{"id":61985,"date":"2021-12-29T11:03:51","date_gmt":"2021-12-29T10:03:51","guid":{"rendered":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/?p=61985"},"modified":"2023-05-21T20:18:32","modified_gmt":"2023-05-21T18:18:32","slug":"autobiographies-14-exterieurs-traces","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/autobiographies-14-exterieurs-traces\/","title":{"rendered":"autobiographies #14 | ext\u00e9rieurs, traces"},"content":{"rendered":"\n<p>un jardin, ou la terre battue d&rsquo;un enclos plut\u00f4t, avec deux arbres et une maison s&rsquo;ouvrant par une v\u00e9randa \u00e0 l&rsquo;arri\u00e8re plan, un fauteuil d&rsquo;osier transplant\u00e9s dans la Chine d&rsquo;apr\u00e8s la guerre des boxers, et puis une robe blanche et sur les genoux un minuscule \u00eatre enfoui dans de la dentelle<\/p>\n\n\n\n<p>un jardin, ou la terre battue d&rsquo;un enclos plut\u00f4t, avec un escalier montant vers le seuil d&rsquo;une villa, un arbuste croulant de fleurs, une terrasse bord\u00e9e de balustres, un soleil lourd et ardent, trois silhouettes enfantines<\/p>\n\n\n\n<p>une plage et une petite jet\u00e9e au ras de l&rsquo;eau en fond d&rsquo;image, la baume et la plage arri\u00e8re d&rsquo;un voilier, les bleus du ciel ardent et de la mer frissonnante, les jambes d&rsquo;un barreur<\/p>\n\n\n\n<p>un jardin, un grand fauteuil d&rsquo;osier rouge et gr\u00e8ge pos\u00e9 sur la terre battue, une table basse en bambou en \u00e9quilibre instable sur le ravinement de la terre, un pin parasol, une ruine en ciment arm\u00e9 et des buissons de lentisques<\/p>\n\n\n\n<p>une all\u00e9e bord\u00e9e de buis, s&rsquo;\u00e9largissant \u00e0 mi-chemin pour entourer une fontaine de pierre moussue, avant de reprendre, \u00e9troite, vers la marquise d&rsquo;une petite villa en briques<\/p>\n\n\n\n<p>des arbres charg\u00e9s de neige au del\u00e0 des vitres d&rsquo;une salle o\u00f9 sont align\u00e9es des chaises longues<\/p>\n\n\n\n<p>les pins qui d\u00e9gringolent en m\u00eame temps que la rue vers la mer qu&rsquo;ils cachent<\/p>\n\n\n\n<p>les frondaisons de l&rsquo;\u00eele au del\u00e0 de la Seine, de la route vers Paris, d&rsquo;une pente herbue, contempl\u00e9es depuis un balcon<\/p>\n\n\n\n<p>Tu n&rsquo;as pas capt\u00e9 ces images, tu ne les as pas vues, elles n&rsquo;existent pas, elles \u00e9taient pourtant sans doute l\u00e0, passant entre tes yeux et ce qu&rsquo;ils regardaient, lorsque des mots rappelaient des souvenirs, lorsqu&rsquo;une voix revenait dans ton pr\u00e9sent, lorsqu&rsquo;un nom de ville, de personne, une atmosph\u00e8re, un th\u00e8me, des id\u00e9es leur rendaient un semblant d&rsquo;\u00e9vidence.<\/p>\n\n\n\n<p>deux fines ceintures de cuir brun sur deux robes de coton blanc, l&rsquo;enfant encore poupine l&rsquo;a remont\u00e9e au milieu du buste, l&rsquo;a\u00een\u00e9e la porte sur les hanches comme les dames, heureuse de s&rsquo;\u00eatre vue liane souple dans la glace de l&rsquo;armoire et les yeux des autres filles<\/p>\n\n\n\n<p>le bonheur de se voir dans les yeux de cet homme, son fianc\u00e9, si diff\u00e9rent des gamins de son \u00e2ge, et tant pis pour les fleurs du parterre cultiv\u00e9 par sa s\u0153ur sur lequel se sont pos\u00e9s<\/p>\n\n\n\n<p>il a raison cet idiot qui pr\u00e9tend que le geste gracieux ne suffit pas au tennis, la balle est insensible au charme<\/p>\n\n\n\n<p>l&rsquo;annonce de la mort de son jeune fr\u00e8re, les enfants enferm\u00e9s dehors, si seule pour retenir ses larmes, l&rsquo;imb\u00e9cilit\u00e9 des hommes, la cruelle futilit\u00e9 des guerres<\/p>\n\n\n\n<p>le repos forc\u00e9, s&rsquo;obliger \u00e0 appr\u00e9cier toutes ses compagnes de maladie, s&rsquo;ent\u00eater, gu\u00e9rir, chercher \u00e0 toucher les enfants dans les lettres qu&rsquo;elle re\u00e7oit<\/p>\n\n\n\n<p>les longues conversations dans le salon au dessus de la mer, parler de livres, de musique, accueillir avec charme les descriptions des jeunes femmes aim\u00e9es par ses jeunes amis<\/p>\n\n\n\n<p>les f\u00eates, une harmonie de vie m\u00eame dans les disputes, l&rsquo;appartement le plus petit o\u00f9 tous se retrouvent sans c\u00e9r\u00e9monie visible<\/p>\n\n\n\n<p>en retrait, presque noy\u00e9e dans un buisson et d&rsquo;autant plus pr\u00e9sente, \u00e0 la lisi\u00e8re des groupes qui parlent, se restaurent, pr\u00e9sence essentielle, cloitr\u00e9e dans la surdit\u00e9 qui s&rsquo;installe, regarder vivre avec leurs amis les \u00eatres issus d&rsquo;elle et de ce corps qui vient d&rsquo;\u00eatre enterr\u00e9<\/p>\n\n\n\n<p>Pr\u00e9sence rencontr\u00e9e dans des albums, pr\u00e9sence qui a perdu le mouvement qui faisait sa gr\u00e2ce, images perdues et voix effac\u00e9e, un \u00e9cho persistant encore dans ses filles pour ceux qui savent deviner, des souvenirs devenus l\u00e9gendes sans support, un surnom que ne connaissent plus les plus jeunes, cinq photos dormant sur des meubles dans cinq sur six demeures.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>un jardin, ou la terre battue d&rsquo;un enclos plut\u00f4t, avec deux arbres et une maison s&rsquo;ouvrant par une v\u00e9randa \u00e0 l&rsquo;arri\u00e8re plan, un fauteuil d&rsquo;osier transplant\u00e9s dans la Chine d&rsquo;apr\u00e8s la guerre des boxers, et puis une robe blanche et sur les genoux un minuscule \u00eatre enfoui dans de la dentelle un jardin, ou la terre battue d&rsquo;un enclos plut\u00f4t, <a class=\"more-link\" href=\"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/autobiographies-14-exterieurs-traces\/\">Continuer la lecture<span class=\"screen-reader-text\">autobiographies #14 | ext\u00e9rieurs, traces<\/span><span 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