{"id":61034,"date":"2021-12-08T16:50:54","date_gmt":"2021-12-08T15:50:54","guid":{"rendered":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/?p=61034"},"modified":"2021-12-10T08:59:50","modified_gmt":"2021-12-10T07:59:50","slug":"autobiographie-07-portes-frontales","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/autobiographie-07-portes-frontales\/","title":{"rendered":"autobiographies #07 | portes frontales"},"content":{"rendered":"\n<p>De bois blanc, une fen\u00eatre que l\u2019on a d\u00fb pouvoir ouvrir \u00e0 sa conception (elle poss\u00e8de une poign\u00e9e comme un gros b\u00e2ton de r\u00e9glisse torsad\u00e9) occupe toute la moiti\u00e9 sup\u00e9rieure de la porte. A travers la vitre et la ferronnerie ouvrag\u00e9e, les ombres fantomatiques des arbres naissent dans le brouillard.<\/p>\n\n\n\n<p>Le paillasson marron aux poils drus s\u2019\u00e9talait avant la marche et sous la lumi\u00e8re jaune qui chutait de la lanterne. On avait mis un \u00e9pais rideau, marron aussi, \u00e0 l\u2019int\u00e9rieur, pour occulter la semi-transparence et le froid. Il fallait bien relever la poign\u00e9e pour tourner la cl\u00e9 qu\u2019il ne fallait jamais laisser dans la serrure. C\u2019est devant cette porte, sous l\u2019auvent, qu\u2019ils allaient fumer leur cigarette avant le film du soir.<\/p>\n\n\n\n<p>Blanche, vitr\u00e9e aussi, \u00e0 petits carreaux flout\u00e9s comme vaguelettes, elle n\u2019\u00e9tait jamais ferm\u00e9e. Ou seulement quand les discussions se faisaient adultes, ou quand la dispute montait ses barricades. Assise sur la deuxi\u00e8me marche de l\u2019escalier, on pouvait attendre, percevoir des bribes de phrases ou suivre l\u2019ombre des silhouettes.<\/p>\n\n\n\n<p>A l\u2019autre bout du couloir, la porte jumelle, vers le salon, les canap\u00e9s moelleux, le sapin de No\u00ebl, les tapis molletonn\u00e9s, la grande table de la salle \u00e0 manger, la porte-fen\u00eatre entrouverte sur le petit jardin.<\/p>\n\n\n\n<p>Entrouverte sur le petit jardin, \u00e0 partir de la fin d\u2019apr\u00e8s-midi seulement en \u00e9t\u00e9, pas avant. Les rideaux relev\u00e9s par les cordons, comme paupi\u00e8res \u00e0 demi-closes. Les voix qui s\u2019invitent dans l\u2019air du soir, dans l\u2019obscurit\u00e9, autour du mobilier en plastique.<\/p>\n\n\n\n<p>Un dessin de Gaston plus grand que nature couvre quasiment toute la surface de la porte blanche. Dans les bulles \u00ab&nbsp;Que fais-je&nbsp;? O\u00f9 vais-je&nbsp;? Dans quel \u00e9tat j\u2019erre&nbsp;?&nbsp;\u00bb. Porte interdite. Toujours close.<\/p>\n\n\n\n<p>D\u2019un simple glissement de loquet, passer de chez soi au quartier, suivre les copains qui passent en courant, aller chez la voisine d\u2019en face, aller taper la balle contre la b\u00e2tisse du transfo, s\u2019accroupir pour faire pipi derri\u00e8re les lauriers roses\u2026 Le portillon de bois n\u2019existe plus. Le mur cl\u00f4ture fermement tout le fond du jardin d\u00e9sormais. Je ne sais pas pourquoi ce passage a \u00e9t\u00e9 condamn\u00e9. Peut-\u00eatre parce qu\u2019il pouvait \u00eatre emprunt\u00e9 dans les deux sens.<\/p>\n\n\n\n<p>La porte m\u00e9tallique du transfo (la balle de tennis faisait un bruit d\u2019enfer quand elle rebondissait dessus. On ne pouvait le faire que quelques coups entre deux frappes sur le mur, pour ne pas se faire d\u00e9gager par les voisins). Herm\u00e9tique. Danger d\u2019\u00e9lectrocution. Sur le panneau, blanc sur fond noir l\u2019homme \u00e9tait renvers\u00e9 en arri\u00e8re par un \u00e9clair. Pas de d\u00e9tails, pas de visage, de v\u00eatements, dessin stylis\u00e9 tout en angles. Les deux genoux pli\u00e9s, un pied au sol, l\u2019autre en suspension, les bras  mi-chemin de l&rsquo;extension. On comprenait le choc et la stup\u00e9faction \u00e0 la posture (avait-il la bouche ouverte\u00a0? Les cheveux h\u00e9riss\u00e9s\u00a0?) Foudroy\u00e9.<\/p>\n\n\n\n<p>Ferm\u00e9e, cadenass\u00e9e, pourquoi ont-ils m\u00eame mis une porte l\u00e0\u00a0? Qui peut bien en avoir la cl\u00e9\u00a0? Erig\u00e9e en lieu et place de la cha\u00eene \u00e0 gros maillons qu\u2019on prenait pour amarre de bateau, et qu\u2019on passait d\u2019une enjamb\u00e9e ou \u00e0 quatre pattes pour aller courir sur le double stade et vers les jardins ouvriers.<\/p>\n\n\n\n<p>En bois rugueux, pleine, \u00e9troite, la mine un peu vieille, la porte entre le jardin et le garage. Circulation circulaire avec la porte-fen\u00eatre, la porte d\u2019entr\u00e9e, tout le tour dedans-dehors. Est-ce de l\u00e0 que je tiens mon aversion pour les demi-tours&nbsp;?<\/p>\n\n\n\n<p>La porte en quoi\u00a0? Sorte de bois merisier factice\u00a0? Esp\u00e8ce d\u2019agglom\u00e9r\u00e9\u00a0? de formica\u00a0? Epaisse, \u00e0 la surface comme vein\u00e9e mais artificiellement, luisante, vernie\u00a0? Le petit \u0153illeton avec pastille en m\u00e9tal coulissante. Toutes les portes identiques, le sol identique dedans-dehors, pierre calcaire mouchet\u00e9e. Pas d\u2019ascenseur. Troisi\u00e8me \u00e9tage, porte de droite. On peut v\u00e9rifier avec le nom sur la sonnette.<\/p>\n\n\n\n<p>Tout en haut de l\u2019escalier (presque d\u00e9rob\u00e9) de pierre aux marches in\u00e9gales, \u00e0 gauche porte blanche, simple. A droite, \u00e9troite porte vitr\u00e9e, poign\u00e9e m\u00e9tallique comme couteau \u00e0 bout rond, petite marche et le toit de tuiles en pente douce vers la fl\u00e8che de Sainte-Anne, quatre \u00e9tages au-dessus de la rue des S\u0153urs Noires.<\/p>\n\n\n\n<p>Double porte massive, v\u00e9ritable bois, motifs en relief, immeuble bourgeois, \u00ab\u00a0Sonnez et entrez\u00a0\u00bb \u00e0 c\u00f4t\u00e9 d\u2019un petit bouton de laiton poli cercl\u00e9 de son ar\u00e9ole. Sur la plaque\u00a0:\u00a0Dr Michel Barth\u00e9l\u00e9mi, psychiatre dipl\u00f4m\u00e9 de la facult\u00e9 de m\u00e9decine de Montpellier.<\/p>\n\n\n\n<p>Porte blanche en PVC sans doute, grande vitre centrale. Close. Visages hagards \u00e0 travers.<\/p>\n\n\n\n<p>Passer les bo\u00eetes aux lettres, sonner de nouveau, attendre le d\u00e9clic de la clenche, pousser la partie vitr\u00e9e centrale, encadr\u00e9e de m\u00e9tal vert jardin, comme on entre dans une serre botanique, entamer l\u2019ascension de l\u2019escalier de pierre, accroch\u00e9 \u00e0 la fine rampe en fer forg\u00e9.<\/p>\n\n\n\n<p>Porte simple, opaque, je ne m\u2019en souviens pas vraiment. Elle donne sur la rue d\u2019un c\u00f4t\u00e9, sur une sorte de cours de l\u2019autre, o\u00f9 plusieurs portes en rez-de-jardin dont une vitr\u00e9e \u00e0 carreaux. De l\u00e0 viennent les notes de piano.<\/p>\n\n\n\n<figure class=\"wp-block-image size-large\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"576\" height=\"1024\" src=\"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2021\/12\/DSC_0102-1-576x1024.jpg\" alt=\"\" class=\"wp-image-61038\" srcset=\"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2021\/12\/DSC_0102-1-576x1024.jpg 576w, https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2021\/12\/DSC_0102-1-236x420.jpg 236w, https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2021\/12\/DSC_0102-1-768x1365.jpg 768w, https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2021\/12\/DSC_0102-1-864x1536.jpg 864w, https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2021\/12\/DSC_0102-1-1152x2048.jpg 1152w, https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2021\/12\/DSC_0102-1-scaled.jpg 1440w\" sizes=\"auto, (max-width: 576px) 100vw, 576px\" \/><\/figure>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>De bois blanc, une fen\u00eatre que l\u2019on a d\u00fb pouvoir ouvrir \u00e0 sa conception (elle poss\u00e8de une poign\u00e9e comme un gros b\u00e2ton de r\u00e9glisse torsad\u00e9) occupe toute la moiti\u00e9 sup\u00e9rieure de la porte. 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