{"id":60031,"date":"2021-12-07T09:55:35","date_gmt":"2021-12-07T08:55:35","guid":{"rendered":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/?p=60031"},"modified":"2021-12-07T09:55:36","modified_gmt":"2021-12-07T08:55:36","slug":"autobiographie-07-minimes-ou-sublimes-portes","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/autobiographie-07-minimes-ou-sublimes-portes\/","title":{"rendered":"autobiographie #07 &#8211; Minimes ou sublimes portes"},"content":{"rendered":"\n<p>De bois, dans un cadre de pierre, la porte ne fait barrage qu&rsquo;aux \u00e9l\u00e9ments mauvais, la pluie, le froid, le vent. Elle est toujours ouverte. Qui veut entrer peut soulever le loquet de m\u00e9tal patin\u00e9.<\/p>\n\n\n\n<p>Une ou deux minutes de panique\u00a0: la serrure est coinc\u00e9e. Que faire si la maison des vacances n\u2019ouvre pas\u00a0? Apr\u00e8s le trajet, la su\u00e9e. Il faut comprendre que la clef tourne dans l\u2019autre sens. Finalement, le volet de bois de l\u2019entr\u00e9e se d\u00e9verrouille. Derri\u00e8re, l&rsquo;autre porte est vitr\u00e9e, neuve, r\u00e9glementaire.<\/p>\n\n\n\n<p>Quand il partait le matin avant que je ne sois lev\u00e9e, je trouvais toujours le verrou de la porte d&rsquo;entr\u00e9e referm\u00e9 depuis l&rsquo;ext\u00e9rieur, signe muet de l&rsquo;attention qu&rsquo;il me portait, manifestation intangible de ses bras protecteurs autour de moi. Avec une \u00e9motion bizarre, je regardais les moulures qui dessinaient des rectangles sur le bois. La peinture blanche commen\u00e7ait \u00e0 s&rsquo;\u00e9cailler. Je soupirais doucement.<\/p>\n\n\n\n<p>\u00c0 c\u00f4t\u00e9 de l\u2019armoire au fond de la cuisine, apr\u00e8s la table longue il y avait une porte vitr\u00e9e dans un cadre de bois vernis. Elle donnait sur sorte de sas avec de grandes fen\u00eatres, qu&rsquo;un grand cong\u00e9lateur occupait enti\u00e8rement, et puis on ouvrait l&rsquo;autre porte, qui descendait vers le jardin.<\/p>\n\n\n\n<p>Une porte rouge avec de petites grilles au rez-de-chauss\u00e9e, \u00e0 l\u2019\u00e9tage trois balcons fleuris et des fen\u00eatres dont les rideaux blancs au joli drap\u00e9 laissent voir un int\u00e9rieur tendu de rouge. Un jasmin, un hortensia (peut-\u00eatre faux) et, sur le balcon de gauche, trois pots et une jardini\u00e8re d&rsquo;o\u00f9 \u00e9mergent des griffes de sorci\u00e8re. Des amis arrivent, les noms ne sont pas bien indiqu\u00e9s sur l\u2019interphone, ils sonnent, une femme plus \u00e2g\u00e9e se montre \u00e0 la fen\u00eatre du troisi\u00e8me \u00e9tage et leur dit de sonner \u00e0 c\u00f4t\u00e9. Ils crient\u00a0: \u00ab\u00a0Carolina\u00a0\u00bb, elle leur ouvre, ils sont contents, ils ont amen\u00e9 du vin. Apr\u00e8s on voit l\u2019homme se montrer au balcon fleuri et on entend un bruit de friture et de la musique.<\/p>\n\n\n\n<p>Une clochette tintait quand on poussait la porte vitr\u00e9e de la galerie d&rsquo;art, qui se referma sur le bruit des voitures et du pav\u00e9 mouill\u00e9.<\/p>\n\n\n\n<p>Une porte coch\u00e8re. \u00c7a fait clic. Un tapis vert, \u00e9pais, sur les marches de bois vernis. Une main caresse la rampe toute lisse. La porte de l&rsquo;appartement du premier a l&rsquo;air encore plus lourde. Un doigt s&rsquo;approche lentement du bouton de sonnette qui pointe comme un t\u00e9ton au milieu d&rsquo;un disque en laiton d\u00e9poli depuis trop longtemps.<\/p>\n\n\n\n<p>Instanbul (la Sublime Porte). \u00c0 la fin de la matin\u00e9e, je rejoins les autres \u00e0 la porte du palais, dans les jardins de Topkapi (prononcer Topkape\u00fb). Une porte imposante, plus haute que deux hommes, dans le renfoncement sombre et vo\u00fbt\u00e9 d&rsquo;une entr\u00e9e fortifi\u00e9e. Il ne pleut plus. Je vois entrer des flots de touristes, j\u2019en vois surtout sortir, l\u2019air \u00e9puis\u00e9s plus qu\u2019heureux. Je pense \u00e0 toutes les femmes qui ont franchi cette porte une seule fois dans leur vie et ne sont plus jamais ressorties. C\u2019\u00e9tait une prison. O\u00f9 ai-je lu cette histoire de paysans venus de toute la Turquie \u00e0 la fin de l\u2019empire, chercher ici une fille ou une s\u0153ur ?<\/p>\n\n\n\n<p>Une vierge \u00e0 l&rsquo;enfant au trumeau, en calcaire blanc, plein d&rsquo;anges dans les voussures, et une porte en bois peinte d&rsquo;un rouge sombre, faite pour qu&rsquo;on ne la voie pas, et on n&rsquo;en parle pas, tandis que l&rsquo;on commente \u00e0 foison les sculptures au tympan et dans les embrasures. Un homme, toujours le m\u00eame, tient cette porte aux visiteurs. Il tend un chapeau mou et mendie doucement. Une guide fait signe \u00e0 son groupe d&rsquo;entrer. Elle a la voix qui porte.<\/p>\n\n\n\n<p>Venise n&rsquo;a pas de portes, juste des ports qui sont des passes dans les cordons littoraux du Lido. Les visiteurs officiels de la S\u00e9r\u00e9nissime, en descendant de l&rsquo;eau, p\u00e9n\u00e9traient dans la ville par une porte d\u2019air entre les deux colonnes de la Piazzetta, pr\u00e8s du palais des doges.<\/p>\n\n\n\n<p>Les fa\u00e7ades principales s&rsquo;ouvrent sur un canal, une grille ferme l&rsquo;acc\u00e8s au portego, s&rsquo;ouvre \u00e0 l&rsquo;arriv\u00e9e des embarcations. Les portes n&rsquo;existent qu&rsquo;\u00e0 l&rsquo;arri\u00e8re, humbles, secr\u00e8tes, d\u00e9rob\u00e9es.<\/p>\n\n\n\n<p>Paris. Quand il \u00e9tait petit, on pouvait lire au-dessus des portes des m\u00e9tros \u00ab\u00a0<em>Le train ne peut partir que les portes ferm\u00e9es\u00a0\u00bb<\/em> (alexandrin). \u00ab\u00a0<em>Ne pas g\u00eaner leur fermeture\u00a0\u00bb<\/em>\u00a0(octosyllabe). Au coll\u00e8ge, un professeur de fran\u00e7ais leur avait fait remarquer la po\u00e9sie de la RATP.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>De bois, dans un cadre de pierre, la porte ne fait barrage qu&rsquo;aux \u00e9l\u00e9ments mauvais, la pluie, le froid, le vent. Elle est toujours ouverte. Qui veut entrer peut soulever le loquet de m\u00e9tal patin\u00e9. Une ou deux minutes de panique\u00a0: la serrure est coinc\u00e9e. Que faire si la maison des vacances n\u2019ouvre pas\u00a0? Apr\u00e8s le trajet, la su\u00e9e. 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