{"id":61346,"date":"2021-12-13T21:19:13","date_gmt":"2021-12-13T20:19:13","guid":{"rendered":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/?p=61346"},"modified":"2021-12-13T21:25:31","modified_gmt":"2021-12-13T20:25:31","slug":"autobiographie6-un-long-voyage-de-nuit","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/autobiographie6-un-long-voyage-de-nuit\/","title":{"rendered":"Autobiographie#6  Un long voyage de nuit"},"content":{"rendered":"\n<p>Serr\u00e9e dans le bus bond\u00e9, place assise pr\u00e8s de la fen\u00eatre, aux pieds mes sacs pouss\u00e9s en partie sous le si\u00e8ge devant moi, mont\u00e9e difficile, dans la file d\u2019attente, \u00e7a poussait, \u00e7a pressait, \u00e7a secouait, hautes marches \u00e0 grimper difficilement avec mon paquetage, on aurait dit une mule charg\u00e9e, sac \u00e0 main, sac \u00e0 dos, sac \u00e0 provisions, sac \u00e0 livres, en haut r\u00e9ception par deux conducteurs contr\u00f4leurs, on parle une langue que je ne d\u00e9crypte pas, polonais, hongrois, serbe, mais je finis par passer, trouver une place, m\u2019installer, soupirs de soulagement, on va partir. 8h du soir, enfin 20h. La valise, \u00e9tiquet\u00e9e, verrouill\u00e9e, ficel\u00e9e, enfonc\u00e9e dans la soute du grand bus qui va traverser l\u2019Europe. 23 heures jusqu\u2019\u00e0 Paris. Peu de bruit, \u00e9trangement, les voyageurs chuchotent, accents color\u00e9s, pleurs d\u2019un b\u00e9b\u00e9 vite apais\u00e9s, pas de cris, pas de musique, tout est calme, sauf le moteur qui ronronne, qui bourdonne, ronfle, s\u2019entra\u00eene, vibration sous mon si\u00e8ge, pouss\u00e9e de chauffage \u00e0 la limite du supportable, je suffoque, d\u00e9j\u00e0 fatigu\u00e9e, satur\u00e9e, saoul\u00e9e par les mouvements incessants\u2026 et puis on part enfin, le bus sort du garage souterrain, le soir est tomb\u00e9, lumi\u00e8res diffuses, grisaille d\u2019avant la nuit, brouillard,&nbsp; vitre embu\u00e9e, je la frotte, je me sens enferm\u00e9e, je suis enferm\u00e9e pour la nuit, je regrette le voyage en avion, 2h de travers\u00e9e, je maudis le volcan islandais, \u00e9ruption par surprise, explosion, envoyant les cendres dans toute l\u2019Europe, paralysant le trafic a\u00e9rien, remplissant tous les trains, bien contente d\u2019avoir trouv\u00e9 ce voyage en bus long long long, arr\u00eat toutes les deux heures, arr\u00eat impos\u00e9 aux chauffeurs, aux voyageurs, descendre pour prendre l\u2019air, pour prendre un caf\u00e9, pour faire la file aux toilettes, pas le temps, il faut remonter, ne pas rater le bus, v\u00e9rifier les sacs, ressortir un livre, mon voisin est rest\u00e9 tranquille, \u00e0 sa place, dans les mains un roman de langue allemande, d\u2019un \u00e9crivain que je ne connais pas, on \u00e9change \u00e0 voix basse, il descend \u00e0 Strasbourg, encore toute l\u2019Allemagne \u00e0 traverser, \u00e0 nous l\u2019autoroute, lumi\u00e8res ponctuant les kilom\u00e8tres, panneaux \u00e0 d\u00e9crypter dans l\u2019obscurit\u00e9, l\u2019\u00e9clairage du bus est \u00e9teint, pour lire il faut une loupiote et de bons yeux, reposer les yeux, fermer les yeux, d\u00e9connecter, oublier la fatigue, la contrari\u00e9t\u00e9, zen, on respire, on souffle, air d\u00e9j\u00e0 \u00e9paissi dans ce car plein \u00e0 craquer, dehors, rien \u00e0 voir, rien pour accrocher le regard, des lignes, des fuites, des rayons, mange un peu, m\u00eame pas faim, o\u00f9 est la bouteille d\u2019eau, l\u2019air est sec, il faut boire de l\u2019eau, le corps ankylos\u00e9 se rebiffe, crampes dans les jambes, fourmillements dans les pieds, pas la place pour bouger, encore la moiti\u00e9 de l\u2019Allemagne \u00e0 traverser, finir le livre, commencer un autre, plus distrayant, trop de contraintes physiques, l\u2019intellect se rel\u00e2che, faiblit, essor\u00e9, \u00e9mouss\u00e9, un peu d\u2019eau, il en reste, un fruit, ou plut\u00f4t des petits g\u00e2teaux, plus pratiques, mais \u00e7a crisse, \u00e7a cracotte, \u00e7a s\u2019entend fort dans ce car si silencieux, comment font-ils pour ne pas faire de bruit, m\u00eame le b\u00e9b\u00e9 dort, mon voisin dort, les chauffeurs se relaient toutes les deux heures, le bus avance, mange des kilom\u00e8tres, mange la nuit noire, mange la brume sur le sol, je finis par m\u2019assoupir, sommeiller, un peu, r\u00eaver, \u00e0 peine, r\u00e9veill\u00e9e par des secousses discr\u00e8tes, par des klaxonnements brusques,&nbsp;l\u2019obscurit\u00e9 faiblit aussi, le jour pointe, du rouge \u00e0 l\u2019horizon, de l\u2019orange, du jaune, du blanc, \u00e9blouissement, aveuglement apr\u00e8s ce noir de la nuit, le jour se l\u00e8ve, le paysage d\u00e9file, du plat, de l\u2019autoroute, des arbres, des maisons, des jardins, des gens, des trains, des voitures, et un ciel gris plein de cendres du volcan islandais.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Serr\u00e9e dans le bus bond\u00e9, place assise pr\u00e8s de la fen\u00eatre, aux pieds mes sacs pouss\u00e9s en partie sous le si\u00e8ge devant moi, mont\u00e9e difficile, dans la file d\u2019attente, \u00e7a poussait, \u00e7a pressait, \u00e7a secouait, hautes marches \u00e0 grimper difficilement avec mon paquetage, on aurait dit une mule charg\u00e9e, sac \u00e0 main, sac \u00e0 dos, sac \u00e0 provisions, sac \u00e0 <a 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