{"id":60003,"date":"2021-12-05T16:51:07","date_gmt":"2021-12-05T15:51:07","guid":{"rendered":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/?p=60003"},"modified":"2021-12-06T08:34:43","modified_gmt":"2021-12-06T07:34:43","slug":"autobiographies-08-les-grands-cons","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/autobiographies-08-les-grands-cons\/","title":{"rendered":"autobiographies #08 | les grands cons"},"content":{"rendered":"\n<p>Sur le sol, les petits carreaux ; c&rsquo;est tant\u00f4t noir, c&rsquo;est tant\u00f4t bleu ; amples mouvements d&rsquo;une eau ondoyant comme un sirop ; le chlore peut-\u00eatre fait l&rsquo;eau gluante ; p\u00e9diluve , \u00e9tape, \u00e9preuve, crocodiles et bact\u00e9ries, parcours segment\u00e9 initiatique ; panier surmont\u00e9 d&rsquo;un cintre, trop petit ; les v\u00eatements, \u00e7a ne rentre pas ; le sac, conserver ou d\u00e9poser ; le petit savon, la serviette, et puis et puis&#8230; ; la s\u00e9curit\u00e9 autour du poignet : le bracelet et la cl\u00e9 ; au bout du voyage il y a les chaussettes ; si tu tires le bon num\u00e9ro, il y a les chaussettes ; il y a les pieds secs et l&rsquo;air un peu trop froid sur la peau frip\u00e9e des doigts ; le son r\u00e9percut\u00e9 sur l&rsquo;eau, sur les murs, qui se diffuse et s&rsquo;\u00e9clate, se duplique et vient de partout et luit comme l&rsquo;eau ; la mati\u00e8re d\u00e9gouline, il y a des gens debout avec une perche qui tracte des gens dans l&rsquo;eau et qui disent des choses qui disent \u00e0 ceux qui ont peur qu&rsquo;il ne faut pas avoir peur ; avec col\u00e8re, avec reproche ; il ne faut pas avoir peur bon sang et qu&rsquo;ils la l\u00e2chent donc qu&rsquo;ils la l\u00e2chent la putain de perche les vers sordides et barboteurs, qu&rsquo;on en fasse des nageurs des vrais des du fond de l&rsquo;Amazone, qu&rsquo;on leur file des voraces et des piranhas ; les petits gesticulent et pleurent et s&rsquo;accrochent sur le rebord arrondi o\u00f9 l&rsquo;eau d\u00e9borde et circule vers des trous obscurs ; c&rsquo;est tant\u00f4t noir, c&rsquo;est tant\u00f4t bleu ; les dames \u00e0 lunettes ; le cordon de plastique qui enserre le cr\u00e2ne, la pulsation des veines ; brasse coul\u00e9e, les petits carreaux, le sol loin, et puis au bout d&rsquo;autres carreaux, la main qui se repose sur le rebord, le coup d\u2019\u0153il jet\u00e9 \u00e0 l&rsquo;entour, la lumi\u00e8re et l&rsquo;eau, le reflet des casiers ; l\u00e2cher la perche et fermer les yeux ; s&rsquo;enfoncer, chercher les algues, glisser dans les conduits obscurs vers d&rsquo;autres mondes \u00e9gouts, bassins de r\u00e9tention, loin des lumi\u00e8res, loin de tout, pr\u00e8s de la surface, pr\u00e8s de mes chaussettes, loin des grands cons. <\/p>\n\n\n\n<p>En pente ; raide ; la jambe qui s&rsquo;avance, glisse, l&rsquo;\u00e9boulis ; les barri\u00e8res de m\u00e9tal rouill\u00e9 \u00e0 l&rsquo;entr\u00e9e, les fils de fer torsad\u00e9s ; de la v\u00e9g\u00e9tation ? ; ne le sait ; silhouette assise, accroupie, pensive, les cheveux rabattus vers l&rsquo;avant, genoux saignants, arcade sourcili\u00e8re saignante, la terre sous les ongles ; m\u00e9lange de terre, de cailloux, ravines et graviers, orni\u00e8res et chevilles agiles ; les petits doigts, genoux, jambes : boueux ; silhouettes et mouvements, tant\u00f4t pensifs, tant\u00f4t fr\u00e9n\u00e9tiques ; d\u00e9gringoler le long de la pente ; le petit bruit qui gratte de la terre qui glisse ; pr\u00e8s du mur le long duquel d\u00e9goulinent les tiges nues de la vigne vierge, une cabane, planches, branches, cordes et tout ce qui passe par l\u00e0 ; en face il y a la rue, la rue banale et le bureau de poste abandonn\u00e9 o\u00f9 r\u00e8gnent le silence, la poussi\u00e8re ; dehors la rue et puis l\u00e0 le trou, le terrain vague, fourmis, cloportes, gendarmes, carabes, grouillant sur la terre humide sous la pierre un temps soulev\u00e9e ; le trou, le terrain vague, la vie pr\u00e9cise, attentive, occup\u00e9e ; les murs immenses et rouges, la pierre du Sud, dessous les carri\u00e8res \u00e9ventrant le sol ; et l&rsquo;eau qui circule aussi ; le glissement de terrain toujours possible ; pas de balan\u00e7oire, pas de tapis de jeu, un tuyau d&rsquo;arrosage jaune nou\u00e9 tout l\u00e0-haut pour se glisser dans le trou, pour s&rsquo;en extirper ; au-del\u00e0 la rue et des jardins entre des murs et des balan\u00e7oires et des pelouses tondues ; l\u00e0-bas les mains propres et les tasses de porcelaine, l\u00e0-bas l&rsquo;heure du go\u00fbter ; ici la terre sous les ongles, l&rsquo;\u00e9toffe d\u00e9chir\u00e9e et le temps suspendu.<\/p>\n\n\n\n<p>Le bois partout ; au sol le parquet, au mur le lambris ; la lumi\u00e8re qui tombe du velux ; le store beige ; la nuit est violette, la nuit est orange; dans les rues, l&rsquo;automne, des lumi\u00e8res jaunes et des feuilles phosphorescentes ; le lit de bois ; le bureau de bois ; des livres ouverts et des livres ferm\u00e9s, le rev\u00eatement de plastique des livres scolaires, et puis des cahiers, l&rsquo;odeur du plastique bleu, la transparence aquatique de la couverture, mais l&rsquo;odeur surtout ; l&rsquo;urine du chat m\u00eal\u00e9e de poussi\u00e8re, poudreuse, colle aux couvertures de plastique ; une commode de bois et des v\u00eatements, des v\u00eatements et des couleurs et des mati\u00e8res \u00e0 m\u00e9langer ensemble ; comment pourquoi ; l&rsquo;odeur des livres neufs et la texture lisse qui couine sous le doigt mouill\u00e9, qui couinerait, on ne les l\u00e8che pas les livres, on pourrait ; et pourquoi pas ? ; parce que&#8230; l&rsquo;urine du chat, poudreuse, m\u00eal\u00e9e de poussi\u00e8re ; on pourrait ; des paravents de bois et une \u00e9toffe verte tir\u00e9e dessus le paravent, des couleurs printani\u00e8res, la lueur tombe du velux sur l&rsquo;\u00e9toffe verte ; la texture lisse qui couine sous le doigt mouill\u00e9 dans la chambre sous-marine ; des draps bord\u00e9s que l&rsquo;on emm\u00eale ; la bouillotte qui br\u00fble et l&rsquo;odeur de caoutchouc ; au milieu de la pi\u00e8ce, une gueule ouverte, l&rsquo;escalier s&rsquo;enfonce dans le noir, raide, branlant, glissant ; les bruits du dessous, d&rsquo;autres poissons plus gros, d&rsquo;autres formes, d&rsquo;autres lumi\u00e8res ; le lion rugit dit-on mais la vaisselle, que fait-elle ? grince, \u00e9ructe, se racle comme une gorge ; bruits d&rsquo;assiette que l&rsquo;on empile et d&rsquo;assiettes que l&rsquo;on pose et de cuillers qui touillent et de casseroles aussi ; un peu sourds ; assourdis ; ici le mouvement sourd aussi de la terre qui tourne \u00e0 l&rsquo;or\u00e9e du sommeil quand le corps s&rsquo;affaisse.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Sur le sol, les petits carreaux ; c&rsquo;est tant\u00f4t noir, c&rsquo;est tant\u00f4t bleu ; amples mouvements d&rsquo;une eau ondoyant comme un sirop ; le chlore peut-\u00eatre fait l&rsquo;eau gluante ; p\u00e9diluve , \u00e9tape, \u00e9preuve, crocodiles et bact\u00e9ries, parcours segment\u00e9 initiatique ; panier surmont\u00e9 d&rsquo;un cintre, trop petit ; les v\u00eatements, \u00e7a ne rentre pas ; le sac, conserver ou d\u00e9poser <a class=\"more-link\" href=\"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/autobiographies-08-les-grands-cons\/\">Continuer la lecture<span class=\"screen-reader-text\">autobiographies #08 | les grands cons<\/span><span class=\"meta-nav\">&rarr;<\/span><\/a><\/p>\n","protected":false},"author":403,"featured_media":0,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"h5ap_radio_sources":[],"footnotes":""},"categories":[2820,2949],"tags":[],"class_list":["post-60003","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-cycle_autobiographies","category-autobiographies-08"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/60003","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/users\/403"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=60003"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/60003\/revisions"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=60003"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=60003"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=60003"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}