{"id":59871,"date":"2021-12-03T15:51:26","date_gmt":"2021-12-03T14:51:26","guid":{"rendered":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/?p=59871"},"modified":"2021-12-03T21:59:10","modified_gmt":"2021-12-03T20:59:10","slug":"59871-2","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/59871-2\/","title":{"rendered":"autobiographies #11 | dressing"},"content":{"rendered":"\n<h2 class=\"has-normal-font-size wp-block-heading\">La chambre parentale n\u2019est plus qu\u2019un cube sans vie, sur les murs les traces laiss\u00e9es par l\u2019accrochage de tableaux, sinon rien. Reste \u00e0 vider quelques v\u00eatements oubli\u00e9s dans le dressing. Une corv\u00e9e.<\/h2>\n\n\n\n<p><\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"has-normal-font-size wp-block-heading\">De Lui<\/h2>\n\n\n\n<p>Une veste d\u2019int\u00e9rieur fant\u00f4me sur cintre dans ses poches des mouchoirs en papier en boule un briquet en or sign\u00e9 Dupont son briquet une flamme encore et pas de gauloises \u00e0 allumer les unes apr\u00e8s les autres il aurait pu chanter avec Ferr\u00e9 : <em>T\u2019es une copine de patachon \/ T\u2019es ma Gauloise, t\u2019es mon tison \/ T\u2019es ma Gauloise, t\u2019es mon patron<\/em> \/ <em>T<\/em>\u2019<em>es bien \u00e0 l\u2019aise sous mon briquet&#8230;<\/em> Il ne chantait pas. Il d\u00e9testait Ferr\u00e9. Lui tel un lord anglais dans sa veste si douce \u00e9clair\u00e9e par le satin lumineux des revers en satin et pr\u00e8s de lui un cendrier de cristal. Tiens, un trou sur la manche, salet\u00e9 de cigarettes. Il en est mort.<\/p>\n\n\n\n<p>Des cravates en attente de son cou \u00e0 serrer en soie en laine ray\u00e9es fleuries \u00e0 carreaux \u00e0 pois un imprim\u00e9 cheval&#8230; et leurs fr\u00e8res les n\u0153uds papillon l\u00e9g\u00e8ret\u00e9 de leurs formes et noirceur assum\u00e9e insectes \u00e9tranges pr\u00eats \u00e0 l\u2019envol vers quels c\u00e9r\u00e9monies banquets r\u00e9veillons \u00e9v\u00e9nements ?<\/p>\n\n\n\n<p>Des bretelles par flop\u00e9es les tirer les faire claquer les imaginer fouets une belle flop\u00e9e de coups les abandonner \u00e0 leur sort \u00e0 leur inutilit\u00e9 d\u00e9saffect\u00e9es elles n\u2019ont plus \u00e0 \u00e0 retenir son pantalon sur sa grosse bedaine de bon vivant<\/p>\n\n\n\n<p>Des mouchoirs ceux d\u2019allure paysanne gros carreaux bleus et rouges mouchoirs pour m\u00e9chants rhumes les autres chics blancs soyeux l\u00e9gers dans leur angle gauche des initiales brod\u00e9es \u00e0 la main L.D.<\/p>\n\n\n\n<p>Un cale\u00e7on solitaire oubli\u00e9 sans doute se r\u00e9clamant du m\u00eame propri\u00e9taire sur sa ceinture les initiales L.D. brod\u00e9es. Dans la peur de le perdre ? O\u00f9 ? Quand ? Comment ? Myst\u00e8re.<\/p>\n\n\n\n<p>Une petite bo\u00eete en bois pr\u00e9cieux des boutons de manchettes souvent d\u00e9pareill\u00e9s des \u00e9pingles \u00e0 cravate une montre de gousset ancienne au remontoir cass\u00e9 une chevali\u00e8re d\u2019or massive un diamant serti presque une arme de poing une alliance une photo d\u2019identit\u00e9 lui jeune l\u2019air concentr\u00e9 une longue m\u00e8che de cheveux cache son front si beau on dirait un acteur am\u00e9ricain, Gary Grant peut-\u00eatre.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-normal-font-size\"><strong>D\u2019Elle<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>Une robe de soir\u00e9e longue une robe de sir\u00e8ne ajust\u00e9e jusqu\u2019aux genoux puis s\u2019\u00e9vasant en une l\u00e9g\u00e8re tra\u00eene faille noire et dentelle paillet\u00e9e mettant en valeur sa peau de blonde sa poitrine g\u00e9n\u00e9reuse son d\u00e9sir d\u2019\u00eatre belle pour lui qu\u2019il soit fi\u00e8re d\u2019elle qu\u2019ensemble ils f\u00eatent le nouvel an dans un cadre enchanteur qu\u2019ils dansent ensemble comme aux premiers jours de leur amour. Lui en smoking bras protecteur sur ses \u00e9paules nues. Les enfants seuls \u00e0 la maison avec la bonne qui grommelle.<\/p>\n\n\n\n<p>Un manteau de vison : c\u2019\u00e9tait son r\u00eave en avoir un c\u2019\u00e9tait sa gloire. Brun fonc\u00e9. Il est lourd bien adapt\u00e9 aux froids sib\u00e9riens un mois par an peut-\u00eatre \u00e0 la temp\u00e9rature de Marseille oui en f\u00e9vrier certaines ann\u00e9es on se souvient de 1956 la ville \u00e9tait prise sous les glaces. Sinon ? Le malheureux perd ses poils.<\/p>\n\n\n\n<p>Un carton \u00e0 chapeaux en toile cir\u00e9e bleu marine bord\u00e9e d\u2019un liser\u00e9 grenat. \u00c0 l\u2019int\u00e9rieur une odeur d\u2019autrefois. Des merveilles. Un bibi en laine noire plumes et r\u00e9sille Un feutre en velours bordeaux ruban en gros grain et plume de faisan. Une capeline en paille vernis beige et ses \u00e9pis de bl\u00e9 en tulle. Tout au fond des \u00e9pingles \u00e0 chapeaux piqu\u00e9es sur un coussin. Vite refermer trop d\u2019\u00e9motion son souvenir d\u2019elle devant son miroir essayant ses chapeaux impatiente : dis, lequel ? Dis ?<\/p>\n\n\n\n<p>Et tout contre la porte en attente d\u2019\u00eatre chauss\u00e9es des babouches rose cendr\u00e9 ourl\u00e9es de duvet de cygne dignes d\u2019une sultane ottomane pr\u00e9cieuses \u00e0 enfiler le matin au r\u00e9veil apr\u00e8s une nuit d\u2019amour ou pour rejoindre le soir son bien aim\u00e9 lui chauss\u00e9 de mules d\u2019un vernis \u00e9clatant flaques de lumi\u00e8re raffin\u00e9es et cependant viriles.<\/p>\n\n\n\n<p>Assez, impossible de continuer cet inventaire. Appeler un vieille cousine, une amie d\u2019elle, un inconnu, Emma\u00fcs, l\u2019abb\u00e9 Pierre, le Secours Populaire&#8230; Fuir&#8230; Tout laisser&#8230; Ne rien emporter&#8230; Fuir<\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\"><br><\/h2>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>La chambre parentale n\u2019est plus qu\u2019un cube sans vie, sur les murs les traces laiss\u00e9es par l\u2019accrochage de tableaux, sinon rien. Reste \u00e0 vider quelques v\u00eatements oubli\u00e9s dans le dressing. Une corv\u00e9e. 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