{"id":62083,"date":"2021-12-31T17:11:11","date_gmt":"2021-12-31T16:11:11","guid":{"rendered":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/?p=62083"},"modified":"2021-12-31T17:36:01","modified_gmt":"2021-12-31T16:36:01","slug":"autobiographies-14-quarante-huit-cendres","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/autobiographies-14-quarante-huit-cendres\/","title":{"rendered":"autobiographies #14 | quarante-huit cendres"},"content":{"rendered":"\n<p>les petits temples dans les champs, les statues bariol\u00e9es, ou rong\u00e9es par la l\u00e8pre du temps, les train\u00e9es de cire rouge, les traces de sang, les plumes, les cendres, la poussi\u00e8re, et parfois des traces d\u2019une visite r\u00e9cente, odeur sucr\u00e9e, sure de l\u2019alcool de riz<\/p>\n\n\n\n<p>l\u2019\u00e9t\u00e9 de la canicule parmi les canards du Pradeau, leur d\u00e9sarroi, leur cr\u00e2ne et leur dos pel\u00e9s, leur d\u00e9sapprobation certaine et l\u2019\u00e9trange rite cannibale qui les pousse \u00e0 se d\u00e9vorer mutuellement le croupion<\/p>\n\n\n\n<p>les noirs d\u2019Odilon Redon, leur maladresse presque saugrenue et certainement d\u00e9rangeante, le ciel des \u00e9tourneaux, les rivi\u00e8res de d\u00e9cembre<\/p>\n\n\n\n<p>les grands illustr\u00e9s de la biblioth\u00e8que aux portes grillag\u00e9es du second<\/p>\n\n\n\n<p>teuf, teuf, teuf, les bateaux qui avancent entre les rives hautes, les ribambelles hybrides sous le ciel blanc, buffles, palanches, chapeaux, v\u00e9los, la vie l\u00e0-haut<\/p>\n\n\n\n<p>les m\u00e8ches de cheveux \u00e9chang\u00e9es, gard\u00e9es, signets<\/p>\n\n\n\n<p>l\u2019incendie<\/p>\n\n\n\n<p>les touches argent\u00e9es du magn\u00e9tophone pos\u00e9 sur la table basse du salon, record, lecture, rewind, un piano de voix entre dans la bo\u00eete noire, s\u2019imprime sur la bande grise qui s\u2019enroule sur les roues dentel\u00e9es, isabelle maman mamie papa ap\u00e9e mamieap\u00e9e<\/p>\n\n\n\n<p>elle marche toujours devant<\/p>\n\n\n\n<p>la cage d\u2019escalier de la Renardi\u00e8re, apr\u00e8s le virage \u00e0 l\u2019angle de la barre, vent fort \u00e0 tr\u00e8s fort qui force \u00e0 plier le corps, apr\u00e8s la gueule carr\u00e9e du porche tenu par des caryatides d\u00e9sabus\u00e9es, bonjour madame, l\u2019ascenseur qui soupire, l\u2019escalier de nougat mais qui sent la pisse et d\u2019autres choses qu\u2019on ne sait pas, des coulures, des traces sur le mur jaune, des bites chattes aux lettres cass\u00e9es<\/p>\n\n\n\n<p>les livres les livres les livres les livres les livres les livres partout tout le temps la g\u00e9ographie blanche et la vie de papier, bassins versants, confluences<\/p>\n\n\n\n<p>les sons \u00e9touff\u00e9s dans le poudroiement d\u2019un matin p\u00e9kinois.<\/p>\n\n\n\n<p>le mort de Bretagne, les crapauds, la voix de la radio qui marche sur la lune, les minuscules crabes qui courent dans les flaques de mer, les \u00e9paules qui p\u00e8lent, le bruit du ressac, jour nuit jour<\/p>\n\n\n\n<p>le coup de t\u00e9l\u00e9phone qui entre dans l\u2019espace pour annoncer la mort d\u2019un.e proche avec une voix inconnue, d\u00e9sincarn\u00e9e, sans timbre, qui use des mots de circonstance, une voix qui n\u2019a pas de bras o\u00f9 se r\u00e9fugier, et pleurer, pleurer pleurer sans fin<\/p>\n\n\n\n<p>H\u00e9l\u00e8ne, sa place est vide dans la classe, elle est marqu\u00e9e absente sur le cahier d\u2019appel, plusieurs semaines, on ne sait pas, sa place brille avec les beaux jours, l\u2019\u00e9t\u00e9 qui approche, les grandes vacances, quand elle revient, elle marche avec une jambe rouge sous sa blouse, la ma\u00eetresse dit bassine confiture br\u00fblure<\/p>\n\n\n\n<p>les cheveux qui s\u2019en vont<\/p>\n\n\n\n<p>la f\u00e9e d\u2019hiver, ses yeux, ses seins, la neige<\/p>\n\n\n\n<p>le corso fleuri, la procession, le papier cr\u00e9pon, les demoiselles d\u2019honneur, les tableaux vivants, les man\u00e8ges, les auto tamponneuses, les amoureux<\/p>\n\n\n\n<p>le crachin de Limoges \u00e0 l\u2019heure de la cantine, entre midi et deux, la veste d\u2019une autre \u00e9poque qui sent la pluie, l\u2019adolescence, les cigarettes au Consulat, la lucarne au-dessus de la bu\u00e9e des vitrines, le visage de Jacques Brel, il est mort<\/p>\n\n\n\n<p>les slows, danses de lits \u00e0 deux debout, enfouis l\u2019un dans l\u2019autre, Hotel California, le concert de Cologne, le cou, les cheveux, les mains, la langue<\/p>\n\n\n\n<p>clac clac clac, les sabots su\u00e9dois dans les escaliers du lyc\u00e9e aux interclasses et \u00e0 la r\u00e9cr\u00e9, les sabots en vacances sur les rochers coupants qui fendent la peau comme des couteaux, le sang, l\u2019amoureux qui suit du doigt la trace, l\u2019\u00e9criture de la blessure<\/p>\n\n\n\n<p>le chien sans vie, le temple de Delphes<\/p>\n\n\n\n<p>les demoiselles de Rochefort, les jupes et les b\u00e9rets, deux s\u0153urs, des amoureux, les d\u00e9m\u00e9nageurs, Deneuve, Dorl\u00e9ac, la femme coup\u00e9e en morceaux<\/p>\n\n\n\n<p>la rue Jean-Jacques Rousseau et la rue Jean-Jacques Rousseau<\/p>\n\n\n\n<p>la dinde de No\u00ebl<\/p>\n\n\n\n<p>le petit vermicelle<\/p>\n\n\n\n<p>le livre ouvert, cach\u00e9 sous la table<\/p>\n\n\n\n<p>les yeux noirs, les cheveux noirs, les gar\u00e7ons filles, gracieux, polis, timides, p\u00e9n\u00e9trant mot \u00e0 mot nos langues lyc\u00e9ennes, enfants du peuple des bateaux d\u00e9barqu\u00e9s de conflits lointains qu\u2019on ne conna\u00eet pas trop<\/p>\n\n\n\n<p>un matin d\u2019hiver, la glace dans les bassins de Versailles<\/p>\n\n\n\n<p>le chat couch\u00e9 dans la terre, les reliques<\/p>\n\n\n\n<p>les films de Raoul Ruiz, Le myst\u00e8re Picasso et Querelle de Brest dans un cin\u00e9ma du c\u00f4t\u00e9 de l\u2019\u00e9cole de m\u00e9decine<\/p>\n\n\n\n<p>la vall\u00e9e de Swat, les statues de schiste vert du mus\u00e9e de Peshawar, les fa\u00e7ades en bois de son bazar, les \u00e9toiles de l\u2019Hindou Koush<\/p>\n\n\n\n<p>les lentilles de contact qui sautent des yeux comme des \u00e9cailles n\u2019importe o\u00f9, inopin\u00e9ment, qui capturent la poussi\u00e8re, la glissent sous la peau des paupi\u00e8res comme du papier de verre, douleur des jambes de sir\u00e8ne<\/p>\n\n\n\n<p>la couleuvre jaune et verte<\/p>\n\n\n\n<p>la petite fille aux boucles noires autour d\u2019un visage de tableau d\u2019\u00e9glise, le dimanche, sur le chemin de Sainte-Bernadette et les lapins sans yeux qui rigolent au cimeti\u00e8re de Louyat<\/p>\n\n\n\n<p>le jour sans la nuit d\u2019un ultime voyage<\/p>\n\n\n\n<p>les genoux couronn\u00e9s, le mercurochrome, la cour de r\u00e9cr\u00e9, les collants d\u00e9chir\u00e9s, le facteur n\u2019est pas pass\u00e9<\/p>\n\n\n\n<p>l\u2019\u00e9pitaphe de la jeune morte dans le petit cimeti\u00e8re que les arbres mangent<\/p>\n\n\n\n<p>les marionnettes<\/p>\n\n\n\n<p>le ruban du petit cirque<\/p>\n\n\n\n<p>les nuits dans le bruit de la mer et les parfums de juillet<\/p>\n\n\n\n<p>les souliers abandonn\u00e9s sur l\u2019appui de la fen\u00eatre de l\u2019h\u00f4tel<\/p>\n\n\n\n<p>o\u00f9 s\u2019arr\u00eater<\/p>\n\n\n\n<p>nos voix<\/p>\n\n\n\n<p>la vague<\/p>\n\n\n\n<p>vos l\u00e8vres sur ma bouche<\/p>\n\n\n\n<p>notre silence dans la pagode des parfums<\/p>\n\n\n\n<p>les cendres<\/p>\n\n\n\n<div class=\"wp-block-buttons is-layout-flex wp-block-buttons-is-layout-flex\">\n<div class=\"wp-block-button\"><a class=\"wp-block-button__link\">comme une capsule temporelle du 31 d\u00e9cembre 2021<\/a><\/div>\n\n\n<\/div>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>les petits temples dans les champs, les statues bariol\u00e9es, ou rong\u00e9es par la l\u00e8pre du temps, les train\u00e9es de cire rouge, les traces de sang, les plumes, les cendres, la poussi\u00e8re, et parfois des traces d\u2019une visite r\u00e9cente, odeur sucr\u00e9e, sure de l\u2019alcool de riz l\u2019\u00e9t\u00e9 de la canicule parmi les canards du Pradeau, leur 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