{"id":6087,"date":"2019-07-21T15:27:10","date_gmt":"2019-07-21T13:27:10","guid":{"rendered":"http:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/?p=6087"},"modified":"2019-07-22T17:07:32","modified_gmt":"2019-07-22T15:07:32","slug":"3-metier","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/3-metier\/","title":{"rendered":"# 3 \/ M\u00e9tier"},"content":{"rendered":"\n<ul class=\"wp-block-gallery columns-3 is-cropped wp-block-gallery-1 is-layout-flex wp-block-gallery-is-layout-flex\"><li class=\"blocks-gallery-item\"><figure><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"1024\" height=\"701\" src=\"http:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2019\/07\/D02442AF-5100-4965-8808-6DA534A87EFB-1024x701.jpeg\" alt=\"\" data-id=\"6093\" class=\"wp-image-6093\" srcset=\"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2019\/07\/D02442AF-5100-4965-8808-6DA534A87EFB-1024x701.jpeg 1024w, https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2019\/07\/D02442AF-5100-4965-8808-6DA534A87EFB-420x287.jpeg 420w, https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2019\/07\/D02442AF-5100-4965-8808-6DA534A87EFB-768x526.jpeg 768w\" sizes=\"auto, (max-width: 1024px) 100vw, 1024px\" \/><\/figure><\/li><li class=\"blocks-gallery-item\"><figure><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"400\" height=\"400\" src=\"http:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2019\/07\/FD64EFE3-DD48-49B0-9373-8144EB4AE90A.jpeg\" alt=\"\" data-id=\"6094\" data-link=\"http:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/?attachment_id=6094\" class=\"wp-image-6094\" srcset=\"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2019\/07\/FD64EFE3-DD48-49B0-9373-8144EB4AE90A.jpeg 400w, https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2019\/07\/FD64EFE3-DD48-49B0-9373-8144EB4AE90A-200x200.jpeg 200w\" sizes=\"auto, (max-width: 400px) 100vw, 400px\" \/><\/figure><\/li><li class=\"blocks-gallery-item\"><figure><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"1024\" height=\"768\" src=\"http:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2019\/07\/2A1964D1-3234-4E50-A177-B6D2AE7F8EE0-1024x768.jpeg\" alt=\"\" data-id=\"6095\" data-link=\"http:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/?attachment_id=6095\" class=\"wp-image-6095\" srcset=\"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2019\/07\/2A1964D1-3234-4E50-A177-B6D2AE7F8EE0-1024x768.jpeg 1024w, https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2019\/07\/2A1964D1-3234-4E50-A177-B6D2AE7F8EE0-420x315.jpeg 420w, https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2019\/07\/2A1964D1-3234-4E50-A177-B6D2AE7F8EE0-768x576.jpeg 768w\" sizes=\"auto, (max-width: 1024px) 100vw, 1024px\" \/><\/figure><\/li><\/ul>\n\n\n\n<p>15 juillet 2019 \/ Vicopisano<\/p>\n\n\n\n<p>Buffet de bois ch\u00eane clair, meuble simple et long, cir\u00e9, vernis, poign\u00e9es en m\u00e9tal vrill\u00e9, feuilles de ch\u00eane, festons, pieds en pyramides, meuble pouss\u00e9 contre le mur, une barre une barri\u00e8re, arrondis, lisse, long, lignes pures, avec cadres en tableaux pour les portes, massif, lourd, charni\u00e8res de laiton, simple et beau, parrall\u00e9lipip\u00e8dique, pr\u00e9sence imposante, sage et distante, support de 5 objets : 2 vases soliflores, 1 autre vase de style bonbonni\u00e8re, des coupes larges comme des assiettes, la premi\u00e8re \u00e9maill\u00e9e et l\u2019autre en acier argent\u00e9 puis dedans, une balle en mousse. 4 portes \u00e9gales, carr\u00e9es, 4 pieds, au milieu de la porte de droite et de la porte de gauche, feuilles en relief inclin\u00e9es vers la la droite sur chacune des quatre portes carr\u00e9es (comme si le vent soufflait de l\u2019Ouest), feuilles de ch\u00eane ou feuilles d\u2019acanthe, p\u00e9tiole gros comme un gland, une noix, un mascaron. Au dessus, accroch\u00e9 au mur, tableau contemporain.<\/p>\n\n\n\n<p>16 juillet 2019 \/ Vicopisano<\/p>\n\n\n\n<p>Buffet de bois ch\u00eane clair, cire (odeur de la cire d\u2019abeille), poign\u00e9es de m\u00e9tal vrill\u00e9e pas plus grosses que le pouce, feuilles de ch\u00eane, ou bien de ch\u00e2taignier (non, parions pour le ch\u00eane !), grandes comme la main, festons, pieds en pyramides invers\u00e9es qui se terminent en talons aiguilles sur le sol, pouss\u00e9 tout contre le mur, adoss\u00e9  au mur, une barre une barri\u00e8re une masse, surmont\u00e9e d\u2019une ligne ondul\u00e9e de petites vagues, un profil de collines r\u00e9guli\u00e8res, les collines de La Toscane, meuble vernis, arrondis, lisse, long, aux lignes pures, froid au toucher, avec cadres en tableaux pour les portes, massif, lourd, aux charni\u00e8res de laiton, simple et beau, parrall\u00e9lipip\u00e8dique, \u00e9nigmatique, probl\u00e9matique, pr\u00e9sence imposante, sage et distante, support de 5 objets : 2 vases soliflores (le premier \u00ab Hand made Manousakis-Keramik Rodos-Greece \u00bb et le deuxi\u00e8me \u00ab Bareuther Waldsassen Bavaria-Germany 244), 1 autre vase de style bonbonni\u00e8re pour petit bouquet rond, de porcelaine blanche aux filages dor\u00e9s d\u00e9tourn\u00e9 de chez \u00a9\ufe0fMaxim\u2019s de Paris par Pascuinuccio Pascuinucci Via Dante Alighieri-Pontederra Made in Italy), 2 coupes pas plus grandes que des assiettes, la premi\u00e8re \u00e9maill\u00e9e couleur de figue mure, l\u2019autre en acier argent\u00e9 polie comme un miroir. Puis au dessus, une \u0153uvre peinte sur bois de 1974 sign\u00e9e Pietro Batoni ; un descendant de Pomp\u00e9o ? Dans une des assiettes, une balle en mousse bleue publicitaire (fournisseur de gaz) qui peut servir d\u2019antistress.<\/p>\n\n\n\n<p>17 juillet 2019 \/ Riomaggiore <\/p>\n\n\n\n<p>On ouvre le buffet. Un quatuor \u00e0 cordes sorti des cimaises s\u2019accorde sur un la. A l\u2019int\u00e9rieur, une planche r\u00eache pos\u00e9e sur des cr\u00e9maill\u00e8res s\u00e9pare en \u00e9tag\u00e8res le meuble dans toute sa longueur. Les portes s\u2019ouvrent sur presque rien, un kraft effiloch\u00e9 qui tapisse le bois, un tasseau de pin qui tra\u00eene, une boule froiss\u00e9e jet\u00e9e l\u00e0 au milieu, on la d\u00e9plie, c\u2019est une feuille de journal local aux faits divers et interviews surann\u00e9s, des visages que plus personne ne conna\u00eet, papier jauni et poussi\u00e9reux accul\u00e9 dans un coin du meuble ferm\u00e9. A la troisi\u00e8me porte, un autre papier en boule, papier cadeau gris paraphin\u00e9 au revers, imprim\u00e9 en lettres capitales bleues de multiples GIOIELLERIA L\u2019ANTICO BORGO, plus un ruban de satin cramoisi fonc\u00e9 orn\u00e9 d\u2019une adresse (FILLUNGO, 194 \u2013 LUCCA). Il  reste ensuite, le vide, le noir du souvenir des vaisselles ou des livres, peut-\u00eatre des livres puisque la pi\u00e8ce en est remplie, ouvrages d\u2019art, peinture, sculpture, po\u00e9sie, anthologie, encyclop\u00e9dies, \u0153uvres compl\u00e8tes en \u00e9ditions populaires, dizionario illustrato, recueils \u00e0 compte d\u2019auteur d\u00e9dicac\u00e9s \u00e0 Pietro ou \u00e0 Carolina, journal de vie ou bien un autre souvenir de terres cuites, fa\u00efences, fourchettes poin\u00e7onn\u00e9es aux manches d\u2019ivoires us\u00e9s, aux tiges ray\u00e9es, tr\u00e8s l\u00e9g\u00e8rement d\u00e9sax\u00e9es, dat\u00e9es elles aussi d\u2019un temps qui n\u2019est que la marque tangible d\u2019une histoire de famille peupl\u00e9e de sauci\u00e8res d\u2019argent, aigui\u00e8res de verre, Murano, Limoges, tasses Pillivuyt aux propri\u00e9taires disparus enterr\u00e9s oubli\u00e9s. Mais o\u00f9 sont-ils pass\u00e9s les Vatel, Escoffier, enfants de la balle et du buffet ? De ces artistes qui, loin d\u2019\u00eatre vou\u00e9s aux g\u00e9monies, \u00e9taient saints pa\u00efens ador\u00e9s d\u2019\u00e9rudits\u2026 curieuses passions qui conduisaient en Grand Tour aux chemins de Carrare ou de Florence comme on suivrait un roc de la nature brute \u00e0 l\u2019\u0153uvre magnifique, comme on dirait un geste de la barre de mine jusqu\u2019aux ciseaux de Buonarroti.<\/p>\n\n\n\n<p>18 juillet 2019 \/ Vicopisano<\/p>\n\n\n\n<p>Tout oppose ce buffet \u00e0 celui de jadis v\u00e9cu d\u2019abord au ras de ses pieds ronds quand \u00e0 quatre pattes sur le tapis il fallait se relever gr\u00e2ce \u00e0 lui, apprendre \u00e0 marcher le long des deux portes basses les yeux lanc\u00e9s vers sa couronne de majest\u00e9 noire et menacante l\u00e9g\u00e8rement inclin\u00e9e \u00e0 cause de la hauteur standard du plafond. Venu de cette maison de ville o\u00f9 Louise et Edmond s\u2019\u00e9taient r\u00e9fugi\u00e9s leur vie faite \u00e0 Paris, il avait \u00e9t\u00e9 d\u00e9m\u00e9nag\u00e9 \u00e0 la mort de Louise dans le pavillon d\u2019ici comme un bijou dans une bo\u00eete \u00e0 fromage, un tr\u00f4ne domestique, un arc de triomphe en bois pour jardin de cur\u00e9. Puis on s\u2019\u00e9tait partag\u00e9 Edmond comme on se partageait les meubles du couple dont celui-ci, seigneur des salles \u00e0 manger, avec table \u00e0 rallonges aux vieux titres de noblesses, six chaises tapiss\u00e9es, tapis persan dessous mit\u00e9 dans un coin que l\u2019on avait coll\u00e9 \u00e0 l\u2019envers de son sens de lecture pour au moins cacher cette mis\u00e8re aux nouveaux visiteurs, et dedans les tiroirs, derri\u00e8re les cinq portes cisel\u00e9es, toutes les quincailleries, m\u00e9nag\u00e8res, alb\u00e2tres et biscuits, nappes brod\u00e9es de fil dor\u00e9s que contenait le coffre pirat\u00e9. Sur l\u2019autel du premier corps reposait les photos des disparus orn\u00e9es les jours anniversaires de roses ou de ces fameux \u0153illets bleus de papier chiffonn\u00e9, en novembre ou en mai. Edmond avait combattu sur le Chemin des dames, toute sa vie de Monsieur au Bon March\u00e9 on avait lou\u00e9 son pass\u00e9 de gaz\u00e9 de la grande guerre, bless\u00e9 en sus par balle sc\u00e9l\u00e9rate, on oubliait alors le fondateur de l\u2019usine o\u00f9 tous travaillaient ici. Quant \u00e0 Louise qui cachait la frustration de ses \u00e9tudes d\u2019obst\u00e9trique abandonn\u00e9es trop vite pour un r\u00f4le mauvais de vendeuse en chef dans le bonheur des dames, ses derni\u00e8res ann\u00e9es sans enfant \u00e9taient tout enti\u00e8res tourn\u00e9es vers vos propres premiers moments d\u2019\u00e9cole, de jeux, de lectures et de quatre-heures aux meilleures p\u00e2tisseries de Brun ou de Papasian. Le buffet tel un rempart dans un ch\u00e2teau bourgeois, perdu dans le pavillon au balcon forg\u00e9 de l\u2019industrie, seul le p\u00e8re lui tournait encore le dos \u00e0 Henri II totem de famille, qui laissait entrevoir par la porte \u00e0 vitre biseaut\u00e9e les fl\u00fbtes en boh\u00e8me dans leur \u00e9crin amidonn\u00e9. Sur la colonne de droite et de novembre \u00e0 No\u00ebl (car alors on d\u00e9corait le buffet de guirlandes et de boules de verre), on scotchait ces bleuets des anciens combattants que l\u2019on disait \u0153illets de po\u00e8tes aussi bleus que des yeux de grand-m\u00e8re. Comme Henri II tremblait un peu si l\u2019on courait dans la pi\u00e8ce, personne ne courait, on parlait bas, de profil, on ne voyait que lui d\u00e8s l\u2019entr\u00e9e de la salle \u00e0 manger \u00e0 huit m\u00e8tres de distance, ses deux corps sombres et massifs, l\u2019autorit\u00e9 pesante imposante d\u2019un coffre-fort pi\u00e9g\u00e9. Aussi les bless\u00e9s de guerre restent en instance de mort, plus que tout autre, ils vivent sans importance dans l\u2019attente du retour, avertis, de la fin programm\u00e9e, plus que tout autre dans l\u2019innocence qui ne sait rien de ce que cela fait de la sentir passer, ils savent la fragilit\u00e9 des jours et marchent au loin sans plus d\u2019attachement car ils savent combien la le\u00e7on des t\u00e9moins reste incroyable au yeux des vivants. Edmond ne tenait \u00e0 rien plus qu\u2019une feuille de menthe cueillie du jardin sur une fraise en juin, caf\u00e9 saveur de noisette ou vieux cognac sous la glycine en \u00e9t\u00e9, cravate nou\u00e9e dans une vapeur d\u2019eau de Cologne. C\u2019est \u00e0 peine s\u2019il sentit arriver cette crise que les oiseaux n\u2019avaient pas entendu, non plus que le vent ne s\u2019\u00e9tait affaibli dans les voilages de la salle \u00e0 manger. Il porta sa main gauche \u00e0 son c\u0153ur qui ne battait plus d\u00e9j\u00e0, de l\u2019autre main qui balayait le vide sourd il chercha un secours, une poigne que seul Henri II lui tendit, agrippa la colonne de droite en enfon\u00e7ant ses ongles dans les strates successives de crasses vernies, l\u2019onctuosit\u00e9 des cires noircies, et le monde entier bascula d\u2019un bloc depuis la corniche qui d\u00e9chira le pl\u00e2tre blanc du plafond, au corps sup\u00e9rieur qui s\u2019effondra sur Edmond, sur le couvert de la table du d\u00e9jeuner, buffet gla\u00e7ant de toute beaut\u00e9 dans l\u2019explosion des verres de couleurs, des cristaux linceuls arrach\u00e9s, des tasses \u00e9parpill\u00e9es. A l\u2019instant de la fin, Edmond gisait assomm\u00e9 et mort de son c\u0153ur arr\u00eat\u00e9, \u00e0 plat ventre sur le parquet effondr\u00e9 sous le meuble en entier mais aux vitres bris\u00e9es, on ne voyait que les jambes de flanelle blanche, une goutte de sang tachait le bleuet du souvenir fran\u00e7ais.<\/p>\n\n\n\n<p>10 juillet 2059 \/ La Rochelle<\/p>\n\n\n\n<p>Henri II est mort il y a 500 ans d\u2019un \u00e9clat de bois dans l\u2019\u0153il. Mais son homonyme l\u00e9gu\u00e9 fabriqu\u00e9 en 1902 dans un atelier d\u2019artisans de la rue Saint-Antoine, certes repeint en \u00ab Gris-Taupe \u00bb et pos\u00e9 d\u00e9sormais sur des pieds Koons, occupe seul un mur vitr\u00e9 de cinquante m\u00e8tres carr\u00e9s orient\u00e9 \u00e0 l\u2019Est, face \u00e0 d\u2019autres triple vitrages athermiques connect\u00e9s qui offrent quant \u00e0 eux une superbe fen\u00eatre ferm\u00e9e sur l\u2019Atlantique. De part et d\u2019autre de ces lumi\u00e8res, au Nord, au Sud, de vastes espaces st\u00e9riles accueillent en projections permanentes des pr\u00eats de l\u2019arthoth\u00e8que internationale Tian&rsquo;anmen. Au Sud, bien entendu le <em>La Rochelle<\/em> de Bernard Buffet. Au Nord, entre les portes desservant le reste de l\u2019appartement, les reproductions en r\u00e9sine kaki de trois <em>Petites statues de la vie pr\u00e9caire<\/em>. Du buffet, on a refait la corniche en plastek imprim\u00e9 3D apr\u00e8s les ravages d\u2019un accident survenu en 1976. Il a fi\u00e8re allure la nuit avec ses portes vitr\u00e9es \u00e9clair\u00e9es aux lampyres fluorescents. Dans la vaste pi\u00e8ce parall\u00e9l\u00e9pip\u00e9dique en vent sugg\u00e9r\u00e9 sous le jour naturel, il fait plus chaud qu\u2019en janvier \u00e0 Canberra en plein c\u0153ur de l\u2019\u00e9t\u00e9. La seule raison de sortir reste la plage am\u00e9nag\u00e9e \u00e0 Chef de baie, et encore faut-il y r\u00e9server un couloir t\u00f4t le matin, \u00e0 moins d\u2019\u00eatre abonn\u00e9 \u00e0 l\u2019ann\u00e9e, ou bien la plage aux chiens qui reste libre de toute promenade la nuit gr\u00e2ce \u00e0 la maintenance oblig\u00e9e de l\u2019observation civique. Au moins entendez-vous l\u00e0-bas le ressac des mar\u00e9es, onde si loin ancr\u00e9e en rappel des matins de Rivedoux, des Portes, du Bois, quand votre vie a commenc\u00e9. A cause de la chaleur, vous ne quittez plus cette longue chemise de lin trouv\u00e9e dans un grenier et qui cache encore votre nudit\u00e9 imberbe. 3 drones messagers volettent sans se poser chez vous, pas de livraison pr\u00e9vue, ni m\u00eame de prophylaxie forc\u00e9e, le jour s\u2019annonce banal aussi virtuel que l\u2019habitude. C\u2019est pourtant vers 8 h, heure solaire, que l\u2019air changea de camp. Vous vous r\u00e9veillez sur une Terre plate meubl\u00e9e d\u2019azurs magnifiques mais peupl\u00e9e de vos semblables tous enclins \u00e0 vous voler votre vue dans la faillite de leur famille en fouillis, le go\u00fbt \u00e0 consommer les sens les plus inutiles \u00e0 votre propre envie de ne rien faire, ici et maintenant. Henri II est toujours l\u00e0, bien pr\u00e9sent plant\u00e9 dans de vieux jours, si immobile dans l\u2019espace temps de votre histoire. Comment se d\u00e9barrasser d\u2019un buffet que ne vous a rien fait, \u00e0 vous, mais aussi, comment se d\u00e9barrasser d\u2019un buffet assassin ? Ah ! Si le buffet mourrait. Jet\u00e9 du haut d\u2019un pont et le voir fracass\u00e9 (ce buffet, \u00e0 la longue, vous sort par les yeux), bazard\u00e9 aux compagnons d\u2019Emma\u00fcs (la casse auto du meuble d\u00e9class\u00e9), br\u00fbl\u00e9 vif dans la chemin\u00e9e un jour de p\u00e9nurie. Un coup de couteau bien plac\u00e9 mais il en a tant re\u00e7u sans que cela ne le fasse souffrir en v\u00e9rit\u00e9, certes, une balle dans le buffet ferait son petit effet, ou plong\u00e9 dans l\u2019acide du vinaigre de cidre comme un vulgaire meuble de cuisine, les quatre pieds coul\u00e9s dans un bloc de b\u00e9ton au fond de la M\u00e9diterran\u00e9e, l\u00e2ch\u00e9 comme une antiquit\u00e9 piqu\u00e9e de vrillettes et de vers ou mieux, d\u00e9mont\u00e9 puzzle su\u00e9dois vendu sur e-Bay. Ce meuble est vide de sens, dessus dessous il ne respire que l\u2019absence des plaisirs enfuis, \u00e0 jamais. Votre main traverse les cordes tress\u00e9es dans le droit fil du bois de fa\u00e7ade, poursuivant sur les poign\u00e9es moul\u00e9es dor\u00e9es pendantes et ridicules, inanim\u00e9es, plus aucun souffle dans les feuillages couronnant les monstres et les grotesques, aucune frayeur ne s\u2019\u00e9chappe plus de ces diablotins minuscules, aux bouilles si promptes jadis \u00e0 vous sauter au cou, vous mordre, vous piquer, vous attraper au col. Ce n\u2019est que du bois apr\u00e8s tout, du bois sculpt\u00e9 du bois cisel\u00e9, de l\u2019\u00e9b\u00e9nisterie commune. Sur l\u2019autel tra\u00eenent encore d\u2019ind\u00e9l\u00e9biles ronds de verres de Porto, et de l\u00e9g\u00e8res lignes d\u00e9color\u00e9es qui trahissent la place des cadres d\u2019o\u00f9 regardaient les morts. Le corps sup\u00e9rieur cache mal ses cicatrices, une joue d\u00e9form\u00e9e, de multiples coupures rayant le teint que des ann\u00e9es de lasure n\u2019ont pu arranger. Un d\u00e9tail cependant vous attire, triangle brun sur fond noir, \u00e0 la jonction serr\u00e9es du plan de l\u2019autel et de la base du corps sup\u00e9rieur, juste dans l\u2019ombre extr\u00eame de ce qui formait une niche \u00e0 poussi\u00e8re immune \u00e0 tout encaustique. Et voil\u00e0 que vous tenez plaqu\u00e9 contre la vitre ensoleill\u00e9e de votre s\u00e9jour ce petit rectangle de cellulo\u00efd de 35 millim\u00e8tres o\u00f9 vous distinguez nettement en n\u00e9gatif un mod\u00e8le f\u00e9minin posant en pied devant un meuble simple et long aux portes orn\u00e9es de larges feuilles de ch\u00eane. De sa main droite elle semble d\u00e9signer un tableau sur le mur qu\u2019elle ne regarde pas car elle sourit au photographe. Elle porte \u00e0 l\u2019annulaire gauche une bien jolie bague. Et pour peu que vous trouviez encore un agrandisseur, une lampe inactinique, quelque r\u00e9v\u00e9lateur, un reste de Picto, vous verrez combien l\u00e9g\u00e8re \u00e9tait Louise cet \u00e9t\u00e9-l\u00e0, \u00e0 Vicopisano.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Comment se d\u00e9barrasser d\u2019un buffet que ne vous a rien fait, \u00e0 vous, mais aussi, comment se d\u00e9barrasser d\u2019un buffet assassin ? Ah ! Si le buffet mourrait. <a class=\"more-link\" href=\"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/3-metier\/\">Continuer la lecture<span class=\"screen-reader-text\"># 3 \/ M\u00e9tier<\/span><span class=\"meta-nav\">&rarr;<\/span><\/a><\/p>\n","protected":false},"author":207,"featured_media":0,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"h5ap_radio_sources":[],"footnotes":""},"categories":[1,454],"tags":[],"class_list":["post-6087","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-atelier","category-ete-2019-03-cinq-fois-sur-le-metier"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/6087","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/users\/207"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=6087"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/6087\/revisions"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=6087"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=6087"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=6087"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}