{"id":61228,"date":"2021-12-11T18:30:14","date_gmt":"2021-12-11T17:30:14","guid":{"rendered":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/?p=61228"},"modified":"2021-12-11T19:08:19","modified_gmt":"2021-12-11T18:08:19","slug":"autobiographies12-la-maison-du-fond","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/autobiographies12-la-maison-du-fond\/","title":{"rendered":"autobiographies #12 | la maison du fond"},"content":{"rendered":"\n<p>C\u00f4t\u00e9 Nord de la cour-jardin, <em>la maison du fond<\/em> s\u2019\u00e9l\u00e8ve en face de l\u2019immeuble principal, fa\u00e7ade jaune fan\u00e9, volets verts, cigale en c\u00e9ramique pr\u00e8s de la porte-fen\u00eatre. Une sp\u00e9cialit\u00e9 marseillaise, cette pi\u00e8ce unique, souvent salle de jeux pour les enfants, ici devenue un d\u00e9barras bord\u00e9lique, un <em>cafouche.<\/em> \u00c0 vider.<\/p>\n\n\n\n<p>Le long du mur aveugle, face \u00e0 la porte, un buffet Henri quelque chose, sculptures empoussi\u00e9r\u00e9es, horribles cornes d\u2019abondance d\u00e9versant des fruits. Oubli\u00e9s sur le plateau de marbre, une statue de Diane chasseresse bandant son arc, en bronze vert, un buste de femme pudiquement voil\u00e9, sur un socle noir une \u00e9l\u00e9phante aux d\u00e9fenses ac\u00e9r\u00e9es et son \u00e9l\u00e9phanteau. Dans le placard du haut, une s\u00e9rie de chapeaux de paille, fatigu\u00e9s, rubans d\u00e9color\u00e9s et comme neuf un chapeau conique en bambou, le <em>non<\/em> des vietnamiens, pr\u00e8s d\u2019un bob en toile verd\u00e2tre. En bas du buffet, des piles d\u2019assiettes d\u00e9pareill\u00e9es, souvent \u00e9br\u00e9ch\u00e9es et une bassine en t\u00f4le \u00e9maill\u00e9e cercl\u00e9e de bleu vif, en son centre trois roses \u00e9carlates. Des plats creux en terre cuite. Un petit miroir terni.<\/p>\n\n\n\n<p>Le long du mur toujours, des chaises en vrac, \u00e0 rempailler, \u00e0 bricoler, \u00e0 r\u00e9nover, une vieille machine \u00e0 coudre Singer, trois raquettes de tennis, un sac de jute rempli de boules de p\u00e9tanques, une cage d\u2019oiseau.<\/p>\n\n\n\n<p>Accroch\u00e9s au mur, un r\u00e2telier de bois et velours grenat, exposant un sabre dans son fourreau de m\u00e9tal, un fleuret, une \u00e9p\u00e9e et sa dragonne, une ba\u00efonnette, un casque, une rapi\u00e8re, un casse-t\u00eate&#8230; et une lithographie : le Sacr\u00e9 C\u0153ur de J\u00e9sus ador\u00e9 par deux anges, planant au dessus d\u2019eux le Saint-Esprit en colombe, du feu, des flammes, du sang, de l\u2019or.<\/p>\n\n\n\n<p>Pr\u00e8s de la fen\u00eatre, une commode Ikea en bois blanc, un de ses pieds remplac\u00e9 par un parpaing. Une feuille du Proven\u00e7al ouverte \u00e0 la page sportive accueille des plantes, romarin, thym, origan, m\u00e9lisse, cueillies, mises \u00e0 s\u00e9cher, oubli\u00e9es, \u00e0 jeter. Dans le tiroir du bas, un album photos, des journaux pour les enfants et au milieu, comme \u00e9gar\u00e9s, <em>Le vrai visage du Padre Pio<\/em> \u00e9dit\u00e9 en 1955 par Le Livre de Poche chr\u00e9tien<em>, La tragique existence de Victor Hugo <\/em>de L\u00e9on Daudet, un missel, et li\u00e9es par un ruban bleu des images pieuses de premi\u00e8re communion. Dans le tiroir du haut, des boites. Dans la premi\u00e8re, soigneusement rang\u00e9es chronologiquement, des cartes postales \u00e9chang\u00e9es entre Zulma et Fernand durant la guerre de 14\/18. Dans une autre, des boutons de toutes sortes, grands, petits, en corne, en bois, en m\u00e9tal, en nacre, en forme de fleurs, de c\u0153urs, de cerises, de coccinelles. Dans la derni\u00e8re, rubans, dentelles, \u00e9lastiques, galons, des canettes de fils color\u00e9s, deux d\u00e9s \u00e0 coudre en argent massif.<\/p>\n\n\n\n<p>Sur la grande table, des cartons ferm\u00e9s, scotch\u00e9s, \u00e9tiquet\u00e9s. Pour le Secours Pop, des v\u00eatements, des peluches et la girafe Sophie. Pour la Miraille, un service de table, des verres, des nappes. Pour l\u2019\u00c9picerie litt\u00e9raire, des romans, des BD. Pour Emma\u00fcs, des bibelots, des vases, du linge, des piles de torchons. Dans une grande corbeille, pour la Ressourcerie, des appareils \u00e0 recycler, un grille-pain, un t\u00e9l\u00e9phone portable, une tablette, un s\u00e8che-cheveux, un r\u00e9veil, deux montres, un robot de cuisine.<\/p>\n\n\n\n<p>Vider. Trier. Jeter. Donner. Vider.<\/p>\n\n\n\n<p>Garder la petite commode Ikea. R\u00e9parer son pied. Ouvrir ses tiroirs aux tr\u00e9sors. Vite, jeter \u00e0 la poubelle <em>Le Padre Pio<\/em>, son odeur de saintet\u00e9 me d\u00e9range. Mettre de c\u00f4t\u00e9 le livre de L\u00e9on Daudet, \u00e0 lire par curiosit\u00e9, mais \u00e9tiquet\u00e9 monarchiste, catho et action fran\u00e7aise, c\u2019est lourd, non ?&#8230; Install\u00e9e devant elle, la petite commode sans pr\u00e9tention, ouvrir ses tiroirs. D\u00e9voiler ses merveilles. Feuilleter l\u2019album photo, les journaux d\u2019enfants, retrouver un <em>B\u00e9cassine<\/em> avec joie. Lire les lettres des mes grands-parents paternels, les d\u00e9couvrir jeunes et amoureux. Subissant la guerre. M\u2019amuser avec les images pieuses. Vive la bondieuserie. Plonger mes mains dans les boutons, les rubans, les dentelles. Jouer, comme autrefois dans le magasin paternel, \u00e0 la merci\u00e8re. R\u00eaver. Jouir de l\u2019instant pr\u00e9sent.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>C\u00f4t\u00e9 Nord de la cour-jardin, la maison du fond s\u2019\u00e9l\u00e8ve en face de l\u2019immeuble principal, fa\u00e7ade jaune fan\u00e9, volets verts, cigale en c\u00e9ramique pr\u00e8s de la porte-fen\u00eatre. Une sp\u00e9cialit\u00e9 marseillaise, cette pi\u00e8ce unique, souvent salle de jeux pour les enfants, ici devenue un d\u00e9barras bord\u00e9lique, un cafouche. \u00c0 vider. 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