{"id":59780,"date":"2021-12-02T18:19:04","date_gmt":"2021-12-02T17:19:04","guid":{"rendered":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/?p=59780"},"modified":"2021-12-02T19:11:42","modified_gmt":"2021-12-02T18:11:42","slug":"autobiographie-4-les-lieux-2","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/autobiographie-4-les-lieux-2\/","title":{"rendered":"autobiographies #04 |\u00a08805 Girardin"},"content":{"rendered":"\n<p><strong>SAINT- L\u00c9ONARD<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>Plong\u00e9e dans l\u2019inconnu.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>Un continent inconnu, une ville inconnue, une famille inconnue.<\/p>\n\n\n\n<p>8805, un num\u00e9ro comme on n\u2019en trouvait jamais en France. Les questions que pose cette adresse, pr\u00e9cieux s\u00e9same, papier rang\u00e9 pr\u00e8s de mon passeport.&nbsp; Une rue sans fin ? Combien de temps pour la parcourir ?&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>Je d\u00e9barque apr\u00e8s avoir survol\u00e9 de nuit l\u2019Atlantique. La Manche, je connais,&nbsp; plusieurs s\u00e9jours en Angleterre.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>Arriv\u00e9e \u00e0 New-York : A\u00e9roport John-F.-Kennedy, baptis\u00e9 ainsi depuis le 24 d\u00e9cembre 1963. J\u2019avais pris les billets les moins chers pour mon budget d\u2019\u00e9tudiante serr\u00e9. Appr\u00e9hension \u00e0 la descente de l\u2019avion, en raison de la mythologie de New-York, ville dangereuse au taux de criminalit\u00e9 \u00e9lev\u00e9. M\u00eame dans le taxi jaune ( la Compagnie reconnue), qui me conduit \u00e0 la station des cars Greyhound , 625, 8th Avenue, adresse montr\u00e9e au chauffeur pour \u00eatre bien comprise, je suis sur mes gardes. Ce trajet met mon esprit d\u2019aventuri\u00e8re \u00e0 rude \u00e9preuve, livr\u00e9e \u00e0 un inconnu, ce chauffeur, dans la nuit, sans points de rep\u00e8re.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>Je n\u2019\u00e9tais pas venue pour New-York. Il n\u2019y a que lorsque je fus cal\u00e9e dans mon si\u00e8ge de l\u2019immense car caract\u00e9ris\u00e9 par le l\u00e9vrier anglais que je commen\u00e7ais \u00e0 me d\u00e9tendre.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>Premi\u00e8res lueurs sur les collines du Vermont, puis Montr\u00e9al. Gigantisme des avenues, des zones r\u00e9sidentielles sans cl\u00f4tures. Coquettes maisons espac\u00e9es, au milieu de pelouses bien entretenues. Images de films am\u00e9ricains avec James Dean. Gratte-ciels du centre ville pr\u00e8s de la Gare Routi\u00e8re. Le Qu\u00e9bec, c\u2019\u00e9tait donc l\u2019Am\u00e9rique \u00e0 l\u2019\u00e9poque o\u00f9 le quartier de la D\u00e9fense \u00e0 Paris, balbutiait avec ses quelques tours. Montr\u00e9al, terminus.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>J\u2019extrais mon sac \u00e0 dos du coffre du car. Je transpire, chaleur moite. J\u2019attends, je ne veux pas bouger car le seul rep\u00e8re pour celui qui doit me retrouver est mon n\u00b0 de car et sa provenance. Pas de t\u00e9l\u00e9phone. \u00c0 un moment donn\u00e9, un adolescent, cheveux longs, m\u00e8che blonde sur le front, s\u2019approche timidement de moi.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<ul class=\"wp-block-list\"><li>Catherine ?&nbsp;<\/li><li>Oui.&nbsp;<\/li><\/ul>\n\n\n\n<p>On avait confi\u00e9 \u00e0 ce gar\u00e7on de quinze ans la corv\u00e9e d\u2019aller chercher \u00ab&nbsp;la blonde fran\u00e7aise&nbsp;\u00bb de son fr\u00e8re de plus de dix ans son ain\u00e9. &nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>L\u00e0, \u00eatre juste guid\u00e9e vers un autre bus.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>\u00c0 la descente de l\u2019autobus boulevard Bourassa, j\u2019\u00e9carquille les yeux : les gigantesques centres commerciaux, les enseignes lumineuses,&nbsp; Mac Donald,&nbsp; Poulet Frit Kentucky\u2026 En m\u00eame temps, je&nbsp; me r\u00e9gale de cet accent qui m\u2019est familier gr\u00e2ce \u00e0 mon amoureux. La courtoisie, le chauffeur du bus qui dit \u00ab&nbsp; Bonjour, comment allez-vous ?&nbsp;\u00bb, les passagers align\u00e9s \u00e0 l\u2019arr\u00eat, ils font la file.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>Quelques minutes de marche, on longe des terrains en friche. &nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>Patrice me pr\u00e9c\u00e8de dans une maison \u00e0 un \u00e9tage en briques blanches, l\u00e9g\u00e8rement sur\u00e9lev\u00e9e. De chaque c\u00f4t\u00e9 du perron central, au ras du sol, deux baies rectangulaires.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>Une belle femme ch\u00e2tain clair, \u00e0 la coiffure boucl\u00e9e impeccable, cheveux mi-longs laqu\u00e9s, grands yeux bleus, m\u2019accueille. Une photo de Vogue des ann\u00e9es 1960. Ongles manucur\u00e9s, robe serr\u00e9e \u00e0 la taille.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>&#8211; Bonjour, je suis la m\u00e8re de Gilles. Bienvenue. Venez, je vais vous montrer votre chambre.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>Je la suis dans le couloir en parquet clair qui s\u00e9pare la maison en deux. Sur la droite, au fond, un escalier moquett\u00e9 descend au sous-sol; Bruit de la chaufferie. Elle me montre \u00e0 droite, la salle de lavage o\u00f9 tr\u00f4nent deux immenses machines : la \u00ab&nbsp;laveuse&nbsp;\u00bb et la \u00ab&nbsp;s\u00e9cheuse&nbsp;\u00bb. Deux fois la taille de nos machines \u00e0 laver en France. Quant aux \u00ab&nbsp;s\u00e9cheuses&nbsp;\u00bb, elles m\u2019\u00e9taient inconnues. \u00c0 c\u00f4t\u00e9, une pi\u00e8ce lambriss\u00e9e, avec un lit une place, couvert d\u2019un dessus de lit multicolore, tress\u00e9 avec des morceaux de tissu. Une baie au ras du sol grillag\u00e9e par une moustiquaire donne un peu de lumi\u00e8re. Le reste du sous-sol est occup\u00e9 par une grande pi\u00e8ce, canap\u00e9 fleuri, grande t\u00e9l\u00e9vision, placards, deux guitares.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>&#8211; Avant, c\u2019\u00e9tait la salle de jeu des enfants, maintenant, ils y \u00e9coutent de la musique.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>On remonte au rez-de-chauss\u00e9e. Reprenant le couloir dans l\u2019autre sens, j\u2019ai le temps d\u2019apercevoir&nbsp; le jardin par la porte \u00e0 demi vitr\u00e9e. Quelques plants de tomates grimpent le long de tuteurs.<\/p>\n\n\n\n<p>Retour vers l\u2019entr\u00e9e principale. \u00c0 droite, la cuisine \u00e9quip\u00e9e avec son r\u00e9frig\u00e9rateur cong\u00e9lateur gigantesque, sa cuisini\u00e8re quatre feux avec double four. Sur le comptoir de chaque c\u00f4t\u00e9 de l\u2019\u00e9vier, des appareils \u00e9lectrom\u00e9nagers inconnus et dont je d\u00e9couvrirai bient\u00f4t les noms : blender, toaster, machine \u00e0 pop corn \u2026<\/p>\n\n\n\n<p>Pourquoi pas :&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p><em>\u00ab&nbsp;Une tourniquette &nbsp;<\/em><\/p>\n\n\n\n<p><em>Pour faire la vinaigrette<\/em><\/p>\n\n\n\n<p><em>Un bel a\u00e9rateur &nbsp;<\/em><\/p>\n\n\n\n<p><em>Pour bouffer les odeurs&nbsp;<\/em><\/p>\n\n\n\n<p><em>Des draps&nbsp; qui chauffent<\/em><\/p>\n\n\n\n<p><em>Un pistolet \u00e0 gaufres.&nbsp;\u00bb<\/em><\/p>\n\n\n\n<p>Rond-rond du ventilateur au-dessus de la grande table blanche en Formica. Dans le cendrier, un m\u00e9got de&nbsp; cigarette blonde. Au sol devant l\u2019\u00e9vier, un tapis artisanal tress\u00e9 avec des morceaux de&nbsp; tissu de diff\u00e9rentes couleurs.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>Le salon fait face \u00e0 la cuisine de l\u2019autre c\u00f4t\u00e9 du couloir. Je d\u00e9couvre \u00ab&nbsp; une chaise ber\u00e7ante&nbsp;\u00bb en bois ; en France, on dit rocking-chair, je n\u2019en ai vu que dans les films. Un canap\u00e9 face \u00e0 la t\u00e9l\u00e9vision encastr\u00e9e dans un meuble vitrine en bois fonc\u00e9 vernis o\u00f9 sont rang\u00e9s des verres.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>Sur le mur des portraits soign\u00e9s, sous verre : des enfants et une photo de mariage. La photo d\u2019une jeune-fille en toge noire et couvre chef noir comme un petit plateau, au plumet noir qui descend, m\u2019intrigue. La jeune-fille tient \u00e0 la main un parchemin blanc enroul\u00e9, entour\u00e9 d\u2019un ruban.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>C\u2019est Mich\u00e8le \u00e0 sa remise de dipl\u00f4me de fin d\u2019\u00e9cole secondaire.Tu as peut-\u00eatre faim ? On a pass\u00e9 l\u2019heure du d\u00eener.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>Pas encore remise de mon voyage ni du d\u00e9calage horaire, j\u2019accepte n\u00e9anmoins. En quelques instants, pain de mie, tomates coup\u00e9es en rondelles, un peu de salade, du fromage jaune&nbsp; en tranches fines sous plastique sont pos\u00e9s sur la table.<\/p>\n\n\n\n<p>Tu te sers.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>Je flotte dans \u00ab&nbsp;l\u2019American Way of life&nbsp;\u00bb, le confort moderne raill\u00e9 par Boris Vian dans \u00ab&nbsp;La Complainte du Progr\u00e8s.&nbsp;\u00bb Mais l\u00e0, les sous-titres sont en fran\u00e7ais. Me reviennent les paroles d\u2019une chanson de Gilles Vigneault : <em>\u00ab&nbsp;Gens du pays, c\u2019est votre tour de vous laisser parler d\u2019amour.&nbsp;\u00bb.<\/em><\/p>\n\n\n\n<p><em>Le 29 novembre 2021<\/em><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>SAINT- L\u00c9ONARD Plong\u00e9e dans l\u2019inconnu.&nbsp; Un continent inconnu, une ville inconnue, une famille inconnue. 8805, un num\u00e9ro comme on n\u2019en trouvait jamais en France. 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