{"id":62506,"date":"2022-01-09T16:14:02","date_gmt":"2022-01-09T15:14:02","guid":{"rendered":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/?p=62506"},"modified":"2022-01-10T10:49:03","modified_gmt":"2022-01-10T09:49:03","slug":"vers-un-ecrire-film-01-une-heure-de-ta-vie","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/vers-un-ecrire-film-01-une-heure-de-ta-vie\/","title":{"rendered":"vers un \u00e9crire-film #01 | une heure de ta vie"},"content":{"rendered":"\n<p>Les portes du bus s\u2019ouvrent. Apparait derri\u00e8re une vitre de protection le chauffeur. Il penche la t\u00eate \u00e0 regarder qui entre. Passent des t\u00eates. Peu de monde dans le bus, des places assises restent. Un peu froid ou gris. Deux copains entrants h\u00e9sitent depuis le couloir, s\u2019ils s\u2019assoient sur les si\u00e8ges de droite ou de gauche. Une dame, d\u00e9j\u00e0 assise, les regarde. Elle a un masque, ne d\u00e9passent que les yeux. Vivement elle ne s\u2019y int\u00e9resse plus et tourne sa t\u00eate \u00e0 travers la vitre couverte de bu\u00e9e. Elle a un pantalon seyant, ses cheveux, ceux qui sortent d\u2019un foulard, sont beaux, son manteau un peu n\u00e9glig\u00e9. La file de gens s\u2019\u00e9parpille aux places disponibles. Le bus ferme ses portes. Il d\u00e9marre. Les deux copains prennent vite une place. Un cahot bouscule l\u2019un d\u2019eux. \u00c0 travers les vitres un petit bois vite remplac\u00e9 par des immeubles, un trottoir encombr\u00e9 de poubelles, des garages et des rues adjacentes. Des murs cachent des jardins. Un coup de frein, un autre arr\u00eat. Les portes du bus s\u2019ouvrent. Apparait derri\u00e8re la vitre de protection le chauffeur. Il regarde dans une autre direction. Il a l\u2019air un peu vague. Sans y penser il referme les portes et red\u00e9marre. Un croisement, un feu rouge. Un autre arr\u00eat, un autre arr\u00eat, un autre arr\u00eat. Entre une place avec des rails de tram qui dessinent des cercles, une gare routi\u00e8re avec la moiti\u00e9 des panneaux indicateurs cass\u00e9s, plus loin des parkings et une zone commerciale d\u2019un style aire d\u2019autoroute de village vacance. Des mendiants se tiennent \u00e0 l\u2019entr\u00e9e du tabac-journaux, des gens font la queue devant la pharmacie. Arrive un tram. Il ressemble \u00e0 une Caravelle sans hotesse de l\u2019air. Vitres spacieuses malheureusement bouch\u00e9es par les r\u00e9clames qui couvrent tout. Int\u00e9rieur design. Des gens. Immeubles de plus en plus hauts. Belle perspective dans le sens de la marche, plus troubl\u00e9e sur les cot\u00e9s. Tant\u00f4t des trous de travaux qu\u2019entourent quelques maisons d\u00e9truites, tant\u00f4t de beaux batiments de banques, des stations services transform\u00e9es en boulangeries, d\u2019espaces formes. Conduite assez douce, mais le chauffeur, la chauffeure, demeure invisible. Un rayon de Soleil \u00e9claire. Bas sur l\u2019horizon, vite cach\u00e9 par des reliefs de ville \u00e0 mesure du parcours, il envoie des \u00e9clats sur un passager, qui pourrait se croire d\u00e9sign\u00e9 par le Ciel. \u00c0 cause de Lui ce passager n\u2019arrive plus \u00e0 voir l\u2019\u00e9cran de son portable. Un arr\u00eat sans arr\u00eat. Les gens se regardent. Un arr\u00eat en rase campagne \u00e0 la ville. Sans arr\u00eat, sans quai pour descendre, sans que les portes s\u2019ouvrent. Les gens se regardent encore, sur certains visages une inqui\u00e9tude de ne pas comprendre, de prendre un retard. Le temps s\u2019allonge, mais l\u2019habitacle ne s\u2019ouvre pas. Une s\u00e9dimentation. Le taux de personnes hypnotis\u00e9es par leur \u00e9cran diminue, \u00e0 80\u00a0%. Cela red\u00e9marre. Aussitot le taux repasse \u00e0 98\u00a0%. C\u2019\u00e9tait un feu rouge un peu long, peut-\u00eatre. Un arr\u00eat. Un vrai. Une bousculade \u00e0 l\u2019entr\u00e9e. Des ombres montent et descendent. Le sol devient goudron. Quelques m\u00e9gots, papiers, flaques. Un pigeon s\u2019invite. Derri\u00e8re des magasins. De l\u2019autre cot\u00e9, un parc. Au milieu le tram s\u2019\u00e9loigne laissant le quai vide. Un carrefour le fait traverser une rocade accompagn\u00e9e d\u2019un viaduc pour les trains. Au feu vert les voitures ronflent et s\u2019envolent. Passage pi\u00e9ton, trottoir, passage pi\u00e9ton, trottoir, passage pi\u00e9ton. Sous une arcade du viaduc, rien. Arcade suivante, une voiture gar\u00e9e. Une rue passe \u00e0 travers l\u2019arcade suivante. Arcade suivante. Arcade suivante, un matelas d\u2019un sans domicile qui dort l\u00e0. Le viaduc est son abri. \u00c0 cot\u00e9 une tente igloo. Dans cette tente, des couvertures horribles en d\u00e9sordre, que la tente tante de vomir par sa bouche ouverte. Quelques duvets de nuit \u00e9tal\u00e9s dans de la pisse. Une passante, sans regarder, comme tous les passants. Une autre jette un \u0153il, en habitu\u00e9e. Sous l\u2019arcade un passant entre.<\/p>\n\n\n\n<p>&#8211; vous regardez la mis\u00e8re moi quand je vois \u00e7a je m\u2019imagine des trucs qui vit donc l\u00e0 je n\u2019ai jamais vu personne je vois des traces l\u00e0 un petit verre l\u00e0 une bouteille d\u2019eau l\u00e0-bas quelques paquets de gateaux vides j\u2019imagine que je rentre sous ces couvertures dans le vent le froid l\u2019humidit\u00e9 telle est ma peau. SACHEZ QUE J\u2019AI FAIT LA PRISON J\u2019AI V\u00c9CU DANS LE TROU MAIS J\u2019AI UNE FEMME DEUX EN V\u00c9RIT\u00c9 ET J\u2019AI DEUX ENFANTS DEUX FILLES QUI ME TIENNENT DEBOUT ALORS AYEZ CONFIANCE C\u2019EST LA SEULE FA\u00c7ON DE S\u2019EN SORTIR C\u2019EST LES AMIS SOYONS EN CONFIANCE. Avez-vous une exp\u00e9rience du malheur avez-vous seulement un jour pass\u00e9 une nuit d\u2019hiver dehors dans une ville personne ne vous aide vous \u00eates comme le pigeon que vous avez vu tout \u00e0 l\u2019heure car je sais que vous avez vu un pigeon tout \u00e0 l\u2019heure et c\u2019\u00e9tait peut-\u00eatre moi mais vous voyez on se conna\u00eet je sens que vous \u00eates un bon copain ah ah ah j\u2019ai une id\u00e9e passez-moi votre t\u00e9l\u00e9phone ce soir nous ferons une petite f\u00eate je vous invite je ne sais pas encore dans quelle maison mais je vous appelle vous ne serez pas d\u00e9\u00e7u merci non, je ne vous donne pas mon t\u00e9l\u00e9phone pourquoi \u00e0 quoi cela sert-il nous sommes amis attendez mon appel vous ne regretterez rien<\/p>\n\n\n\n<p>Le pilier des arcades s\u2019avance et cache l&rsquo;arcade. S\u2019\u00e9vapore l\u2019homme. L\u2019air glisse vers la place. Un bateau traverse. Un autre bus attend. Son chauffeur est absent, c\u2019est la pause du terminus. On peut quand m\u00eame entrer. Un courant d\u2019air. Il s\u2019\u00e9tale sans bruit, s\u2019assoit partout, se tient \u00e0 toutes les rampes. Une chienne entre, lentement, contemple un si\u00e8ge, avance, en contemple un autre, en choisit un autre. Entre d\u2019autres. L\u2019int\u00e9rieur s\u2019anime. Voil\u00e0 10 jeunes qui s\u2019esclaffent. Le monde est \u00e0 eux. Ils se dirigent vers les si\u00e8ges arri\u00e8res, ouvrent toutes les portes, dans la seconde voiture, posent leurs pieds partout. Bonjour, dit le chauffeur en entrant. Personne ne lui r\u00e9pond. Il installe d\u2019abord sa veste sur le si\u00e8ge. Il cale son cul, respire un grand bol, contr\u00f4le ses manettes, fait le tour des r\u00e9troviseurs, ferme les portes, lance son chargement. Mais feu rouge tout de suite, faux d\u00e9part. Un retardataire surgit dehors et demande \u00e0 pouvoir entrer. Ok dit le chauffeur, il entre. Une femme arrive en courant avec trois momes et une poussette. Elle entre. Feu vert. Un cri, une femme derri\u00e8re demande au chauffeur de l\u2019attendre. Attend le chauffeur. Apr\u00e8s le bus part enfin. Se glisse \u00e0 la rocade. La route monte d\u2019abord, redescend ensuite, donne une l\u00e9g\u00e8re variation des sentiments. Passe sous une autre pont de train, suit un peu la voie de chemin de fer, oblique vers la droite, entre dans une zone d\u2019activit\u00e9, un stade, des bureaux de notaires, un th\u00e9atre, des halles, des serveurs informatiques, un centre de quelque chose. Passe au dessus de l\u2019autoroute, oblique \u00e0 gauche. \u00c0 un arr\u00eat une autre maman, en couple avec son mome. M\u00eame si l&rsquo;enfant est petit, ils ont tous les deux la meme taille, vu que la m\u00e8re est accroupie, du dos appuy\u00e9e sur la cloison de l\u2019arret de bus, concentr\u00e9e sur son portable. Elle est impassible. Toute de noir v\u00eatue, ses cuisses galb\u00e9es, ses seins press\u00e9s par ses jambes recroquevill\u00e9es, sa chevelure ondulante, vive, forte. Affecte d\u2019ignorer son enfant. Un gar\u00e7on, sa t\u00eate amusante r\u00e9agit \u00e0 la moindre mouche. Il est sage, reste droit, debout, pos\u00e9 aupr\u00e8s de sa m\u00e8re concentr\u00e9e. L\u2019enfant sautille autour de l\u2019abri bus, revient vite. Il garde un regard toujours vers elle. Elle l\u2019ignore, indiff\u00e9rente \u00e0 tout. Il la regarde. Elle l\u2019ignore. Il la regarde, il la regarde. De son sac elle sort un tube de compote sans quitter de vue son portable. Elle lui tend autoritairement, il l\u2019attrape. Mais elle, elle ne lache pas le tube de compote. L\u2019enfant le tient d\u00e9j\u00e0, mais ne peut le prendre, regarde sa m\u00e8re sans comprendre. Elle regarde indiff\u00e9rente son \u00e9cran de portable et garde serr\u00e9 le tube de compote. Sa bouche reste silencieuse. L\u2019enfant n\u2019ose interroger sa m\u00e8re immobile. Il cherche, parle. Sa m\u00e8re lache. Son enfant a dit merci.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Les portes du bus s\u2019ouvrent. Apparait derri\u00e8re une vitre de protection le chauffeur. Il penche la t\u00eate \u00e0 regarder qui entre. Passent des t\u00eates. Peu de monde dans le bus, des places assises restent. Un peu froid ou gris. Deux copains entrants h\u00e9sitent depuis le couloir, s\u2019ils s\u2019assoient sur les si\u00e8ges de droite ou de gauche. Une dame, d\u00e9j\u00e0 assise, <a class=\"more-link\" href=\"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/vers-un-ecrire-film-01-une-heure-de-ta-vie\/\">Continuer la lecture<span class=\"screen-reader-text\">vers un \u00e9crire-film #01 | une heure de ta vie<\/span><span class=\"meta-nav\">&rarr;<\/span><\/a><\/p>\n","protected":false},"author":22,"featured_media":0,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"h5ap_radio_sources":[],"footnotes":""},"categories":[3061,3060],"tags":[],"class_list":["post-62506","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-01-cendrars","category-ecrire-film"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/62506","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/users\/22"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=62506"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/62506\/revisions"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=62506"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=62506"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=62506"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}