{"id":59612,"date":"2021-11-30T11:46:54","date_gmt":"2021-11-30T10:46:54","guid":{"rendered":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/?p=59612"},"modified":"2021-11-30T11:46:55","modified_gmt":"2021-11-30T10:46:55","slug":"autobiographies-10-11-esther","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/autobiographies-10-11-esther\/","title":{"rendered":"autobiographies #10 #11 &#8211; Esther"},"content":{"rendered":"\n<p><\/p>\n\n\n\n<p>Elle ne marche pas vite. Elle traine un peu ses chaussons sur la moquette. Elle contourne les obstacles sa main appuy\u00e9e sur son parapluie noir de la main droite. Elle tire avec son bras gauche la personne \u00e0 c\u00f4t\u00e9 d\u2019elle qui lui pr\u00eate assistance. Elle porte une veste noire et dessous elle est v\u00eatue de blanc \u00e9cru. Elle a choisi pour monter les marches de la dentelle sur son chemisier, sur sa robe, sur sa veste; de la dentelle blanche tr\u00e8s chic. Elle a autour de la t\u00eate une mousseline de soie violette. Elle porte des bagages informes qui l\u2019encombrent. Elle entre dans le pavillon. Elle cherche \u00e0 se reposer. Elle est entour\u00e9e de gens qui sont aux petits soins avec elle. Elle s\u2019assoit dans un fauteuil pour se reposer un peu. Elle d\u00e9fait le voile qu\u2019elle porte sur les cheveux. Elle ne quitte pas ses bagages des yeux. Elle parle \u00e0 ses interlocuteurs en inclinant le cou, donnant \u00e0 son regard un air enfantin et malicieux. Elle accepte une coupe de champagne, puis une autre. Elle d\u00e9pose sur ses genoux une assiette de petits fours. Elle d\u00e9visage de ses yeux bleus d\u00e9lav\u00e9s qui veut l\u2019entendre. Elle retient l\u2019attention m\u00eame si elle est assise en marge du cocktail donn\u00e9 en l\u2019honneur du film dans lequel elle joue. Elle aimerait aller au petit coin. Elle d\u00e9guste une boule unique de glace dans sa caissette en papier. Elle se remaquille. Elle nous fait oublier son \u00e2ge. Elle a d\u00e9but\u00e9 par hasard au cin\u00e9ma.<\/p>\n\n\n\n<p>De ses sacs plastiques qu\u2019elle ne quitte pas, on peut deviner \u00e0 la fois son peu d\u2019attachement aux choses mat\u00e9rielles des exil\u00e9s qui ont tout quitt\u00e9 plusieurs fois, leur village, leur pays natal pour rejoindre la France, Paris puis \u00e9chapper au pire, fuir encore dans ses sacs plastiques repoussoirs d\u2019o\u00f9 suintent un d\u00e9nuement r\u00e9el qui contraste avec les peignes d\u00e9licats en nacre qui coiffent comme des broches lumineuses ses cheveux gris qui ondulent sur sa veste noir dessus son chemisier de dentelle blanche ourl\u00e9 sur une robe blanche brod\u00e9e de gala qu\u2019elle tient avec beaucoup d\u2019attention avant de s\u2019asseoir sur son si\u00e8ge de toile, sacs plastiques \u00e0 ses pieds, rassur\u00e9e de les garder toujours aupr\u00e8s d\u2019elle-m\u00eame si elle devait quitter promptement les lieux en foulant la moquette pour rejoindre les photographes, le gotha, les honneurs, pour cela il faut remettre du rouge \u00e0 l\u00e8vres, au fond d\u2019un sac de tissu blanc qu\u2019elle tient en bandouli\u00e8re elle tire le b\u00e2ton \u00e0 l\u00e8vres, que peut-elle bien cacher dans tous ses autres sacs plastiques \u00e0 la r\u00e9clame pompi\u00e8re d\u2019enseignes bon march\u00e9, des sacs \u00e0 la manipulation sonore aux froissements intempestifs en marge d\u2019un cocktail, manifestation excentrique qui ne surprend pas l\u2019entourage cin\u00e9matographique, voyant dans le corps de la com\u00e9dienne une \u00e9toile qui aurait \u00e9chapp\u00e9 la plupart du temps au trou noir cosmologique, puis un \u00e9v\u00e9nement \u00e0 l\u2019horizon aurait d\u00e9pouill\u00e9e l\u2019\u00e9toile de sa lumi\u00e8re ne laissant plus qu\u2019un horizon aux \u00e9v\u00e9nements de c\u00e9l\u00e9brit\u00e9 tardive dans trois sacs plastiques toujours \u00e0 ses pieds qu\u2019elle porte au creux du coude, toute sa bonne fortune dans trois sacs plastiques, juste derri\u00e8re les barri\u00e8res hors de la zone des stars accr\u00e9dit\u00e9es, les laissez-passer, patte blanche, \u00e0 c\u00f4t\u00e9 des anonymes avec leurs sacs poubelles qui d\u00e9ambulent sur les parcours publics s\u2019imaginant un instant poser leurs pieds d\u00e9nud\u00e9s sur un bout de moquette plastique.<\/p>\n\n\n\n<figure class=\"wp-block-image size-large is-style-rounded\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"924\" height=\"1024\" src=\"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2021\/11\/crop-justin-manalo-PfLiSCmVLVo-unsplash-924x1024.jpg\" alt=\"\" class=\"wp-image-59615\" srcset=\"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2021\/11\/crop-justin-manalo-PfLiSCmVLVo-unsplash-924x1024.jpg 924w, https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2021\/11\/crop-justin-manalo-PfLiSCmVLVo-unsplash-379x420.jpg 379w, https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2021\/11\/crop-justin-manalo-PfLiSCmVLVo-unsplash-768x851.jpg 768w, https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2021\/11\/crop-justin-manalo-PfLiSCmVLVo-unsplash-1387x1536.jpg 1387w, https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2021\/11\/crop-justin-manalo-PfLiSCmVLVo-unsplash-1849x2048.jpg 1849w, https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2021\/11\/crop-justin-manalo-PfLiSCmVLVo-unsplash.jpg 1920w\" sizes=\"auto, (max-width: 924px) 100vw, 924px\" \/><figcaption>@ Photo de Justin Manalo<\/figcaption><\/figure>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Elle ne marche pas vite. 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