{"id":58605,"date":"2021-11-22T11:02:03","date_gmt":"2021-11-22T10:02:03","guid":{"rendered":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/?p=58605"},"modified":"2023-05-21T20:32:28","modified_gmt":"2023-05-21T18:32:28","slug":"autobiographies-9-traversees","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/autobiographies-9-traversees\/","title":{"rendered":"autobiographies #09 | travers\u00e9es"},"content":{"rendered":"\n<figure class=\"wp-block-image size-large\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"1024\" height=\"728\" src=\"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2021\/11\/pour-aut-9-1-1024x728.png\" alt=\"\" class=\"wp-image-58606\" srcset=\"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2021\/11\/pour-aut-9-1-1024x728.png 1024w, https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2021\/11\/pour-aut-9-1-420x299.png 420w, https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2021\/11\/pour-aut-9-1-768x546.png 768w, https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2021\/11\/pour-aut-9-1-1536x1092.png 1536w, https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2021\/11\/pour-aut-9-1-2048x1456.png 2048w\" sizes=\"auto, (max-width: 1024px) 100vw, 1024px\" \/><\/figure>\n\n\n\n<p>Eteindre le lustre et la r\u00e9glette au dessus des plaques, rendre la cuisine \u00e0 sa douce p\u00e9nombre ocr\u00e9e et franchir l&rsquo;arcade vers la lumi\u00e8re qui, traversant les hautes portes-fen\u00eatres, baigne la grande salle carr\u00e9e, se diriger vers l&rsquo;escalier de bois qui, faisant un coude le long des murs, m\u00e8ne \u00e0 l&rsquo;\u00e9tage sup\u00e9rieur, avancer jusqu&rsquo;au bout de la galerie en surplomb, franchir une porte ; une chambre claire, anonyme, chambre \u00e0 donner, chambre d&rsquo;invit\u00e9, une porte fen\u00eatre s&rsquo;ouvrant sur un balcon. Vertige, bras lanc\u00e9, pas gliss\u00e9, \u00e9quilibre. Un palier, \u00e0 un troisi\u00e8me \u00e9tage, au dessus des deux \u00e9tages d&rsquo;escalier d\u00e9pourvus de mur sur la cour, un palier \u00e0 l&rsquo;abri des gouttes de pluie qui, en dessous, rebondissaient sur la rambarde, une curieuse sensation d&rsquo;accueil en gravissant les derni\u00e8res marches vers les deux portes de bois peintes en vert ; un moment blanc avant de comprendre ce que l&rsquo;on voit, le battant de la porte de droite ouvert, la d\u00e9coupe soigneuse dans le bois trop peu \u00e9pais autour de la serrure et du verrou, un pas dans la chambre, la biblioth\u00e8que renvers\u00e9e, les livres \u00e9parpill\u00e9s, le lit en travers, un effarement, poser sac dans la salle d&rsquo;eau minuscule tendue de tissu \u00e9ponge orange, le casier des disques est vide. Vertige, bras lanc\u00e9, pas gliss\u00e9, \u00e9quilibre. Un couloir \u00e9troit, deux ampoules pendant au bout de leurs fils, une s\u00e9rie de portes \u00e0 panneaux, peintes d&rsquo;un brun roux ou qui le fut, un poste d&rsquo;eau \u00e0 c\u00f4t\u00e9 de la porte sur laquelle une plaque de fa\u00efence indique : toilettes, ouvrir la derni\u00e8re porte, un papier peint ray\u00e9 gris souris et cr\u00e8me, une petite natte ovale, dentelle \u00e9paisse qui ne parle pas de voyage mais du Monoprix pr\u00e8s du m\u00e9tro de Villiers, un lit, une chaise, des casiers de bois superpos\u00e9s avec des chandails, chemisiers, petites boites de lingerie, livres, quatre assiettes, un bol, trois verres, une petite casserole, un pot avec des couverts sur une \u00e9tag\u00e8re \u00e0 c\u00f4t\u00e9 d&rsquo;un r\u00e9chaud \u00e0 un feu sur une bouteille de butane, un coussin rouge imprim\u00e9 d&rsquo;un grand soleil ocre sombre jet\u00e9 sur le lit pour mettre un peu de gait\u00e9, deux tables, une pr\u00e8s du lit avec une cuvette et un broc, l&rsquo;autre devant la petite fen\u00eatre mansard\u00e9e donnant sur la cour ; en baissant les yeux le long des appartements superpos\u00e9s en face, les pav\u00e9s, les grandes poubelles de fer. Vertige, bras lanc\u00e9, pas gliss\u00e9, \u00e9quilibre. Quatre \u00e9tage en dessous, franchir la porte de l&rsquo;appartement de gauche, la refermer en v\u00e9rifiant la bonne tomb\u00e9e de sa porti\u00e8re de tapisserie, traverser le hall en longeant la lourde console empire face aux portes vitr\u00e9es des pi\u00e8ces sur rue, prendre \u00e0 c\u00f4t\u00e9 de la petite table ronde \u00e0 plateau de marbre o\u00f9 le t\u00e9l\u00e9phone noir tient compagnie \u00e0 un enfant en bronze de Clodion, le long couloir \u00e9troit, lugubre, \u00e0 la tapisserie jaunie, vers la porte qui le cl\u00f4t, une chambre, grand lit, table devant la fen\u00eatre au store de bambou relev\u00e9 en biais, irr\u00e9m\u00e9diablement en biais, par laquelle on voit les fen\u00eatres des mansardes d&rsquo;en face en levant les yeux \u00e0 la recherche du ciel, une commode de pitchpin, une chemin\u00e9e de pierre noire, comme dans les pi\u00e8ces secondaires ou de service de l&rsquo;\u00e9poque, sur laquelle est pos\u00e9e une petite radio qui ne marche qu&rsquo;en y plantant des \u00e9pingles \u00e0 cheveux, sur la table un contrecoll\u00e9, un t\u00e9, des mines, un graphos, et au mur \u00e0 c\u00f4t\u00e9 du miroir piqu\u00e9 pos\u00e9 sur la chemin\u00e9e une grande feuille, une copie au fusain d&rsquo;un ange d&rsquo;une cath\u00e9drale quelconque, ouvrir la fen\u00eatre. Vertige, bras lanc\u00e9, pas gliss\u00e9, \u00e9quilibre. La porte ancienne, dont pour une raison inconnue le haut s&rsquo;ouvre ind\u00e9pendamment du bas, en bois peint de vert tr\u00e8s p\u00e2le, en haut de l&rsquo;escalier en large colima\u00e7on s&rsquo;ouvre sur un court couloir qui se termine, sans porte, par une tr\u00e8s grande pi\u00e8ce-dortoir occupant la moiti\u00e9 du comble, la seconde porte \u00e0 gauche dans ce bout de couloir donne sur une chambre carr\u00e9e doucement chaleureuse, petites fleurs peintes \u00e0 la main sur l&rsquo;enduit blanc des grosses poutres de deux fermes apparentes de la charpente, deux paniers ronds accroch\u00e9s \u00e0 l&rsquo;entrait de celle qui domine le pied du grand lit, quelques livres et mod\u00e8les de broderie dans l&rsquo;un, laines et cotons divers dans l&rsquo;autre comme dans le couffin pos\u00e9 \u00e0 cot\u00e9 d&rsquo;un carton plein de bouts de tissus et d&rsquo;une chaise de paille devant la table pos\u00e9e sur des tr\u00e9teaux \u00e0 cot\u00e9 de la grande lucarne de droite par laquelle on voit le ciel, le haut des conif\u00e8res, micocouliers etc&#8230; et, en se penchant \u00e0 peine la folie ordonn\u00e9e du jardin et un peu plus loin de l&rsquo;herbe, deux poiriers, un cactus, des roses, et puis, plus proche, juste en dessous, au pied du mur, une tonnelle et la piscine ; une cloison est recouverte de lattes de bois peintes du m\u00eame bleu soigneusement d\u00e9lav\u00e9 que la porte, un vieux lustre de porcelaine blanche \u00e9claire la pi\u00e8ce avec l&rsquo;aide d&rsquo;une petit lampe \u00e0 abat-jour rouge pos\u00e9e \u00e0 c\u00f4t\u00e9 d&rsquo;un bouquet de fleurs s\u00e8ches sur un tabouret pr\u00e8s du lit et d&rsquo;une lampe de dessinateur sur la table. Vertige, bras lanc\u00e9, pas gliss\u00e9, \u00e9quilibre. Traverser tr\u00e8s vite deux pi\u00e8ces sans porte, en \u00e9vitant les piles de livres croulantes, en tentant d&rsquo;ignorer la peinture trop ancienne, la moquette \u00e9lim\u00e9e, toutes les traces de longues ann\u00e9es d&rsquo;une occupation qui se limitait \u00e0 abriter furtivement les moments de masque tomb\u00e9, bras baiss\u00e9s, effondrement, forces reprises, sourire \u00e0 quelques dessins, \u00e0 un bouquet de lys frais pos\u00e9 sur une boite de rangement en plastique transparent, \u00e0 un ancien ch\u00e2le chinois de soie bleue brod\u00e9 au point de P\u00e9kin de grandes fleurs rouges drap\u00e9 sur un paravent, aller vers la fen\u00eatre la plus \u00e9loign\u00e9e, masquant d&rsquo;un rideau de dentelle d\u00e9chir\u00e9e l&rsquo;une des deux cours\/puits qui encadrent le logement. Vertige, bras lanc\u00e9, pas gliss\u00e9, \u00e9quilibre. Une grande pi\u00e8ce ouverte sur un balcon, la lumi\u00e8re, le sol de tomettes roses, les murs blancs, un coin salle \u00e0 manger, un divan servant de canap\u00e9, une petite table volante Louis XVI, une table basse, deux cabriolets, un grand fauteuil confortable, un tabouret bas, plut\u00f4t repose pieds recouvert d&rsquo;une tapisserie aux points, des g\u00e9raniums et une chaise longue sur le balcon et la mer par del\u00e0 les pins qui d\u00e9gringolent la pente en compagnie de la rue. Vertige, bras lanc\u00e9, pas gliss\u00e9, \u00e9quilibre. Une plus grande pi\u00e8ce, m\u00eame coin salle \u00e0 manger, une vitrine rechampie de deux tons de bleus clairs, murs d&rsquo;un bleu tr\u00e8s pale sauf l&rsquo;un qui est d&rsquo;un profond bleu velout\u00e9, grand canap\u00e9 gris souris pos\u00e9e sur la moquette gris clair, deux beaux tapis persans, m\u00eame petite table, m\u00eames fauteuils, le portrait ovale dans soin grand cadre dor\u00e9 de l&rsquo;anc\u00eatre au visage un peu ingrat, une marine tr\u00e8s lumineuse et liquide, quelques ajouts, un grand balcon donnant sur la Seine par del\u00e0 la route de Marly, un peu plus loin le pont de Bougival.<\/p>\n\n\n\n<p><em>Codicille\u00a0: une fois encore l&rsquo;image ne correspond \u00e0 aucun des espaces travers\u00e9s, trop noble pour cela, mais l&rsquo;aime bien<\/em> &#8211; \u00a9Brigitte C\u00e9l\u00e9rier &#8211; Avignon<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Eteindre le lustre et la r\u00e9glette au dessus des plaques, rendre la cuisine \u00e0 sa douce p\u00e9nombre ocr\u00e9e et franchir l&rsquo;arcade vers la lumi\u00e8re qui, traversant les hautes portes-fen\u00eatres, baigne la grande salle carr\u00e9e, se diriger vers l&rsquo;escalier de bois qui, faisant un coude le long des murs, m\u00e8ne \u00e0 l&rsquo;\u00e9tage sup\u00e9rieur, avancer jusqu&rsquo;au bout de la galerie en surplomb, <a class=\"more-link\" href=\"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/autobiographies-9-traversees\/\">Continuer la lecture<span class=\"screen-reader-text\">autobiographies #09 | travers\u00e9es<\/span><span class=\"meta-nav\">&rarr;<\/span><\/a><\/p>\n","protected":false},"author":95,"featured_media":58606,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"h5ap_radio_sources":[],"footnotes":""},"categories":[2820,2963],"tags":[],"class_list":["post-58605","post","type-post","status-publish","format-standard","has-post-thumbnail","hentry","category-cycle_autobiographies","category-autobiographies-09"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/58605","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/users\/95"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=58605"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/58605\/revisions"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/media\/58606"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=58605"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=58605"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=58605"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}