{"id":62965,"date":"2022-01-13T18:20:47","date_gmt":"2022-01-13T17:20:47","guid":{"rendered":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/?p=62965"},"modified":"2022-01-13T20:44:54","modified_gmt":"2022-01-13T19:44:54","slug":"larret-bruno-lecat","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/larret-bruno-lecat\/","title":{"rendered":"vers un \u00e9crire-film #01 | L\u2019arr\u00eat | Bruno Lecat"},"content":{"rendered":"\n<p class=\"has-text-align-left\">\u2026 la fine maille de vinyle blanc se soul\u00e8ve en l\u00e9ger hal\u00e8tement, quitte l\u2019ombre du barreau m\u00e9tallique qu\u2019elle recouvre, se d\u00e9colle comme une peau puis retrouve sa place premi\u00e8re, ombre et souffle comme seuls t\u00e9moins de la pr\u00e9sence de l\u2019air, au-del\u00e0 de la grille la ruelle la g\u00e9om\u00e9trie des murs de pierre crayeuse, le portail vert bouteille en m\u00e9tal plein sur sa moiti\u00e9 inf\u00e9rieure, barreaux \u00e0 claire-voie surmont\u00e9s d\u2019une pointe, l\u2019\u0153il s\u2019arr\u00eate sur un rideau de canisses, un grincement annonce l\u2019ouverture du portail, la sortie en marche avant d\u2019un v\u00e9hicule bruyant, c\u2019est une ancienne Peugeot 206 blanche qui s\u2019avance, s\u2019arr\u00eate, le conducteur en sort le moteur cale, fermeture du portail, coups de d\u00e9marreur, la femme du conducteur sort de la maison, petite mince brune, des paupi\u00e8res lourdes lui font des yeux de cocker, elle dispara\u00eet \u00e0 droite, la Peugeot s\u2019\u00e9loigne dans un bruit de moteur que l\u2019\u00e9troitesse de la ruelle rend plus sonore, un homme \u00e0 la casquette noire passe rapidement de droite \u00e0 gauche, puis le toit glissant d\u2019une voiture dont l\u2019antenne noire coupe finement l\u2019\u00e9blouissement du soleil r\u00e9verb\u00e9r\u00e9, pulsation subtile de la maille fine de la moustiquaire, des c\u00e2bles noirs oscillent doucement plusieurs m\u00e8tres au-dessus du portail clos, puis plus fort, soudainement suivis par la maille blanche, les rayons du soleil dessinent un triangle dont l\u2019angle aigu s\u2019accroche au b\u00e2ti de la fen\u00eatre et en illuminent l\u2019appui pour faire un petit pan de mur jaune qui ondule, c\u2019est la maille qui vibre, le passage d\u2019une voiture dans la rue proche s\u2019annonce d\u2019un bref reflet sur le b\u00e2ti du portail en face, l\u2019angle aigu du triangle lumineux s\u2019est r\u00e9tr\u00e9ci augmentant d\u2019autant sa base, qui \u00e9claire ainsi une frange plus large de l\u2019appui de fen\u00eatre, un homme chauve passe au ras de l\u2019appui en surplomb, un v\u00e9hicule rouge passe rapidement de droite \u00e0 gauche, un couple \u00e2g\u00e9 passe de gauche \u00e0 droite, sans qu\u2019il y ait eu t\u00e9lescopage physique de ces deux \u00e9v\u00e8nements synchrones, le cadre d\u2019une porte \u00e0 galandage s\u2019inscrit puis dispara\u00eet dans un nouveau cadre, une porte-fen\u00eatre \u00e0 double ventail, une main saisit une pochette plastique bleue, le vantail droit s\u2019ouvre, \u00e9blouissement fugace du soleil matinal, descente d\u2019un escalier sombre, porte ouverte et close, mont\u00e9e dans un v\u00e9hicule, l\u2019index s\u00e9lectionne la destination pr\u00e9enregistr\u00e9e de l\u2019application GPS, <em>144 route de Mende,<\/em> images glissantes de routes, giratoires, panneaux, feux rouges verts ou orange, panneaux publicitaires, une voix synth\u00e9tique indique les directions puis se tait, des voix \u00e0 la radio, la vie monacale quelque part, lacis de bitume aux teintes diverses selon l\u2019angle de la lumi\u00e8re, arr\u00eats red\u00e9marrages arr\u00eat entre deux voitures immobiles, sur l\u2019\u00e9cran du t\u00e9l\u00e9phone un drapeau \u00e0 damiers noirs et blancs signale une victoire, c\u2019est l\u2019arriv\u00e9e \u00e0 destination, disparition du t\u00e9l\u00e9phone qui c\u00e8de \u00e0 un support plastique maintenu par une ventouse au pare-brise int\u00e9rieur, vision de plots, de c\u00f4nes de L\u00fcbeck, de barri\u00e8res m\u00e9talliques branlantes, b\u00e2timents de b\u00e9ton uniformes, annonce criarde et verte d\u2019une pharmacie, vision d\u2019une plaque plastifi\u00e9e sertie de rivets m\u00e9talliques, <em>Docteur D. Psychoth\u00e9rapeute Psychiatre Sur rendez-vous<\/em> <em>1<\/em><sup><em>er<\/em><\/sup><em> \u00e9tage \u00e0 gauche,<\/em> recherche des escaliers, portes closes, <em>Priv\u00e9,<\/em> porte d\u2019ascenseur rouge sombre, porte coulisse rouge dispara\u00eet noir appara\u00eet chuintement, sortie sur d\u00e9dale de couloirs sombres, fl\u00e8che \u00e0 gauche <em>cabinet m\u00e9dical,<\/em> porte, cliquetis de clavier puis porte <em>salle d\u2019attente<\/em> vide lumineuse et poussi\u00e9reuse, fen\u00eatre au fond, deux fauteuils en osier avec coussins bleus, \u00e0 droite une chaise en toile noire dos \u00e0 la fen\u00eatre, une table basse des revues d\u00e9fra\u00eechies <em>Challenges,<\/em> un homme grand mince cheveux blancs rares, lunettes sur le haut de la t\u00eate, <em>Vous \u00eates,<\/em> une voix donne un nom, <em>vous aviez rendez-vous \u00e0 10h15,<\/em> la voix r\u00e9pond <em>10h30,<\/em> le grand homme mince r\u00e9pond <em>Je vous laisse patienter<\/em> avant de fermer la porte, affiches au mur, minutes de soleil de poussi\u00e8res au sol, la porte se r\u00e9ouvre <em>Venez,<\/em> deux sas, assez grande pi\u00e8ce o\u00f9 abondent des piles de dossiers cartonn\u00e9s multicolores, monticules d\u2019\u00e9gale hauteur sur le divan \u00e0 droite de la porte, devant une baie vitr\u00e9e, un tableau reproduit de Picasso, meuble envahi de piles de dossiers, grand tableau g\u00e9om\u00e9trique en noirs et rouges, au milieu de la pi\u00e8ce un fauteuil pos\u00e9 au centre d\u2019un tapis, en face le bureau du grand homme mince, les murs sont couverts de tableaux reproduits, Klee Schiele, un cabinet d\u2019amateur de peintures, le bureau est en verre poussi\u00e9reux gardant trace d\u2019anciens glissements de gestes arr\u00eat\u00e9s, un \u00e9cran d\u2019ordinateur, \u00e0 la gauche des dossiers lettres \u00e9parses, sous le bureau au bout des jambes en partie repli\u00e9es se d\u00e9tache le cuir brillant marron de chaussures luxueuses, une main tend quelques feuillets blancs, l\u2019homme les saisit et remercie et demande <em>o\u00f9 en \u00eates-vous,<\/em> la voix r\u00e9pond, un appel t\u00e9l\u00e9phonique la fait taire, l\u2019homme y r\u00e9pond, pose des questions, explique, att\u00e9nue la duret\u00e9 du ton ou l\u2019impatience d\u2019un petit rire forc\u00e9, raccroche et redemande <em>o\u00f9 en \u00eates-vous, <\/em>la voix reprend, l\u2019homme lit rapidement les feuillets blancs, ne laisse pas finir la voix ou ne l\u2019a pas entendue ou n\u2019en tient pas compte,<em> vous \u00eates bien conscient que si l\u2019on prononce l\u2019incapacit\u00e9 \u00e0, c\u2019est l\u2019arr\u00eat, c\u2019est irr\u00e9versible,<\/em> la voix acquiesce, l\u2019homme donne quelques explications suppl\u00e9mentaires et prononce <em>je ne vous retiens pas plus longtemps,<\/em> franchissement de sas jusqu\u2019\u00e0 l\u2019ascenseur \u00e9troit, la sortie le parking la mise en place du t\u00e9l\u00e9phone sur son support ventous\u00e9 le GPS, le chemin inverse qui semble nouveau, dilu\u00e9 dans le lacis des routes panneaux, \u00e9chapp\u00e9es furtives du regard dans un paysage aux lignes douces, trajectoires glissantes des autres v\u00e9hicules, vitesses synchrones, \u0153il rouge du feu au loin qui allume les feux arri\u00e8res tout devant, le signal d\u2019arr\u00eat se transmet, l\u2019\u0153il vert, d\u00e9placement en vitesse acc\u00e9l\u00e9r\u00e9e progressive, giratoires, d\u00e9portement centrifuge sur une route plus \u00e9troite et solitaire, une main descend le pare-soleil et r\u00e9duit d\u2019autant le champ de vision o\u00f9 soudain s\u2019engouffrent des arbres&nbsp;: arr\u00eat | c\u2019est un embryon de route qui m\u00e8ne et revient d\u2019une for\u00eat, le terre-plein ciment\u00e9 fait un triangle, s\u00e9pare l\u2019espace en deux voies, la base regarde le giratoire, le sommet s\u2019\u00e9chappe vers les arbres, arr\u00eat des travaux, arr\u00eat de la route goudronn\u00e9e qui s\u2019\u00e9miette en ciment concass\u00e9, mais la ligne de d\u00e9marcation est nette l\u00e0 o\u00f9 le goudron cesse \u00e0 quelques m\u00e8tres, frange ondulante de l\u2019herbe verte ou jaune mont\u00e9e en graine, un semblant de sente s\u2019ouvre, d\u00e9p\u00f4t de grands plastiques blancs et bleus d\u00e9j\u00e0 d\u00e9compos\u00e9s par la lumi\u00e8re, un d\u00e9placement lat\u00e9ral et parall\u00e8le \u00e0 la base du triangle d\u00e9couvre en-de\u00e7\u00e0 de la ligne de d\u00e9marcation un petit merlon de ciment s\u00e9ch\u00e9, \u00e0 c\u00f4t\u00e9 comme poussi\u00e8re d\u00e9pos\u00e9e dans un coin, herbes cailloux blocs de ciment, qui font transition visuelle de la route vers la for\u00eat, un demi-tour sur place fait appara\u00eetre au sol de gros carr\u00e9s blancs peints, en voie d\u2019effacement, inutile ligne d\u2019effet pour l\u2019automobiliste, granulosit\u00e9s diff\u00e9rentes, textures rugueuses, le soleil \u00e9claire \u00e0 quarante-cinq degr\u00e9s, derri\u00e8re le petit merlon de ciment \u00e0 gros grains l\u2019avanc\u00e9e grise, racinaire de la for\u00eat contre le ciment \u00e0 l\u2019arr\u00eat, impression visuelle d\u2019une mare de bois flott\u00e9, quelques racines sont d\u00e9j\u00e0 au seuil de la route et rampent vers le merlon solitaire, de plus loin la pointe du terre-plein est un m\u00f4le de r\u00e9sistance \u00e0 la vague racinaire avant la submersion\u2026<\/p>\n\n\n\n<p><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>\u2026 la fine maille de vinyle blanc se soul\u00e8ve en l\u00e9ger hal\u00e8tement, quitte l\u2019ombre du barreau m\u00e9tallique qu\u2019elle recouvre, se d\u00e9colle comme une peau puis retrouve sa place premi\u00e8re, ombre et souffle comme seuls t\u00e9moins de la pr\u00e9sence de l\u2019air, au-del\u00e0 de la grille la ruelle la g\u00e9om\u00e9trie des murs de pierre crayeuse, le portail vert bouteille en m\u00e9tal plein <a class=\"more-link\" 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