{"id":61122,"date":"2021-12-09T12:08:57","date_gmt":"2021-12-09T11:08:57","guid":{"rendered":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/?p=61122"},"modified":"2021-12-09T17:05:46","modified_gmt":"2021-12-09T16:05:46","slug":"autobiographies-12-la-cabine-telephonique","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/autobiographies-12-la-cabine-telephonique\/","title":{"rendered":"autobiographies #12 | la cabine t\u00e9l\u00e9phonique"},"content":{"rendered":"\n<figure class=\"wp-block-image size-full\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"670\" height=\"618\" src=\"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2021\/12\/cabine.jpeg\" alt=\"\" class=\"wp-image-61123\" srcset=\"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2021\/12\/cabine.jpeg 670w, https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2021\/12\/cabine-420x387.jpeg 420w\" sizes=\"auto, (max-width: 670px) 100vw, 670px\" \/><\/figure>\n\n\n\n<p>Rayures profondes trac\u00e9es avec une cl\u00e9. Ou un compas. Beaucoup gardent leur sens secret. Signes d\u2019impatience ou d\u2019\u00e9nervement. Une occupation dans l\u2019attente. Souvent un seul trait sur le m\u00e9tal. Quelques unes sur le verre. Une z\u00e9brure de ponctuation.<\/p>\n\n\n\n<p>Sur la barre horizontale en aluminium, une jolie rosace. Trac\u00e9e au compas, aucun doute, le trait est trop r\u00e9gulier. La conversation a d\u00fb \u00eatre longue et suffisamment calme pour s\u2019adonner \u00e0 un tel travail de pr\u00e9cision. Ou peut-\u00eatre, s\u2019agissait-il d\u2019une attente. Il va m\u2019appeler, je suis arriv\u00e9 un peu en avance. Elle a d\u00fb oublier de regarder l\u2019heure, elle va s\u2019en rendre compte.<\/p>\n\n\n\n<p>Quelques num\u00e9ros inscrits maladroitement. \u00c9criture f\u00e9brile. Six chiffres. Au d\u00e9but des ann\u00e9es 80, les num\u00e9ros de t\u00e9l\u00e9phone avaient six chiffres, pour peu qu\u2019on appelait dans la r\u00e9gion. Les z\u00e9ros sont les plus bancals. Anguleux, coup\u00e9s en deux, d\u00e9form\u00e9s. 20 20 16. C\u2019\u00e9tait le num\u00e9ro de t\u00e9l\u00e9phone de mes parents. Avec un 0 \u00e0 la place du 6 final, c\u2019\u00e9tait l\u2019h\u00f4pital. On en a ri plus souvent que pleur\u00e9. Mais \u00e0 cette \u00e9poque, je ne t\u00e9l\u00e9phonais pas tr\u00e8s souvent \u00e0 mes parents. Avec cette \u00e9criture, le six et le z\u00e9ro se confondent facilement.<\/p>\n\n\n\n<p>Inscriptions. Au feutre et au crayon. J\u2019imagine que celles qui restaient \u00e9taient trac\u00e9es avec un feutre ind\u00e9l\u00e9bile. Est-ce que \u00e7a existait \u00e0 l\u2019\u00e9poque ? Dans mes souvenirs d\u2019enfant, tous les feutres \u00e9taient ind\u00e9l\u00e9biles vu le temps que je passais \u00e0 me nettoyer les doigts apr\u00e8s une s\u00e9ance de dessin spontan\u00e9e. Des adresses. 26 rue des lilas en haut \u00e0 droite, sur le montant vertical. Rue de la calanque sur le coin de la tablette en inox. D\u2019autres indications aussi. Mardi 8h. 15\/11. Des bribes de rendez-vous. Des fragments de vie.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>Autres inscriptions. Marie je t\u2019aime. En rouge, sur le battant ext\u00e9rieur de la porte. Des coeurs. L\u2019\u00e9motic\u00f4ne pr\u00e9f\u00e9r\u00e9 des ados. M\u00eame si, \u00e0 l\u2019\u00e9poque, on ne savait pas ce qu\u2019\u00e9tait un \u00e9motic\u00f4ne. Ni un t\u00e9l\u00e9phone portable, raison pour laquelle on trainait dans les cabines t\u00e9l\u00e9phoniques. Moi aussi. Inscrit plusieurs fois, \u00e9critures diff\u00e9rentes. Marie a de la chance. Autre po\u00e9sie, autres mots. PD, encul\u00e9. Plus de PD que d\u2019encul\u00e9. Normal, trois fois plus de lettres \u00e0 \u00e9crire. Rage d\u2019expression minimaliste. Ou grossi\u00e8ret\u00e9s, plus simplement. La grossi\u00e8ret\u00e9 affich\u00e9e \u00e0 la vue de tous est-elle gratuite ? J\u2019en sais rien.<\/p>\n\n\n\n<p>Autres inscriptions. Deux longues phrases. La premi\u00e8re, d\u2019une jolie \u00e9criture toute en rondeur. Une main f\u00e9minine j\u2019imagine. Au milieu de la tablette en inox, bien en \u00e9vidence, encre violette, un feutre. L\u2019homme joue le r\u00f4le d\u2019un condamn\u00e9 \u00e0 mort qui ignore tout de la date de son ex\u00e9cution mais qui sait que chaque seconde qui s\u2019ach\u00e8ve le rapproche inexorablement d\u2019une autre seconde qui ne finira jamais pour lui de s\u2019achever. Litt\u00e9rature post-pub\u00e8re, philosophie de baby-foot, sentence adolescente. Quinze ans apr\u00e8s mai 68, certains slogans des \u00e9tudiants sont encore trac\u00e9s au henn\u00e9 et parfum\u00e9s au patchouli. Je souris, je nostalgise. Une autre phrase \u00e9crite sur le c\u00f4t\u00e9. Encre noire, \u00e9criture moins esth\u00e9tique, toujours sur la tablette en inox. Pisser au soleil et p\u00e9ter dans le vent sont de libert\u00e9 et d\u2019anarchie les v\u00e9rit\u00e9s premi\u00e8res. Plus dr\u00f4le, plus libertaire. Maxime lyc\u00e9enne versus axiome d\u2019\u00e9tudiant. Quelques ann\u00e9es d\u2019\u00e9cart s\u00fbrement. Que sont devenus les auteurs ? Directrice d\u2019\u00e9cole, g\u00e9rant de supermarch\u00e9, m\u00e8re de famille, marin au long cours ? Que sont devenus les lecteurs usagers de cette cabine ? Que suis-je devenu ?<\/p>\n\n\n\n<p>Appareil t\u00e9l\u00e9phonique. Il tr\u00f4ne au dessus de la tablette. Un gros pav\u00e9 gris accroch\u00e9 \u00e0 un support d\u00e9di\u00e9 entre deux parois de la cabine. La partie sup\u00e9rieure de combin\u00e9 noir, l\u2019\u00e9couteur, repose dans un trou. De sa base inf\u00e9rieure, une gaine torsad\u00e9e semblable \u00e0 un tuyau de douche relie le combin\u00e9 au gros pav\u00e9 gris. En bas \u00e0 gauche, le cadran pour composer les num\u00e9ros. Dans mon souvenir, ce sont des touches mais je me rappelle aussi du disque qui tournait quand on faisait un num\u00e9ro. En haut du pav\u00e9, quatre fentes sous lesquelles sont indiqu\u00e9s en noir de droite \u00e0 gauche et sur fond de pastilles orange 5 f, 1 f, 50 cts et 20 cts. En dessous, un petit panneau o\u00f9, sur fond d\u2019un gris plus clair et inscrites en noir, apparaissent les indications pour utiliser l\u2019appareil ainsi que le num\u00e9ro d\u2019appel de la cabine. En dessous encore, dans l\u2019alignement des fentes du haut, autant de colonnes permettant de visualiser les pi\u00e8ces tomb\u00e9es. Enfin, en bas \u00e0 droite, un emplacement pour r\u00e9cup\u00e9rer les pi\u00e8ces de monnaie non utilis\u00e9es ou rejet\u00e9es par la machine. Beaucoup de rayures. La peinture grise est \u00e9caill\u00e9e par endroits. Quelques inscriptions similaires \u00e0 celles pr\u00e9sentes ailleurs dans la cabine. Des traces de scotch aussi.<\/p>\n\n\n\n<p>Vestiges de ruban adh\u00e9sif. Il y en a un peu partout dans la cabine. Affichettes pour des f\u00eates \u00e9tudiantes, des bals de promo (on dit encore \u00e7a aujourd\u2019hui ?) dont il ne reste que ce petit morceau de ruban de plastique encoll\u00e9. Des petites annonces aussi. Vends 4L 1971, voir Jean-Louis 368 C. C\u2019est le num\u00e9ro de chambre et le b\u00e2timent. Je fais le trajet sur Avignon tous les weekends, \u00e7a vous int\u00e9resse ? Sylvie 112 B. Ou encore des propositions de petits boulots. Cherche garde d\u2019enfants. Donne cours de math\u00e9matiques. Perfectionnez-vous en anglais.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-left has-black-color has-medium-gray-background-color has-text-color has-background\"><strong>Un m\u00e8tre carr\u00e9, gu\u00e8re plus. Une porte \u00e0 deux battants qui se replient l\u2019un sur l\u2019autre mais qui, invariablement, finit de s\u2019ouvrir \u00e0 coups d\u2019\u00e9paule ou de pieds. Une structure en aluminium gris, couleur d\u2019origine, et en vitres de verre. Cass\u00e9es ou sales ou tagu\u00e9es. Ou absentes. La cabine t\u00e9l\u00e9phonique de mes ann\u00e9es universitaires, premi\u00e8re d\u2019une rang\u00e9e de six \u00e0 l\u2019entr\u00e9e du campus, renfermait les vestiges d\u2019instants de vie, quelques secondes, minutes tout au plus, d\u2019une frange de la jeunesse \u00e9tudiante au d\u00e9but des ann\u00e9es 80.<\/strong><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Rayures profondes trac\u00e9es avec une cl\u00e9. Ou un compas. Beaucoup gardent leur sens secret. Signes d\u2019impatience ou d\u2019\u00e9nervement. Une occupation dans l\u2019attente. Souvent un seul trait sur le m\u00e9tal. Quelques unes sur le verre. Une z\u00e9brure de ponctuation. Sur la barre horizontale en aluminium, une jolie rosace. Trac\u00e9e au compas, aucun doute, le trait est trop r\u00e9gulier. 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