{"id":61697,"date":"2021-12-21T23:57:24","date_gmt":"2021-12-21T22:57:24","guid":{"rendered":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/?p=61697"},"modified":"2021-12-23T21:11:48","modified_gmt":"2021-12-23T20:11:48","slug":"autobiographie-13-vous-parler-delle","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/autobiographie-13-vous-parler-delle\/","title":{"rendered":"autobiographies #13  | vous parler d\u2019elle"},"content":{"rendered":"\n<p>D\u2019une voix rocailleuse, elle interpelle les hommes qui travaillent sur le chantier, surtout l\u2019un d\u2019entre eux, son amoureux, Marcel ou Paul, elle ne sait plus. Sa voix s\u2019\u00e9raille, rien dans ce visage n\u2019est d\u00e9chiffrable. Alors elle pleure, elle secoue sa silhouette \u00e9chevel\u00e9e, sa maigreur de fant\u00f4me et elle pleure. <br>Elle fixe le mur blanc et murmure les noms des papillons, les plus beaux, les plus rares, morts, clou\u00e9s, magnifiques. Le demi-deuil, l\u2019aurore, la belle-dame et le bleu, comment s\u2019appelait-il le bleu? <br>Avant, elle fumait, elle se souvient de sa premi\u00e8re cigarette, signe d\u2019une f\u00e9brilit\u00e9 ou d\u2019une jubilation. Et le ton qu\u2019elle prenait quand elle disait \u00ab&nbsp;Avez-vous du feu je vous prie?&nbsp;\u00bb. <br>Aujourd\u2019hui, rien de pr\u00e9cis \u00e0 dire, tout arrive en vrac, la maison \u00e0 tenir, le jardin, la lessive, le repas \u00e0 pr\u00e9parer et l\u2019a\u00een\u00e9 qui n\u2019est pas encore rentr\u00e9, elle en a marre de toujours trimer, alors elle gueule. \u00c7a \u00e9tonne les voisins, Marcel les rassure, \u00ab&nbsp;c\u2019est rien, elle est juste un peu \u00e9nerv\u00e9e !&nbsp;\u00bb. <br>Sur sa chaise, le dos courb\u00e9, elle s\u2019autorise \u00e0 fermer les paupi\u00e8res, ce qu\u2019elle a \u00e0 voir, elle seule le sait. Elle rit, elle se revoit avec les copines \u00e0 comparer la croissance de leurs seins et plus tard quand elles apprenaient \u00e0 tourner leur langue dans la bouche des gar\u00e7ons. <br>Paul lui avait dit, quand je trouverai celle que je veux \u00e9pouser, je l\u2019emm\u00e8nerai sur une gondole et je lui demanderai sa main. Elle n\u2019est jamais all\u00e9e \u00e0 Venise et elle a \u00e9pous\u00e9 Marcel. <br>Elle raconte \u00e0 l\u2019infirmi\u00e8re. Quand elle avait  quinze ou seize ans, elle ne sait plus exactement, elle  avait colori\u00e9 avec un feutre rouge toutes les ampoules de la cave pour cr\u00e9er une lumi\u00e8re tamis\u00e9e. Elle dit, c\u2019\u00e9tait notre discoth\u00e8que, un lupanar plut\u00f4t! <br>Parfois, elle a un sourire bizarre et sa voix augmente d\u2019un octave. <br>Elle a fini par accepter d\u2019\u00eatre ici, elle se laisse aller et elle raconte. Elle raccroche les morceaux entre hier et maintenant, elle regarde les visages que personne autour d\u2019 elle ne voit. Puisqu\u2019ici on l\u2019appelle Madame, elle voudrait qu\u2019on la maquille. <br>Elle ne sait plus rien faire, son corps est arr\u00eat\u00e9 o\u00f9 qu\u2019elle aille par une porte, un escalier, un ascenseur, une rampe, une sonnette, un charriot, une voix, d\u2019autres voix, une silhouette blanche, une silhouette bleue, alors elle cherche. Une silhouette bleue la raccompagne dans sa chambre. <br>\u00ab&nbsp;Reposez-vous!&nbsp;\u00bb Elle voudrait hurler mais elle se tait, plus la force. <br>Elle dit, je ne reverrai plus mon jardin que j\u2019aime tant, j\u2019ai perdu mes amis, mes habitudes, mes occupations, je sais que c\u2019est fini, je ne veux plus qu\u2019on me parle de ma maison. Elle est en col\u00e8re, elle ne supporte pas de vivre avec les autres pensionnaires, elle \u00e9ructe \u00ab&nbsp;ils sont vieux et puis ils puent!&nbsp;\u00bb<br>Mes souvenirs ne sont pas morts, mais je n\u2019ai plus rien \u00e0 vous dire ! <br>Elle chuchote  \u00abLe papillon bleu, je sais, c\u2019est le lyc\u00e8ne bleu !&nbsp;\u00bb <br><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>D\u2019une voix rocailleuse, elle interpelle les hommes qui travaillent sur le chantier, surtout l\u2019un d\u2019entre eux, son amoureux, Marcel ou Paul, elle ne sait plus. Sa voix s\u2019\u00e9raille, rien dans ce visage n\u2019est d\u00e9chiffrable. Alors elle pleure, elle secoue sa silhouette \u00e9chevel\u00e9e, sa maigreur de fant\u00f4me et elle pleure. 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