{"id":61567,"date":"2021-12-19T14:38:34","date_gmt":"2021-12-19T13:38:34","guid":{"rendered":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/?p=61567"},"modified":"2021-12-20T08:22:40","modified_gmt":"2021-12-20T07:22:40","slug":"autobiographies-14-disparitions","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/autobiographies-14-disparitions\/","title":{"rendered":"autobiographies #14  | disparitions"},"content":{"rendered":"\n<p><strong>Ce qui me file entre les doigts.<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>Cette affiche dans le m\u00e9tro o\u00f9 il est inscrit: J<em>&lsquo;ai pens\u00e9 \u00e0 vous l&rsquo;espace d&rsquo;un instant mais quel espace dans cet instant<\/em>, et qui laisse songeuse pendant tout le trajet,<\/p>\n\n\n\n<p>l&rsquo;infinit\u00e9 de l&rsquo;horizon de la mer et de son coucher de soleil du haut de la bonne garde \u00e0 Marseille, la sensation d&rsquo;\u00eatre si loin et de ne pouvoir en saisir la beaut\u00e9,<\/p>\n\n\n\n<p>l&rsquo;arrachement violent, physique, d&rsquo;un \u00eatre que l&rsquo;on d\u00e9sire malgr\u00e9 l&rsquo;interdit, l&rsquo;arrachement des corps, l&rsquo;arrachement de soi vers l&rsquo;autre direction, la sensation de rater quelque chose,<\/p>\n\n\n\n<p>le visage de Brad Pitt dans sa derni\u00e8re publicit\u00e9 aper\u00e7ue furtivement d&rsquo;un bus,<\/p>\n\n\n\n<p>le visage de Julia Roberts dans sa derni\u00e8re publicit\u00e9 aper\u00e7ue furtivement d&rsquo;un bus,<\/p>\n\n\n\n<p>le visage et le corps de Kristin Scott Thomas choisissant un magazine pr\u00e9s de soi dans une petite boutique de la gare du Nord juste avant de prendre l&rsquo;Eurostar,<\/p>\n\n\n\n<p>la claque donn\u00e9e par le p\u00e8re \u00e0 son petit terrifi\u00e9 entre les hurlements du couple \u00e0 une station service sur l&rsquo;autoroute des vacances, pr\u00e8s des bonbons haribo et des fraises tagada,<\/p>\n\n\n\n<p>les zoom des conseils de classes avec les noms des professeurs et leurs \u00e9crans noirs, cach\u00e9s, ferm\u00e9s, jamais de visages avec les noms, mais qu&rsquo;ont-ils donc \u00e0 ne pas se montrer ?<\/p>\n\n\n\n<p>la petite maison en briques rouges \u00e0 moiti\u00e9 d\u00e9truite au milieu des champs avec un panneau <strong>A vendre,<\/strong> <\/p>\n\n\n\n<p>le seau d&rsquo;eau dans les toilettes de l&rsquo;a\u00e9roport en Inde pour s&rsquo;essuyer, pas de papier, <\/p>\n\n\n\n<p>le visage de Mia Farrow quand l&rsquo;acteur dans l&rsquo;\u00e9cran lui parle pour la premi\u00e8re fois dans le film <em>la rose pourpre du Caire<\/em> de Woody Allen,<\/p>\n\n\n\n<p>le visage de J\u00e9sus dans les \u00e9glises,<\/p>\n\n\n\n<p>les visages masqu\u00e9s dans la for\u00eat,<\/p>\n\n\n\n<p>le visage masqu\u00e9 mais les seins \u00e0 l&rsquo;air durant les mammographies,<\/p>\n\n\n\n<p>le visage tendre de deux chiens,<\/p>\n\n\n\n<p>le visage du premier n\u00e9, \u00e0 sa sortie du ventre,<\/p>\n\n\n\n<p>ton visage quand ado tu fais du stop et que c&rsquo;est ton p\u00e8re qui s&rsquo;arr\u00eate,<\/p>\n\n\n\n<p>la premi\u00e8re souffrance inflig\u00e9e sur le visage de l&rsquo;homme aim\u00e9,<\/p>\n\n\n\n<p>les visages durs des parents qui marquent l&rsquo;enfant et qu&rsquo;il n&rsquo;oublie jamais,<\/p>\n\n\n\n<p>les p\u00eacheurs en Inde ne sachant pas nager partant sur des barques de fortunes et disparaissant derri\u00e8re les vagues gigantesques,<\/p>\n\n\n\n<p>l&rsquo;enfant emmen\u00e9 sur un brancard en urgence,<\/p>\n\n\n\n<p>la couverture de la bande dessin\u00e9e <em>Le d\u00e9clic <\/em>de Manara, lue, en cachette, <\/p>\n\n\n\n<p>la beaut\u00e9 des rues d\u00e9sert\u00e9es de la gare de Lyon aux Champs Elys\u00e9es pendant les confinements, <\/p>\n\n\n\n<p>le bleu du ciel d\u00e9sert\u00e9, pas de trace blanche, pas d&rsquo;avions, pas de nuages, juste le bleu, et les oiseaux et le silence pendant le confinement,<\/p>\n\n\n\n<p>les animaux sauvages dans la for\u00eat interdite pendant le confinement,<\/p>\n\n\n\n<p>la famille dormant sur le trottoir de la rue de Rivoli \u00e0 Paris, au milieu des passants, couvertures, panneau \u00e9crit avec fautes d&rsquo;orthographes, l&rsquo;indiff\u00e9rence et l&rsquo;impuissance,<\/p>\n\n\n\n<p>l&rsquo;homme regardant autour de lui avant de fouiller dans les poubelles du parking d&rsquo;une petite ville moyenne bourgeoise et catholique,<\/p>\n\n\n\n<p>les voitures de police qui ne cessent toute la journ\u00e9e de prendre le sens interdit,<\/p>\n\n\n\n<p>le sourire d&rsquo;un inconnu dans le croisement des vitres de voitures d&rsquo;un embouteillage,<\/p>\n\n\n\n<p>la bougie Rom\u00e9o et Juliette qui se consume lentement, d&rsquo;un no\u00ebl \u00e0 un autre,<\/p>\n\n\n\n<p>la gr\u00e2ce de certains instants, <\/p>\n\n\n\n<p>le silence entre deux personnes, <\/p>\n\n\n\n<p>une feuille d&rsquo;arbre qui tombe devant soi, <\/p>\n\n\n\n<p>un regard de compr\u00e9hension, la sensation d&rsquo;\u00eatre uni avec le monde,<\/p>\n\n\n\n<p>un homme fou en pleine nuit qui parle et marche \u00e0 l&rsquo;envers,<\/p>\n\n\n\n<p>sur le chemin de l&rsquo;\u00e9cole, le visage masqu\u00e9 et cagoul\u00e9 en noir d&rsquo;un homme jaillissant de derri\u00e8re un arbre et brandissant son sexe blanc, effrayante la cagoule,<\/p>\n\n\n\n<p>le beurre fondu sur le pain toast\u00e9 qui coule dans l&rsquo;assiette et que tu l\u00e8ches avec les doigts,<\/p>\n\n\n\n<p>l&rsquo;oiseau, un rouge-gorge, se posant sur le balcon, te laissant sans voix et qui s&rsquo;envole d\u00e8s que tu veux le photographier,<\/p>\n\n\n\n<p>le dernier no\u00ebl enfant en famille pass\u00e9 en voiture \u00e0 aller regarder les no\u00ebls des autres par les fen\u00eatres de leurs maisons, la sensation du d\u00e9j\u00e0 bris\u00e9,<\/p>\n\n\n\n<p>la tache de sang des premi\u00e8res r\u00e8gles dans le fond de la culotte blanche \u00e0 dentelles, la tache de sang de la perte de virginit\u00e9 sur le drap blanc, le sang rouge du premier tampon blanc, la tache de vin rouge sur le chemisier blanc que tu n&rsquo;arrives pas \u00e0 jeter,<\/p>\n\n\n\n<p>tout ce rouge dans la blancheur, Blanche Neige, No\u00ebl et coca cola,<\/p>\n\n\n\n<p>Un film porno sur un \u00e9cran g\u00e9ant \u00e0 minuit sur le bord d&rsquo;une autoroute dans un pays \u00e9tranger,<\/p>\n\n\n\n<p>La silhouette d&rsquo;un homme nu montrant son sexe \u00e0 minuit sur le bord d&rsquo;une autoroute dans un pays \u00e9tranger,<\/p>\n\n\n\n<p>le coucher de soleil orang\u00e9 des plages de Normandie,<\/p>\n\n\n\n<p>la phrase de cette affaire judiciaire <em>Omar m&rsquo;a tuer<\/em> et le titre de ce livre <em>Quand j&rsquo;avais 5 ans, je m&rsquo;ai tu\u00e9,<\/em><\/p>\n\n\n\n<p>le gar\u00e7on de 13 ans embrass\u00e9 \u00e0 pleine bouche, lui et son appareil dentaire, sur la musique de <em>la boum<\/em> et la peur d&rsquo;avoir la langue coinc\u00e9e,<\/p>\n\n\n\n<p>Et le m\u00eame gar\u00e7on revu plus tard adulte et que tu ne regrettes pas de ne pas avoir \u00e9pous\u00e9,<\/p>\n\n\n\n<p>le visage de l&rsquo;homme aim\u00e9 dont tu connais chaque trait mais que tu d\u00e9couvres encore&#8230;<\/p>\n\n\n\n<p><\/p>\n\n\n\n<p><\/p>\n\n\n\n<p><\/p>\n\n\n\n<p><\/p>\n\n\n\n<p><\/p>\n\n\n\n<p><\/p>\n\n\n\n<p><\/p>\n\n\n\n<p><\/p>\n\n\n\n<p><\/p>\n\n\n\n<p><\/p>\n\n\n\n<p><\/p>\n\n\n\n<p><\/p>\n\n\n\n<p><\/p>\n\n\n\n<p><\/p>\n\n\n\n<p><\/p>\n\n\n\n<p><\/p>\n\n\n\n<p><\/p>\n\n\n\n<p><\/p>\n\n\n\n<p><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Ce qui me file entre les doigts. 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