{"id":61319,"date":"2021-12-13T10:55:06","date_gmt":"2021-12-13T09:55:06","guid":{"rendered":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/?p=61319"},"modified":"2023-05-21T20:27:43","modified_gmt":"2023-05-21T18:27:43","slug":"autobiographies-12-dans-un-bureau","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/autobiographies-12-dans-un-bureau\/","title":{"rendered":"autobiographies #12 | dans un bureau"},"content":{"rendered":"\n<p>S&rsquo;imposent \u00e0 la vue, en entrant, sur le mur de gauche les trois fusils \u00e0 pierre, leur long et fin canon qui semblent si fragiles et dangereux, leurs d\u00e9cors discrets de m\u00e9tal, et pour l&rsquo;un les cordeli\u00e8res vertes de laine tress\u00e9e qui pendent de la crosse, deux poignards dans leur \u00e9tui de cuir d\u00e9cor\u00e9 d&rsquo;appliques, ton sur ton pour l&rsquo;un, de cuir rouge et noir pour l&rsquo;autre, un long pistolet qui \u00e9voque les duels d&rsquo;hommes v\u00eatus de noir de nos temps romantiques, et, en bas de la composition, juste au dessus du milieu de la biblioth\u00e8que, le petit fanion triangulaire, souvenir d&rsquo;une jeep de commandement. La longue biblioth\u00e8que basse en merisier, s&rsquo;ouvre \u00e0 quatre portes vitr\u00e9es entre des petites colonnes. Sur le dessus est pos\u00e9e un coffret de bois sombre sculpt\u00e9 contenant un fouillis de petites notes, de cartes de visite, d&rsquo;invitations, \u00e0 c\u00f4t\u00e9 d&rsquo;une pile de quelques anciens num\u00e9ros du Bulletin de l&rsquo;Ecole fran\u00e7aise d&rsquo;Extr\u00eame-Orient. Portes ouvertes, sur un peu moins de la moiti\u00e9 du rayonnage du haut s&rsquo;alignent les \u0153uvres de Sade, avant une collection de num\u00e9ros de la Nouvelle Revue de Paris des ann\u00e9es 50\/60 au dessus du long alignement de plusieurs ann\u00e9es de la Revue des Deux Mondes. Face \u00e0 la fen\u00eatre, dont la vue sur une cour sombre est \u00e0 moiti\u00e9 masqu\u00e9e par un store en bambou remont\u00e9, in\u00e9vitablement, en l\u00e9ger biais, une table bureau, assez petite, Restauration, ou vraisemblablement copie datant du d\u00e9but du 20\u00e8me si\u00e8cle r\u00e9alis\u00e9e par un bon artisan de la rue du Faubourg Saint Honor\u00e9, en acajou \u2013 pieds carr\u00e9s dans des sabots carr\u00e9s de cuivre terni, deux tiroirs, plateau recouvert de cuir vert sombre bord\u00e9 d&rsquo;une \u00e9troite guirlande d&rsquo;or us\u00e9e, entour\u00e9 d&rsquo;une large marge de bois. Sur le plateau, \u00e0 droite, est pos\u00e9 un bol grenu de m\u00e9tal rouge sombre, un peu d\u00e9chiquet\u00e9, artisanat de tranch\u00e9e sans doute, sans que l&rsquo;on devine \u00e0 partir de quel d\u00e9bris il a \u00e9t\u00e9 confectionn\u00e9, contenant des bouts de crayons us\u00e9s, des trombones, des agrafes, un capuchon de bic, devant une boite m\u00e9tallique contenant un stylo et un stylo-bille au corps en laque ; au centre, rang\u00e9s parall\u00e8lement au bord de la table le plus proche de la fen\u00eatre, une r\u00e8gle de bois noir et un double d\u00e9cim\u00e8tre de bois clair ; \u00e0 gauche, le long du bord, ce qui reste d&rsquo;une garniture de bureau, un tapon buvard pr\u00e8s du bord devant un range-courrier de bois, et \u00e0 c\u00f4t\u00e9 d&rsquo;un cylindre de cuivre contenant des crayons, des feutres, des stylos-bille. Le tiroir de droite contient plusieurs blocs de papier \u00e0 lettre de formats et qualit\u00e9s diff\u00e9rents, des enveloppes, deux boites de cartes de visite, avec ou sans adresse, des enveloppes, un grand carnet d&rsquo;adresses recouvert de cotonnade \u00e9tonnamment f\u00e9minine. Celui de gauche rec\u00e8le des chemises dans lesquelles sont class\u00e9es des notes manuscrites ou des factures r\u00e9centes portant une croix indiquant sans doute qu&rsquo;elles sont acquitt\u00e9es, et tout au dessous un contrat d&rsquo;assurance, un bail, les doubles de d\u00e9clarations d&rsquo;imp\u00f4t de dix ans. Deux hauts rayonnages de bois blanc patin\u00e9 par le temps, en angle, \u00e0 droite de la fen\u00eatre. Sur le premier, en haut, juste sous l&rsquo;\u00e9bauche de doucine contre le plafond, une boite en cartonnage vert r\u00e9unit les petits coffrets contenant des d\u00e9corations dont certaines portent des noms exotiques qui font r\u00eaver un instant \u2013 sur le m\u00eame rayon, un album de photos d&rsquo;hommes en uniforme pass\u00e9s en revue, de r\u00e9ceptions et quelques photos de bless\u00e9s couch\u00e9s sur lesquels une femme se penche, l\u00e9gend\u00e9es d&rsquo;une encre p\u00e2lie par une main sans doute f\u00e9minine \u2013 les deux \u00e9tages suivants alignent, si bien serr\u00e9es qu&rsquo;il est quasiment impossible, ou au moins tr\u00e8s malais\u00e9, d&rsquo;en extraire une, des chemises \u00e0 sangle regroupant en un ordre incompr\u00e9hensible quelques coupures de journaux, des courriers, donnant l&rsquo;impression d&rsquo;\u00eatre vou\u00e9s t\u00f4t ou tard \u00e0 \u00eatre jet\u00e9s. Sur les deux \u00e9tages les plus proches du sol sont pos\u00e9s des cahiers \u00e0 couvertures de couleurs diverses, simples cahiers d&rsquo;\u00e9coliers, Clairfontaine ou autre \u2013 une vingtaine ; les feuilletant, d\u00e9couvrir de longs paragraphes (g\u00e9n\u00e9ralement de dix pages environ) d&rsquo;une \u00e9criture sage, mesur\u00e9e, avec quelques tr\u00e8s rares ratures (il y a sans doute eu des brouillons pr\u00e9alables, d\u00e9truits au fur et \u00e0 mesure) en lisant une ou deux lignes de temps en temps on parcourt une partie de l&rsquo;histoire du pays, vu par des yeux de plus en plus englobants, avec sous-jacentes, les traces d&rsquo;une vie priv\u00e9e tr\u00e8s discr\u00e8te effleur\u00e9s sur un ton d\u00e9tach\u00e9 que la neutralit\u00e9 du reste du discours fait ressortir&#8230; \u0153uvre de m\u00e9morialiste qui ne se voulait pas publique. Trois cahiers sont pos\u00e9s sur l&rsquo;\u00e9tage le plus haut du rayonnage en retour, occupant seuls pour le moment sur une partie laiss\u00e9e en attente (les deux premiers \u00e9tages) au dessus de livres broch\u00e9s, Gide, Maurois, Raymond Abellio&nbsp;: \u00ab&nbsp;les yeux d&rsquo;Ezechiel sont ouverts&nbsp;\u00bb, Romain Rolland, Queff\u00e9lec, etc&#8230; des traductions aussi, dos Passos, Naipaul etc.. Sur la chemin\u00e9e \u00e9troite de pierre blanche (comblanchien ? peut-\u00eatre), qui fait suite au rayonnage, surmont\u00e9e d&rsquo;un haut miroir un peu plus \u00e9troit encore et sans cadre, en partant de la gauche : un grand vase chinois blanc et bleu mont\u00e9 en lampe avec un abat-jour de tissu tendu blanc cass\u00e9, un vase de cristal vide, une petite pendule en malachite et \u00ab&nbsp;La l\u00e9zarde&nbsp;\u00bb de Glissant. Entre la jambe droite de la chemin\u00e9e et le lit qui fait office de divan, un petit tabouret pliant portant une lampe de chevet \u00e0 abat-jour pliss\u00e9 vert pale indique une utilisation r\u00e9cente de la pi\u00e8ce comme chambre \u00e0 donner. Le lit est recouvert d&rsquo;une enveloppe de reps vert, identique \u00e0 celui qui habille le sommier ; \u00e0 sa t\u00eate, contre le mur de droite en entrant un petit polochon gain\u00e9 du m\u00eame reps et, diminuant la largeur de la partie couchette, une s\u00e9rie de coussins en reps, en soie, en cuir, fantaisie qui reste cantonn\u00e9e \u00e0 une gamme de tons sourds. Les fils \u00e9lectriques au centre de la pi\u00e8ce destin\u00e9s \u00e0 un lustre, d\u00e9pourvus de douille, sont rabattus contre le plafond et maintenus par un bandeau collant brun, en une installation provisoire devenue sans doute d\u00e9finitive.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>S&rsquo;imposent \u00e0 la vue, en entrant, sur le mur de gauche les trois fusils \u00e0 pierre, leur long et fin canon qui semblent si fragiles et dangereux, leurs d\u00e9cors discrets de m\u00e9tal, et pour l&rsquo;un les cordeli\u00e8res vertes de laine tress\u00e9e qui pendent de la crosse, deux poignards dans leur \u00e9tui de cuir d\u00e9cor\u00e9 d&rsquo;appliques, ton sur ton pour l&rsquo;un, <a class=\"more-link\" href=\"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/autobiographies-12-dans-un-bureau\/\">Continuer la lecture<span class=\"screen-reader-text\">autobiographies #12 | dans un bureau<\/span><span class=\"meta-nav\">&rarr;<\/span><\/a><\/p>\n","protected":false},"author":95,"featured_media":61320,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"h5ap_radio_sources":[],"footnotes":""},"categories":[2820,3011],"tags":[],"class_list":["post-61319","post","type-post","status-publish","format-standard","has-post-thumbnail","hentry","category-cycle_autobiographies","category-autobiographies-12"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/61319","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/users\/95"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=61319"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/61319\/revisions"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/media\/61320"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=61319"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=61319"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=61319"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}