{"id":58443,"date":"2021-11-20T17:42:00","date_gmt":"2021-11-20T16:42:00","guid":{"rendered":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/?p=58443"},"modified":"2021-11-20T18:09:42","modified_gmt":"2021-11-20T17:09:42","slug":"auto-06-by-night","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/auto-06-by-night\/","title":{"rendered":"autobiographies #06 | by night"},"content":{"rendered":"\n<figure class=\"wp-block-image size-medium\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"420\" height=\"315\" src=\"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2021\/11\/DSC00518-420x315.jpeg\" alt=\"\" class=\"wp-image-58448\" srcset=\"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2021\/11\/DSC00518-420x315.jpeg 420w, https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2021\/11\/DSC00518-1024x768.jpeg 1024w, https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2021\/11\/DSC00518-768x576.jpeg 768w, https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2021\/11\/DSC00518-1536x1152.jpeg 1536w, https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2021\/11\/DSC00518-2048x1536.jpeg 2048w\" sizes=\"auto, (max-width: 420px) 100vw, 420px\" \/><\/figure>\n\n\n\n<p>constatant que le jour s\u2019amenuise, au gris uni du ciel par exemple, m\u00e9lang\u00e9 \u00e0 celui de la route, une d\u00e9partementale sans doute, parce qu\u2019\u00e9troite, tandis que presque sous les pieds court le trait du foss\u00e9 coll\u00e9 \u00e0 sa bosse d\u2019herbe, (peut-\u00eatre aussi une sorte de butte fait gros dos noir en sortie de village \u2013 le nom est oubli\u00e9, c\u2019est en Provence) la fra\u00eecheur arrive avec les pouss\u00e9es de nuit (le relief s\u2019estompe, l\u2019uniformit\u00e9 gangr\u00e8ne lentement et s\u00fbrement depuis le sol,) des frissons, un d\u00e9but d\u2019inqui\u00e9tude&nbsp;: o\u00f9 dormir en rase-campagne&nbsp;?- les mots du p\u00e8re reviennent racontant ses anciens p\u00e9riples \u00e0 pied, 40 kms par jour, et le soir couch\u00e9 dans le foin chez les paysans de fortune \u2013 bien finie cette \u00e9poque&nbsp;! \u2013 se demandant comment \u00e7a va tourner cette affaire \u00e0 poireauter sans succ\u00e8s, le sac \u00e0 dos en toile beige et sangles de cuir abandonn\u00e9 par terre , le pouce lev\u00e9 chaque rare fois que, mais plus le temps fuit plus \u00e7a va devenir compliqu\u00e9, c\u2019est une certitude&nbsp;: l\u2019augmentation de la m\u00e9fiance est corr\u00e9l\u00e9e \u00e0 la diminution du jour, (\u00e9trange renaissance que cette silhouette longiligne, la veste type trappeur \u00e0 gros carreaux en nuances de vert enchev\u00eatr\u00e9es, la tignasse fris\u00e9e en large aur\u00e9ole (provoquait l\u2019admiration f\u00e9minine), la moustache fine et le bouc, pareil que sur la photo noir et blanc du permis, mais sur celle-l\u00e0 avec le foulard indien nou\u00e9 autour du cou et le treillis recycl\u00e9 de l\u2019arm\u00e9e, (derri\u00e8re trac\u00e9 en noir le cr\u00e2ne entour\u00e9 des grosses lettres peace and love, oxymore et d\u00e9rision \u2013 la photo exhib\u00e9e 30 ou 40 ans apr\u00e8s&nbsp;: \u00ab&nbsp;<em>toi &nbsp;?<\/em> \u2013, <em>putain incroyable on dirait pas&nbsp;!<\/em>&nbsp;\u00bb)&nbsp;; en tout cas maintenant une voiture en approche, rapide, bien lever le bras, le pouce, d\u00e9passe \u00e0 toute allure, freine quelques dizaines de m\u00e8tres plus loin dans un d\u00e9chirement de pneus, craquement de vitesse, recule, ramasser le sac, le jeter sur l\u2019\u00e9paule, ballotant, course vers la bagnole, assez grosse, mais dire laquelle, sombre longue et plut\u00f4t basse&nbsp;? \u2013 des jeunes, quatre&nbsp;! \u2013 une mini bande joyeuse, un foutoir&nbsp;: canettes de bi\u00e8re, sacs plastiques, sacs de chips, des papiers gras en vrac partout, du bordel, de l\u2019agitation, \u00e7a rigole, <em>tu vas o\u00f9&nbsp;? \u2013 Lyon<\/em> \u2013 <em>on t\u2019emm\u00e8ne allez grouille<\/em>, lui a ouvert la porti\u00e8re de l\u2019int\u00e9rieur, se recule, fait place alors montant sautant presque dans la caisse, le sac fourr\u00e9 coinc\u00e9 entre la banquette arri\u00e8re et le si\u00e8ge devant, \u00e0 peine le temps de refermer et c\u2019est reparti \u00e0 toute berzingue, se disant quand m\u00eame dr\u00f4le d\u2019ambiance&nbsp;!- mais soulag\u00e9 aussi plus \u00eatre plant\u00e9 sur ce bord de route en bord de nuit, rassur\u00e9 en quelque sorte m\u00eame si l\u2019\u00e9quip\u00e9e est un peu folle \u2013 <em>tiens prends une bi\u00e8re et tape l\u00e0-dedans si tu veux bouffer<\/em>, pas de souvenir de conversation particuli\u00e8re sauf les commentaires du jeu de massacre \u00e0 la travers\u00e9e des villages, maintenant sous perfusion de lampadaire&nbsp;: la vitre baiss\u00e9e c\u00f4t\u00e9 passager, d\u2019un coup l\u2019entr\u00e9e du frais, les rafales de frais, un tourbillon de frais dans l\u2019humide obscur, lancer de canettes vides en visant les vitrines (bruit de fer blanc rebondissant) rires, <em>putain t\u2019as vu<\/em>, de nouveau la vitre, la moiteur, la main fine change les vitesses au volant, vrombissements nerveux de la caisse, rires encore \u2013 histoires, pas de souvenir pr\u00e9cis, autour le noir, parfois des feux croisent, ils parlent rigolent, somnoler \u00e0 moiti\u00e9 pour \u00eatre un peu de c\u00f4t\u00e9, un peu oubli\u00e9, (un peu louches pas trop se m\u00ealer), \u00e7a continue des plombes sans trop d\u2019inqui\u00e9tude juste par intervalles l\u2019\u00e9tonnement de ce dr\u00f4le de bazar, des doutes en approche furtive, mais tenus \u00e0 distance, fa\u00e7on r\u00e9pit de quand le moustique s\u2019\u00e9loigne, alors de nouveau repos tactique de la t\u00eate contre la vitre (vibrations du moteur \u2013 une berceuse fredonn\u00e9e tout doux), parfois le bruit de fond de la conversation rare, le craquement des chips dans les bouches, l\u2019ouverture d\u2019une nouvelle canette et l\u2019odeur de bi\u00e8re ti\u00e8de, filant maintenant \u00e0 toute allure devant la station TOTAL napp\u00e9e de jaune, les pompes align\u00e9es sous l\u2019abri rouge et blanc, la caisse et le petit magasin en face, rayons d\u00e9serts et tristes derri\u00e8re les baies vitr\u00e9es, personne non plus sur l\u2019esplanade, ralentir faire demi-tour revenir en direction de la station, mais un peu avant arr\u00eat brusque dans l\u2019obscurit\u00e9&nbsp;: le conducteur descend se dirige vers l\u2019arri\u00e8re, prend un objet dans le coffre, cognements, secousses, c\u2019est devenu calme soudain, sans parler, juste le moteur grommelle au ralenti et plus loin la station sous sa cloche de silence&nbsp;; un dernier coup sec le conducteur de retour au volant, repart, s\u2019arr\u00eate \u00e0 c\u00f4t\u00e9 des pompes, va tranquillement se servir (choc sourd du pistolet d\u00e9croch\u00e9 puis enfonc\u00e9 brutalement dans l\u2019ouverture du r\u00e9servoir,) sifflote, tranquille, \u00e7a rigole \u00e0 l\u2019int\u00e9rieur, plus fort encore quand il balance le pistolet au sol, saute dans la bagnole d\u00e9marre en trombe agite le bras au passage devant la caisse, gueule <em>salut<\/em>, vu d\u2019en-haut on verrait peut-\u00eatre le bout de chiffon d\u00e9passer du r\u00e9servoir, dr\u00f4le d\u2019\u00e9quip\u00e9e, peut-\u00eatre on verrait aussi le g\u00e9rant \u00e9berlu\u00e9, peut-\u00eatre on l\u2019entendrait au bout du t\u00e9l\u00e9phone <em>non j\u2019ai pas la plaque j\u2019ai pas bien vu trop rapide juste maintenant je vous dis, 5 minutes maximum<\/em> pendant ce temps tu moulines des pens\u00e9es et \u00e7a trace \u00e7a rigole encore plus fort \u00e7a commente <em>t\u2019aurais vu la gueule du vieux et toi putain tu lui as fait un bras<\/em> \u00e7a pue l\u2019essence dans l\u2019habitacle se demandant si on est arr\u00eat\u00e9 comment expliquer la pr\u00e9sence avec la bande, raconter le coup du stop des heures avant et voil\u00e0 embarqu\u00e9 dans cette histoire loufoque, les trouve dingues et plut\u00f4t sympas, marrants, ressemble \u00e0 une immense blague, comme un sc\u00e9nar de film ou une BD, un truc pas croyable \u2013 d\u2019ailleurs on sera jamais arr\u00eat\u00e9s \u00e7a va continuer sans arr\u00eat l\u2019\u00e9quip\u00e9e foutraque, d\u2019en \u2013 haut on verrait maintenant les reflets sur le fleuve qui glisse \u00e0 c\u00f4t\u00e9, \u00e9paule d\u2019eau contre \u00e9paule de goudron, des oripeaux de lune accroch\u00e9 sur le dos ou des miettes de phare bris\u00e9, on verrait la caisse sombre qui file tout son long se dirige \u00e0 fond vers les lumi\u00e8res de la ville, arrivant dans les faubourgs d\u2019immeubles et de voies ferr\u00e9es, <em>tu vas o\u00f9&nbsp;? <\/em>r\u00e9pondant<em> Perrache <\/em>parce que c\u2019est par l\u00e0 tout en haut du noir, presque bouff\u00e9 par le bruit des trains, le petit studio sous les combles, tout au bout des marches en bois poussi\u00e9reux, \u00e0 peine arriv\u00e9 je toque vous ouvrirez je dirai <em>vous allez pas croire<\/em>\u2026 mais d\u00e9j\u00e0 la voiture s\u2019arr\u00eate <em>l\u00e0 \u00e7a ira&nbsp;? oui impec<\/em> <em>merci<\/em> repart en vrombissant brillant comme par clins d\u2019\u0153il sous les lampadaires\u2026<\/p>\n\n\n\n<p><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>constatant que le jour s\u2019amenuise, au gris uni du ciel par exemple, m\u00e9lang\u00e9 \u00e0 celui de la route, une d\u00e9partementale sans doute, parce qu\u2019\u00e9troite, tandis que presque sous les pieds court le trait du foss\u00e9 coll\u00e9 \u00e0 sa bosse d\u2019herbe, (peut-\u00eatre aussi une sorte de butte fait gros dos noir en sortie de village \u2013 le nom est oubli\u00e9, c\u2019est <a class=\"more-link\" href=\"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/auto-06-by-night\/\">Continuer la lecture<span class=\"screen-reader-text\">autobiographies #06 | by night<\/span><span class=\"meta-nav\">&rarr;<\/span><\/a><\/p>\n","protected":false},"author":105,"featured_media":58448,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"h5ap_radio_sources":[],"footnotes":""},"categories":[2820,2915],"tags":[],"class_list":["post-58443","post","type-post","status-publish","format-standard","has-post-thumbnail","hentry","category-cycle_autobiographies","category-autobiographies-06"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/58443","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/users\/105"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=58443"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/58443\/revisions"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/media\/58448"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=58443"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=58443"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=58443"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}