{"id":61460,"date":"2021-12-17T14:47:20","date_gmt":"2021-12-17T13:47:20","guid":{"rendered":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/?p=61460"},"modified":"2021-12-17T16:22:05","modified_gmt":"2021-12-17T15:22:05","slug":"autobiographie-12-dislocation","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/autobiographie-12-dislocation\/","title":{"rendered":"autobiographies #12 | dislocation"},"content":{"rendered":"\n<p>Cela participe de la dislocation d\u2019un \u00eatre, des facettes qu\u2019il reste de lui, qu\u2019il a bien voulu laisser appr\u00e9hender, ou de ce que je souhaite garder en souvenirs. Ce qui se d\u00e9tache en premier c\u2019est le presse-papier , cette boule en verre, tr\u00e8s lourde pour mes mains d\u2019enfant, garnie de filaments de couleurs qui s\u2019entrem\u00ealaient comme des routes, non des fils de laine plut\u00f4t, avec des bulles de grosseurs diff\u00e9rentes positionn\u00e9es dans des sortes de creux. Cette boule ou plut\u00f4t demi-sph\u00e8re se tenait pos\u00e9e sur des papiers volatiles, des lettres, des factures peut-\u00eatre et servait aussi \u00e0 retenir le temps. Cette boule, car c\u2019est ainsi que je la nommais, \u00e9pousait la grande main de mon p\u00e8re, et a connu sa chaleur. De m\u00eame tout pr\u00e8s sur son bureau, le tampon-buvard d\u2019un bois noir avec sa poign\u00e9e ( son manche je ne sais ce qu\u2019il convient de dire\u2026) \u00e0 facettes ( six ou huit je ne saurais dire), qui se d\u00e9vissait pour laisser se glisser les feuilles de buvard, rose ou blanc, puis se revissait afin de serrer \u00e0 nouveau la feuille et permettre d\u2019\u00e9tancher l\u2019encre superflue, ou s\u00e9cher une lettre, une goutte d\u2019encre mal venue. Une pause dans le geste d\u2019\u00e9criture. Tous ces mots en miroir qu\u2019il reste \u00e0 d\u00e9chiffrer. Entre le tampon-buvard et le sous-main en cuir marron, bien centr\u00e9 sur le bureau, une longue r\u00e8gle m\u00e9tallique et froide et l\u2019on se souvient encore du bruit qu\u2019elle faisait, si on l\u2019\u00e9chappait, quand elle heurtait le sol. De l\u2019autre c\u00f4t\u00e9 du bureau, dans un buffet aux portes vitr\u00e9es qui servait \u00e0 ranger des papiers d\u2019autrefois, tout un amas h\u00e9t\u00e9roclite de souvenirs de la g\u00e9n\u00e9ration pr\u00e9c\u00e9dente dans des bo\u00eetes diverses et fatigu\u00e9es, une bo\u00eete emplie de casse-t\u00eates, des cl\u00e9s qu\u2019il fallait d\u00e9tacher l\u2019une de l\u2019autre en tournant dans un certain sens, jeu qui m\u2019a toujours profond\u00e9ment stress\u00e9e, une autre o\u00f9 dormaient de vieilles montres dont les propri\u00e9taires ont depuis longtemps perdu la facult\u00e9 de les remonter, mais qui resteront l\u00e0 encore des ann\u00e9es car je n\u2019aurai pas l\u2019envie de m\u2019en d\u00e9barrasser. Dans un des tiroirs de ce meuble, un jeu de cartes des familles des grands hommes de France, avec le portrait de La Fontaine se d\u00e9tachant sur le couvercle \u00e0 fond vert de la bo\u00eete dans une classification entre \u00e9crivains, po\u00e8tes, th\u00e9\u00e2tre, physiciens, chimistes, philosophes, sculpteurs, explorateurs, peintres, architectes\u2026 et une courte biographie inscrite sous le portrait&nbsp;; c\u2019est ainsi que j\u2019ai m\u00e9moris\u00e9 toute une kyrielle de visages et de noms qui marquent encore ma m\u00e9moire&nbsp;! Lavoisier, R\u00e9aumur, Millet, Puget, Champlain, Garnier\u2026 Sur le mur, une reproduction des raboteurs de parquet de Gustave Caillebotte en hommage au grand-p\u00e8re de la branche maternelle dont ce fut le m\u00e9tier et tout pr\u00e8s la s\u00e9rigraphie du M\u00e9nestrel de Jean-Alexis Bobichon qui me touche tant. Il y aurait tant d\u2019autres tiroirs \u00e0 ressusciter, avec la bo\u00eete aux porte-monnaies o\u00f9 dorment des m\u00e9dailles miraculeuses d\u2019un autre temps, ou celui des po\u00e8mes qu\u2019on sait l\u00e0 bien trac\u00e9s d\u2019une \u00e9criture ample et pench\u00e9e qu\u2019on reconna\u00eetrait entre mille, sans parler de la grande bo\u00eete emplie des agendas d\u2019une vie d\u2019avant qu\u2019on n\u2019a pas connue\u2026 Poser le regard mental sur les Morceaux choisis de Victor Hugo dont on sait les petits papiers pour indiquer une page aim\u00e9e, les l\u00e9gers traits au crayon en bordure de certains vers des Contemplations ou de La l\u00e9gende des si\u00e8cles ( on se souvient de l\u2019inscription tout en bas de ce livre tenant dans la main&nbsp;: Librairie Delagrave 15, rue Soufflot, 15). Tous ces alexandrins lus et relus comme viatiques dans ses derniers jours. Dislocation, peut-\u00eatre pas, r\u00e9paration plut\u00f4t.<\/p>\n\n\n\n<figure class=\"wp-block-image size-full\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"627\" height=\"800\" src=\"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2021\/12\/P1120976.jpg\" alt=\"\" class=\"wp-image-61461\" srcset=\"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2021\/12\/P1120976.jpg 627w, https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2021\/12\/P1120976-329x420.jpg 329w\" sizes=\"auto, (max-width: 627px) 100vw, 627px\" \/><\/figure>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Cela participe de la dislocation d\u2019un \u00eatre, des facettes qu\u2019il reste de lui, qu\u2019il a bien voulu laisser appr\u00e9hender, ou de ce que je souhaite garder en souvenirs. 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