{"id":62610,"date":"2022-01-10T10:05:00","date_gmt":"2022-01-10T09:05:00","guid":{"rendered":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/?p=62610"},"modified":"2022-01-11T08:04:09","modified_gmt":"2022-01-11T07:04:09","slug":"autobiographie15-anna-un-jeudi","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/autobiographie15-anna-un-jeudi\/","title":{"rendered":"autobiographies #15 | Anna, un jeudi"},"content":{"rendered":"\n<pre class=\"wp-block-preformatted has-normal-font-size\"><strong>Elle grimpe<\/strong> vers les bureaux provisoires. Plateaux obliques avec leurs r\u00e8gles \u00e0 coulisses; labyrinthes de lignes et perspectives hachur\u00e9es au marqueur. Aux feuilles \u00e9pingl\u00e9es sur le mur on comprend le chantier en cours: maquette plane d'une chambre o\u00f9 l\u2019on ne dormira pas. Une silhouette donne l\u2019\u00e9chelle au premier plan. La date en rouge.\n<strong>Elle entre<\/strong>. Croissants cr\u00e8me ou bi\u00e8re sandwich; c'est la pause du matin, la premi\u00e8re. Perch\u00e9e sur le tabouret haut, pieds dans le vide, elle boit \u00e0 petites gorg\u00e9e un chocolat trop chaud dans l\u2019odeur de tabac froid.\u00ab ... Un Texan arriv\u00e9 hier... Sur la berge elle n\u2019a plus d\u00e9marr\u00e9... Press\u00e9... Et par le train c\u2019\u00e9tait plus court... Une fois... Sans voiture... Qui ?...\u00a0\u00bb Neuf heure quinze. Le bar se vide. Dans le miroir aux \u00e9critures la t\u00eate du cuisinier s\u2019embue. Il se retourne et lui demande ce qu\u2019elle choisit: \u00ab\u00a0viande pur\u00e9e ou pur\u00e9e viande\u00a0?\u00a0\u00bb Ils rient.\n<strong>Elle regarde<\/strong> leurs dos pli\u00e9s aux machines. En tournant la scie \u00e9clabousse l\u2019air de sciure et de poussi\u00e8re et il y a le parfum ent\u00eatant de r\u00e9sine. Elle aime que les machines aient des gueules et des dents; une main amput\u00e9e glisse une feuille de bois entre les lames puis le menuisier lisse la feuille avec son moignon: \"C'est une blessure de guerre\", il dit. \n<strong>Elle passe<\/strong> dans l'atelier des peintres. Par les vestiaires de m\u00e9tal entrouverts des nus jaunis. Ici les bleus sont blancs; les bruits coulent comme de l'eau. Quelqu'un  siffle. De la colle crie sur le r\u00e9chaud: peau de lapin, elle pue. Le peintre jette une poign\u00e9e de couleurs dans le seau. Terre d\u2019ombre. La p\u00e2te devient plus lourde. \"Terre de sienne. Ocre jaune\". Il dit les noms en jetant ses couleurs; des bulles \u00e9clatent \u00e0 la surface du seau. Dans l\u2019armoire derri\u00e8re lui elle voit des os en tas.\n<strong>Elle court<\/strong> vers les lavabos. Des urinoirs s\u2019alignent. Un homme se repeigne braguette ouverte. Au bout de l'interminable couloir le lustre l'\u00e9blouit. Les perles de verre tournoient. Cliquettements. Lumi\u00e8res. Une pampille se d\u00e9tache. Elle est tomb\u00e9e sur le tapis parmi les clous sans se briser : oblongue et convexe figure m\u00e9t\u00e9orite. \n<strong>Elle se retourne<\/strong>. Le vent de quel dehors s\u2019arrache-t-il ? \n<strong>Elle marche<\/strong> au bout du couloir. Ni fen\u00eatres, ni portes<strong>.<\/strong> \n<strong>Elle tombe<\/strong> de sommeil. \n<strong>Elle s\u2019allonge<\/strong> sur une remorque o\u00f9 s\u2019empilent des rubans de pellicules. Secondes perfor\u00e9es, elles fuient. \n<strong>Elle songe<\/strong> sur les images aveugles. \n<strong>Elle se souvient<\/strong> de l\u2019odeur de poussi\u00e8re mouill\u00e9e.  Sous la lumi\u00e8re instable des veilleuses, elle d\u00e9compte les rang\u00e9es de machines \u00e0 \u00e9crire. Des bijoux brillent. Elle ne voit pas aussit\u00f4t le couteau, il frappe. La lame s'enfonce dans la poitrine: \u00ab\u00a0Tu as compris n\u2019est ce pas? \u00c0 toi maintenant ! Tu ne risques rien\u00bb<strong>.<\/strong>\n<strong>Elle s\u2019avance<\/strong>. Une peluche de foire tourne accroch\u00e9e par une oreille; un Mickey aux couleurs criardes. Dans l\u2019ombre elle distingue une lumi\u00e8re; c\u2019est une robe piqu\u00e9e d\u2019\u00e9toiles.  Pos\u00e9e sur un tas de pulls et d'\u00e9charpes; une robe de th\u00e9\u00e2tre ou de fianc\u00e9e noy\u00e9e. Elle tend la main.\n<strong>Elle s\u2019arr\u00eate<\/strong> devant la loge. Le visage semble dormir. Paupi\u00e8res closes il captive. La maquilleuse pose sur les paupi\u00e8re d'Anna une fine couche d'ombre \u2014 avec un petit pinceau et par petites touches elle porte un rouge aux l\u00e8vres. La t\u00eate rejet\u00e9e en arri\u00e8re Anna fredonne. Puis Anna ouvre les yeux. Anna regarde Anna; le visage blanc d\u2019Anna. Quand tout sera en place, elle se posera dans la lumi\u00e8re. L\u2019actrice jouera son r\u00f4le. \n<strong>Elle regarde<\/strong> \u00e0 pr\u00e9sent \u00e0 travers la fen\u00eatre du viseur. Elle n\u2019appuie pas sur le d\u00e9clencheur. <strong>Elle tourne<\/strong> avec l\u2019appareil coll\u00e9 contre son \u0153il. Les ch\u00e2ssis de bois nu; les \u00e9chafaudages ou cet escalier qui ne m\u00e8ne nulle part; les gens, leurs mouvements, leurs bruits. Elle tourne sur elle m\u00eame; elle tourne. La t\u00eate lui tourne. \n<strong>Elle voit<\/strong> une  lumi\u00e8re rouge (on n\u2019entre pas, elle sait). \n<strong>Anna s\u2019adosse<\/strong> au mur. \n<strong>Anna ferme<\/strong> les yeux. \n<strong>Elle entend<\/strong> moteur. Dans l\u2019embrasure d'une porte un peignoir la regarde.<\/pre>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Elle grimpe vers les bureaux provisoires. Plateaux obliques avec leurs r\u00e8gles \u00e0 coulisses; labyrinthes de lignes et perspectives hachur\u00e9es au marqueur. Aux feuilles \u00e9pingl\u00e9es sur le mur on comprend le chantier en cours: maquette plane d&rsquo;une chambre o\u00f9 l\u2019on ne dormira pas. Une silhouette donne l\u2019\u00e9chelle au premier plan. La date en rouge. Elle entre. Croissants cr\u00e8me ou bi\u00e8re sandwich; <a class=\"more-link\" href=\"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/autobiographie15-anna-un-jeudi\/\">Continuer la lecture<span class=\"screen-reader-text\">autobiographies #15 | Anna, un jeudi<\/span><span class=\"meta-nav\">&rarr;<\/span><\/a><\/p>\n","protected":false},"author":12,"featured_media":0,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"h5ap_radio_sources":[],"footnotes":""},"categories":[2820,3059],"tags":[],"class_list":["post-62610","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-cycle_autobiographies","category-autobiographies-15"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/62610","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/users\/12"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=62610"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/62610\/revisions"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=62610"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=62610"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=62610"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}