{"id":62291,"date":"2022-01-08T12:58:38","date_gmt":"2022-01-08T11:58:38","guid":{"rendered":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/?p=62291"},"modified":"2022-07-23T23:58:14","modified_gmt":"2022-07-23T21:58:14","slug":"autobiographies-15-enigme-des-serrures-et-des-targettes-2","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/autobiographies-15-enigme-des-serrures-et-des-targettes-2\/","title":{"rendered":"autobiographies #15 | \u00e9nigme des serrures et des targettes"},"content":{"rendered":"\n<p>Cette envie \u00e9trange de p\u00e9n\u00e9trer dans une vieille maison comme s&rsquo;il s&rsquo;agissait d&rsquo;un sanctuaire. Ecrire un texte ressemble \u00e0 cela.<\/p>\n\n\n\n<figure class=\"wp-block-image size-large is-style-rounded\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"768\" height=\"1024\" src=\"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2022\/01\/20130725_191950-768x1024.jpg\" alt=\"\" class=\"wp-image-62393\" srcset=\"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2022\/01\/20130725_191950-768x1024.jpg 768w, https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2022\/01\/20130725_191950-315x420.jpg 315w, https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2022\/01\/20130725_191950-1152x1536.jpg 1152w, https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2022\/01\/20130725_191950.jpg 1536w\" sizes=\"auto, (max-width: 768px) 100vw, 768px\" \/><\/figure>\n\n\n\n<p><\/p>\n\n\n\n<p>C&rsquo;est toujours la maison ou les maisons connues dont tu te souviens en d\u00e9tail, plut\u00f4t que celle des autres qui para\u00eet bien plus inaccessible. Une habitation est un corps que les guerres et les intrusions profanent . <\/p>\n\n\n\n<p>La mort la rend vacante et en attente d&rsquo;une visite bienveillante. Ce n&rsquo;est jamais uniquement une affaire d&rsquo;h\u00e9ritage ou de patrimoine, c&rsquo;est un d\u00e9fi de transmission sentimentale ou d&rsquo;oubli plus ou moins assum\u00e9. Comment d\u00e9blayer les restes d&rsquo;une vie humaine, familiale ou solitaire. Des tractopelles de sinistre m\u00e9moire, des raz de mar\u00e9e, des temp\u00eates, des bombardements, des expropriations, des ventes volontaires ou forc\u00e9es, des expulsions&#8230; Toutes les images d&rsquo;\u00e9cran ou de journaux affluent m\u00e9chamment \u00e0 ce propos. Lui , en revenant du cin\u00e9ma me disait hier &#8230; on n&rsquo;a pas besoin de voir pour savoir que \u00e7a existe. Il ne faut pas imposer une image de souvenir a fortiori film\u00e9e \u00e0 qui que ce soit.  Le voyeurisme endoscopique des cam\u00e9ras fouaille avec d\u00e9lectation, les ruines  et les souvenirs remasteris\u00e9s&#8230; Quelque chose de path\u00e9tique et cruel se joue \u00e0 chaque fois. Les survivants cherchent \u00e0 retrouver ce qui leur permettrait de reconna\u00eetre un peu de leur vie ant\u00e9rieure mais la nostalgie est souvent f\u00e9roce \u00e0 leurs d\u00e9pens. La perte est presque un art de vivre les \u00e9tats graduels ou brutaux d&rsquo;une d\u00e9possession personnelle ou collective.  Seul le r\u00eave restitue des formes affectives flottantes mais non suffisantes pour la consolation constante, elles sont comme des tissus a\u00e9riens, fragiles ou imputrescibles, soulev\u00e9s par un souffle venu de nulle part, ou plut\u00f4t si,  pulsant d&rsquo;un trou noir aspirant \u00e0 l&rsquo;envers qu&rsquo;on appellera  provisoirement n\u00e9ant. Tu l&rsquo;imagines cosmos sid\u00e9ral, pour essayer de se l\u00e9guer sans trop d&rsquo;angoisse un destin,bient\u00f4t immat\u00e9riel,  constell\u00e9 de poussi\u00e8res dans la lumi\u00e8re id\u00e9ale, aveuglante d&rsquo;un astre fou. <\/p>\n\n\n\n<figure class=\"wp-block-image size-large is-style-rounded\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"1024\" height=\"768\" src=\"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2022\/01\/20130801_185137-1024x768.jpg\" alt=\"\" class=\"wp-image-62416\" srcset=\"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2022\/01\/20130801_185137-1024x768.jpg 1024w, https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2022\/01\/20130801_185137-420x315.jpg 420w, https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2022\/01\/20130801_185137-768x576.jpg 768w, https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2022\/01\/20130801_185137-1536x1152.jpg 1536w, https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2022\/01\/20130801_185137.jpg 2048w\" sizes=\"auto, (max-width: 1024px) 100vw, 1024px\" \/><\/figure>\n\n\n\n<p><br><br>Dans les maisons encore bien pr\u00e9sentes \u00e0 l&rsquo;esprit, il y a des lampes. Tu aimes leur personnalit\u00e9, leur provenance. Tu es tr\u00e8s exigeante \u00e0 leur sujet, elles ne doivent pas te faire faux bond. Tu les aimes belles et simples, assorties aux autres objets. Le p\u00e8re engueulait les m\u00f4mes  lorsqu&rsquo;ils lisaient en tournant le dos \u00e0 la source de lumi\u00e8re, ampoule ou fen\u00eatre. Tu vas t&rsquo;abimer les yeux, \u00e7a ob\u00e9issait illico, ce n&rsquo;est pas si souvent que la lecture est encourag\u00e9e dans une maison o\u00f9 les t\u00e2ches m\u00e9nag\u00e8res font l&rsquo;objet d&rsquo;une gestion maternelle anxieuse et souvent d\u00e9sesp\u00e9r\u00e9e. Oh ! mon dieu que la terre est basse&#8230;  Il faut encore et encore et chaque jour faire les courses avec un porte-monnaie raplapla ou \u00e0 cr\u00e9dit, pr\u00e9parer le repas \u00e0 temps, ranger  et r\u00e9curer derri\u00e8re tout le monde, supporter les reproches et le manque de reconnaissance. Vie de bonne \u00e0 tout faire, vie vol\u00e9e, vie exploit\u00e9e&#8230; Et pourtant elle rit et s&rsquo;active, elle en a plein le dos, plein les pattes, des corv\u00e9es avec toute la marmaille et les directives patriarcales qui confinent le d\u00e9sir d&rsquo;\u00e9vasion&#8230; <\/p>\n\n\n\n<figure class=\"wp-block-image size-large is-style-rounded\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"1024\" height=\"768\" src=\"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2022\/01\/20130729_173732-1024x768.jpg\" alt=\"\" class=\"wp-image-62417\" srcset=\"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2022\/01\/20130729_173732-1024x768.jpg 1024w, https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2022\/01\/20130729_173732-420x315.jpg 420w, https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2022\/01\/20130729_173732-768x576.jpg 768w, https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2022\/01\/20130729_173732-1536x1152.jpg 1536w, https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2022\/01\/20130729_173732.jpg 2048w\" sizes=\"auto, (max-width: 1024px) 100vw, 1024px\" \/><\/figure>\n\n\n<p style=\"text-align: justify\">Rodolphe t&rsquo;a envoy\u00e9 un S.M.S et une photo<br \/>d&rsquo;alpage enneig\u00e9 avec ses v\u0153ux un peu bizarres en raison des circonstances.<br \/>Personne n&rsquo;ose dire Bonne Ann\u00e9e cette ann\u00e9e encore, de peur de dire un<br \/>mensonge. Un peu de neige sur ta vie &#8230; tant qu&rsquo;elle n&rsquo;engloutit pas ta maison<br \/>mentale, tu l&rsquo;accueilles avec tendresse. La fraternit\u00e9 est aussi une maison<br \/>nostalgique.<\/p>\n<p><!-- \/wp:post-content --><!-- wp:paragraph --><\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">La po\u00e9sie a pris la place des maisons perdues&#8230;<br \/>elle est plus facile \u00e0 transporter et elle se renouvelle constamment. Elle est<br \/>un champ en plein air o\u00f9 celles et ceux qui \u00e9crivent construisent des cabanes,<br \/>des plateformes en bois entre les hautes branches, essayant d&rsquo;imiter les<br \/>oiseaux &#8230; Lire la po\u00e9sie est aussi important que de l&rsquo;\u00e9crire. C&rsquo;est une<br \/>combinaison int\u00e9ressante pour progresser dans la langue. Aucune maison ne<br \/>ressemble \u00e0 une autre (je veux dire de l&rsquo;int\u00e9rieur) sauf pour les versions<br \/>carc\u00e9rales et asilaires&#8230; ou celles des architectes fous. Aucun po\u00e8me ne<br \/>ressemble \u00e0 un autre, ne serait-ce parce qu&rsquo;il ne na\u00eetra jamais au m\u00eame moment.<br \/>Il peut mourir \u00e0 l&rsquo;instant,<strong> l&rsquo;\u00e9ph\u00e9m\u00e8re<\/strong> en personne, un filou,<br \/>un fileur, un funambule, cela n&rsquo;a aucune importance. Le conserver d\u00e9pend des<br \/>projets qu&rsquo;on a. On peut tout rassembler dans un manuscrit ou un tapuscrit, le<br \/>mettre en ligne, l&rsquo;envoyer dans un document pdf \u00e0 un \u00e9diteur qui se noie sous<br \/>les propositions&#8230;\u00e0 quoi bon les enquiquiner&#8230; c&rsquo;est un peu comme faire un<br \/>joli bouquet. \u00ab\u00a0plaisir d&rsquo;offrir\u00a0\u00bb&#8230;C&rsquo;est rarement d\u00e9sint\u00e9ress\u00e9, mais<br \/>il ne faut pas trop le clamer&#8230; Certaines personnes, assez nombreuses, pensent<br \/>qu&rsquo;il faut le vendre, en faire un m\u00e9tier, tu n&rsquo;as jamais \u00e9t\u00e9 dans la certitude<br \/>\u00e0 ce sujet. La po\u00e9sie c&rsquo;est du travail et du temps d\u00e9pens\u00e9 pour entrer dans<br \/>l&rsquo;antichambre des r\u00eaves et de la petite musique int\u00e9rieure. Les mots sont \u00e0<br \/>tout le monde, l&rsquo;alphabet aussi, comme les notes de musique, on apprend \u00e0<br \/>jongler avec. On est plus ou moins habile. Le solf\u00e8ge est la grammaire des<br \/>instrumentistes et des artistes qui chantent. Tu as appris \u00e0 aimer l&rsquo;op\u00e9ra,<br \/>pourtant \u00e9litiste, car le p\u00e8re en faisait \u00e9couter tous les dimanche matin en<br \/>rasant ses poils de barbe et en taillant sa moustache&#8230; La Callas est ta<br \/>madeleine de Proust.<\/p>\n<p><!-- \/wp:paragraph --><!-- wp:paragraph --><\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">On se lasse aussi, comme on se lasse des maisons,<br \/>des objets qui restent \u00e0 la m\u00eame place en incarnant l&rsquo;immobilit\u00e9 des disparus.<br \/>Les d\u00e9placer est une mani\u00e8re de se plaindre ou de protester. Jeter t&rsquo;est \u00e0 peu<br \/>pr\u00e8s impossible. Sans aller jusqu&rsquo;au je-m\u2019en-foutisme de Diog\u00e8ne, tu as trouv\u00e9<br \/>des strat\u00e9gies pour garder le plus possible ce qui a du sens pour toi.<br \/>\u00ab\u00a0Partout est le signifiant\u00a0\u00bb disait Marguerite Duras dans sa maison<br \/>film\u00e9e de Neauphle-le -ch\u00e2teau et son surestim\u00e9 \u00ab\u00a0parc\u00a0\u00bb (la fa\u00e7on dont<br \/>elle pronon\u00e7ait le mot en claquant la derni\u00e8re syllabe et qui te faisait<br \/>sourire). Votre m\u00e8re faisait la m\u00eame chose en disant qu&rsquo;elle \u00e9tait n\u00e9e dans un<br \/>ch\u00e2teau o\u00f9 il y avait une orangerie, elle appelait les propri\u00e9taires \u00a0\u00bb le<br \/>comte, les riches&#8230; \u00bb. Des souvenirs d&rsquo;avant 4 ans qu&rsquo;elle a toujours tenus<br \/>pour intacts. Le ch\u00e2teau de Fl\u00e9ch\u00e8res dans l&rsquo;Ain existe bel et bien et restaur\u00e9,<br \/>tu l&rsquo;as visit\u00e9 \u00e0 l&rsquo;\u00e2ge adulte. Une \u00e9motion encore indicible par ses<br \/>r\u00e9percussions dans l&rsquo;\u00e9criture. Marguerite, quant \u00e0 elle avait achet\u00e9 sa<br \/>magnifique maison avec les premiers droits de vente de ses publications. Elle<br \/>en semblait fi\u00e8re : un livre, une maison&#8230; l&rsquo;\u00e9quivalence est s\u00e9duisante&#8230; Tu<br \/>penses au ravissement du choix d&rsquo;un endroit o\u00f9 poser ses racines et ses souvenirs<br \/>d&rsquo;ailleurs&#8230; tu es sensible \u00e0 ce besoin et consciente de ce privil\u00e8ge. Tout le<br \/>monde ne peut pas se l&rsquo;offrir. Les pauvres qui vivent sans toit choisi sont<br \/>pour toi un scandale, une grave anomalie. On ne demandera jamais \u00e0 un renard de<br \/>vivre hors d&rsquo;un terrier qu&rsquo;il doit prot\u00e9ger pour lui et les siens. Emp\u00eacher les<br \/>autres d&rsquo;habiter ou ne pas les y aider est un crime collectif.<\/p>\n<p><!-- \/wp:paragraph --><!-- wp:paragraph --><\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">Mais tu parlais du po\u00e8me, de sa fabrication, de<br \/>son instinct de fuite cong\u00e9nital. C&rsquo;est quoi un po\u00e8me vivant ? Barbara la chanteuse<br \/>sublime disait que le musicien Jean-Louis Aubert en \u00e9tait un. Elle le chantait.<br \/>Tu revois le mur de sa maison au piano noir, porte discr\u00e8te, infranchissable,<br \/>sauf pour la cam\u00e9ra de documentalistes. Quelqu&rsquo;un s&rsquo;est assis un jour, on l&rsquo;a film\u00e9,<br \/>devant le clavier, pourtant massif, il pleurait sans bruit, il pianotait, elle<br \/>n&rsquo;est plus l\u00e0&#8230; Une petite cantate&#8230; jusqu&rsquo;au bout des voix&#8230;<\/p>\n<p><!-- \/wp:paragraph --><!-- wp:paragraph --><\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">Les maisons sont aussi des voix qu&rsquo;on ne peut<br \/>plus entendre \u00e0 la mort des \u00eatres chers. La voix fait peur, fait rire, attendrit,<br \/>la voix du po\u00e8me reprend \u00e0 son compte ces sentiments volatiles et un jour, elle<br \/>se tait. Il faut beaucoup tendre l&rsquo;oreille pour retrouver le g\u00e9nie singulier<br \/>des intonations et du vocabulaire de quelqu&rsquo;un qu&rsquo;on aime toujours. Pour<br \/>autant, se repasser dans les oreillettes ou dans une vid\u00e9o la voix des morts<br \/>peut s&rsquo;apparenter \u00e0 une torture morale. Mais c&rsquo;est la seule fa\u00e7on de r\u00e9entendre<br \/>ou entendre des propos nourrissants et de se rapprocher de v\u00e9rit\u00e9s qui nous<br \/>importent si on est pass\u00e9s \u00e0 c\u00f4t\u00e9. Ce n&rsquo;est jamais si bien dit que par<br \/>eux-m\u00eames&#8230;lles vivants et on peut comparer les versions&#8230; d\u00e9couvrir leurs<br \/>failles, leurs bravades, leurs \u00e9garements, leurs ellipses ou leurs mensonges.<br \/>Aimer vraiment quelqu&rsquo;un c&rsquo;est l&rsquo;\u00e9couter et lui parler jusqu&rsquo;au bout de sa<br \/>vie&#8230; Mais combien d&rsquo;entre nous en sommes capables ?<\/p>\n<p><!-- \/wp:paragraph --><!-- wp:paragraph --><\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">Faut-il cr\u00e9er des Maisons de Parole \u00e0 la<br \/>ressemblance des Maisons de Po\u00e9sie pour y d\u00e9poser des souvenirs vivants ou des<br \/>objets qui pourraient devenir des sujets de conversation in\u00e9dits. Tu aimes bien<br \/>les livres d&rsquo;or, ils obligent \u00e0 la pr\u00e9sence r\u00e9elle et \u00e0 la concision. Leur<br \/>anonymat en garantit un acc\u00e8s d\u00e9hi\u00e9rarchis\u00e9. Ce sont des foutoirs, des<br \/>grimoires, des livres d&rsquo;artistes parfois. L&rsquo;alphabet et la cr\u00e9ativit\u00e9<br \/>artisanale du c\u0153ur sont des biens partag\u00e9s .<\/p>\n<p><!-- \/wp:paragraph --><!-- wp:paragraph --><\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">Bernard No\u00ebl a beaucoup \u00e9crit, il s&rsquo;en est plaint<br \/>et attendait sa fin avec une certaine impatience. Tu aimais le lire et lui<br \/>envoyer des messages \u00e9lectroniques, des courriers postaux. Il en recevait<br \/>beaucoup, avait de nombreuses amiti\u00e9s et amours. Tu as connu sa derni\u00e8re maison<br \/>\u00e0 distance, gr\u00e2ce \u00e0 une amie r\u00e9alisatrice et artiste Th\u00e9s\u00e9e qui l&rsquo;a film\u00e9 deux<br \/>fois chez lui \u00e0 Mauregny. Tu as trouv\u00e9 sa \u00ab\u00a0demeure\u00a0\u00bb sympathique et famili\u00e8re,<br \/>grosse b\u00e2tisse de pierres sans doute difficilement chauffable l&rsquo;hiver, mais<br \/>lumineuse aux beaux jours, lui aussi aimait les arbres. Tu n&rsquo;as pas senti la<br \/>poussi\u00e8re, ni pr\u00eat\u00e9 attention aux d\u00e9labrements, les maisons sont aussi de<br \/>vieilles dames dont il ne faut regarder que les pommettes roses et les<br \/>bracelets pr\u00e9f\u00e9r\u00e9s, ou le regard, bien en face &#8230; Merveille que sa voix douce,<br \/>lente, envo\u00fbtante, ses gestes \u00e9l\u00e9gants et fac\u00e9tieux pour soutenir son cr\u00e2ne et effleurer<br \/>sa peau apparente. Un po\u00e8te qui ne se prend pas au s\u00e9rieux. Un militant qui n&rsquo;a<br \/>jamais c\u00e9d\u00e9 \u00e0 la facilit\u00e9 intellectuelle et aux sir\u00e8nes de la mondanit\u00e9. Il<br \/>aimait la solitude et le travail f\u00e9cond. Un \u00e9crivain qui a brav\u00e9 l&rsquo;opprobre<br \/>avec un roman de jeunesse contestataire et audacieux, publi\u00e9 sous pseudonyme,<br \/>qui ne t&rsquo;a gu\u00e8re int\u00e9ress\u00e9 pour sa crudit\u00e9 incompr\u00e9hensible et peut-\u00eatre<br \/>circonstancielle, mais dont le fond m\u00e9ritait qu&rsquo;on en parle avec les penseurs<br \/>et politiques de sa g\u00e9n\u00e9ration. La r\u00e9f\u00e9rence \u00e0 Sade emprisonn\u00e9 et dont<br \/>l&rsquo;imagination a g\u00e9n\u00e9r\u00e9 des fantasmes subversifs et pervers est manifeste. Il en<br \/>a fait dans les suites, apr\u00e8s un proc\u00e8s d\u00e9fendu par Robert Badinter et des<br \/>intellectuels de l&rsquo;\u00e9poque, un combat \u00e9thique sans rel\u00e2che et sans pardon pour<br \/>les hypocrites&#8230;<\/p>\n<p><!-- \/wp:paragraph --><\/p>\n\n<!-- wp:paragraph -->\n<p>..<\/p>\n<!-- \/wp:paragraph -->\n\n<!-- wp:image {\"id\":62418,\"sizeSlug\":\"large\",\"linkDestination\":\"none\",\"className\":\"is-style-rounded\"} -->\n<figure class=\"wp-block-image size-large is-style-rounded\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"1024\" height=\"768\" src=\"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2022\/01\/20130803_113641-1024x768.jpg\" alt=\"\" class=\"wp-image-62418\" srcset=\"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2022\/01\/20130803_113641-1024x768.jpg 1024w, https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2022\/01\/20130803_113641-420x315.jpg 420w, https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2022\/01\/20130803_113641-768x576.jpg 768w, https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2022\/01\/20130803_113641-1536x1152.jpg 1536w, https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2022\/01\/20130803_113641.jpg 2048w\" sizes=\"auto, (max-width: 1024px) 100vw, 1024px\" \/><\/figure>\n<!-- \/wp:image -->\n\n<!-- wp:paragraph -->\n<p>BN n&rsquo;\u00e9tait pour toi qu&rsquo;un petit paysan exil\u00e9 tr\u00e8s intelligent et tr\u00e8s sensible, tr\u00e8s vite sevr\u00e9 de la pr\u00e9sence maternelle, pourtant pas malheureux, qui a voyag\u00e9 et rencontr\u00e9 de bien belles personnes. Il a fait sa vie comme on dit, a r\u00e9ussi tardivement \u00e0 faire r\u00e9unir les textes de son \u0153uvre dispers\u00e9e chez P.O.L. Moins pr\u00e9occup\u00e9 par sa carri\u00e8re que par sa soif de v\u00e9rit\u00e9 et d&rsquo;oubli. Son livre sur le peintre Opalka fait partie de tes plus belles lectures. Sa passion des dictionnaires bien plus que de la litt\u00e9rature de salon. Le Dictionnaire de la Commune est un ouvrage important. Il a \u00e9t\u00e9 l&rsquo;ami attentif de peintres. Il a admir\u00e9 Magritte, Caravage et des contemporains d&rsquo;aujourd&rsquo;hui dont la mort l&rsquo;a d\u00e9vast\u00e9. Une voix manquante que tu recherches activement lorsqu&rsquo;elle te manque trop sur \u00ab\u00a0son\u00a0\u00bb \u00e9tag\u00e8re ou sur internet. Il est encore difficile de trouver des gens pour parler de lui de vive voix. Le po\u00e8me ci-dessous parle de lui. Il n&rsquo;est peut-\u00eatre pas de sa plume, tu v\u00e9rifieras. Tu l&rsquo;as trouv\u00e9 dans un livre, devenu collector, que t&rsquo;a pr\u00eat\u00e9 une lectrice de longue haleine rencontr\u00e9e \u00e0 Annonay. Le po\u00e8me est la maison du souvenir et de la gratitude.<\/p>\n<!-- \/wp:paragraph -->\n\n<!-- wp:paragraph -->\n<p><\/p>\n<!-- \/wp:paragraph -->\n\n<!-- wp:paragraph -->\n<p>La soif<\/p>\n<!-- \/wp:paragraph -->\n\n<!-- wp:paragraph -->\n<p>un caillou disparu<\/p>\n<!-- \/wp:paragraph -->\n\n<!-- wp:paragraph -->\n<p>et un taillis gronde<\/p>\n<!-- \/wp:paragraph -->\n\n<!-- wp:paragraph -->\n<p>L&rsquo;espace tremble<\/p>\n<!-- \/wp:paragraph -->\n\n<!-- wp:paragraph -->\n<p>*<\/p>\n<!-- \/wp:paragraph -->\n\n<!-- wp:paragraph -->\n<p>A nouveau tout<\/p>\n<!-- \/wp:paragraph -->\n\n<!-- wp:paragraph -->\n<p>serait dispersion preuve<\/p>\n<!-- \/wp:paragraph -->\n\n<!-- wp:paragraph -->\n<p>Syllabe l&rsquo;approche<\/p>\n<!-- \/wp:paragraph -->\n\n<!-- wp:paragraph -->\n<p>Comme saisie<\/p>\n<!-- \/wp:paragraph -->\n\n<!-- wp:paragraph -->\n<p>*<\/p>\n<!-- \/wp:paragraph -->\n\n<!-- wp:paragraph -->\n<p>Comme un drap un<\/p>\n<!-- \/wp:paragraph -->\n\n<!-- wp:paragraph -->\n<p>Souffle qu&rsquo;obstin\u00e9ment<\/p>\n<!-- \/wp:paragraph -->\n\n<!-- wp:paragraph -->\n<p>la lumi\u00e8re jette<\/p>\n<!-- \/wp:paragraph -->\n\n<!-- wp:paragraph -->\n<p>Pr\u00e8s des m\u00fbriers<\/p>\n<!-- \/wp:paragraph -->\n\n<!-- wp:paragraph -->\n<p><\/p>\n<!-- \/wp:paragraph -->\n\n<!-- wp:paragraph -->\n<p>*<\/p>\n<!-- \/wp:paragraph -->\n\n<!-- wp:paragraph -->\n<p>Sans avoir vu<\/p>\n<!-- \/wp:paragraph -->\n\n<!-- wp:paragraph -->\n<p>L&rsquo;oubli l&rsquo;oubli jamais<\/p>\n<!-- \/wp:paragraph -->\n\n<!-- wp:paragraph -->\n<p>Le m\u00eame o\u00f9 la berge<\/p>\n<!-- \/wp:paragraph -->\n\n<!-- wp:paragraph -->\n<p>B\u00e9ante appelle<\/p>\n<!-- \/wp:paragraph -->\n\n<!-- wp:paragraph -->\n<p><\/p>\n<!-- \/wp:paragraph -->\n\n<!-- wp:paragraph -->\n<p><\/p>\n<!-- \/wp:paragraph -->\n\n<!-- wp:paragraph -->\n<p><\/p>\n<!-- \/wp:paragraph -->","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Cette envie \u00e9trange de p\u00e9n\u00e9trer dans une vieille maison comme s&rsquo;il s&rsquo;agissait d&rsquo;un sanctuaire. Ecrire un texte ressemble \u00e0 cela. C&rsquo;est toujours la maison ou les maisons connues dont tu te souviens en d\u00e9tail, plut\u00f4t que celle des autres qui para\u00eet bien plus inaccessible. Une habitation est un corps que les guerres et les intrusions profanent . La mort la <a class=\"more-link\" href=\"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/autobiographies-15-enigme-des-serrures-et-des-targettes-2\/\">Continuer la lecture<span class=\"screen-reader-text\">autobiographies #15 | \u00e9nigme des serrures et des targettes<\/span><span class=\"meta-nav\">&rarr;<\/span><\/a><\/p>\n","protected":false},"author":498,"featured_media":0,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"h5ap_radio_sources":[],"footnotes":""},"categories":[1],"tags":[],"class_list":["post-62291","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-atelier"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/62291","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/users\/498"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=62291"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/62291\/revisions"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=62291"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=62291"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=62291"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}