{"id":61806,"date":"2021-12-23T10:29:20","date_gmt":"2021-12-23T09:29:20","guid":{"rendered":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/?p=61806"},"modified":"2021-12-24T09:54:35","modified_gmt":"2021-12-24T08:54:35","slug":"autobiographies-14-flot-brutal","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/autobiographies-14-flot-brutal\/","title":{"rendered":"autobiographies #14 | flot brutal"},"content":{"rendered":"\n<p style=\"font-size:22px\">\u00e0 feuilleter l\u2019album&nbsp;aux images s\u00e9pia bien class\u00e9es ou d\u00e9pos\u00e9es en vrac entre les pages, il y a comme des suspens, des trous, des vides, les m\u00eames ins\u00e9r\u00e9s dans le maillage de nos vies minuscules<\/p>\n\n\n\n<figure class=\"wp-block-image size-large\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"1024\" height=\"678\" src=\"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2021\/12\/cactus_mexican_background_thorns_green_cacti-1100483.jpgd_-1024x678.jpg\" alt=\"\" class=\"wp-image-61809\" srcset=\"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2021\/12\/cactus_mexican_background_thorns_green_cacti-1100483.jpgd_-1024x678.jpg 1024w, https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2021\/12\/cactus_mexican_background_thorns_green_cacti-1100483.jpgd_-420x278.jpg 420w, https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2021\/12\/cactus_mexican_background_thorns_green_cacti-1100483.jpgd_-768x508.jpg 768w, https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2021\/12\/cactus_mexican_background_thorns_green_cacti-1100483.jpgd_.jpg 1200w\" sizes=\"auto, (max-width: 1024px) 100vw, 1024px\" \/><\/figure>\n\n\n\n<p style=\"font-size:18px\">la petite maison aux volets bleus qu\u2019ils habitaient apr\u00e8s leur mariage dans la rue des Tulipes<\/p>\n\n\n\n<p style=\"font-size:18px\">les falaises de schistes gris argent, aplomb vertigineux par endroits qu\u2019elle n\u2019aurait pu imaginer, falaises jamais vues en images avant de quitter sa campagne, pas de photographies familiales \u00e0 cette \u00e9poque sinon des cartes postales en noir et blanc<\/p>\n\n\n\n<p style=\"font-size:18px\">le grand-p\u00e8re assis sur un rondin de bois devant la ferme avec pipe et chien&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p style=\"font-size:18px\">les affiches de paysages dans les compartiments de train<\/p>\n\n\n\n<p style=\"font-size:18px\">les bo\u00eetes de diapositives rang\u00e9es dans des bo\u00eetes jaunes, jamais ou si peu regard\u00e9es, tr\u00e8s mal cadr\u00e9es et prises de trop loin \u2013 il n\u2019\u00e9tait pas dou\u00e9 pour la photo &#8212; peut-\u00eatre bien d\u00e9test\u00e9es puisque rang\u00e9es au plus haut du placard<\/p>\n\n\n\n<p style=\"font-size:18px\">Paris elle s\u2019ach\u00e8te un corsage en tissu genre foulard dans une boutique d&rsquo;un quartier chic au c\u0153ur de la ville, elle a s\u00fbrement le sourire, se sent belle<\/p>\n\n\n\n<p style=\"font-size:18px\">Zorba le fou qui danse, visage transfigur\u00e9<\/p>\n\n\n\n<p style=\"font-size:18px\">il est dans le jardin, plus tout jeune mais en forme, corps habitu\u00e9 aux travaux de force avec marques de maillot, muscles toujours bien dessin\u00e9s, corps qui se lance et ex\u00e9cute un saut p\u00e9rilleux arri\u00e8re sans pr\u00e9paration juste comme \u00e7a, tout le monde en est souffl\u00e9<\/p>\n\n\n\n<p style=\"font-size:18px\">la petite et le lit blanc avec le temps qui a cess\u00e9 de s\u2019\u00e9couler et la nuit dans la fen\u00eatre o\u00f9 se refl\u00e8tent les chandelles allum\u00e9es autour du blanc et les gens qui prient<\/p>\n\n\n\n<p style=\"font-size:18px\">gar\u00e7ons d\u00e9lur\u00e9s sur la piste de danse<\/p>\n\n\n\n<p style=\"font-size:18px\">voyage psych\u00e9d\u00e9lique aux fronti\u00e8res du Mexique, hautes silhouettes des cact\u00e9es-cierges et lecture de Malcolm Lowry dans le silence nocturne des auberges avec patios verdoyants et guacamole \u00e0 tous les repas<\/p>\n\n\n\n<p style=\"font-size:18px\">resto U jour de grande affluence il s\u2019appelle G\u00e9rard et le barman s\u2019appelle Ugo dans sa veste blanche et cravate rouge, G\u00e9rard attend au comptoir en buvant une bi\u00e8re brune il suit une haute \u00e9cole de m\u00e9canique il revient de Californie il est fou du Grateful Dead sous acide<\/p>\n\n\n\n<p style=\"font-size:18px\">ils se disputent il tourne le dos brusquement s\u2019en va avec le visage noir, on dirait qu\u2019il va aller se tuer en voiture se jeter du haut d\u2019un pont ou carr\u00e9ment \u00e0 la mer, inqui\u00e9tude jusqu\u2019\u00e0 la nuit<\/p>\n\n\n\n<p style=\"font-size:18px\">lever de soleil sur la c\u00f4te sud de l\u2019\u00eele de Java en un lieu sauvage perdu o\u00f9 l\u2019on ne se rend qu\u2019en charrette ou \u00e0 pied, la mer forte et verte qu\u2019on dit dangereuse mais \u00e7a vaut le coup de vivre rien que pour la voir<\/p>\n\n\n\n<p style=\"font-size:18px\">la pochette d\u2019<em>Angie<\/em> pos\u00e9e sur le tabouret en plastique orange, mobilier typique des ann\u00e9es soixante-dix<\/p>\n\n\n\n<p style=\"font-size:18px\">le trajet en solex entre la chambre d\u2019\u00e9tudiant et la fac, \u00e0 Nantes il pleut souvent, la roue avant patine et il faut p\u00e9daler pour avancer, la veste afghane en peau bord\u00e9e de fourrure sent la b\u00eate \u00e0 force d\u2019\u00eatre mouill\u00e9e et se raidit \u00e0 force d\u2019\u00eatre s\u00e9ch\u00e9e<\/p>\n\n\n\n<p style=\"font-size:18px\">les exp\u00e9riences de bord de mer \u00e0 travers l\u2019enfance d\u2019une crique \u00e0 l\u2019autre et puis premiers maillots de bain deux pi\u00e8ces premiers baisers caresses peur de la suite<\/p>\n\n\n\n<p style=\"font-size:18px\">toutes ces images d\u2019adolescence avec fortes impressions de solitude et sensations jamais retrouv\u00e9es par la suite \u00e0 c\u00f4toyer l\u2019autre genre, fusions intenses sans amour forc\u00e9ment, juste de l\u2019attirance, enivrements, apprentissage de l\u2019autre, toutes ces \u00e9motions \u00e9prouv\u00e9es sur la plage ennoy\u00e9e de lumi\u00e8re, oc\u00e9an scintillant et m\u00eame piquet\u00e9 de diamants avec l&rsquo;approche du cr\u00e9puscule<\/p>\n\n\n\n<p style=\"font-size:18px\">les tartines beurr\u00e9es recouvertes d\u2019\u00e9clats de chocolat Poulain taill\u00e9s au couteau, pos\u00e9es sur la table de cuisine, toutes pr\u00eates pour le go\u00fbter au retour de l\u2019\u00e9cole, compensation d\u2019une absence <\/p>\n\n\n\n<p style=\"font-size:18px\">l\u2019agneau tout petit couch\u00e9 dans la paille \u00e0 prendre dans les bras, juste n\u00e9 <\/p>\n\n\n\n<p style=\"font-size:18px\">le grand-p\u00e8re faisant escale apr\u00e8s la messe avec ses pinces \u00e0 v\u00e9lo qui remontent les pantalons et d\u00e9voilent une part de peau blanche<\/p>\n\n\n\n<p style=\"font-size:18px\">les images de march\u00e9s balinais et de rizi\u00e8res, trip psilocybe sens compl\u00e8tement \u00e0 l&rsquo;envers, beaut\u00e9 lumi\u00e8re exotisme, comment on marche dans le ciel<\/p>\n\n\n\n<p style=\"font-size:18px\">lui \u00e0 la fin si t\u00e9n\u00e9breux qui va jusqu\u2019\u00e0 son jardin pour d\u00e9sherber avec un outil qu\u2019il a fabriqu\u00e9 expr\u00e8s pour ne pas se baisser, il ne pleut plus, lui au bout du rouleau, \u00e7a se voit sur son visage mais le c\u0153ur bat encore et il ne veut pas l\u00e2cher le morceau<\/p>\n\n\n\n<p style=\"font-size:22px\">mais quel ordre donner \u00e0 cette accumulation d\u2019images et de sensations entre fantasme et r\u00e9alit\u00e9 du souvenir&nbsp;? tant de p\u00e9riodes, tant d\u2019\u00e9pisodes, tant de personnages en gros plan \u2013 et moi, o\u00f9 suis-je&nbsp;et qui suis-je dans tout \u00e7a ? sur quelle route suis-je en train de marcher&nbsp;? emport\u00e9e violemment d\u2019une sc\u00e8ne \u00e0 l\u2019autre, d\u2019un \u00e9clat \u00e0 l\u2019autre et encore un autre qui vient, un flot brutal qui ne semble pas vouloir s\u2019arr\u00eater, pulsion de vie et de mort &#8211;, oublier peu \u00e0 peu les lumi\u00e8res aveuglantes et les mondes travers\u00e9s depuis le cri de l&rsquo;origine, se fondre dans la toile, regarder le shoot d\u2019h\u00e9ro\u00efne en train de fondre dans la cuiller, apr\u00e8s il n\u2019y aura plus rien<\/p>\n\n\n\n<pre class=\"wp-block-verse\">Un sacr\u00e9 exercice ! Annie E. nous offre sa forme g\u00e9niale et g\u00e9n\u00e9reuse, et j'en ai le souffle coup\u00e9... \nj'ai laiss\u00e9 venir sans chercher \u00e0 ma\u00eetriser quelque chose de ce \"flot brutal\" et d'un coup je me sens comme \u00e9puis\u00e9e, je me sens mourir, je per\u00e7ois la pulsion qui va aller s'amenuisant quoi qu'il arrive, c'est terrible mais on dirait bien que c'est la vie quoi ! et que \u00e7a finit par rentrer dans le cr\u00e2ne cette id\u00e9e que tout va s'arr\u00eater un jour...<\/pre>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>\u00e0 feuilleter l\u2019album&nbsp;aux images s\u00e9pia bien class\u00e9es ou d\u00e9pos\u00e9es en vrac entre les pages, il y a comme des suspens, des trous, des vides, les m\u00eames ins\u00e9r\u00e9s dans le maillage de nos vies minuscules la petite maison aux volets bleus qu\u2019ils habitaient apr\u00e8s leur mariage dans la rue des Tulipes les falaises de schistes gris argent, aplomb vertigineux par endroits <a class=\"more-link\" href=\"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/autobiographies-14-flot-brutal\/\">Continuer la lecture<span class=\"screen-reader-text\">autobiographies #14 | flot brutal<\/span><span class=\"meta-nav\">&rarr;<\/span><\/a><\/p>\n","protected":false},"author":149,"featured_media":61809,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"h5ap_radio_sources":[],"footnotes":""},"categories":[2820,3040],"tags":[3046,228,3049,3047,3048],"class_list":["post-61806","post","type-post","status-publish","format-standard","has-post-thumbnail","hentry","category-cycle_autobiographies","category-autobiographies-14","tag-accumulation-dimages","tag-enfance","tag-la-vie-quoi","tag-reel-imaginaire","tag-trip"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/61806","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/users\/149"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=61806"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/61806\/revisions"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/media\/61809"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=61806"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=61806"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=61806"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}