{"id":59753,"date":"2021-12-02T13:49:23","date_gmt":"2021-12-02T12:49:23","guid":{"rendered":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/?p=59753"},"modified":"2021-12-02T14:17:23","modified_gmt":"2021-12-02T13:17:23","slug":"autobiographies-11-louise","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/autobiographies-11-louise\/","title":{"rendered":"autobiographies #11 | Louise"},"content":{"rendered":"\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Ongles parfaits, lim\u00e9s, sertis comme cam\u00e9s au bout des doigts, r\u00e9sille des veines bleues sur les mains sarmenteuses \u2014 mais d\u2019une douceur s\u00e8che, et ti\u00e8des comme le sont les oiseaux \u2014 qu\u2019elle glisse pour la sortie avec la perfection de l\u2019habitude dans les gants de p\u00e9cari. Sur l\u2019aur\u00e9ole blanche de ses cheveux soyeux, elle coiffe le chapeau de castor qui tient au chaud le r\u00e9cit de sa vie \u2014 deux petites pattes griffues fix\u00e9es \u00e0 l\u2019arri\u00e8re du chapeau signent avec pr\u00e9cision l\u2019origine animale de la peau. Initiative de la modiste qui fabriquait ses chapeaux sur mesure \u00e0 l\u2019\u00e9poque de Poitiers. Assortis \u00e0 ses tenues. Ce castor \u00e9tait-il am\u00e9ricain&nbsp;? Sa peau a-t-elle travers\u00e9 l\u2019oc\u00e9an par bateau ou le continent par le train&nbsp;? \u2014 Des renards argent\u00e9s pos\u00e9s sur les \u00e9paules de son manteau enveloppent son cou fragile \u2014 ils viennent d\u2019outre-temps, comme le castor du chapeau .Sur eux, un parfum d\u2019antan, de livre de contes, qui ne fait pas penser au vivant, mais au monde douillet des chats qui dorment, ou \u00e0 des armoires de linge propre, de pr\u00e9noms et de lieux amidonn\u00e9s. Dessous, autour du cou, le rang de perles fines \u2014 vivantes, tout \u00e0 fait&nbsp;; pos\u00e9 sur la tablette de la salle de bain, aux c\u00f4t\u00e9s de la brosse \u00e0 cheveux, du flacon d\u2019eau de Cologne et de la bo\u00eete \u00e0 poudre de riz, le collier conserve cet \u00e9clat qui vient de la mer&nbsp;; emport\u00e9 dans la neige d\u2019un hiver, la pagaille des v\u00eatements, les tiroirs retourn\u00e9s \u00e0 la h\u00e2te. Disparu. Le pull \u2013 elle dit poule \u2014 est blanc, beige, gris, mousseux, nuageux, tricot\u00e9 main. La laine est le parfum exquis de l\u2019apr\u00e8s-midi pr\u00e8s de la fen\u00eatre. Le cliquetis des aiguilles sa musique, piquet\u00e9e de propos, aimables et souriants. La jupe \u2014 pantalon : jamais !!! \u2014 descend \u00e0 mi-mollet. Les bas en soie plissent parfois un peu dans les escarpins \u00e0 talons plats \u2013 qui sonnent sur le macadam, les pav\u00e9s de la bourgade, donnant \u00e0 la sortie sa voix.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Dedans. Dans le matin des tranches de baguette grill\u00e9e, beurr\u00e9es, tremp\u00e9es dans la tasse de caf\u00e9, elle n\u2019est pas encore tout \u00e0 fait l\u00e0: la robe de chambre est taill\u00e9e dans un pilou ind\u00e9cis sans forme ; pourpre fonc\u00e9, terne, inexistant quoique galonn\u00e9. Elle fait un peu la poussi\u00e8re, la maison sent les meubles et les tapis distraitement.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Dans un pass\u00e9 que je ne connais que par son r\u00e9cit : cinq femmes en fuite dans une nuit allemande \u2014elle dit si tu savais comme ils nous avaient fagot\u00e9es\u2014, une balle perdue dans une blouse de d\u00e9port\u00e9e mise \u00e0 s\u00e9cher sur la corde, des chaussures en autruche trouv\u00e9es dans le coffre d\u2019un th\u00e9\u00e2tre de Cologne, une caisse de raisins de Corinthe. Et le retour.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Ongles parfaits, lim\u00e9s, sertis comme cam\u00e9s au bout des doigts, r\u00e9sille des veines bleues sur les mains sarmenteuses \u2014 mais d\u2019une douceur s\u00e8che, et ti\u00e8des comme le sont les oiseaux \u2014 qu\u2019elle glisse pour la sortie avec la perfection de l\u2019habitude dans les gants de p\u00e9cari. 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