{"id":61644,"date":"2021-12-20T18:01:27","date_gmt":"2021-12-20T17:01:27","guid":{"rendered":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/?p=61644"},"modified":"2021-12-21T10:16:37","modified_gmt":"2021-12-21T09:16:37","slug":"autobiographies-13-apres-guerre","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/autobiographies-13-apres-guerre\/","title":{"rendered":"autobiographies #13 | apr\u00e8s-guerre"},"content":{"rendered":"\n<figure class=\"wp-block-image size-large\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"1024\" height=\"682\" src=\"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2021\/12\/fleur-unsplash-1024x682.jpg\" alt=\"\" class=\"wp-image-61645\" srcset=\"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2021\/12\/fleur-unsplash-1024x682.jpg 1024w, https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2021\/12\/fleur-unsplash-420x280.jpg 420w, https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2021\/12\/fleur-unsplash-768x512.jpg 768w, https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2021\/12\/fleur-unsplash-1536x1024.jpg 1536w, https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2021\/12\/fleur-unsplash-2048x1365.jpg 2048w\" sizes=\"auto, (max-width: 1024px) 100vw, 1024px\" \/><\/figure>\n\n\n\n<p class=\"has-drop-cap\" style=\"font-size:21px\"><em>Elle, cette voix si peu manifest\u00e9e de fa\u00e7on forte, voire violente,<\/em> a<em>vec toutes les choses brass\u00e9es en dedans, exacerb\u00e9es, les frustrations, les d\u00e9sirs impossibles.<\/em><\/p>\n\n\n\n<p style=\"font-size:18px\">Non jamais je n\u2019ai rechign\u00e9 aux travaux impos\u00e9s par la vie \u00e0 la ferme, par la vie rude au sein d\u2019une famille install\u00e9e depuis des g\u00e9n\u00e9rations dans un coin de campagne, ayant agr\u00e9g\u00e9 \u00e0 force de mariages parcelles de terre, jardins et prairies pour faire vivre des b\u00eates. Reconna\u00eetre tout de m\u00eame que ce sont les fr\u00e8res qui ont fait le sale boulot, les a\u00een\u00e9s &#8212; la chance \u00e9tait de mon c\u00f4t\u00e9, oui s\u00fbrement une chance d\u2019\u00eatre n\u00e9e apr\u00e8s eux et d\u2019avoir eu une m\u00e8re qui avait tenu le coup suffisamment longtemps pour que sa marmaille soit grandie et que je n\u2019aie pas \u00e0 m\u2019en charger. J\u2019ai fr\u00e9quent\u00e9 l\u2019\u00e9cole religieuse le temps d\u2019une enfance, les s\u0153urs \u00e9taient s\u00e9v\u00e8res et tapaient sur les doigts, il fallait s\u2019en m\u00e9fier. Dans la mesure o\u00f9 on se montrait raisonnables, tout se passait bien, enfin je crois. Juste faire preuve de soumission. Juste ne pas faire d\u2019histoires, \u00eatre gentilles. Les s\u0153urs avaient le front et les joues enserr\u00e9s dans des voiles amidonn\u00e9s &#8212; on ne voyait pas leurs cheveux ou alors juste une fine m\u00e8che \u00e9gar\u00e9e &#8211;, la mine souvent r\u00e9barbative. Je ne voulais surtout pas leur ressembler. Chez moi aucun penchant pour la religion, aucune envie de consacrer ma vie au Seigneur et une secr\u00e8te d\u00e9testation pour les obligations de communion et de confesse. Dans mon silence je r\u00eavais. Je r\u00eavais de belles robes avec fronces \u00e0 la taille et ruban dans le dos, je r\u00eavais de tissus chamarr\u00e9s, de Vichy frais, de voiles d\u2019une blancheur c\u00e9leste. O\u00f9 pouvais-je esp\u00e9rer me faufiler pour b\u00e9n\u00e9ficier d\u2019une tr\u00eave, m&rsquo;avancer dans une all\u00e9e au sable plus doux que la boue des chemins qui venait crotter jusqu\u2019au seuil de nos maisons\u00a0? Ma marraine install\u00e9e dans le bourg pas loin de l\u2019\u00e9cole \u00e9tait couturi\u00e8re, elle faisait des retouches et fabriquait des corsages, des manteaux et des robes de mari\u00e9e, elle avait grand besoin d\u2019une apprentie. On laissait les sabots \u00e0 l\u2019entr\u00e9e, l\u2019atelier devait rester propre, chaque chose rang\u00e9e \u00e0 la bonne place. Les fen\u00eatres ouvrant sur la rue principale \u00e9taient larges (tr\u00e8s diff\u00e9rentes des ouvertures \u00e9troites de la salle de ferme au c\u0153ur d&rsquo;un b\u00e2timent tass\u00e9 pour moins prendre le vent) et le soleil du matin entrait fort dans la pi\u00e8ce. Je dessinais les morceaux de patron sur des calques, les d\u00e9coupais, les agen\u00e7ais sur la table centrale o\u00f9 \u00e9taient d\u00e9ploy\u00e9es les coupons dans le bon sens du fil, \u00e9pinglais, dessinais le pointill\u00e9 des coutures, b\u00e2tissait tout en poursuivant le crissement des ciseaux qui taillaient dans le tweed ou le drap. Il m\u2019en faudrait du temps avant d\u2019\u00eatre autoris\u00e9e \u00e0 couper sans rien g\u00e2cher. Ainsi j\u2019avais les mains dans le tissu du matin au soir, manipulais les aiguill\u00e9es, le corps au propre et joliment habill\u00e9. Un privil\u00e8ge dans cette p\u00e9riode de l\u2019apr\u00e8s-guerre o\u00f9 se propageait cette esp\u00e8ce de joie hurlante et indescriptible \u00e0 faire couler les larmes apr\u00e8s le sang, comme une explosion \u00e0 travers nos territoires bless\u00e9s.<\/p>\n\n\n\n<pre class=\"wp-block-verse\">Bien des h\u00e9sitations avant d'attribuer ce \"je anonyme\", cette voix narratrice qui n'est pas l'auteur, mais une autre qui parle. Pas forc\u00e9ment tout compris, ressenti. N\u00e9anmoins j'ai voulu faire quelque chose, donner de l'\u00e9paisseur aux propositions pr\u00e9c\u00e9dentes et r\u00e9investissant une fois encore le personnage f\u00e9minin qui cousait dans la lumi\u00e8re de la cuisine.<\/pre>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Elle, cette voix si peu manifest\u00e9e de fa\u00e7on forte, voire violente, avec toutes les choses brass\u00e9es en dedans, exacerb\u00e9es, les frustrations, les d\u00e9sirs impossibles. 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