u2019autre a forci en dedans comme un gar\u00e7on des champs<\/em><\/p><\/blockquote>\n\n\n\n<h3 class=\"wp-block-heading\">Vendredi<\/h3>\n\n\n\n<p>Les <strong>points de contact<\/strong> avec le&nbsp;<em>Cambouis<\/em>&nbsp;d\u2019Antoine Emaz sont nombreux. Envie de citer tout le livre en tout petits billets sur la page de Caf\u00e9 Europa. Mais\u2026 \u00e0 quoi bon\u2009? Je cours apr\u00e8s le temps, il n\u2019est pas envisageable d\u2019ajouter une dispersion suppl\u00e9mentaire. <a href=\"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/author\/cathplee\/\">Catherine Pl\u00e9e<\/a>, commentant l\u2019\u00e9dition de la semaine derni\u00e8re de ce journal, se disant \u00ab\u2009plut\u00f4t \u00e9bahie par le nombre de choses entreprises \u00e9voqu\u00e9es ici\u2009!\u2009\u00bb m\u2019a pourtant permis de formuler quelque chose qui s\u2019approche de la r\u00e8gle, de <strong>mon ordre de dispersion<\/strong>\u2026&nbsp;<em>pour les entreprises, je me suis fait une raison&nbsp;: cette foison m\u2019est n\u00e9cessaire. Ses temporalit\u00e9s diff\u00e9rentes sont mon jardin. Je travaille \u00e0 en accepter les jach\u00e8res, les st\u00e9rilit\u00e9s, les floraisons d\u2019une l\u2019instant d\u2019un redoux au beau milieu de l\u2019hiver\u2026<\/em><br>Je me contente donc d\u2019une, d\u2019une seule&nbsp;citation :<\/p>\n\n\n\n<blockquote class=\"wp-block-quote is-style-default is-layout-flow wp-block-quote-is-layout-flow\"><p><em>Intimement, je crois \u00e0 la n\u00e9cessit\u00e9 et \u00e0 la singularit\u00e9 de ce que j\u2019\u00e9cris en po\u00e9sie. Par contre, je ne suis absolument pas persuad\u00e9 de la valeur litt\u00e9raire de ce que je fais. Mais cette question est secondaire puisque je ne peux pas faire autre chose.<\/em><\/p><cite>Antoine emaz \/ Cambouis<br><\/cite><\/blockquote>\n\n\n\n<p>Mais au milieu de ces consid\u00e9rations aig\u00fces sur la po\u00e9sie, le po\u00e8me surgit&nbsp;:&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<blockquote class=\"wp-block-quote is-style-large is-layout-flow wp-block-quote-is-layout-flow\"><p><em>Ciel gris plomb, uniform\u00e9ment. \u00c9tonnement devant cette lumi\u00e8re jaune dans la v\u00e9randa, jusqu\u2019\u00e0 ce que je comprenne qu\u2019elle vient de la fa\u00e7ade de l\u2019immeuble en face, elle-m\u00eame frapp\u00e9e en oblique par une lumi\u00e8re qui doit venir d\u2019un trou de ciel bleu, que je ne vois pas.<\/em><\/p><cite>Antoine emaz \/ Cambouis<\/cite><\/blockquote>\n\n\n\n<p>Quelque chose de proche m\u2019arrivait tandis que j\u2019annotais encore et encore Jaccottet (<em><a href=\"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/fabrique-laissant-apparaitre-de-la-frequentation-de-jaccottet\/\">Laissant appara\u00eetre : de la fr\u00e9quentation de Jaccottet<\/a><\/em><a href=\"file:\/\/\/var\/folders\/0t\/kwlgdk0x7xd_dvbdtpwgbcsm0000gn\/T\/com.ulyssesapp.mac\/3d2d0dee7e5242b6abe4e0e1db59baff\/E%CC%81crire%20l%E2%80%99automne%20IX\/index.html#\">)<\/a>. Et hier justement, <a href=\"https:\/\/www.youtube.com\/watch?v=ejutlt6FQNY\">Catherine Imbert<\/a>, la pianiste de&nbsp;<em>la Fin du Temps<\/em>&nbsp;me raconte comment, suite \u00e0 mon passage dans sa salle de classe, elle a vu passer <strong>un oiseau vert<\/strong>, une t\u00e2che d\u2019abord, un perroquet finalement. Je lui apprends qu\u2019il s\u2019agissait d\u2019une perruche, semblable \u00e0 celles apparues sur le grand arbre du jardin, un matin d\u2019incertitude dans le Nord. Un po\u00e8me avait surgi alors. Boiteux et frustrant \u00e0 la suite d\u2019une pareille rencontre\u2026 Consign\u00e9 malgr\u00e9 tout dans le Journal d\u2019un mot&nbsp;:<\/p>\n\n\n\n<blockquote class=\"wp-block-quote is-style-default is-layout-flow wp-block-quote-is-layout-flow\"><p><strong>13\/05&nbsp;[MERVEILLEUX]&nbsp;<\/strong><br>Ce matin, trop t\u00f4t \u00e9veill\u00e9e, j\u2019ai assist\u00e9 \u00e0 un spectacle f\u00e9\u00e9rique. Litt\u00e9ralement&nbsp;: beau et au-del\u00e0 de l\u2019entendement. Jetant un \u0153il dans l\u2019espoir de voir un merle familier pour me r\u00e9concilier avec l\u2019aube, j\u2019ai d\u2019abord eu du mal \u00e0 en croire mes yeux. Des oiseaux verts \u00e0 longues queues rejoignaient le grand arbre vert des voisins. Une dizaine d\u2019entre eux dans l\u2019or du petit jour. J\u2019ai cru \u00e0 un trompe-l\u2019\u0153il, que dans un jeu de la lumi\u00e8re ils refl\u00e9taient la couleur crue de l\u2019herbe. Je me suis assise, j\u2019ai pens\u00e9 au mot berlue. Mais non. \u00c9chapp\u00e9s d\u2019une voli\u00e8re\u2009? \u2014 j\u2019ai pens\u00e9 \u00e0 Soie de Baricco \u2014, le dessin de leur corps en vol \u00e9tait un symbole, une \u00e9criture ondulatoire. Je suis rest\u00e9e longtemps \u00e0 les observer depuis la grande fen\u00eatre carr\u00e9e qui donne sur le jardin, nich\u00e9e dans ce r\u00e9duit que nous sommes en train d\u2019am\u00e9nager sans bien savoir \u00e0 quoi il peut servir, mais dont l\u2019emplacement fait d\u2019embl\u00e9e une chambre de Capitaine. Je ne r\u00eavais pas \u2014 ce n\u2019\u00e9tait pourtant pas si s\u00fbr&nbsp;: la pi\u00e8ce jouxte les toilettes et j\u2019\u00e9tais peut-\u00eatre dans mon lit atermoyant dans la chaleur des draps le besoin de m\u2019y rendre \u2014, mais je trouvais l\u00e0 une consolation merveilleuse au manque de sommeil, \u00e0 la nuit sabot\u00e9e. Il devait \u00eatre aux alentours de cinq heures. Je ne les avais jamais vus auparavant. Sans ce ratage nocturne et grognon, je ne les aurais jamais vus. \u00c0 une autre \u00e9poque, dans ce demi-sommeil on aurait dit des f\u00e9es. Elles sont rest\u00e9es une demi-heure dans l\u2019arbre. Un point de rendez-vous, j\u2019imagine. Au complet, elles sont parties pour ne plus revenir \u2014 je dis elles parce que j\u2019ai appris ensuite, mais plus tard, leur nom&nbsp;: perruches \u00e0 collier. Mais avant de me renseigner, j\u2019avais pris le temps d\u2019\u00e9crire un po\u00e8me. Un po\u00e8me pour la m\u00e9moire.<\/p><p>L\u2019arbre est si grand<br>Tous les oiseaux ont l\u2019air<br>De colibris<br><br>L\u2019arbre est si vert<br>Tous les oiseaux ont l\u2019air<br>De perroquets<br><br>Verts \u00e0 becs rouges<br>Dans la lumi\u00e8re d\u2019or<br>De l\u2019aube neuve<br><br>Verts \u00e0 longue queue<br>Tous ces oiseaux ont l\u2019air&nbsp;<br>Pour mappemonde<br><br>S\u2019y trace \u00e0 l\u2019encre<br>Vert-sombre, volatile,&nbsp;<br>Signes, symboles<br><br>De ralliement&nbsp;<br>De vent fou, de d\u00e9part<br>\u00c9chapp\u00e9s de peu<br><br>Quelle voli\u00e8re<br>Quelle porte mal close<br>Quel \u00e9tourdi<br>Les lib\u00e9ra&nbsp;<br>Verts et rouges, au ciel<br>Gris, \u00e9trangers\u2009?<br><br>Leur cri aigre-rouge<br>Griffe l\u2019air \u00e9touffant<br>Et sommeil<br>Des braves gens<br>Dont nulle \u00e9tourderie<br>N\u2019ouvrira la cage<\/p><cite>Journal d&rsquo;un  Mot<\/cite><\/blockquote>\n\n\n\n<p><\/p>\n\n\n\n<h3 class=\"wp-block-heading\">Samedi<\/h3>\n\n\n\n<p>Hier j\u2019ai lu de la po\u00e9sie. Un cap est pass\u00e9. J\u2019en avais lu mercredi dans la nuit du retour vers Nevers, Pierre, B\u00e9n\u00e9dicte et moi, trois serr\u00e9es dans le petit camion. Je sais mieux comment prendre les mots, et on m\u2019a dit hier&nbsp;: <em>on dirait que tu les as tous \u00e9crits<\/em>.&nbsp;<br><br>Dimanche \u00e9galement, po\u00e9sie \u00e0 une assembl\u00e9e. Un ami dit&nbsp;: un po\u00e8me pour moi c\u2019est comme une partition. Je ne suis pas musicien, je ne sais pas lire, mais je peux \u00e9couter.<br><br>Un projet de livre&nbsp;:&nbsp;<strong><em>Comment s\u2019apprendre \u00e0 lire de la po\u00e9sie<\/em>.<\/strong><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>je me suis fait une raison\u00a0: cette foison m\u2019est n\u00e9cessaire. Ses temporalit\u00e9s diff\u00e9rentes sont mon jardin. Je travaille \u00e0 en accepter les jach\u00e8res, les st\u00e9rilit\u00e9s, les floraisons d\u2019une l\u2019instant d\u2019un redoux au beau milieu de l\u2019hiver\u2026 <a class=\"more-link\" href=\"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/la-fabrique-ecrire-lautomne-ix\/\">Continuer la lecture<span class=\"screen-reader-text\">la fabrique | \u00c9crire l\u2019automne IX<\/span><span class=\"meta-nav\">&rarr;<\/span><\/a><\/p>\n","protected":false},"author":43,"featured_media":58403,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"h5ap_radio_sources":[],"footnotes":""},"categories":[2223],"tags":[2972,2973,2975,2969,2974,2970],"class_list":["post-58401","post","type-post","status-publish","format-standard","has-post-thumbnail","hentry","category-la-fabrique","tag-antoine-emaz","tag-catherine-imbert","tag-jaccottet","tag-la-bete-et-la-belle","tag-messiaen","tag-quatuor-pour-la-fin-du-temps"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/58401","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/users\/43"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=58401"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/58401\/revisions"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/media\/58403"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=58401"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=58401"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=58401"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}