{"id":61510,"date":"2021-12-18T11:37:30","date_gmt":"2021-12-18T10:37:30","guid":{"rendered":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/?p=61510"},"modified":"2021-12-18T11:37:31","modified_gmt":"2021-12-18T10:37:31","slug":"autobiographies-06-taxi-brousse","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/autobiographies-06-taxi-brousse\/","title":{"rendered":"autobiographies #06 | Taxi brousse"},"content":{"rendered":"\n<p class=\"has-drop-cap\">Le rythme lancinant et obs\u00e9dant nous avaient saisis d\u00e8s les premi\u00e8res heures de ce long voyage dans ce minibus antique dont le fonctionnement relevait du miracle, le ballet des t\u00eates et des bustes dodelinants au rythme de l\u2019avanc\u00e9e du taxi brousse traduisaient l\u2019\u00e9tat d\u2019une route en terre et en pierres faites d\u2019orni\u00e8res, de trous et de lits de rivi\u00e8res \u00e0 secs dans une chor\u00e9graphie impeccablement ex\u00e9cut\u00e9e sans autre musique que le chant rauque et criard d\u2019un moteur en souffrance qui hurlait son agonie \u00e0 devoir trimballer la cinquantaine de passagers dont nous, mon ami Blek et moi-m\u00eame, faisions partie, go\u00fbtant \u00e0 chaque seconde la chance que nous avions d\u2019\u00eatre assis sur un si\u00e8ge en bois avec les genoux repli\u00e9s sur nous-m\u00eames puisqu\u2019une bonne moiti\u00e9 de notre assembl\u00e9e de voyageurs \u00e9tait condamn\u00e9e aux marchepieds, \u00e0 la galerie du toit ou aux quelques rares espaces libres d\u2019\u00eatres vivants et de bagages, dans ce trajet entre Toliara et Antananarivo (que la politesse m\u2019oblige \u00e0 appeler ainsi plut\u00f4t que Tul\u00e9ar et Tananarive, vestiges d\u2019un pass\u00e9 colonialiste qui, s\u2019ils font la fiert\u00e9 de quelques enrubann\u00e9s nostalgiques, fait aussi la mis\u00e8re des amoureux de l\u2019homme), voyage de pr\u00e8s de mille kilom\u00e8tres dans les paysages semi-d\u00e9sertiques du sud de Madagascar le long de cette si c\u00e9l\u00e8bre Nationale 7, pas celle que chante Charles Trenet mais bel et bien l\u2019ersatz de route qui relie ces deux grandes villes de l\u2019\u00eele dans un d\u00e9fil\u00e9 de baobabs abritant les cigognes, les engoulevents et les passereaux, en bordure des for\u00eats \u00e9pineuses qui cachent les makis, sifakas et autres l\u00e9muriens, une route qui, \u00e0 l\u2019\u00e9poque (c\u2019\u00e9tait en 1990) n\u2019\u00e9tait pour l\u2019essentiel que terre, pierres, orni\u00e8res, trous et lits de rivi\u00e8re (j\u2019ai appris que, depuis, la route avait \u00e9t\u00e9 enti\u00e8rement goudronn\u00e9e pour le bonheur des fragiles du s\u00e9ant, des victimes du mal de mer et des empress\u00e9s) pour un voyage non pas d\u2019une nuit mais d\u2019une journ\u00e9e enti\u00e8re de 24 heures, taxes comprises telle la crevaison qui nous a co\u00fbt\u00e9 une bonne heure de paralysie juste avant le coucher du soleil (o\u00f9 aurait bien pu se loger une roue de secours ?) ou encore quelques arr\u00eats salvateurs pour la survie de nos carcasses endolories, \u00e0 la fois lib\u00e9ratoires de notre trop plein et sustentatoires gr\u00e2ce aux deux ou trois louch\u00e9es de manioc aval\u00e9es goul\u00fbment devant un bouiboui qui avait des allures de palace, tout \u00e7a en une apr\u00e8s-midi, une nuit et une matin\u00e9e enfil\u00e9es sur le fil de mon existence comme un bijou de perles que je garde pr\u00e9cieusement dans le tiroir de mes souvenirs, ceux d\u2019une journ\u00e9e compl\u00e8te de m\u00e9ditation sauvage entre parenth\u00e8ses du temps ponctu\u00e9e de sourires avec nos compagnons d\u2019infortune, ou de fortune devrais-je plut\u00f4t dire, de rires m\u00eame parfois quand les mouvements exag\u00e9r\u00e9s de la boite de nuit sans musique nous r\u00e9veillaient de concert au passage de ces gouffres routiers qui emplissaient la nuit jusqu\u2019aux derni\u00e8res heures durant lesquelles les stigmates d\u2019une nuit sans sommeil se lisaient sur nos visages rid\u00e9s, autour de nos yeux cern\u00e9s et dans la lividit\u00e9 de notre peau gorg\u00e9e de fatigue, un voyage durant lequel je me souviens avoir bu jusqu\u2019\u00e0 la lie ces quelques mots qu\u2019un ami malgache m\u2019avait gliss\u00e9 \u00e0 l\u2019oreille juste avant de monter dans le taxi-brousse : \u00ab\u00a0Toliara tsy miroro\u00a0\u00bb. Toliara ne dort jamais.<\/p>\n\n\n\n<figure class=\"wp-block-image size-full\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"640\" height=\"434\" src=\"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2021\/12\/madagascar-gd722c5fa4_640.jpg\" alt=\"\" class=\"wp-image-61511\" srcset=\"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2021\/12\/madagascar-gd722c5fa4_640.jpg 640w, https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2021\/12\/madagascar-gd722c5fa4_640-420x285.jpg 420w\" sizes=\"auto, (max-width: 640px) 100vw, 640px\" \/><\/figure>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Le rythme lancinant et obs\u00e9dant nous avaient saisis d\u00e8s les premi\u00e8res heures de ce long voyage dans ce minibus antique dont le fonctionnement relevait du miracle, le ballet des t\u00eates et des bustes dodelinants au rythme de l\u2019avanc\u00e9e du taxi brousse traduisaient l\u2019\u00e9tat d\u2019une route en terre et en pierres faites d\u2019orni\u00e8res, de trous et de lits de rivi\u00e8res \u00e0 <a class=\"more-link\" href=\"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/autobiographies-06-taxi-brousse\/\">Continuer la lecture<span class=\"screen-reader-text\">autobiographies #06 | Taxi brousse<\/span><span class=\"meta-nav\">&rarr;<\/span><\/a><\/p>\n","protected":false},"author":352,"featured_media":61511,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"h5ap_radio_sources":[],"footnotes":""},"categories":[2820,2915],"tags":[],"class_list":["post-61510","post","type-post","status-publish","format-standard","has-post-thumbnail","hentry","category-cycle_autobiographies","category-autobiographies-06"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/61510","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/users\/352"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=61510"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/61510\/revisions"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/media\/61511"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=61510"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=61510"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=61510"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}