{"id":62615,"date":"2022-01-10T08:39:03","date_gmt":"2022-01-10T07:39:03","guid":{"rendered":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/?p=62615"},"modified":"2022-01-10T11:55:24","modified_gmt":"2022-01-10T10:55:24","slug":"un-matin-sur-les-hauts","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/un-matin-sur-les-hauts\/","title":{"rendered":"vers un \u00e9crire\/film #01 | un matin sur les hauts"},"content":{"rendered":"\n<p class=\"wp-block-paragraph\"> <\/p>\n\n\n\n<figure class=\"wp-block-image size-full\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"850\" height=\"567\" src=\"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2022\/01\/marlen-sauvage-ecrire-film-1.jpg\" alt=\"\" class=\"wp-image-62617\" srcset=\"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2022\/01\/marlen-sauvage-ecrire-film-1.jpg 850w, https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2022\/01\/marlen-sauvage-ecrire-film-1-420x280.jpg 420w, https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2022\/01\/marlen-sauvage-ecrire-film-1-768x512.jpg 768w\" sizes=\"auto, (max-width: 850px) 100vw, 850px\" \/><\/figure>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Dans la plaine se croisent d\u00e9j\u00e0 toutes sortes de v\u00e9hicules, miniatures guid\u00e9es par autant de cerveaux et de mains et de jambes ; la route unique visible depuis les hauteurs longe de son corps infime les b\u00e2timents clairs dans un silence factice, contourne l\u2019usine sucri\u00e8re avec sa colonne continument blanche qui noie le contour des maisons ; aucun souffle, aucun bruit sauf celui tout pr\u00e8s des oiseaux qui font le guet chacun \u00e0 leur tour sur le c\u00e2ble \u00e9lectrique. Un toit, une varangue, et l\u2019espace au-dessous. Au-del\u00e0 de la plaine, la ligne d\u2019horizon absorbe l\u2019oc\u00e9an. C\u2019est un train de nuages qui raconte la pr\u00e9sence du ciel. Quelque part, l\u2019\u00e9cho d\u2019un avion suivi d\u2019un roulement avide, incolore, ramass\u00e9, loin de la case. Les champs de canne s\u2019\u00e9chelonnent vers les hauts, verdoyants et jaunes, humides de ros\u00e9e, s\u2019\u00e9largissant au fur et \u00e0 mesure qu\u2019ils s\u2019approchent d\u2019un regard pos\u00e9 l\u00e0, tout en haut du paysage. Le vent s\u2019est lev\u00e9, remuant le hamac suspendu au-dessus de la terrasse en teck, \u00e0 la couleur fan\u00e9e par le soleil et les intemp\u00e9ries, il ne porte la trace d\u2019aucun corps, se tortille devant le panorama, indiff\u00e9rent \u00e0 l\u2019oiseau chapeau et aux cardinals rouges toujours plant\u00e9s sur la ligne noire, la serrant de toutes leurs petites pattes fr\u00eales. Les stores de bois baiss\u00e9s prot\u00e8gent de leur ombre la table octogonale, une tasse de caf\u00e9, un ordinateur \u00e0 l\u2019\u00e9cran ouvert sur un visage, un fruit de pitaya rose fuchsia dans une assiette blanche, une cuill\u00e8re pos\u00e9e sur son bord attendant de fondre sur la pulpe douce et suave. Derri\u00e8re la table, contre le mur coquille d\u2019\u0153uf, un banc de bois ajour\u00e9 aux coussins de wax color\u00e9 et ses deux fauteuils identiques aux accoudoirs patin\u00e9s entourent une table basse, ajustement de planches peintes. Un paquet de tabac, un verre d\u2019eau, une pousse de gingembre, un livre retourn\u00e9, <em>Le bol et le b\u00e2ton<\/em>. D\u2019ici vous \u00eates le cr\u00e9ateur de ce que vous voyez, comme lorsque enfant vous vous endormiez sur des r\u00eaves de possession, d\u2019univers \u00e0 vos pieds, d\u2019yeux haut perch\u00e9s dans la stratosph\u00e8re ; aucun son d\u2019aussi loin dans la vall\u00e9e ne porte jusqu\u2019\u00e0 vous, pourtant vous entendez les voix couler leur parler chantant dans vos oreilles dress\u00e9es \u00e0 \u00e9couter, \u00e0 travers les murs des maisons, leurs fen\u00eatres tous volets crois\u00e9s, rien ne vous \u00e9chappe de ce qui se vit l\u00e0, des conflits qui se nouent, des corps qui se d\u00e9voilent, s\u2019enlacent, et puis s\u2019\u00e9loignent ; la vie des autres noie dans le brouhaha quotidien les chants t\u00e9nus des piafs pourtant si audibles \u00e0 cette heure du jour. Vous vous glissez dans le chuintement d\u2019une b\u00e9tonni\u00e8re \u00e9reintant le sable et les graviers sur une propri\u00e9t\u00e9 voisine, vous \u00e9cartez le <em>baro<\/em> qui ouvre sur la rue pentue, encombr\u00e9e de voitures, vous d\u00e9passez l\u2019impasse des Tangues et le panneau orang\u00e9, vous obliquez sur la droite, o\u00f9 les maisons s\u2019abritent derri\u00e8re des manguiers et des pieds de letchis, vous n\u2019\u00e9vitez pas l\u2019aboiement du roquet attach\u00e9 dans sa cour, vous entrez enfin l\u00e0, sans pousser le portail, jusqu\u2019au seuil de la petite maison de bois et de b\u00e9ton, vous entrouvrez le rideau de lin, p\u00e9n\u00e9trez dans la pi\u00e8ce \u00e0 vivre, longez la varangue et vos pieds enfin se posent sur son bois vieilli, vous vous glissez dans le hamac, acteur de votre histoire.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Dans la plaine se croisent d\u00e9j\u00e0 toutes sortes de v\u00e9hicules, miniatures guid\u00e9es par autant de cerveaux et de mains et de jambes ; la route unique visible depuis les hauteurs longe de son corps infime les b\u00e2timents clairs dans un silence factice, contourne l\u2019usine sucri\u00e8re avec sa colonne continument blanche qui noie le contour des maisons ; aucun souffle, aucun <a class=\"more-link\" href=\"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/un-matin-sur-les-hauts\/\">Continuer la lecture<span class=\"screen-reader-text\">vers un \u00e9crire\/film #01 | un matin sur les hauts<\/span><span class=\"meta-nav\">&rarr;<\/span><\/a><\/p>\n","protected":false},"author":165,"featured_media":62617,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"h5ap_radio_sources":[],"footnotes":""},"categories":[3061,3060],"tags":[3067,64],"class_list":["post-62615","post","type-post","status-publish","format-standard","has-post-thumbnail","hentry","category-01-cendrars","category-ecrire-film","tag-hauts","tag-marlen-sauvage"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/62615","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/users\/165"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=62615"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/62615\/revisions"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/media\/62617"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=62615"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=62615"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=62615"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}