{"id":59558,"date":"2021-11-29T19:10:03","date_gmt":"2021-11-29T18:10:03","guid":{"rendered":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/?p=59558"},"modified":"2021-11-29T20:26:48","modified_gmt":"2021-11-29T19:26:48","slug":"autobiographies-10-elingue","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/autobiographies-10-elingue\/","title":{"rendered":"autobiographies #10 | \u00e9lingue"},"content":{"rendered":"\n<p>Elle a bien retenu l\u2019appellation. Elle pourrait en avoir faim. Elle en a plut\u00f4t mal \u00e0 la t\u00eate. Elle n\u2019y regarde pas de trop pr\u00e8s. Elle sent la peinture fra\u00eeche. Elle tente de se rassurer. Elle sait bien dire <em>fenestron<\/em>, avec la bonne prononciation, et l\u2019\u00e9crire aussi, avec cette graphie qui ne se devine pas forc\u00e9ment. Elle pense aux arbres. Elle pense toujours un peu \u00e0 eux. Elle attend toujours dans l\u2019escalier, avec l\u2019odeur de peinture et des envies qui ne savent pas forc\u00e9ment se dire.<\/p>\n\n\n\n<p>Elle tourne longtemps dans la cour avant de prendre la tangente. Elle mesure la hauteur des murs qui encadrent la cour. Elle adore aller vite \u00e0 v\u00e9lo. Elle rep\u00e8re les rats. Elle s\u2019enfuit dans l\u2019espace d\u00e9gag\u00e9 du terrain de sport. Elle s\u2019attendrit devant les petits peupliers plant\u00e9s dans l\u2019\u00e9troite bande de pelouse. Elle se rassure en se disant qu\u2019ils deviendront grands quand m\u00eame.<\/p>\n\n\n\n<p>Elle oublie les grands murs blancs qui l\u2019enferment. Elle n\u2019a plus besoin de fermer les yeux, la lumi\u00e8re a \u00e9t\u00e9 \u00e9teinte par la ma\u00eetresse. Elle est contente d\u2019\u00eatre venue dans cette \u00e9cole. Elle comprend, c\u2019est facile, elle s\u2019amuse \u00e0 r\u00e9p\u00e9ter la prononciation. Elle est chez elle, elle saura bien \u00e9crire le moment venu. Elle a quand m\u00eame des surprises par rapport \u00e0 ce qu\u2019elle avait imagin\u00e9. Elle a aussi des difficult\u00e9s avec l\u2019appareil dentaire qui lui colle au palais. Elle tient pourtant la prononciation de <em>blue <\/em>et <em>green<\/em>, sans racler.<\/p>\n\n\n\n<p>Elle se m\u00e9fie de la barbe noire. Elle devine que la couleur de sa peau a \u00e9t\u00e9 marqu\u00e9e par le soleil dans la montagne. Elle admire les lunettes qui renvoient le soleil. Elle s\u2019est beaucoup entra\u00een\u00e9e \u00e0 prononcer Atahualpa. Elle n\u2019est pas s\u00fbre de bien l\u2019\u00e9crire. Elle aime son sourire au moment de dire&nbsp;: <em>l\u2019autan bufa<\/em>.<\/p>\n\n\n\n<p>Elle a travers\u00e9 le village. Elle en conna\u00eet le rythme et les mots \u00e0 dire \u00e0 chaque pause. Elle scrute le thermom\u00e8tre R\u00e9villon devant l\u2019ancienne \u00e9picerie. Elle laisse rouler le <em>alavetz&nbsp;?<\/em> entre l\u2019\u00e9pici\u00e8re et elle. Elle joue sur l\u2019\u00e9cho de la r\u00e9ponse. Elle d\u00e9multiplie ce <em>plan, plan, plan<\/em> qui dit que tout va bien.<\/p>\n\n\n\n<p>Elle n\u2019entrera jamais l\u00e0, d\u00e9go\u00fbt\u00e9e par ce p\u00e2t\u00e9 qui se fait en permanence. Elle n\u2019a jamais support\u00e9 le \u00ab&nbsp;con&nbsp;\u00bb qui ponctue. Elle se verrait bien parler aux ahuris depuis le fond de la rivi\u00e8re.<\/p>\n\n\n\n<p>Elle captait le froissement des feuilles \u00e0 certaines saisons. Elle percevait l\u2019infini bruissement. Elle saluait le chantier pour tous les vents et la r\u00e9sistance de certaines mati\u00e8res. Elle se laissait suspendre avec le soleil parfois. Elle se laissait gagner par la folie du parfum. Elle tendait l\u2019oreille vers l\u2019assembl\u00e9e des peuples de fleurs et d\u2019abeilles. Elle \u00e9tait bien en posture d\u2019attente active. Elle est d\u00e9sormais pr\u00eate \u00e0 c\u00e9l\u00e9brer l\u2019av\u00e8nement du sucre. Elle sait aussi qu\u2019il faut accepter le grand pourrissement. Elle est pr\u00eate. Elle laisse exag\u00e9rer le cousin toutefois, le puant. Elle garde r\u00e9serve. Elle saura toujours profiter des terres un peu plus riches.<\/p>\n\n\n\n<p>Elle \u00e9carte les ronces. Elle a dans la bouche l\u2019indication de la Biscomte. Elle a r\u00eav\u00e9 \u00e0 Eylie \u00e0 partir des rencontres de pierre rouge. Elle cailloute volontiers entre le Mas Mas\u00f2t d\u2019en haut et le Mas Mas\u00f2t d\u2019en bas. Elle se repose \u00e0 l\u2019Arbre rond. Elle se force \u00e0 y passer un bout de nuit. Elle rumine \u00e0 Paul-F\u00e9val, pardi&nbsp;! Elle \u00e9crit. Elle rappelle. Elle r\u00e9organise le convoi. Elle h\u00e9site \u00e0 accrocher Les Calvets ou <em>Lou casse. <\/em>Elle aimerait pouvoir se laisser guider par certains parfums. Elle tient bien fort la corde des feux de brousse. Elle savoure de s\u2019arr\u00eater un moment \u00e0 Barnab\u00e9-plage, m\u00eame si l\u2019\u00e9t\u00e9 est d\u00e9j\u00e0 fini l\u00e0-bas. Elle renonce \u00e0 la maison d\u2019En chic. Elle se tient \u00e0 distance du Mas de Jaillac. Elle guette le quartier Pont de Tambacounda. Elle se souvient du papillon qui l\u2019a jadis conduite au mus\u00e9e Bourdelles. Elle se plante sur Espilako.<\/p>\n\n\n\n<p>Elle revient r\u00e9guli\u00e8rement \u00e0 l\u2019Arbre rond. Elle y installe son duvet des nuits enti\u00e8res. Elle y entra\u00eene son coup de glotte. Elle ne s\u2019effraie pas des grognements. Elle est attentive aux jeux des fines pattes. Elle s\u2019\u00e9merveille du grand ballet des nuages. Elle se sent une \u00e9trang\u00e8re heureuse.<\/p>\n\n\n\n<p>Elle accepte de revenir \u00e0 son tour au vestibule. Elle passe de porte en porte. Elle repasse par chaque porte. Elle r\u00eave entre chaque. Elle laisse r\u00e9sonner les paroles qui allaient avec. Elle r\u00e9-entend les formules de fermeture de porte. Elle redit les formules d\u2019ouverture de porte. Elle prend un grand bol d\u2019air apr\u00e8s.<\/p>\n\n\n\n<p>Elle se couche sur les plaques froides. Elle aimerait avoir pu \u00eatre s\u00e9same. Elle a vite rebondi avec l\u2019anglais. Elle se dit qu\u2019elle ne fera qu\u2019un nouveau passage dans le vestibule. Elle pourrait quand m\u00eame faire toute une \u00e9num\u00e9ration. Elle y mettrait en ponctuation les exclamations du grand-p\u00e8re. Elle se dit qu\u2019elle pourrait entrer m\u00eame dans la case des hommes c\u00e9libataires. Elle se dit que la soninke et la wolof s\u2019y invitent parfois bien&nbsp;! Elle se fait quand m\u00eame discr\u00e8te. Elle laisse les yeux au plafond.<\/p>\n\n\n\n<p>Elle y entre par trois doigts. Elle se voit semer. Elle prend le temps de d\u00e9tailler les couleurs. Elle se voit d\u00e9visser infiniment. Elle est pr\u00eate \u00e0 engager l\u2019ensemble de ses bras. Elle a d\u00e9j\u00e0 le tournis remuant. Elle se risque \u00e0 dire qu\u2019elle a lu au moins un livre de Mbougar. Elle se dit qu\u2019elle est peut-\u00eatre snob. Elle a quand m\u00eame de l\u2019alliage vrai. Elle se laisse regarder par le ph\u00e9nix. Elle en devient toute rouge, comme lui.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Elle a bien retenu l\u2019appellation. Elle pourrait en avoir faim. Elle en a plut\u00f4t mal \u00e0 la t\u00eate. Elle n\u2019y regarde pas de trop pr\u00e8s. Elle sent la peinture fra\u00eeche. Elle tente de se rassurer. Elle sait bien dire fenestron, avec la bonne prononciation, et l\u2019\u00e9crire aussi, avec cette graphie qui ne se devine pas forc\u00e9ment. Elle pense aux arbres. <a class=\"more-link\" href=\"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/autobiographies-10-elingue\/\">Continuer la lecture<span class=\"screen-reader-text\">autobiographies #10 | \u00e9lingue<\/span><span class=\"meta-nav\">&rarr;<\/span><\/a><\/p>\n","protected":false},"author":63,"featured_media":0,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"h5ap_radio_sources":[],"footnotes":""},"categories":[2820,2978],"tags":[],"class_list":["post-59558","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-cycle_autobiographies","category-autobiographies-10"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/59558","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/users\/63"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=59558"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/59558\/revisions"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=59558"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=59558"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=59558"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}