{"id":62316,"date":"2022-01-07T18:32:54","date_gmt":"2022-01-07T17:32:54","guid":{"rendered":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/?p=62316"},"modified":"2022-01-07T22:07:02","modified_gmt":"2022-01-07T21:07:02","slug":"onirisme","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/onirisme\/","title":{"rendered":"autobiographies #15 | onirisme"},"content":{"rendered":"\n<p class=\"has-background\" style=\"background-color:#06d3e1\"><strong>Note au lecteur courageux :<br>Ce texte prend une place particuli\u00e8re dans mes \u00e9crits car il est un pont entre plusieurs. Il est, par exemple, le d\u00e9veloppement d\u2019une partie d\u2019un texte publi\u00e9 lors des ateliers d\u2019\u00e9t\u00e9, plus exactement la derni\u00e8re proposition du cycle \u00ab&nbsp;Progression&nbsp;\u00bb inspir\u00e9 par les 56 fragments de l\u2019Anvers de Bola\u00f1o, intitul\u00e9 Photographies d\u2019une ville&nbsp;invisible &#8211; cliquez <a href=\"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/photographies-dune-ville-invisible\/\">ici<\/a><\/strong> <strong>pour y acc\u00e9der &#8211; et, plus particuli\u00e8rement les fragments 26 \u00e0 30. Ce texte est aussi une sorte de pr\u00e9quelle d\u2019un manuscrit inachev\u00e9 qui surgira peut-\u00eatre un jour. J\u2019avais besoin d\u2019une telle proposition pour construire ce pont. J\u2019avais besoin de cet \u00e9l\u00e9ment architectural.<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p><em>\u00c0 vrai dire, je me souviens plus de la premi\u00e8re fois que je l\u2019ai aper\u00e7u. J\u2019ai la vague impression de le conna\u00eetre depuis toujours, ce qui, \u00e9videmment, n\u2019est gu\u00e8re envisageable. M\u00eame si la notion de \u00ab&nbsp;toujours&nbsp;\u00bb \u00e0 l\u2019\u00e9chelle d\u2019une vie humaine, la mienne en l\u2019occurrence, n\u2019a pas beaucoup de sens. Ce que je veux dire c\u2019est que j\u2019ai simplement l\u2019impression qu\u2019il a toujours fait partie de ma vie. Ou plut\u00f4t de mes nuits.<\/em><br><em>L\u2019homme dont je vous parle habite mes r\u00eaves. Ne vous m\u00e9prenez pas, ce n\u2019est pas une personne dont je r\u00eave dans le sens o\u00f9 je la d\u00e9sire, o\u00f9 je l\u2019envie, o\u00f9 je m\u2019identifie \u00e0 elle. Non, rien de tout \u00e7a, cet homme habite r\u00e9ellement dans mes r\u00eaves, il est un personnage qui en fait partie de fa\u00e7on r\u00e9currente sans, \u00e0 ma connaissance, que je ne l\u2019y ai jamais invit\u00e9. Je ne l\u2019ai jamais rencontr\u00e9 ailleurs, je ne l\u2019ai jamais vu avec mes yeux. Il vit l\u00e0 et je suis bien incapable de l\u2019en emp\u00eacher parce que mes r\u00eaves ne m\u2019appartiennent pas.&nbsp;<\/em><\/p>\n\n\n\n<figure class=\"wp-block-image size-large\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"1024\" height=\"683\" src=\"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2022\/01\/veeterzy-sMQiL_2v4vs-unsplash-1024x683.jpg\" alt=\"\" class=\"wp-image-62317\" srcset=\"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2022\/01\/veeterzy-sMQiL_2v4vs-unsplash-1024x683.jpg 1024w, https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2022\/01\/veeterzy-sMQiL_2v4vs-unsplash-420x280.jpg 420w, https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2022\/01\/veeterzy-sMQiL_2v4vs-unsplash-768x512.jpg 768w, https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2022\/01\/veeterzy-sMQiL_2v4vs-unsplash-1536x1024.jpg 1536w, https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2022\/01\/veeterzy-sMQiL_2v4vs-unsplash-2048x1365.jpg 2048w\" sizes=\"auto, (max-width: 1024px) 100vw, 1024px\" \/><\/figure>\n\n\n\n<p>Nuit du 5 au 6 mai<br>Les cerisiers sont en fleurs, une pluie de fleurs qui tombent sur le chemin. Il y a du japonais dans cette image, du Miyazaki ou du Kurosawa. L\u2019atmosph\u00e8re est suspendu au vol de ces p\u00e9tales, une impression de sucre pour la douceur presque mi\u00e8vre, une cr\u00e8me fondante, une l\u00e9g\u00e8ret\u00e9 enivrante. Je l\u2019accompagne sur ce chemin, canotier, pantalon et vestes claires, fleur \u00e0 la boutonni\u00e8re, fin XIX\u00e8me. Du Proust, jusqu\u2019aux madeleines de la Tante L\u00e9onie qui le replongent dans cette atmosph\u00e8re amoureuse. C\u2019est bien de l\u2019amour, dans la transpiration sentimentale. Je marche \u00e0 ses c\u00f4t\u00e9s et il m\u2019a reconnu. Je suis le fr\u00e8re de l\u2019aim\u00e9e, Virginie (et pas Albertine), mais j\u2019ai les traits d\u2019un ami de toujours. Il me conna\u00eet, il me voit souvent. Je suis le cam\u00e9o de ses r\u00eaves, j\u2019apparais dans chacun d\u2019eux ou presque. En toutes circonstances, \u00e0 toutes les \u00e9poques. Parfois \u00e0 ses c\u00f4t\u00e9s, comme cette fois, parfois faisant partie du d\u00e9cor. Je suis sa signature au plein de coeur de ses nuits. Je suis l\u2019acteur permanent de son inconscient.<\/p>\n\n\n\n<p>Nuit du 24 au 25 mars 2018<br>Je prends vie dans un costume gris. Je dois avoir une bonne cinquantaine d\u2019ann\u00e9es mais j\u2019en parais plus. Pas tr\u00e8s en forme, chauve pour l\u2019essentiel, replet, teint gris\u00e2tre. Je para\u00eet triste parce que je suis triste. Je sais pourquoi, c\u2019est un cauchemar. Je dois jouer dans son cauchemar. J\u2019aime pas \u00e7a. Je ressemble vaguement \u00e0 l\u2019automobiliste qui l\u2019a insult\u00e9 la veille parce qu\u2019il traversait en dehors du passage pi\u00e9ton. Et puis, pourquoi a-t-il tant mang\u00e9 hier soir ? Trois pl\u00e2tr\u00e9es de paella, c\u2019est exag\u00e9r\u00e9. Evidemment, je suis d\u00e9j\u00e0 en place quand il arrive. Lorsqu\u2019il m\u2019aper\u00e7oit, il se met imm\u00e9diatement \u00e0 courir. C\u2019est peut-\u00eatre le couteau de boucher qui lui a fait peur. Ou le sang partout dans la pi\u00e8ce. C\u2019est parti pour la course-poursuite. Je le talonne, je veux qu\u2019il sente mon souffle dans son cou. On traverse des maisons, des jardins, sans aucun doute celles et ceux de son enfance. Je le laisse avec un couteau plant\u00e9 dans le dos avant de dispara\u00eetre. Il n\u2019avait qu\u2019\u00e0 traverser sur le passage pi\u00e9ton.<\/p>\n\n\n\n<p>Nuit du 13 au 14 ao\u00fbt<br>Je ne sais pas s\u2019il m\u2019a vu. Je crois mais c\u2019est pas s\u00fbr. Cette fois-ci, je fais juste partie du d\u00e9cor. Je suis cach\u00e9 derri\u00e8re un palmier, entre les foug\u00e8res et les lianes. Mon chapeau d\u2019explorateur et mon long fusil d\u00e9passent, il regarde dans ma direction mais son regard ne s\u2019arr\u00eate pas sur moi. Il est plus int\u00e9ress\u00e9 par les h\u00e9liconias rougeoyants et les \u00e9normes fleurs des raffl\u00e9sies. L\u2019urubu \u00e0 t\u00eate rouge veille, le perroquet ara joue, le toucan toco s\u2019inqui\u00e8te et le colibri hupp\u00e9 collecte sans rel\u00e2che. Le singe hurleur hurle, le nasique nasillone, le chimpanz\u00e9 chimpanze. A quelques m\u00e8tres de moi, un jaguar inoffensif joue avec un anaconda vert, jeux de peluches. Il est heureux, \u00e7a se sent. Je fais juste partie du d\u00e9cor, le r\u00f4le n\u2019est pas gratifiant et l\u2019action peu pr\u00e9sente. C\u2019est un r\u00eave de contemplation, un r\u00f4le reposant. J\u2019aimerais bien dormir, j\u2019aimerais bien r\u00eaver moi aussi. A quoi r\u00eave un personnage de r\u00eave ? Un jour peut-\u00eatre, je le saurai. Un jour, peut-\u00eatre, je deviendrai r\u00e9el.<\/p>\n\n\n\n<p>Nuit du 19 au 20 novembre<br>Il se trouve sur un sentier avec deux amis, des copains de fac. Le soleil se couche et, tout \u00e0 coup, le ciel devient couleur rouge sang. Il s\u2019arr\u00eate, fatigu\u00e9, et s\u2019appuie contre une cl\u00f4ture tandis qu\u2019au-dessus de lui, des langues de feu emplissent le ciel. Je me trouve face \u00e0 lui, dans un champ de l\u2019autre c\u00f4t\u00e9 du sentier. Je tiens mes mains sur mes oreilles et je crie sans un un son. J\u2019ai l\u2019air hagard, les yeux grands ouverts, le visage \u00e9maci\u00e9, la peau luisante de transpiration, une barbe de plusieurs jours. Je suis dans un tableau d\u2019Edvard Munch et je crie l\u2019infini qui traverse l\u2019univers et d\u00e9chire la nature. Il me regarde sans ciller, sans partager mon effroi. Il reprend sa route et le ciel redevient bleu et rose dans la lumi\u00e8re du cr\u00e9puscule. Je ne sais pas \u00e0 quoi je sers. Lui-m\u00eame ne le sait pas. Nous autres personnages de r\u00eaves, sommes les cr\u00e9atures les plus inutiles du monde imaginaire. Tout au plus, on peut servir d\u2019inspiration mais la plupart du temps, on n\u2019est bons \u00e0 rien. Ou \u00e0 pas grand chose.<\/p>\n\n\n\n<p>Nuit du 2 au 3 septembre<br>Depuis quelques ann\u00e9es, avant chaque rentr\u00e9e scolaire, il fait des r\u00eaves tout en couleurs. Des champs de fleurs multicolores, des villes avec des fa\u00e7ades de maisons aux teintes chamarr\u00e9es. Cette fois-ci, c\u2019est un feu d\u2019artifice. Silencieux, toujours, mais sans aucune limite chromatique. Toutes les couleurs y sont. Une aurore bor\u00e9ale avec des geysers explosifs d\u00e9versant toutes sortes de couleurs dans le ciel. Je suis l\u00e0, dans un coin, assis sur un banc. Probable qu\u2019il ne me voit pas. C\u2019est vrai que \u00e7a peut \u00eatre beau un r\u00eave d\u2019enfant mais ce n\u2019est pas une raison pour vivre en prison. Je ne veux plus \u00eatre prisonnier de ses r\u00eaves, je veux m\u2019\u00e9vader. Je veux bien continuer \u00e0 \u00eatre le personnage de son imagination mais plus dans ce th\u00e9\u00e2tre. S\u2019il \u00e9crivait, je pourrais \u00eatre personnage de roman. \u00c7a, je veux bien. Il me ferait vivre des aventures dans lesquelles je prendrais une part active. Peut-\u00eatre m\u00eame que je pourrais croire qu\u2019elles sont la vie r\u00e9elle. Je veux me sentir vivant.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Note au lecteur courageux :Ce texte prend une place particuli\u00e8re dans mes \u00e9crits car il est un pont entre plusieurs. 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