{"id":61448,"date":"2021-12-17T08:35:46","date_gmt":"2021-12-17T07:35:46","guid":{"rendered":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/?p=61448"},"modified":"2021-12-17T08:35:47","modified_gmt":"2021-12-17T07:35:47","slug":"autobiographies-01-champs-de-visions","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/autobiographies-01-champs-de-visions\/","title":{"rendered":"autobiographies #01 | Champs de visions"},"content":{"rendered":"\n<p>Un champ. De l\u2019herbe, rien que de l\u2019herbe. Des feuilles d\u2019herbe, des tiges d\u2019herbe, des fleurs d\u2019herbe. Du pissenlit peut-\u00eatre. Le ciel bleu, il fait chaud. C\u2019est l\u2019\u00e9t\u00e9. C\u2019est toujours l\u2019\u00e9t\u00e9. Assis. R\u00eaver. Rire. Le champ est est en pente. Le monter. Aller au plus haut. Pas possible d\u2019aller plus haut, apr\u00e8s c\u2019est les broussailles, la route. Se mettre en boule et se laisser rouler. \u00c7a fait mal au cou, aux pieds, au dos. Au ventre, de rire. S\u2019allonger en travers de la pente et se remettre \u00e0 rouler. L\u2019herbe dans le visage, puis le ciel, puis l\u2019herbe, puis le ciel. La t\u00eate qui tourne. Rire, toujours. Un champ. De l\u2019herbe, rien que de l\u2019herbe.<\/p>\n\n\n\n<p>Un champ. Tomb\u00e9e de la nuit. Je suis \u00e9puis\u00e9. M\u2019allonger, dormir. La gare, juste \u00e0 c\u00f4t\u00e9. Ne pas louper le train de 6 heures pour rentrer. Dormir dans le champ. De hautes herbes. Et des b\u00eates. Plein de petites b\u00eates venues me bouffer. Impossible de dormir. Trop fatigu\u00e9 pour me prot\u00e9ger. Trop d\u00e9vor\u00e9 pour dormir. Ne pas louper le train de 6 heures. Toutes les bestioles de la vall\u00e9e se sont donn\u00e9es rendez-vous sur moi. Je les entends parler de moi. Je d\u00e9lire. Un champ dans une nuit noire peupl\u00e9 de minuscules d\u00e9mons. Trop fatigu\u00e9 pour me prot\u00e9ger. Je lutte sans bouger. Trop d\u00e9vor\u00e9 pour dormir. Et puis, le champ c\u00e8de, il faiblit. J\u2019arrive \u00e0 fermer l\u2019oeil. Le train de 6 heures est parti sans moi.<\/p>\n\n\n\n<p>Un champ. En haut d\u2019une falaise et en bas, la mer. Herbe rase. Impossible de pousser, sans cesse balay\u00e9e par le vent du large. Horizon lointain, la mer jusqu\u2019\u00e0 perte de vue. Le vent qui balance ses gifles. Les oreilles meurtries qui bourdonnent. Les mouettes qui font du sur-place. Le soleil qui chauffe rien du tout. L\u2019herbe qui veut pas pousser. Un champ en haut d\u2019une falaise qui r\u00eave de la mer. Se laisser tomber pour la rejoindre. Tout le paysage est en train de tomber. La mer aussi. Ne reste que le souffle. La vitesse de la chute. Le vent incessant et les mouettes qui rigolent. L\u2019herbe qui ne pousse pas et le soleil qui n\u2019en fout pas une. La chute interminable.<\/p>\n\n\n\n<p>Un champ. Du bl\u00e9. Une odeur de paille s\u00e8che. L\u2019air est lourd, la chaleur pesante. Suffocante. Un souffle coiffe les \u00e9pis. Un main pass\u00e9e dans les cheveux blonds d\u2019un enfant, d\u2019une jeune femme. Le souffle forcit, il devient un vent rageur. Les cheveux partent en bataille. La guerre est d\u00e9clar\u00e9e. Tous les \u00e9pis virevoltent par ondes successives. Le bruit assourdissant du canon d\u00e9chire l\u2019atmosph\u00e8re. Les explosions illuminent le ciel de leur \u00e9clairs aveuglants. Et la pluie s\u2019abat par grosses gouttes sur le champ de bataille. Jusqu\u2019\u00e0 l\u2019\u00e9puisement. Ne subsiste plus qu\u2019une odeur. Grandiose, symphonique, omnipr\u00e9sente. L\u2019odeur du bl\u00e9 juste apr\u00e8s la pluie est celle des grandes vacances.<\/p>\n\n\n\n<p>Un champ. Sur les bords, quelques pointes de rouge pars\u00e8ment le fond vert. Quelques fleurs sortent timidement leurs p\u00e9tales entre feuilles, tiges et herbes folles. Et puis, en p\u00e9n\u00e9trant dans le champ, le rouge se fait de plus en plus intense et emplit progressivement tout l\u2019espace. Les fleurs de coquelicot gagnent la partie. Au coeur du champ, en son centre, c\u2019est une mer de sang qui ondule. Quel crime ? Qui est mort ? D\u2019o\u00f9 vient ce sang ? Et puis la plaie commence \u00e0 dispara\u00eetre, quelques gouttes de sang subsistent sur les bords du champ puis disparaissent. Mon champ de coquelicot a la beaut\u00e9 d\u2019un cauchemar \u00e9vanescent.<\/p>\n\n\n\n<p>Un champ. Tout est blanc. Un champ de je-ne-sais-pas-quoi recouvert de neige. Du blanc, rien que blanc. Un ciel bleu et blanc. Blanc des gros nuages qui dorment immobiles. Un bosquet tout l\u00e0-bas. Cinq silhouettes d\u2019arbres sans feuilles et en dessous, un cimeti\u00e8re. Un champ de blanc dans lequel est perdu un cimeti\u00e8re. Minuscule, perdu dans cette immensit\u00e9 immacul\u00e9e. Des silhouettes d\u2019arbres noires, des contours de tombes noires et tout ce blanc. Quelques touches de bleu. Le froid r\u00e8gne en blanc, en noir et blanc. Et bleu. La mort. L\u2019immobilit\u00e9. Un champ tout blanc.<\/p>\n\n\n\n<figure class=\"wp-block-image size-large\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"1024\" height=\"595\" src=\"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2021\/12\/Can-034-1-1024x595.jpg\" alt=\"\" class=\"wp-image-61451\" srcset=\"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2021\/12\/Can-034-1-1024x595.jpg 1024w, https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2021\/12\/Can-034-1-420x244.jpg 420w, https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2021\/12\/Can-034-1-768x446.jpg 768w, https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2021\/12\/Can-034-1.jpg 1522w\" sizes=\"auto, (max-width: 1024px) 100vw, 1024px\" \/><\/figure>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Un champ. De l\u2019herbe, rien que de l\u2019herbe. Des feuilles d\u2019herbe, des tiges d\u2019herbe, des fleurs d\u2019herbe. Du pissenlit peut-\u00eatre. Le ciel bleu, il fait chaud. 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