{"id":62197,"date":"2022-01-04T12:49:06","date_gmt":"2022-01-04T11:49:06","guid":{"rendered":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/?p=62197"},"modified":"2022-01-04T12:49:07","modified_gmt":"2022-01-04T11:49:07","slug":"autobiographies-13-voix-evaporees","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/autobiographies-13-voix-evaporees\/","title":{"rendered":"autobiographies #13 | voix \u00e9vapor\u00e9es"},"content":{"rendered":"\n<p>Elle, cette voix rieuse que j\u2019esp\u00e9rais au d\u00e9but de chaque \u00e9t\u00e9. Descendre l\u2019all\u00e9e de gravillons, fr\u00f4ler les roses tr\u00e9mi\u00e8res inclin\u00e9es vers la lumi\u00e8re, poussez le portail et entendre <em>bonjour ma ch\u00e9rie&nbsp;! Ah&nbsp;! Tu es l\u00e0&nbsp;!, <\/em>les yeux pliss\u00e9s de sourire. Elle s\u2019inqui\u00e9tait du d\u00e9jeuner lorsque la cloche de l\u2019\u00e9glise sonnait midi, juste avant la rembal\u2019 du march\u00e9. Une ou deux belles tomates cueillies au potager, me sugg\u00e9rant, r<em>egarde s\u2019il n\u2019y a pas quelques fraises bien rouges pour le dessert. <\/em>Des palourdes en entr\u00e9e, p\u00each\u00e9es la veille, la main enfonc\u00e9e dans la vase, partie \u00e0 l\u2019inconnu d\u2019invisibles signes qu\u2019elle seule d\u00e9chiffre<em>, tu vois ces trous, cette l\u00e9g\u00e8re mousse, c\u2019est l\u00e0 qu\u2019il faut fouiller<\/em>. Sur le porte bagage, la p\u00eache est sangl\u00e9e, les cheveux blancs caressant le vent. Les ann\u00e9es r\u00e9p\u00e8tent le plaisir des chemins parcourus, s\u2019extasiant encore devant le miroitement des pyramides de sel, le flamand rose \u00e9piant sa trajectoire, tandis qu\u2019elle p\u00e9dale en cadence, bien droite. Croisant un voisin, elle met pied \u00e0 terre&nbsp;: <em>Comment va votre m\u00e8re&nbsp;? elle r\u00e9conforte, s\u2019exclame brusquement, Vous viendrez ramasser des prunes&nbsp;? Il donne tant cette ann\u00e9e&nbsp;! on prendra le caf\u00e9&nbsp;!<\/em> <\/p>\n\n\n\n<p>Elle, cette voix fatigu\u00e9e, qu\u2019il arrache \u00e0 une toux chronique, un essoufflement du corps. Il n\u2019est pas sorti \u00e0 cause du temps orageux, de la petite pluie qui transperce jusqu\u2019\u00e0 la chair. Pour dormir il prend des pilules, se plaint d\u2019un r\u00e9veil trop matinal, avoue qu\u2019avant il ne dormait pas la nuit. Mais il bougonne&nbsp;: \u00e7a me donne plus de temps pour m\u2019ennuyer. Je ne pensais pas \u00eatre alit\u00e9 si longtemps, \u00e9crit-il dans un cahier bleu petit format. Non, on ne lui a jamais appris l\u2019oisivet\u00e9 ni la paresse. Sa voix tra\u00eene \u00e0 l\u2019ombre des volets tir\u00e9s, le long des all\u00e9es arpent\u00e9es, se reposant, le corps appuy\u00e9 contre le tronc du poirier, celui du cerisier ou la margelle du pont, le temps de retrouver le souffle disparu. On lui propose un voyage de quelques jours, une sortie en ville, il suit, regrettant au retour. Le plus souvent il garde pour lui remords et d\u00e9ception, note dans son journal le temps qui lui \u00e9chappe et la m\u00e9t\u00e9o du jour. Il se p\u00e8se chaque semaine, perdant, regagnant du poids, mangeant pourtant avec app\u00e9tit. Et il peste contre son sort, les amis qui l\u2019oublient, les visites qui deviennent rares et la vie qui semble plus belle au-del\u00e0 du large portail de la maison.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Elle, cette voix rieuse que j\u2019esp\u00e9rais au d\u00e9but de chaque \u00e9t\u00e9. Descendre l\u2019all\u00e9e de gravillons, fr\u00f4ler les roses tr\u00e9mi\u00e8res inclin\u00e9es vers la lumi\u00e8re, poussez le portail et entendre bonjour ma ch\u00e9rie&nbsp;! Ah&nbsp;! Tu es l\u00e0&nbsp;!, les yeux pliss\u00e9s de sourire. Elle s\u2019inqui\u00e9tait du d\u00e9jeuner lorsque la cloche de l\u2019\u00e9glise sonnait midi, juste avant la rembal\u2019 du march\u00e9. 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