{"id":62031,"date":"2021-12-30T12:06:35","date_gmt":"2021-12-30T11:06:35","guid":{"rendered":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/?p=62031"},"modified":"2021-12-31T22:47:37","modified_gmt":"2021-12-31T21:47:37","slug":"autobiographie-09-ou-lon-pourrait-poursuivre-indefiniment","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/autobiographie-09-ou-lon-pourrait-poursuivre-indefiniment\/","title":{"rendered":"autobiographies #09 | o\u00f9 l&rsquo;on pourrait poursuivre ind\u00e9finiment"},"content":{"rendered":"\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Quelques chaises dans un tout petit espace, salle d\u2019attente destin\u00e9e \u00e0 un seul patient, quelques magazines soigneusement rang\u00e9s sur une table basse. Il n\u2019y a personne. On passe la porte, le sol est \u00e0 carrelage ouvrag\u00e9 avec des rosaces, une jeune femme les contemple en silence, avec application, en face d\u2019elle un grand bureau quasiment vide, un homme est assis dans un fauteuil \u00e0 demi tourn\u00e9, ils ne l\u00e8vent m\u00eame pas la t\u00eate. Obscurit\u00e9 profonde. C\u2019est un tunnel. Il s\u2019ouvre sur une sorte d\u2019antre o\u00f9 la lumi\u00e8re filtre \u00e0 peine par la paroi, orang\u00e9e, un enfant y est lov\u00e9, tranquille, c\u2019est son refuge. On passe. La lumi\u00e8re \u00e9blouit d\u2019un coup, la baie vitr\u00e9e s\u2019ouvre en grand, on est au bord de tomber dans la vall\u00e9e o\u00f9 la neige est sem\u00e9e partout, une femme est assise sur un lit, son t\u00e9l\u00e9phone \u00e0 la main, un enfant s\u2019avance vers elle en larmes, un collant de laine \u00e0 la main, \u00ab\u00a0Maman m\u2019a dit de venir te voir\u00a0\u00bb, \u00ab\u00a0&#8211; Je suis occup\u00e9e\u00a0\u00bb lui r\u00e9pond-t-elle. On traverse une cour \u00e0 petits parterres de fleurs, on passe une porte vitr\u00e9e \u00e0 carreaux, un jeune homme est de dos, il joue sur un piano demi-queue, une adolescente est occup\u00e9e \u00e0 sortir de son \u00e9tui un saxophone, on \u00e9vite de marcher sur les piles de livres, on passe. Ici les instruments sont accroch\u00e9s aux murs, une mandoline, un violon, une guitare s\u00e8che, au milieu du salon, un homme peint, la lumi\u00e8re vient \u00e9clairer son geste \u00e0 travers les rideaux et les plantes vertes. Blancheur m\u00e9dicale. C\u2019est un couloir qui s\u2019ouvre sur une enfilade de chambres, toutes \u00e9quip\u00e9es pareillement, presque nues, des silhouettes rasent les murs en robe de chambre, au ralenti. On passe sans qu\u2019elles s\u2019en aper\u00e7oivent. L\u2019obscurit\u00e9 de nouveau, par l\u2019entreb\u00e2illement d\u2019une \u00e9paisse porte en bois, deux chats dardent leur regard interrogateur, \u00e7a sent l\u2019humidit\u00e9, la moisissure, les crottes, \u00e0 droite un tas de bois de chauffage empil\u00e9 \u00e0 la va-vite, c\u2019est une ancienne porcherie, le sol de grosses pierres est \u00e9quip\u00e9 d\u2019une rigole en son milieu, les fen\u00eatres transpirent les toiles d\u2019araign\u00e9e et une vieille charrette d\u00e9cr\u00e9pite dort dans un coin. On passe. Les chats s\u2019\u00e9gaillent. Une chambre de petite fille, elle joue \u00e0 genoux sur le tapis, en culotte, autour d\u2019elle des meubles miniatures, blancs et roses, sont install\u00e9s en une sc\u00e8ne. La lumi\u00e8re se prend dans ses longs cheveux. Elle se fait jaune-orang\u00e9e en se refl\u00e9tant sur les murs, o\u00f9 court une frise avec des petits indiens, une autre chambre d\u2019enfants, deux lits \u00e0 barreaux de chaque c\u00f4t\u00e9 de la pi\u00e8ce, au centre dans un parc octogonal deux b\u00e9b\u00e9s assis sont comme en miroir, ne serait la couleur de leur pyjama. On saute par la fen\u00eatre, on atterrit sur un sol \u00e0 mosa\u00efque bleue, \u00e0 droite un lavabo et une cloison o\u00f9 s\u2019alignent un lit et un bureau, les murs de peinture vert pastel sont \u00e9caill\u00e9s, quelques affiches imprim\u00e9es, quelques cartes postales, sur le bureau une t\u00e9l\u00e9vision cathodique combin\u00e9e lecteur VHS diffuse un match de football, France-Br\u00e9sil, des \u00e9tudiants, moustache et d\u00e9bardeur blanc sont assis sur le lit, la chaise, la petite table. \u00c7a sent le caf\u00e9 et les oignons frits, la transpiration aussi. Exultation. Derri\u00e8re le mur, une jeune femme en sous-v\u00eatements, porte-jarretelles et talons hauts, marche d\u2019un pas mal assur\u00e9 devant un homme plus \u00e2g\u00e9, bedonnant, d\u00e9garni, assis sur un canap\u00e9, il est habill\u00e9, les jambes \u00e9cart\u00e9es, les mains crois\u00e9es devant lui, il lui intime \u00ab\u00a0plus lentement\u2026 c\u2019est bien\u00a0\u00bb. On passe. Petite cour, lumi\u00e8re sale, qui tombe dans le carr\u00e9 entre les immeubles, trois personnes fument en rigolant autour d\u2019une table vermoulue o\u00f9 d\u00e9borde un cendrier, l\u2019une penche la t\u00eate en arri\u00e8re pour noyer le pan de ciel de sa fum\u00e9e, par une des portes on entend le bruit des claviers et du t\u00e9l\u00e9phone qui sonne, des exclamations. On passe, dans l\u2019obscurit\u00e9 d\u2019un garage, une fillette est juch\u00e9e sur une moto rouge, elle fait le bruit du moteur avec sa bouche et s\u2019enfuit par la porte qui donne sur un jardin.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Quelques chaises dans un tout petit espace, salle d\u2019attente destin\u00e9e \u00e0 un seul patient, quelques magazines soigneusement rang\u00e9s sur une table basse. Il n\u2019y a personne. 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