{"id":63623,"date":"2022-01-20T11:15:35","date_gmt":"2022-01-20T10:15:35","guid":{"rendered":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/?p=63623"},"modified":"2022-01-20T12:45:41","modified_gmt":"2022-01-20T11:45:41","slug":"oeil-dalbatros-1-une-heure-de-ta-vie","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/oeil-dalbatros-1-une-heure-de-ta-vie\/","title":{"rendered":"vers un \u00e9crire\/film #01 |\u00a0\u0153il d\u2019albatros"},"content":{"rendered":"\n<p><\/p>\n\n\n\n<p>Lit. Lit d\u00e9fait d\u2019un c\u00f4t\u00e9. Quelqu\u2019un de l\u2019autre c\u00f4t\u00e9 du lit, sous les couvertures. Rien ne bouge dans cette chambre. Le soleil rentre de face par la grande fen\u00eatre du 7<sup>\u00e8me<\/sup> \u00e9tage et \u00e9claire la chambre jusqu\u2019au lit, il envahit l\u2019espace de sa chaleur, les draps sont inond\u00e9s de la lumi\u00e8re de ce soleil de f\u00e9vrier, les couleurs brillantes retentissent, s\u2019estompent sous les rayons du soleil, l\u2019orange de draps est de plus en plus fade \u00e0 force de recevoir ce soleil, reflet de lumi\u00e8re sur le verre du flacon de pastilles qui brille sur la table de travail, intensification de lumi\u00e8re sur les feuilles blanches \u00e9parses dans la chambre, les particules de poussi\u00e8re voltigent et flottent dans l\u2019air en contrejour, rien d\u2019autre ne bouge dans cette chambre. Un l\u00e9ger bruit de respiration sous les couettes, quelqu\u2019un est en train de dormir, doucement. On voit \u00e0 peine ses cheveux pos\u00e9s sur un grand oreiller. A c\u00f4t\u00e9 du lit une chaise improvis\u00e9e comme table de nuit, recouverte d\u2019objets&nbsp;: une lampe de nuit style art d\u00e9co, un r\u00e9veil noir bruyant, des livres pos\u00e9s sur le c\u00f4t\u00e9, un petit plateau en forme de c\u0153ur en carton \u2013style cadeau de f\u00eate de m\u00e8res- qui d\u00e9borde de vitamine C, vitamine D, de doses hom\u00e9opathiques, de Doliprane 1000 mg et un thermom\u00e8tre, au dossier de la chaise un sac en plastique accroch\u00e9, de l\u2019autre c\u00f4t\u00e9 un masque chirurgical et un masque FPP2. En bas, sur le parquet du sol, les chaussons, une bo\u00eete de mouchoirs papiers et un verre d\u2019eau. Le reste de la chambre elle ne le voit plus depuis sa position allong\u00e9e dans son lit, son espace vital se joue maintenant entre les oreillers, la chaise-table de nuit et le sol. Elle ne voit rien de tout cela non plus, elle continue \u00e0 dormir profond\u00e9ment.<\/p>\n\n\n\n<p>Au-del\u00e0 de son visible, sa table de travail au fond du lit, recouverte d\u2019objets&nbsp;: une grosse bo\u00eete rouge contenant ses dossiers de travail, deux statuettes de Buddha, une plus ancienne en marbre, l\u2019autre en c\u00e9ramique du magasin Tiger, le presse-papier, un porte-stylo chinois en papier, l\u2019autre porte-stylo en fer, une bo\u00eete en carton avec les stylo-plumes, ses lunettes et la trousse du travail, un petit flacon de gel hydro-alcoolique, le chargeur de l\u2019ordinateur, le chargeur du portable, la multiprise remont\u00e9e sur la table, tous inond\u00e9s de soleil. L\u2019espace de la chambre est aussi encombr\u00e9 par sa pr\u00e9sence qui se dilate partout, qui s\u2019\u00e9parpille en mille objets et livres qui s\u2019empilent les uns sur les autres et qui restent l\u00e0, inanim\u00e9s. Elle est l\u00e0, assi\u00e9g\u00e9e par ces objets, assi\u00e9g\u00e9e par sa vie, retranch\u00e9e dans son lit. Les yeux ferm\u00e9s qui picotent, le tic-tac de son r\u00e9veil sur sa chaise elle ne l\u2019entend pas, ou alors il se m\u00e9lange \u00e0 ses images du sommeil. &nbsp;Tout est immobile dans la chambre. La poussi\u00e8re et les aiguilles bougent seules dans cette inondation du soleil \u00e0 travers le virus.<\/p>\n\n\n\n<p>Tout bouge \u00e0 l\u2019ext\u00e9rieur. Le bruit d\u2019un scooter rentre dans la cam\u00e9ra avec les autres bruits de la rue, des voix au loin, parfois&nbsp; des cris, les bruits des voitures. Les commerces sont ouverts et de la fen\u00eatre de sa chambre un plan en plong\u00e9e sur la rue, l\u2019\u00e9picier du coin, L\u2019Atelier des Saveurs, devenu bio depuis quelques mois, la Boulangerie-p\u00e2tisserie \u00e0 c\u00f4t\u00e9, Weeze, ce magasin fant\u00f4me de chaussures, super U un peu plus en bas, et \u00e0 la fin du cadre la pharmacie qui fait d\u00e9sormais de tests antig\u00e9niques, des gens qui marchent dans la rue, ce p\u00e8re qui traine son fils qui ne veut pas marcher. Des moments d\u2019accalmie. L\u00e0 on n\u2019entend que les pneumatiques des voitures et les bruits des appartements voisins. M\u00eame des moments de silence. Une musique maintenant qui vient d\u2019en haut, puis, elle s\u2019arr\u00eate. Un bruit l\u00e9ger de travaux. Des pas, des objets, des voix, tout feutr\u00e9 par les parois.<\/p>\n\n\n\n<p>Le soleil se prolonge et s\u2019allonge au fil des minutes. Au fil des dizaines de minutes il envahit d\u00e9sormais tout le grand lit. Les couleurs des draps crient en rendant leurs couleurs.<\/p>\n\n\n\n<p>Quelqu\u2019un tape \u00e0 la porte. Le plan change et montre maintenant la porte blanche en bois, recouverte de sacs et manteaux accroch\u00e9s. Elle ouvre les yeux et elle voit aussi la porte, c\u2019est son champ maintenant, elle y adresse son regard aussi. Dans l\u2019\u00e9clat du soleil, elle voit briller diff\u00e9remment le tissu africain de son sac d\u2019\u00e9t\u00e9, toujours l\u00e0. La porte &nbsp;s\u2019ouvre et un visage appara\u00eet dans le cadre de la porte, des yeux incertains, il porte un masque FFP2 et un plateau. Dans un contre-champ elle lui sourit et soul\u00e8ve son buste, elle prend le plateau et le pose par terre. Une heure de Covid-Sars19 s\u2019est \u00e9coul\u00e9e. Le soleil commence son op\u00e9ration de retrait et l\u2019\u0153il d\u2019Albatros se ferme.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Lit. Lit d\u00e9fait d\u2019un c\u00f4t\u00e9. Quelqu\u2019un de l\u2019autre c\u00f4t\u00e9 du lit, sous les couvertures. Rien ne bouge dans cette chambre. Le soleil rentre de face par la grande fen\u00eatre du 7\u00e8me \u00e9tage et \u00e9claire la chambre jusqu\u2019au lit, il envahit l\u2019espace de sa chaleur, les draps sont inond\u00e9s de la lumi\u00e8re de ce soleil de f\u00e9vrier, les couleurs brillantes retentissent, <a class=\"more-link\" href=\"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/oeil-dalbatros-1-une-heure-de-ta-vie\/\">Continuer la lecture<span class=\"screen-reader-text\">vers un \u00e9crire\/film #01 |\u00a0\u0153il d\u2019albatros<\/span><span class=\"meta-nav\">&rarr;<\/span><\/a><\/p>\n","protected":false},"author":217,"featured_media":0,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"h5ap_radio_sources":[],"footnotes":""},"categories":[3061,3060],"tags":[],"class_list":["post-63623","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-01-cendrars","category-ecrire-film"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/63623","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/users\/217"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=63623"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/63623\/revisions"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=63623"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=63623"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=63623"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}