{"id":62028,"date":"2021-12-30T11:31:08","date_gmt":"2021-12-30T10:31:08","guid":{"rendered":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/?p=62028"},"modified":"2022-05-02T19:27:03","modified_gmt":"2022-05-02T17:27:03","slug":"autobiographie-7","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/autobiographie-7\/","title":{"rendered":"autobiographies #07 | portes"},"content":{"rendered":"\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">La porte de la petite cabane. On y acc\u00e8de par trois blocs de schistes irr\u00e9guliers, polis par les ans, glissants par temps de pluie, mousse infiltr\u00e9e dans le moindre interstice de la pierre fractur\u00e9e par le gel. Les adultes se baissent pour la franchir. Compos\u00e9e de quatre panneaux verticaux en bois v peints en ocre, elle est scell\u00e9e par deux charni\u00e8res. Des madriers en ch\u00eane de chaque c\u00f4t\u00e9 la soutiennent entre deux parties grillag\u00e9es. On tient le loquet pour p\u00e9n\u00e9trer dans un monde lumineux o\u00f9 les poussi\u00e8res jouent dans les rais du soleil se refl\u00e9tant sur les outils de savetier de notre arri\u00e8re-grand-p\u00e8re : gouges, tari\u00e8res, cuillers accroch\u00e9s sur la gauche au-dessus de sabots inachev\u00e9s sur l\u2019\u00e9tabli. Temps arr\u00eat\u00e9. On joue \u00e0 la marchande dans la partie droite enveloppant des cailloux dans de vieux journaux. C\u2019est notre cabane.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">\u00ab Si vous \u00eates pas sages, vous y serez enferm\u00e9s. \u00bb Sous la petite cabane, \u00e0 gauche des marches, la porte de la cave \u00e0 deux vantaux faits de planches verticales goudronn\u00e9es semblables \u00e0 celles de la grange en face, piquet\u00e9es de gros clous \u00e0 t\u00eate ronde comme dans les ch\u00e2teaux. Un des vantaux ferme \u00e0 cl\u00e9, carr\u00e9 de ferronnerie autour de la serrure. Noirceur \u00e0 l\u2019int\u00e9rieur d\u00e8s qu\u2019on a tir\u00e9 vers nous la poign\u00e9e verticale en m\u00e9tal noir. Le bas de la porte s\u2019effrite en raclant sur la pierre. Le temps que les yeux s\u2019habituent, un trou grillag\u00e9 dans le mur d\u2019en face permet de distinguer le casier \u00e0 bouteilles cern\u00e9 de toiles d\u2019araign\u00e9es, les bocaux de tomates et de cornichons et d\u2019\u00eatre saisi par l\u2019odeur du fromage de ch\u00e8vre m\u00eal\u00e9 \u00e0 la liqueur de cassis.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">\u00ab Attention aux poules ! \u00bb C\u2019est la seule porte d\u2019entr\u00e9e de la maison. Deux parties \u00e9gales forment cette porte vitr\u00e9e particuli\u00e8re. Le bas : une partie pleine en bois bleue ; le haut : derri\u00e8re une grille en fer forg\u00e9, un verre cath\u00e9drale ench\u00e2ss\u00e9 dans un cadre bleu s\u2019ouvrant ind\u00e9pendamment. Pratique l\u2019\u00e9t\u00e9 pour a\u00e9rer sans que les poules p\u00e9n\u00e8trent dans la cuisine. Install\u00e9 aux beaux jours, le rideau souple en bouchons multicolores en plastique la double pour en interdire l\u2019entr\u00e9e aux mouches. Lever les lani\u00e8res, s\u2019entortiller dedans avant de sortir dans la cour. Quand on quitte la maison, on met la clef sous le pot de b\u00e9gonias de la fen\u00eatre la plus \u00e9loign\u00e9e de la porte.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">La poign\u00e9e en porcelaine ovale de la taille d\u2019un oeuf ouvre la porte en ch\u00eane de la chambre. Nous n\u2019y allons que pour dormir. Dans la journ\u00e9e la porte ferm\u00e9e maintient la chaleur dans la salle \u00e0 manger o\u00f9 flamboie le feu. Tourner dans sa main la poign\u00e9e en porcelaine augure du froid qui nous happera dans la chambre aux pav\u00e9s de gr\u00e8s rouge o\u00f9 perlent de minuscules gouttes.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">On franchit la porte du garage apr\u00e8s avoir pass\u00e9 la barri\u00e8re aux croisillons en pin sylvestre rouges. Espace ciment\u00e9 en pente entre les deux, notre m\u00e8re y garera son Aronde. Deux murets en ciment de chaque c\u00f4t\u00e9, trou\u00e9s sym\u00e9triquement par quatre marches pour rattraper le niveau du jardin. On l\u2019appelle aussi porte du sous-sol, porte accord\u00e9on, compos\u00e9e de quatre panneaux, articul\u00e9s en bois verni dor\u00e9, vitr\u00e9s dans le tiers du haut. Solide, elle r\u00e9siste aux ballons non arr\u00eat\u00e9s par le gardien de but. Ouvrir un seul panneau suffit pour entrer ; toujours en la refermant, elle claque car il faut la pousser tr\u00e8s fort, charg\u00e9 de son cartable. On est happ\u00e9 par l\u2019odeur de linge bouilli ou d\u2019ammoniaque si notre m\u00e8re a coiff\u00e9 une cliente. L\u2019hiver, avant d\u2019entrer, il y en a un qui tend le bras pour appuyer sur l\u2019interrupteur gris dans son boitier plastique \u00e0 droite sur le mur.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">En haut de l\u2019escalier en ciment, peint en grenat, qui va du sous-sol au premier \u00e9tage, il faut la passer, cette porte en bois plein qui d\u00e9bouche sur le vestibule. Ouvrir cette porte dont la poign\u00e9e parait haute pour notre taille est p\u00e9rilleux. Est-ce parce qu\u2019on est en contre-bas, ou parce qu\u2019on ne peut s\u2019accrocher \u00e0 la poign\u00e9e en bec de cane que d\u2019une main \u00e0 cause du cartable ou des courses ? Pousser de toutes ses forces pour ne pas \u00eatre d\u00e9s\u00e9quilibr\u00e9 en arri\u00e8re. Ouf ! Les chaussons touchent le carrelage ; accueilli par l\u2019odeur du pot au feu ou de la soupe, on donne un violent coup d\u2019\u00e9paule pour la refermer derri\u00e8re nous.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Il faut contourner la chaumi\u00e8re pour y parvenir. Au milieu du pignon, elle est surmont\u00e9e d\u2019une porte-fen\u00eatre donnant sur un grenier o\u00f9 l\u2019on engrangeait les provisions pour l\u2019hiver. Autrefois, celle-ci devait \u00eatre en bois plein, comme d\u2019ailleurs cette porte d\u2019entr\u00e9e compos\u00e9e aujourd\u2019hui de dix petits carreaux dont deux en verre de couleur rouge et jaune. Effet vitrail qui l\u2019avait s\u00e9duite. Demeure en bas de la porte une partie pleine en ch\u00eane, assortie aux colombages des murs. La poign\u00e9e sur la droite encastr\u00e9e dans une ferrure cisel\u00e9e \u00e0 fleur \u00e0 ses deux extr\u00e9mit\u00e9s lui ouvre la porte d\u2019un monde r\u00eav\u00e9 avec poutres apparentes, tomettes et feu de chemin\u00e9e.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">L\u00e9g\u00e8rement en retrait, on pourrait ne pas la voir. Porte monumentale \u00e0 deux lourds vantaux en bois massif, chacun divis\u00e9 en trois parties, moulures agr\u00e9ment\u00e9es de parements. Encadr\u00e9e de pierres de taille blanches de cet immeuble haussmannien, elle d\u00e9tonne \u00e0 deux pas des vitrines clinquantes de robes de mari\u00e9es, de t\u00e9l\u00e9phones portables, de tissus exotiques, de parures de bijoux orientales. Avant d\u2019y arriver, sortir son t\u00e9l\u00e9phone ou son carnet d\u2019adresses afin de taper le code sur le boitier du c\u00f4t\u00e9 droit. Pousser tr\u00e8s fort le vantail d\u00e8s qu\u2019on entend le clic. Si on n\u2019est pas assez rapide, recommencer l\u2019op\u00e9ration. Enfin, on p\u00e9n\u00e8tre ; bruit sourd de la porte qui se referme, isolant du brouhaha de la rue. Haut plafond \u00e0 moulures dans la vaste entr\u00e9e vert c\u00e9ladon. Sur la droite, la loge vitr\u00e9e de la concierge derri\u00e8re son rideau. S\u2019avancer sur plusieurs m\u00e8tres dans cet univers ouat\u00e9 pour parvenir \u00e0 une autre porte style Art D\u00e9co, autre code \u00e0 taper, autre fronti\u00e8re \u00e0 franchir.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>La porte de la petite cabane. On y acc\u00e8de par trois blocs de schistes irr\u00e9guliers, polis par les ans, glissants par temps de pluie, mousse infiltr\u00e9e dans le moindre interstice de la pierre fractur\u00e9e par le gel. Les adultes se baissent pour la franchir. 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