{"id":59623,"date":"2021-11-30T14:04:00","date_gmt":"2021-11-30T13:04:00","guid":{"rendered":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/?p=59623"},"modified":"2021-11-30T18:43:32","modified_gmt":"2021-11-30T17:43:32","slug":"autobiographies-04-carnet-dadresses-lesprit-nest-rien-sans-le-souffle-des-origines-a-suares","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/autobiographies-04-carnet-dadresses-lesprit-nest-rien-sans-le-souffle-des-origines-a-suares\/","title":{"rendered":"autobiographies #04 | carnet d&rsquo;adresses : l&rsquo;esprit n\u2019est rien sans le souffle des origines \u2013 A. Suar\u00e8s"},"content":{"rendered":"\n<figure class=\"wp-block-image size-large\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"1024\" height=\"461\" src=\"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2021\/11\/ville-monde-marseille-1-1024x461.jpg\" alt=\"\" class=\"wp-image-59629\" srcset=\"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2021\/11\/ville-monde-marseille-1-1024x461.jpg 1024w, https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2021\/11\/ville-monde-marseille-1-420x189.jpg 420w, https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2021\/11\/ville-monde-marseille-1-768x346.jpg 768w, https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2021\/11\/ville-monde-marseille-1-1536x691.jpg 1536w, https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2021\/11\/ville-monde-marseille-1-2048x922.jpg 2048w\" sizes=\"auto, (max-width: 1024px) 100vw, 1024px\" \/><\/figure>\n\n\n\n<p>Le carnet d\u2019adresses dans ma t\u00eate ne m\u2019appartient pas. C\u2019est le legs d\u2019une petite fille.<br>De couleur bleu franc, sa peau \u00e0 l\u2019odeur du vent dans les pins. Il contient un conglom\u00e9rat de monde, un bab\u00e9lisme. Ses mots, \u00e9clats et brisures de vie, on le go\u00fbt du sel. Ces lieux ne sont plus, ou peut-\u00eatre n\u2019ont-ils \u00e9taient que dans l\u2019imaginaire d\u2019une enfant.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>All\u00e9es Meilhan<\/strong> <br>On descend les all\u00e9es Meilhan. Toujours. A partir du kiosque \u00e0 musique du square Stalingrad jusqu\u2019au boulevard Dugommier. En d\u00e9cembre, deux lign\u00e9es de baraques blanches, c\u00f4te \u00e0 c\u00f4te, ouvrent leur unique fen\u00eatre, comme un balcon. A l\u2019int\u00e9rieur sur trois \u00e0 quatre marches sont install\u00e9es des statuettes d\u2019argile, symbole d\u2019un peuple proven\u00e7al fig\u00e9 dans son quotidien. Peuple de l\u2019enfant roi, de l\u2019enfant Dieu, que personne n\u2019attends et que tous esp\u00e8rent. Ces santons rivalisent de couleur, de beaut\u00e9, d\u2019expressions, de taille. Ils nous aguichent, nous font briller les yeux et notre \u00e2me d\u2019enfant, pour \u00eatre l\u2019heureux \u00e9lu de notre cr\u00e8che et vivre la magie de No\u00ebl parmi les vivants. Les baraques entrent elles ont tendu des guirlandes lumineuses offrant un ciel \u00e9toil\u00e9 \u00e0 la plus noire des nuits. Il y a en ce lieu et \u00e0 ce moment-l\u00e0, une paix et une joie ambiante, l\u2019odeur de sucre cuit et du marron chaud,&nbsp; chaque fl\u00e2neur cherche un tr\u00e9sor, le plus beaux des petits J\u00e9sus peut-\u00eatre, ou un berger avec son troupeau ou encore un joueur de fifre\u2026<\/p>\n\n\n\n<p><strong>Les catalans<\/strong> <br>Une crique, difficile d\u2019acc\u00e8s, la seule plage en centre-ville, ainsi nomm\u00e9 car seuls les catalans ont eu l\u2019audace d\u2019y \u00e9chouer leurs barques pour d\u00e9charger leur cargaisons lors des commerces de l\u2019\u00e9toffe. On y p\u00e9n\u00e8tre par le Cercle des Nageurs de Marseille, l\u2019entr\u00e9e y est payante. Pour des gamins sans le sou, il faut ruser, y aller en bande et avoir un peu de bagout. Contre le parapet qui surplombe, il y a creus\u00e9 dans le mur, des alc\u00f4ves orange encadr\u00e9s de blanc&nbsp;; on peut se changer et y laisser ses affaires de ville en toute discr\u00e9tion pour un bikini. Dans le prolongement de la tour du Lazaret, un promontoire de b\u00e9ton nous permet de plonger en pleine mer. Le sable de la plage se partage entre le beach-volley et les baigneurs.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>Rue Nouvelle<\/strong> <br>Dans le quartier de la Joliette, cette petite rue pentue est des plus cosmopolites et populaires. Le num\u00e9ro 5 est au mitan de la rue. Un immeuble de quatre \u00e9tages. Pass\u00e9 la porte de bois, un recoin re\u00e7oit 3 rang\u00e9es de bo\u00eetes aux lettres. Un escalier fait de <em>maul\u00e9ons<\/em> rouges avec un nez de marche en bois lustr\u00e9 et sa rampe de fer forg\u00e9 grimpent les \u00e9tages. A chaque demi-palier, un fenestron prot\u00e9g\u00e9 par une grille ouvre sur la rue. Au troisi\u00e8me \u00e9tage, il y a deux appartements&nbsp;; celui de gauche est lou\u00e9 par une famille d\u2019\u00e9migr\u00e9s italien. Lui est dockers au port. Ang\u00e8le, sa femme, une belle brune, cuisine divinement la sauce de la <em>pasta. <\/em>Ces jours l\u00e0 tout l\u2019immeuble embaume l\u2019Italie. L\u2019appartement de droite est occup\u00e9 par notre famille. P\u00e8re est militaire, m\u00e8re s\u2019occupe de son foyer. Mes deux fr\u00e8res et moi sommes des minots jouant tout le jour dehors car la maison est petite. L\u2019entr\u00e9e est un long couloir de tommettes rouges dont ma m\u00e8re refait r\u00e9guli\u00e8rement les joints avec du \u00ab&nbsp;blanc d\u2019Espagne&nbsp;\u00bb. Pr\u00e8s de la porte de sortie, la chambre des enfants, puis en enfilades&nbsp;: des toilettes, une cuisine et tout au fond la chambre des parents. Toutes les fen\u00eatres ouvrent sur une cour int\u00e9rieure o\u00f9 s\u00e8che du linge sur des cordes \u00e0 poulie. Il n\u2019y a pas de salle de bain, on se lave \u00e0 la pile de pierre de la cuisine et une fois par mois on prend une douche dans une lessiveuse en zinc.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>Boulevard de Vauban<\/strong> <br>Au pied du bois sacr\u00e9, la paroisse Saint Jean d\u2019Assise. Le long de l\u2019all\u00e9e centrale, bord\u00e9e de bancs de bois, une lumi\u00e8re jaune nimbe ce lieu d\u2019une grande s\u00e9r\u00e9nit\u00e9. <em>\u00ab&nbsp;Par l\u2019eau du bapt\u00eame je remets ta vie \u00e0 la gr\u00e2ce de Dieu\u00bb.<\/em> D\u00e9j\u00e0 les pr\u00e9mices de l\u2019abandon.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>Rue de la calanque<\/strong> <br>Marcher longtemps pour entendre battre son c\u0153ur \u00e0 l\u2019amour naissant. Aller \u00e0 l\u2019autre bout de la ville, juste avant les collines pour se laisser tourner la t\u00eate. Sur la plage de la Pointe Rouge il n\u2019y a plus de barques de p\u00eache et dans les anciens boxs plus de filets ou de nasses. Le lieu est devenu le rendez-vous des jeunes qui dansent au soleil, pieds nus dans le sable sur des musiques \u00e0 la mode, en sirotant une menthe \u00e0 l\u2019eau. Lieu des premiers amours d\u2019\u00e9t\u00e9 o\u00f9 seul aujourd\u2019hui est important. Let it be&nbsp;!<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Le carnet d\u2019adresses dans ma t\u00eate ne m\u2019appartient pas. C\u2019est le legs d\u2019une petite fille.De couleur bleu franc, sa peau \u00e0 l\u2019odeur du vent dans les pins. Il contient un conglom\u00e9rat de monde, un bab\u00e9lisme. Ses mots, \u00e9clats et brisures de vie, on le go\u00fbt du sel. 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