{"id":62401,"date":"2022-01-08T15:46:30","date_gmt":"2022-01-08T14:46:30","guid":{"rendered":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/?p=62401"},"modified":"2022-01-08T22:02:32","modified_gmt":"2022-01-08T21:02:32","slug":"le-photographe","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/le-photographe\/","title":{"rendered":"\u00e9crire-film #01 |\u00a0le photographe"},"content":{"rendered":"\n<p>Int\u00e9rieur banal, une table, grande, un beau bois. Au bout, contre le mur, un bouquet de fleurs s\u00e9ch\u00e9es. Sur la table, un appareil photo, \u00e9quip\u00e9 d\u2019un objectif inhabituel, avec des vis. L\u2019ensemble n\u2019est pas de toute premi\u00e8re jeunesse. Des mains posent un sac \u00e0 dos \u00e0 c\u00f4t\u00e9, mod\u00e8le rando, plut\u00f4t petit, un peu fatigu\u00e9. Les mains ouvrent le sac. Une main saisit l\u2019appareil, le d\u00e9pose dans le sac sans plus de pr\u00e9caution. Un long \u00e9tui est pos\u00e9 \u00e0 c\u00f4t\u00e9. Les mains l\u2019ouvrent, v\u00e9rifient le contenu. Un tr\u00e9pied massif, tr\u00e8s m\u00e9tallique. Le sac \u00e0 dos et l\u2019\u00e9tui du tr\u00e9pied reste quelques instants sur la table. Bruit de pas, de portes qui s\u2019ouvrent, de zip qu\u2019on ferme, d\u2019interrupteurs qu\u2019on actionne. Les sacs sont soulev\u00e9s, l\u2019un apr\u00e8s l\u2019autre. D\u2019abord l\u2019\u00e9tui, puis le sac \u00e0 dos. Une main qui ouvre la porte d\u2019entr\u00e9e, qui la referme, qui introduit une clef dans la serrure, qui actionne le m\u00e9canisme. Une paire de chaussure de marche qui descend un escalier d\u2019immeuble banale, quelques marches, une porte vitr\u00e9e, une deuxi\u00e8me, un sol bitum\u00e9. De l\u2019autre c\u00f4t\u00e9 d\u2019une all\u00e9e des maisons de ville coll\u00e9es les unes contre les autres. A gauche, une haie assez haute, des arbres aux troncs \u00e9troits. Le paysage est en mouvement, immeubles modestes d\u2019un c\u00f4t\u00e9, pavillons proprets de l\u2019autre. Le ciel est rougi par le soleil qui se l\u00e8ve. Une rue travers\u00e9e, il n\u2019y a plus d\u2019immeubles, juste des maisons, des haies, des bas-c\u00f4t\u00e9s arbor\u00e9s, apr\u00e8s quelques m\u00e8tres, un terrain de sport, des poteaux de rugby, l\u2019herbe est blanche, gel\u00e9e. Des cl\u00f4tures d\u2019un c\u00f4t\u00e9, fermant des jardinets, une all\u00e9e pi\u00e9tonne, de l\u2019autre c\u00f4t\u00e9 une v\u00e9g\u00e9tation ordonn\u00e9e, une pelouse blanche. Passage pi\u00e9ton, une femme attend de l\u2019autre c\u00f4t\u00e9, bonnet \u00e9pais, gros manteau, un salut \u00e9chang\u00e9. Un bus s\u2019arr\u00eate, une vieille Clio, avec deux personnes masqu\u00e9es, s\u2019arr\u00eate. La femme ne bouge pas. Un passage entre deux palissades, parking d\u2019un garage Renault d\u2019un c\u00f4t\u00e9, pavillons cossus de l\u2019autre, des jardins plus grands. Des chiens se croisent, aboiement, voix agac\u00e9es des ma\u00eetres, les chiens se calment, suivent leur route, bonjour \u00e9chang\u00e9 avec les ma\u00eetres. La masse d\u2019un ch\u00e2teau d\u2019eau, disproportionn\u00e9 avec l\u2019\u00e9troitesse du chemin, \u00e9crasant les maisons autour. Les pavillons se succ\u00e8dent les autres aux autres quand la v\u00e9g\u00e9tation se fait plus chaotique de l\u2019autre c\u00f4t\u00e9. Au bout du chemin, deux utilitaires sont gar\u00e9s, un sentier se devine au-del\u00e0. La paire de chaussures de randonn\u00e9e s\u2019engage sur un sentier \u00e9troit. Des ronces s\u2019accrochent aux lacets, la v\u00e9g\u00e9tation est abondante, tiges, ronces, arbustes, le sol est glissant. Une feuille dont on devine la couleur verte avec des traces de rouge sur laquelle la glace s\u2019accroche. Le ciel est parsem\u00e9 de nuages dor\u00e9s. Le sol blanc est jonch\u00e9 de d\u00e9bris de construction, de morceaux de meubles, de d\u00e9tritus divers. Des oiseaux chantent au loin. Une cabane en t\u00f4le, abandonn\u00e9e, \u00e0 demi-cach\u00e9e par les hautes herbes. Elle appara\u00eet dans le viseur, la mise au point se fait, la profondeur de champ change au fur et \u00e0 mesure des r\u00e9glages, respiration qui s\u2019arr\u00eate, claquement de l\u2019obturateur. L\u2019\u00e9cran affiche la photo, agrandissement d\u2019un d\u00e9tail. Regard circulaire, une petite butte, les chaussures l\u2019escaladent. La point de vue se d\u00e9gage. La maison \u00e0 nouveau dans le viseur, nettet\u00e9 qui change, claquement, photo sur l\u2019\u00e9cran, puis une autre fois. Mouvement brusque, un faisan qui s\u2019envole lourdement d\u2019un amas de ronce. Descente de la butte, un sentier tr\u00e8s \u00e9troit qui part dans un pr\u00e9, \u00e0 un bout le ch\u00e2teau d\u2019eau. Le sentier est tr\u00e8s boueux, empreintes de sangliers. La vision se d\u00e9gage, le ch\u00e2teau d\u2019eau,&nbsp;avec le jour naissant au-dessus. L\u2019appareil face \u00e0 la sc\u00e8ne, une main gant\u00e9e actionne des vis sur l\u2019objectif. Claquement, un autre r\u00e9glage, claquement, r\u00e9glage, claquement. Le photographe contr\u00f4le les photos sur l\u2019\u00e9cran, le ch\u00e2teau d\u2019eau, seul au bout du pr\u00e9, devant des herbes gel\u00e9es, au-dessus, un ciel bleu sombre, des nuages dor\u00e9s. Quelques pas autour de la maison, s\u2019\u00e9loigner de la maison, revenir  en arri\u00e8re, s\u2019arr\u00eater, claquement, reprendre la maraude, s\u2019arr\u00eater devant un fauteuil d\u00e9fonc\u00e9, claquement, tourner autour, claquement, s\u2019arr\u00eater, claquement, s\u2019\u00e9loigner, retrouver la rue. Des belles maisons, des voitures qui en sortent calmement. Cris d\u2019enfants qui jouent dans une cour, qu\u2019on devine au fond d\u2019une all\u00e9e. Une autre rue, toujours des belles maisons, la perspective s\u2019ouvre, un terrain abandonn\u00e9, cl\u00f4tur\u00e9 par un grillage d\u00e9labr\u00e9, au bout un portail \u00e0 demi ouvert sur la v\u00e9g\u00e9tation ensauvager. L\u2019objectif est au plus pr\u00e8s des branches, des fleurs s\u00e9ch\u00e9es, la mise au point est serr\u00e9e, pr\u00e9cise, les gestes tr\u00e8s lents. La respiration s\u2019arr\u00eate, claquement, l\u2019image s\u2019affiche, claquement, photo sur l\u2019\u00e9cran, claquement, \u00e9cran, claquement, \u00e9cran, claquement, \u00e9cran, le bon angle, la bonne mise au point, la bonne profondeur de champ, la respiration s\u2019arr\u00eate, claquement, reprend, s\u2019arr\u00eate, claquement, reprend. Le chemin est repris dans le sens inverse. Regard sur une montre, une montre de sport, une heure d\u00e9j\u00e0\u2026 traveling sur le paysage.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Int\u00e9rieur banal, une table, grande, un beau bois. Au bout, contre le mur, un bouquet de fleurs s\u00e9ch\u00e9es. Sur la table, un appareil photo, \u00e9quip\u00e9 d\u2019un objectif inhabituel, avec des vis. L\u2019ensemble n\u2019est pas de toute premi\u00e8re jeunesse. Des mains posent un sac \u00e0 dos \u00e0 c\u00f4t\u00e9, mod\u00e8le rando, plut\u00f4t petit, un peu fatigu\u00e9. Les mains ouvrent le sac. 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